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Le « national-socialisme » - 17e partie : l’absence de contradictions réelles au sein des S.A.

Les S.A. ne connurent pas de réel bouleversement à partir de 1933. Cela peut sembler paradoxal, et ce problème théorique a été « résolu » de manière totalement idéaliste au moyen d’une interprétation fondamentalement erronée de la « nuit des longs couteaux » en juin 1934.

La liquidation de dirigeants S.A. qui a eu lieu alors ne tient pas spécifiquement à la base de la S.A., et d’ailleurs la répression frappe autant les milieux de la « révolution conservatrice ». La thèse d’une « gauche » de la S.A. se révoltant et exigeant une « seconde révolution » n’a pas de fondements.

La base des S.A. n’était pas unifiée, même si elle provenait de couches populaires. Dans les zones ouvrières les S.A. étaient en bonne partie eux-mêmes d’origine ouvrière, alors que dans les grosses villes du sud comme Munich ou Francfort sur le Main, il n’y avait pratiquement pas de S.A. faisant partie de la classe ouvrière.

Cette base populaire des S.A. n’avait, dans tous les cas, pas du tout la culture des grands centres ouvriers, où la classe ouvrière ne céda jamais aux nazis. Les S.A. se plaçaient donc dans une perspective assez « lumpen » ; par ailleurs au-delà des apparences « strictes », porter l’uniforme n’était pas une nécessité absolue ; en ville on était alors relégué au fond des défilés, et dans les campagnes il ne fut pas généralisé systématiquement.

De la même manière, les S.A., pourtant l’armée d’Adolf Hitler, avaient la moitié de leurs membres n’appartenant pas au parti nazi. Les S.A. fonctionnaient en fait par affinité, formant des rassemblements d’hommes exprimant une idéologie « virile », une culture militariste issue de la première guerre mondiale où ils n’avaient pas combattu en raison de leur jeune âge.

L’idéologie des S.A. tenait ainsi à un style, comme dans le hooliganisme, et pour cette raison, toutes les entreprises idéologiques concernant les S.A. ont échoué.

Ainsi, lorsque la fraction portée par Otto Strasser, quitta les S.A. en lançant un manifeste le 4 juillet 1930, signé « Les national-socialistes révolutionnaires », elle n’eut pratiquement aucun impact.

Cette rupture fut le prolongement d’une discussion houleuse, les 21 et 22 mai 1930, entre Adolf Hitler et les partisans d’Otto Strasser, qui réclamaient davantage de décentralisation dans le parti nazi et surtout qui considéraient que le concept de « communauté populaire » était central, et pas celui de « Führer ».

Otto Strasser opposait en pratique le fascisme italien, avec son principe du dictateur, au national-socialisme compris comme « socialisme national », autarcique avant tout. Pour cette raison, Otto Strasser critiquait le non soutien à Gandhi en Inde, à ses yeux, le nationalisme devait soutenir tous les nationalismes. Par la suite, Otto Strasser soutint ensuite une ligne ethno-différentialiste, considérant « les Juifs » comme une race à part, mais devant être reconnue.

Malgré toutes ces questions débattues et qui purent être prétexte à des batailles de fraction, seulement quelques milliers de personnes quittèrent les S.A. pour rejoindre Otto Strasser qui fonda le National-Sozialistische Kampfgemeinschaft Deutschlands (« Communauté de combat national-socialiste d’Allemagne »), structure tentant de lancer différentes publications (« Le national-socialiste », « La révolution allemande  », «  Le front noir »).

Très rapidement la moitié des effectifs rejoignirent les communistes ; Otto Strasser se retrouva totalement isolé, quittant l’Allemagne en 1933, pour finalement se retrouver au Canada.

Malgré cet épisode anecdotique dans l’histoire des S.A., et la base corporatiste d’Otto Strasser, cela fut prétexte à un « mythe » d’une « gauche » des S.A..

En réalité, s’il faut chercher un événement d’importance dans les S.A. ayant une certaine dimension sociale, et certainement pas socialiste, ce fut la révolte organisée par Walter Stennes, « héros » de la première guerre mondiale puis corps-franc, ayant rejoint le parti nazi 1927 et immédiatement devenu le responsable pour Berlin.

Walter Stennes avait exigé que des S.A. fassent partie des élus du parti nazi, que les gens du service d’ordre de protection soient payés, etc. Le 30 août 1930 il occupa en rébellion le bâtiment central du parti nazi à Berlin, ainsi que la rédaction du journal nazi berlinois « Der Angriff » (« L’attaque »), bastonnant les S.S. de garde présents.

Adolf Hitler dut intervenir en catastrophe et rechercher un compromis. A cette occasion, il évinça Franz Pfeffer von Salomon du poste de direction des S.A., pour y placer Ernst Röhm avec comme tâche de contrôler Walter Stennes.

Ce dernier réédita les occupations de bâtiment en février 1931, refusant d’accepter l’ordre d’Adolf Hitler de cesser les combats de rue, afin d’obéir à l’état d’urgence prononcé régionalement par le gouvernement. Walter Stennes attaqua à ce moment là idéologiquement violemment les « bonzes » au sein du parti nazi, et il fut alors exclu du parti nazi et des S.A..

Walter Stennes réussit toutefois à gagner un tiers des S.A. berlinois et fonda le Nationalsozialistische Kampfbewegung Deutschlands (« Mouvement de combat national-socialiste d’Allemagne »), s’opposant totalement au parti nazi et exigeant la prédominance complète des S.A.. A ses yeux, l’existence du parti nazi était une concession intolérable au « système » et il visait particulièrement Joseph Goebbels comme représentant du courant « idéologique ».

Selon Walter Stennes, les S.A. devaient s’opposer catégoriquement au « système » et viser le coup d’État. Le mouvement de Walter Stennes échoua cependant totalement ; arrêté en 1933, il dut sa liberté grâce à son ami Hermann Göring et à son oncle qui était cardinal. Il partit en Chine où il devint conseiller militaire de Jiǎng Jièshí (Tchang Kaï-chek).

Enfin, il existait une autre structure indépendante du parti nazi, appelée Gruppe sozialrevolutionärer Nationalisten (« Groupe des Nationalistes sociaux-révolutionnaires »), autour de Karl Otto Paetel et proche d’Ernst Niekisch. Cette organisation était de type « national-bolchevik », prônant une Allemagne nationaliste s’opposant aux grandes entreprises et s’alliant avec l’URSS.

L’organisation finit par soutenir la lutte du Parti Communiste d’Allemagne contre le mouvement nazi, mais son importance idéologique et culturelle était pratiquement nulle. Il en alla de même avec Gregor Strasser, frère d’Otto Strasser, qui perdit toute responsabilité au sein du parti nazi en décembre 1932.

Les nazis avaient perdu deux millions de voix aux élections un mois auparavant et Otto Strasser prônait une politique de compromis gouvernemental, ligne qui échoua devant celle d’Hermann Göring et Joseph Goebbels prônant qu’Adolf Hitler devienne chancelier.

Dans tous les cas, il n’y eut jamais de scission de masse dans les S.A., ni d’expression politique ; sur le plan idéologique, on en resta toujours au niveau du hooliganisme.

jeudi 23 avril 2015


Le « national-socialisme »