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Le « national-socialisme » - 13e partie : l’appui logique du grand capital au national-socialisme

« L’ennemi est à gauche ! », tel était le titre du « journal des employeurs allemands » du 17 octobre 1929. Si en 1918 le régime monarchique s’était effondré, l’appareil d’État était lui resté le même et les généraux pesaient de tout leur poids sur le régime républicain, dans une sorte d’alliance contre-nature avec la social-démocratie qui avait été aux premières loges pour écraser la révolution de 1918 dirigée par Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg.

Les dirigeants de la social-démocratie étaient aux premières loges de la répression contre les communistes, avec notamment le ministre national de l’intérieur Carl Severering, le ministre prussien de l’intérieur Albert Grzesinski, le chef de la police berlinoise Karl Zörgiebel.

Interdictions, répressions sanglantes de rassemblement furent la règle, dont le fameux « mai sanglant » à Berlin, ville sous hégémonie ouvrière (en mai 1928, la social-démocratie y faisait un score électoral de 32,9 %, les communistes de 24,7%).

Les manifestations du premier mai 1929 avaient été interdites, et la marche du Parti Communiste d’Allemagne fut réprimée dans le sang (au moins 32 personnes tuées et 200 blessées), puis le Rote Frontkämpferbund (Union des combattants du front rouge) interdit dans la foulée.

Cette dynamique de soutien au régime par la social-démocratie divisa bien entendu totalement la classe ouvrière, dont une partie soutenait historiquement la social-démocratie et une autre le Parti Communiste d’Allemagne ; aux élections de mai 1928, la social-démocratie avait obtenu 9,1 millions de voix soit 29,8 %, le Parti Communiste d’Allemagne 3,3 millions de voix soit 10,6 %.

De l’autre côté, la bourgeoisie restait sur des positions particulièrement dures ; lors du conflit ouvrier de novembre 1928, la Ruhreisenstreit, 240 000 travailleurs furent licenciés pendant le mois de lutte ; par la suite un accord fut trouvé mais leurs revendications ne furent pratiquement pas satisfaites.

Cette situation conflictuelle devint d’une complexité totale avec le plan Young, fruit d’une conférence parisienne du 5 février au 11 juin 1929 et décidant de l’organisation du paiement des « réparations » allemandes pour la guerre de 1914-1918, qui avait été décidé lors du Traité de Versailles de 1919. Le paiement devait aller jusqu’en 1988 ; l’État allemand s’endetta de son côté jusqu’en 1965 à 5,5 % d’intérêts.

Les forces nationalistes et nazies menèrent une très vaste campagne à ce sujet, alors que la social-démocratie dans un esprit gouvernemental soutenait le plan Young, ce qui s’avéra catastrophique sur tous les plans avec l’irruption de la crise de 1929 et le recul qui a suivi de la production industrielle de 41,8 %.

La population allemande prit la crise de plein fouet, dans le prolongement de la crise de l’après-guerre : 1 mark de juillet 1914 en valait 100 en juillet 1922, 1000 en octobre 1922, 10 000 en janvier 1923, 100 000 en juillet 1923, un million en août 1923 10 millions en septembre 1923, un milliard puis 10 milliards en octobre 1923, mille milliards en novembre 1923.

En 1932, la crise se refait général, il y a six millions de personnes au chômage, pour 12 millions qui travaillent.

Les communistes d’Allemagne, mais aussi de France et de Belgique, s’opposèrent au plan Young, mais avec retard, et n’eurent pas l’initiative, malgré une position très franche. De manière juste, on lit dans l’Humanité du 23 avril 1931, dans l’article « Un 1er Mai sous le drapeau de l’Internationale » (signé Maurice Thorez) :

« C’est aussi plus particulièrement la solidarité active avec les prolétaires d’Allemagne écrasés sous les charges du plan Young et du système de Versailles, et soumis à la double exploitation des capitalistes allemands et des impérialistes français. »

C’est cette mise en perspective qui permet de comprendre l’adhésion et le soutien au parti nazi de la part des grands capitalistes, oscillant souvent entre celui-ci et le parti nationaliste conservateur appelé DNVP (parti national-allemand du peuple). C’est le cas du « vieux monsieur » Emil Kirdorf, figure éminente des industriels du bassin de la Ruhr, qui aida à la diffusion dans le milieu industriel de la brochure de 1927 de la brochure d’Adolf Hitler « La voie au renouveau » (« Der Weg zum Wiederaufstieg »).

Emil Kirdorf aura droit par la suite aux plus hauts honneurs nazis, à la plus haute décoration civile, et même au deuil national à sa mort en 1938, Adolf Hitler étant lui-même présent officiellement à l’enterrement.

Emil Kirdorf faisait également partie d’un des nombreux « clubs » nationalistes conservateurs, en l’occurrence l’« Association économique pour le soutien aux forces morales de la reconstruction » (Wirtschaftsvereinigung zur Förderung der geistigen Wiederaufbaukräfte).

On trouve également parmi ces clubs le « Gäa », une association de grands bourgeois et d’aristocrates, de capitaines d’industrie et d’intellectuels ; on retrouve ici tant Oswald Spengler qu’Alfred Hugenberg, le chef du parti nationaliste conservateur DNVP.

Il y a aussi le « Hamburger Nationalklub » (Club National Hambourgeois), pareillement nationaliste conservateur et militariste, qui invitait de nombreux représentants ultra-nationalistes et nazis à ses colloques, mais également le « Deutscher Herrenklub », le « Club allemand des Messieurs », qui continua même à exister jusqu’en 1944 sous le nom de « Club allemand ».

C’est précisément à ce club que, dix jours après avoir été nommé lui-même chancelier, Franz von Papen (1879-1969) prononça le 10 juin 1932 une conférence. Parmi les personnes présentes, on trouvait 100 des principaux industriels et banquiers, 62 grands propriétaires terriens, 94 anciens minitres, mais également des dirigeants nazis, dont l’ancien militaire Hermann Göring, le propagandiste Joseph Goebbels et le responsable des S.A. Ernst Röhm.

Franz von Papen prôna comme mot d’ordre franco-allemand « Mort au bolchevisme », appelant à une coalition pour une intervention militaire. Le 20 juillet il supprima l’existence du gouvernement social-démocrate en Prusse ; en novembre il comptait modifier la constitution.

En ce sens, le 4 janvier 1933, Franz von Papen et Adolf Hitler eurent une discussion secrète chez le banquier Kurt Freiherr von Schröder, lui-même membre du « Club » et dont la banque J. H. Stein était largement présente dans IG Farben et le monopole industriel Vereinigte Stahlwerke.

C’est cette discussion qui servit de base à la nomination de Adolf Hitler comme chancelier le 30 janvier 1933, Franz von Papen devenant vice-chancelier.

Le 20 février, une réunion d’Adolf Hitler, Hermann Göring et 27 industriels permit le financement des prochaines élections du côté nazi, asseyant la vague instaurant la terreur et la mise en place du nouveau régime.

mardi 14 avril 2015


Le « national-socialisme »