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Le KKE et la démocratie populaire - 14e partie : Nikos Béloyannis

De manière officielle, l’État grec réactionnaire avait perdu 55 528 soldats, alors que 38 839 soldats de la DSE avaient été tués ou blessés.

Mais la cessation de la lutte armée ne signifiait nullement la fin de la lutte des classes ; il restait d’ailleurs différentes unités et les deux derniers partisans de la DSE, Giorgos Tzompanakis et Spiros Blazakis en Crète, descendirent par exemple de la montagne en 1975 seulement, après l’effondrement de la dictature des colonels le 24 février.

C’est le général Aléxandros Papágos, le dirigeant des armées réactionnaires soutenues par les États-Unis d’Amérique, qui reçut la charge de réorganiser le pays.

Il fut nommé maréchal et avec l’appui américain fonda un rassemblement hellénique en s’appuyant sur le Parti Populaire, dont l’objectif était de prendre le contrôle du pays.

La première tentative échoua, avec l’obtention de 36,53 % des voix aux élections de septembre 1951, le parti populaire maintenu obtenant 6,66 %, les deux partis libéraux 44 % à eux deux et la gauche démocratique unifiée (EDA) 10,57 %.

Ce dernier chiffre était significatif, car l’EDA , rassemblait socialistes, anciens de l’EAM et de l’ELAS, paysans pro-KKE, personnalités liées au KKE, avec de nombreux candidats encore emprisonnés dans des camps sur des îles.

Il y avait à ce moment encore 20 000 prisonniers, ainsi que 6 000 personnes soit condamnés à mort, soit condamnés à perpétuité.

Parmi les députés élus de l’EDA, on retrouve Gavrildis, membre d’un parti paysan membre du gouvernement populaire en 1944, qui dirige par ailleurs l’EDA, ainsi que Saraphis qui fut commandant en chef de l’ELAS.

Toutefois, peu après les élections, Gavrildis est de nouveau condamné en janvier 1952 et part en camp, où il meurt en septembre.

En mars 1952 fut également fusillé Nikos Béloyannis, membre du Comité Central du KKE. Celui-ci avait quitté la Grèce en 1949, pour revenir quelques mois plus tard en mission de réorganisation ; il passa en procès deux fois, la seconde avec l’accusation de trahison afin de faire passer la peine de mort.

Sa condamnation fut très connue de par le monde et amena de larges mouvement de soutien ; un symbole connu fut le tableau de Picasso, L’homme à l’oeillet, en référence à l’œillet rouge porté par Nikos Béloyannis à son procès.

Alors, en novembre 1952, les nouvelles élections permirent enfin aux forces conservatrices de former le gouvernement, le rassemblement héllénique obtenant 49,22% des suffrages, ce qui avec le système électoral lui accordait alors 247 députés sur 300 ; l’EDA, avec 9,5% des voix, n’avait aucun député.

Le maréchal Papagos devint alors premier ministre jusqu’à sa mort en 1955, permettant immédiatement l’installation de bases américaines, alors que Geórgios Papadópoulos est nommé intermédiaire entre la CIA et le service de renseignement de l’armée, ancien collaborateur des nazis dans les bataillons de sécurité, récupéré par les Britanniques puis les Américains.

Le régime est alors verrouillé, d’autant plus qu’il y a un certificat de civisme qui est exigé pour le secteur public et que peuvent demander tant les entreprises que les propriétaires d’appartements aux locataires.

Ce certificat, nécessaire également pour suivre des études, approcher les frontières, avoir une pension d’invalidité, travailler au port du Pirée, avoir un emploi dans les services considérés comme d’intérêt général tel que les hôpitaux, etc., relève de l’arbitraire le plus complet.

Il pouvait être motivé par le fait de ne pas fréquenter assez l’église, d’acheter le journal de l’EDA, d’avoir un parent exilé, de ne pas avoir voté aux élections de 1946, etc.

Pas moins d’un million de personnes vivaient sans ce certificat.

Ce contexte de contrôle social permit au régime de procéder à des dévaluations, qui bien entendu ne touchèrent pas les richesses placées à l’étranger par les classes dominantes ; les États-Unis dominaient alors le pays de par leurs « aides » et leurs investissements.

Jusqu’en 1955, il y eut 40 000 personnes emprisonnées, notamment au camp de l’île de Makronnissos marqué par la torture au service de la « rééducation ».

5 000 personnes furent exécutées, et pourtant dès 1958 la gauche démocratique formait déjà la principale opposition au régime, obtenant 24,4 % des voix pratiquement un million d’électeurs.

C’était la preuve de la vivacité permise par la position du KKE, qui connut toutefois d’importants et terribles changements.

dimanche 19 mars 2017


Le KKE et la démocratie populaire