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Le KKE et la démocratie populaire - 4e partie : face à l’impérialisme britannique

Si le KKE avait l’initiative jusque-là, la présence britannique allait se révéler être un énorme obstacle. Cette question allait être au cœur du positionnement du KKE et la source de la guerre civile.

Quelles sont les raisons à cela ? Déjà, parce que cela signifiait à court terme une reformation de l’EDES, qui put mener une dernière contre-offensive en janvier 1944, ce qui provoqua immédiatement une réponse acharnée de l’ELAS.

Ensuite, parce que l’impérialisme britannique s’était placé au centre des négociations entre l’ELAS, l’EKKA et l’EDES.

Enfin, parce qu’avec ce positionnement, l’impérialisme britannique appuyait tout azimut les initiatives anti-communistes, récupérant toutes les forces possibles, même celles ayant été auparavant des fervents soutiens de l’Allemagne nazie.

C’est-à-dire que l’impérialisme britannique avait comme objectif de réinstaurer la monarchie et de s’appuyer sur les forces d’extrême-droite les plus agressives, ainsi que sur les partis bourgeois traditionnels, pour liquider le KKE présenté comme la menace la plus grande.

Et que, de l’autre côté, le KKE pensait se sortir de cette situation en assumant la position d’avant-garde républicaine, en s’appuyant sur le mouvement de masses, tout en sachant que la question militaire était essentielle.

Les deux camps allaient placer leurs pions pendant l’année 1944, jusqu’à un mois de décembre qui s’avérera décisif pour l’avenir.

Initialement, afin d’aller de l’avant, le KKE décida en mars 1944 de générer le PEEA (Πολιτική Επιτροπή Εθνικής Απελευθέρωσης – Comité politique de la libération nationale) comme gouvernement portant les exigences de l’EAM.

Le KKE ne disposait que d’un membre sur les 10 du gouvernement, néanmoins il s’agissait du ministre de l’intérieur et, en plus de cela, le ministre de la guerre, le général Manolis Mandakas, lui était lié.

Le PEEA fut un franc succès et en avril 1944 se tinrent des élections, ouvertes aux femmes, auxquelles participèrent un million de personnes, élisant 180 délégués se réunissant en mai 1944 en tant que parlement.

L’impact fut si grand que l’Armée britannique fut forcée de dissoudre par la force les deux brigades grecques présentes en exil en Égypte, internant 10 000 soldats et officiers, afin d’empêcher une jonction générale entre ces forces pro-EAM et le PEEA.

Cette dissolution jouera un rôle capital par la suite. Ces forces allaient manquer cruellement à l’EAM, alors ne subsistaient plus que deux forces intégralement dirigées par des officiers pro-royalistes et encadrées par les forces armées britanniques : la 3e brigade de montagne grecque qui participa notamment à la bataille de Rimini en Italie et le Bataillon sacré qui lutta notamment en Libye.

En plus de cela, il y avait l’organisation X, structure d’extrême-droite supervisée par les forces britanniques et récupérant du matériel militaire allemand, dans l’unique optique de combattre l’ELAS.

A cela s’ajoute aussi le soutien britannique à l’EKKA, qui mena une politique toujours plus provocatrice et agressive envers l’ELAS, ce qui aboutit à un affrontement et la liquidation militaire de l’EKKA par l’ELAS, notamment de sa principale unité le régiment 5/42, dont le dirigeant Dimitrios Psarros fut exécuté.

L’impérialisme britannique jeta alors toutes ses forces dans une grande conférence au Liban en mai 1944, rassemblant toutes les forces politiques grecques, où le KKE, l’EAM, l’ELAS et le PEEA se retrouvèrent pratiquement sur le banc des accusés.

La délégation du KKE ne voulut pas pour autant que les communistes soient considérés comme à l’origine de l’échec de la conférence et prirent par conséquent une ligne de compromis, qui fut toutefois considérée ensuite comme une ligne de compromission par la direction et la base du KKE.

En conséquence de quoi, le camp monarchiste lié à l’impérialisme britannique fut entièrement rejeté dans la propagande de l’EAM ; il fut choisi de liquider entièrement les derniers restes de l’EDES également remis en place par l’impérialisme britannique.

Celles se situaient, de fait, dans des zones contrôlées par l’Allemagne nazie dans une situation de coexistence pacifique. On lit ici parfaitement le double jeu des forces réactionnaires grecques, cessant aisément le combat anti-nazi selon les opportunités.

L’année 1944 fut également marqué, du côté du KKE, par un contact enfin pris avec l’URSS, qui commença toute une joute diplomatique avec l’impérialisme britannique, à qui elle finit par annoncer en août 1944 l’envoi d’une mission militaire en Grèce.

L’opération fut menée secrètement en juillet 1944, avec un avion partant pour un « exercice » depuis la base anglo-américaine de Bari en Italie pour aller chercher dix officiers soviétiques en Yougoslavie, deux sautant en parachute sur la Macédoine, les autres étant amenés en Thessalie.

L’intervention de l’URSS permit un compromis général, le KKE et l’EAM acceptant finalement les résultats de la conférence au Liban et entrant de manière minoritaire dans un gouvernement national.

Le KKE considérait que ce compromis lui permettait de se positionner positivement sur le plan politique, alors que de toutes façons il avait désormais au moins 250 000 membres, que l’EAM s’appuyait sur plus de 1,5 million de personnes, que l’ELAS disposait de 50 000 membres, plus 20 000 réservistes.

Tout alla cependant très vite, dans la mesure où les victoires de l’armée rouge en Roumanie et en Bulgarie forcèrent l’armée allemande à quitter la Grèce à partir de la fin août 1944.

Il fallait soit prendre le pouvoir directement – ce qui était militairement tout à fait possible à court terme, mais politiquement hautement risqué surtout avec l’image d’un affrontement avec l’armée britannique, membre des Alliés – soit passer cette opportunité historique et attendre les résultats de la participation au gouvernement d’union nationale.

Par conséquent, le PEEA procéda à sa dissolution en novembre 1944, ce qui amena au premier plan la question de la nature de la démilitarisation de l’ELAS.

mercredi 22 février 2017


Le KKE et la démocratie populaire