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Le cinquième congrès de la seconde Internationale et le socialisme communal

Au cinquième congrès, l’esprit d’unité sous le mode de la conciliation se décline à tous les niveaux. Pour cette raison, il y a également une ouverture au syndicalisme qui est très marquée. Il y avait déjà l’invitation au congrès, qui avait la forme suivante :

« 1. Toutes les associations qui adhèrent aux principes essentiels du socialisme : socialisation des moyens de production et d’échange ; union et action internationales des travailleurs ; conquête socialiste des pouvoirs publics par le prolétariat organisé en parti de classe ;

2. Toutes les organisations corporatives qui, se plaçant sur le terrain de la lutte de classes et déclarant reconnaître la nécessité de l’action politique, donc législative et parlementaire, ne participent cependant pas d’une manière directe au mouvement politique. »

En conséquence, la conjugaison, sans hiérarchisation, du Parti et des syndicats, se voit ouvertement assumée dans la résolution suivante :

« Des conditions nécessaires de l’affranchissement du travail :

1° Constitution et action du prolétariat organisé en parti de classe ;

2° Expropriation politique et économique de la bourgeoisie ;

3° Socialisation des moyens de production.

1. Le prolétariat moderne est le produit nécessaire du régime capitaliste de production qui exige l’exploitation politique et économique du travail par le capital.

Son relèvement et son émancipation ne pouvant se réaliser qu’en entrant en antagonisme avec les défenseurs intéressés du capitalisme, lequel par sa constitution même doit aboutir inévitablement à la socialisation des moyens de Production. Devant la classe capitaliste, le prolétariat doit par conséquent se dresser en classe de combat.

Le socialisme qui s’est donné la tache de constituer le prolétariat en armée de cette lutte de classe a pour devoir, avant tout, de l’initier par un travail méthodique réfléchi et incessant à la conscience de ses intérêts et de sa force et d’user à cet effet de toutes les armes que la situation politique et sociale actuelle met entre ses mains et que sa conception supérieure de la justice lui suggère.

Au nombre de ces moyens le congrès indique l’action politique, le suffrage universel et l’organisation de la classe ouvrière en groupes politiques, en syndicats, coopératives, caisses de secours, cercles d’art et d’éducation, etc.

Il engage les militants socialistes à propager le plus possible ces moyens de culture et d’éducation qui augmentent la force de la classe ouvrière et la rendent capable d’exproprier politiquement et économiquement la bourgeoisie et de socialiser les moyens de production. »

Il s’agit là d’un élargissement aux formes secondaires en général et l’ouverture à l’idéologie municipaliste en fait partie. Le congrès socialiste de 1900 vote ainsi une résolution ouvertement réformiste en ce sens :

« Attendu que par « Socialisme municipal », on ne peut entendre un socialisme spécial, mais seulement l’application des principes généraux du socialisme à un domaine spécial de l’activité politique ;

Attendu que les réformes qui s’y rattachent ne sont pas et ne sauraient être présentées comme devant réaliser la société collectiviste, mais qu’elles sont présentées comme s’exerçant dans un domaine que les socialistes peuvent et doivent utiliser pour préparer et faciliter l’avènement de cette société ;

Considérant que la commune peut devenir un excellent laboratoire de vie économique décentralisée et en même temps une formidable forteresse politique à l’usage des majorités socialistes locales contre la majorité bourgeoise du pouvoir central, une fois qu’une autonomie sérieuse sera réalisée ;

Le Congrès international de 1900 déclare :

Que tous les socialistes ont pour devoir, sans méconnaître l’importance de la politique générale, de faire comprendre et apprécier l’activité municipale, d’accorder aux réformes communales l’importance que leur donne leur rôle « d’embryons de la société collectiviste » et de s’appliquer à faire des services communaux : transports urbains, éclairage, eaux, distribution de la force motrice, bains, lavoirs, magasins communaux, boulangeries municipales, service alimentaire, enseignement, service médical, hôpitaux, chauffage, logements ouvriers, vilement, police, travaux communaux, etc., etc. ;

de faire de ces services des institutions modèles tant au point de vue des intérêts du public que de la situation des citoyens qui les desservent ;

Que les communes trop faibles pour procéder à elles seules à la réalisation de ces applications doivent s’attacher à former des fédérations communales,

Que dans les pays où l’organisation politique ne permet pas aux communes d’entrer dans cette voie, tous les élus socialistes ont pour devoir d’user de tous leurs pouvoirs, en vue de fournir aux organismes communaux la liberté et l’indépendance suffisantes pour réaliser ces desiderata ;

Le Congrès socialiste international de Paris décide qu’il y a lieu de convoquer un Congrès international des conseillers municipaux socialistes ;

Ce Congrès aurait un double but :

a. Faire connaître toutes les réformes réalisées sur le terrain municipal et les avantages moraux et financiers obtenus ;

b. Constituer un bureau national dans chaque pays et un bureau international chargés de centraliser tous les renseignements et documents relatifs à la vie municipale, de façon à faciliter l’étude des questions d’intérêt communal, par la communication des documents et renseignements ; Le soin de la convocation de ce Congrès est laissé au bureau permanent international. »

Cette idée d’un socialisme « communal », sorte de concrétisation du travail politique du Parti et du travail économique des syndicats, devenait alors une pièce maîtresse du style social-démocrate, de sa démarche dans les faits.