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Le « national-socialisme » - 8e partie : le « socialisme national » de Rudolf Jung

Les thèses de Rudolf Jung dans « Le socialisme national. Ses fondements, son devenir et ses buts » posent les bases de l’idéologie national-socialiste telle qu’elle a existé au départ.

Tout le début de l’œuvre consiste en une histoire idéalisée du moyen-âge depuis Charlemagne. Rudolf Jung utilise ici en fait de manière démagogique le très haut niveau culturel des pays allemands et de la Bohème qui leur sont reliés durant la fin du moyen-âge, avec le formidable développement des villes et le grand élan humaniste.

Cette dimension culturelle, extrêmement appréciée par les masses allemandes et par ailleurs base de la formation de la nation allemande avec le capitalisme naissant, est prétexte pour Rudolf Jung à l’éloge de la paysannerie médiévale et du petit commerce. De là il prolonge sur une critique des « Juifs » et de l’usure au moyen-âge, pour dénoncer le capitalisme qui a déraciné les paysans.

C’est ici la vision traditionnelle de Jean de Sismondi et des populistes russes, analysée en détail par Lénine dans « Pour caractériser le romantisme économique ». Rudolf Jung considère pareillement que le capitalisme appauvrit, divise les masses, etc. Dans l’optique du proudhonisme, il critique également la perte de l’activité créative du travailleur individuel.

Rudolf Jung présente les choses toutefois de manière très « neutre », de manière prétendument scientifique : il est obligé en raison de l’influence de la social-démocratie. Rudolf Jung raconte ainsi le rôle des machines à vapeur, il affirme que les banques jouent un rôle dans la formation des monopoles en agissant sur les entreprises, etc.

Cependant, il attribue cela non pas à une évolution propre au capitalisme, mais à « l’esprit juif » qui influence les masses par « l’argent, la presse, l’art et la science juives ». Rudolf Jung insiste par conséquent lourdement sur l’antisémitisme médiéval, qu’il tente de réactualiser en s’appuyant sur l’évolution récente de l’Autriche-Hongrie.

L’empereur tentait en effet d’appuyer les forces libérales face au féodalisme ; en ce sens, il prônait l’émancipation des personnes juives, à contre-courant des valeurs dominantes. Des figures historiques sont ici l’impératrice Marie-Thérèse et l’empereur Joseph II.

Rudolf Jung attribue donc l’existence du capitalisme bouleversant l’économie arriérée austro-hongroise aux « juifs » : le capitalisme serait une sorte d’excroissance de l’usure. Tout cela formerait une sorte de complot historique et mondial ; Rudolf Jung utilise bien entendu le fameux faux tsariste des « Protocoles des sages de Sion ».

Les « marxistes » sont alors des traîtres agissant en agent des « juifs » :

Les sociaux-démocrates ne combattent en fait que le capital national, qui agit pourtant en tout et pour tout de manière créatrice, mais pas celui véritablement international, le capital juif de prêt, vivant du travail des autres. »

Rudolf Jung fait, en pratique, en fait l’apologie d’une forme de « socialisme prussien », mais comme il fait partie des communautés liées à l’Allemagne mais existant en-dehors de celle-ci, il est obligé d’« expliquer  » de manière idéaliste ce qui a bloqué l’avènement du grand empire allemand. Puisque l’histoire a amené à la non unité de tous les peuples d’origine allemande, alors, pour Rudolf Jung, l’histoire a tort.

Rudolf Jung exprime donc une position très proche d’Oswald Spengler (qu’il soutient par ailleurs), mais bien plus agressive, qui l’amène justement à la rupture avec la conception nationaliste traditionnellement conservatrice.

Oswald Spengler a en effet une position qui est celle de la « révolution conservatrice », une position administrative : seule une aristocratie peut gérer les affaires et instaurer le « socialisme ».

Ici, Rudolf Jung a un rôle historique sur le plan idéologique : il fait passer le « socialisme prussien » d’une conception administrative à une vision du monde. Le « socialisme national » est une « vision du monde » et d’ailleurs, selon lui, elle peut exister et elle a existé « sans parti national-socialiste ».

C’est un point important, car Rudolf Jung a ici une conception « basiste » et même son parti fonctionnera de manière relativement démocratique, en tout cas absolument sans principe de « Führer » absolu comme avec Adolf Hitler, pour qui par ailleurs le parti nazi était une obligation absolue.

Rudolf Jung rejetait le centralisme comme le fruit de Rome, de l’Église catholique, des Habsbourg alliés à l’Église catholique. S’il défend Jésus comme figure « aryenne », il rejette le centralisme catholique comme une influence « juive ».

Lorsque Rudolf Jung considère que les grandes entreprises industrielles en situation de monopole doivent revenir à l’État, la région ou la commune, il n’est pas pour leur socialisation, mais pour leur « prussianisation », leur gestion directe par l’aristocratie, de manière pratiquement locale, sauf qu’il élargit cette élite « aristocratique » à un « esprit ».

L’aristocratie échouant historiquement, Rudolf Jung prône en fait leur régénération, en faisant vivre « l’esprit » allemand naturel, qui va reformer une élite. C’est le principe d’une « communauté populaire réconciliée ». Rudolf Jung va jusqu’à considérer que l’armée pourrait être reconstituée à partir des clubs de sport, dont la base fut par ailleurs donnée par le racialiste Friedrich Ludwig Jahn (1778-1852).

Ce principe d’une armée « populaire » tient en fait à une « découverte » faite par l’armée prussienne, et synthétisée par Carl von Clausewitz. Le socialisme « national » puise sur ce point directement dans l’idéologie de la Prusse.

vendredi 3 avril 2015


Le « national-socialisme »