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Le 4e congrès des écrivains comme base du Printemps de Prague

Le second congrès de l’association des écrivains en avril 1956 avait déjà été marquée par une grande offensive de l’idéologie libérale. Cependant, le quatrième congrès de l’association des écrivains, du 27 au 29 juin 1967 à Prague, fut lui une véritable prise d’assaut.

Cela suivait un événement datant du 17 mai. Au parlement, au nom de vingt députés, Jaroslav Pružinec dénonça deux films, Les Petites Marguerites de Věra Chytilová et La Fête et les Invités de Jan Němec, deux films accusés de n’avoir « rien à voir avec notre république, le socialisme et les idéaux du communisme ». Il demanda pourquoi on avait des garde-frontières si le ministre des finances et celui de l’intérieur permettaient le financement de tels films, et le ministre de l’agriculture la destruction de fruits du travail (un moment-clef du premier film consistent en deux filles dansant sur une table, écrasant les plats).

Les Petites Marguerites de Věra Chytilová

Les deux réalisateurs répondirent par une lettre ouverte, que la presse ne publia pas, disant qu’il était sans précédent même à l’époque de la république bourgeoise ou de la « pire des déformations staliniennes de la vie publique » qu’une œuvre soit mise en rapport avec le ministère de la défense.

Un grande campagne fut alors montée pour le quatrième congrès de l’association des écrivains. Dès le premier jour, l’écrivain Milan Kundera tint un long discours, très dense, reprenant de manière voilée les thèses de Tomáš Masaryk. La Tchécoslovaquie aurait un rôle historique tout à fait à part, elle porterait une lecture démocratique unique au monde, qu’il faudrait assumer comme style libéral.

La culture littéraire tchèque aurait connu une apogée dans la république bourgeoise, entre la répression nationale autrichienne et la déformation stalinienne inversant l’humanisme communiste. Il faudrait revenir à cet esprit et par conséquent combattre le vandalisme nouveau qui existe par l’intermédiaire des décisions d’interdiction de l’administration.

L’écrivain Pavel Kohout lut le message d’Alexandre Soljenitsyne au congrès des écrivains soviétiques s’étant tenu un mois auparavant, en mai 1967. Eduard Goldstücker dénonça les responsables de la politique culturelle du pays ; Antonin Liehm demanda la libre publication des points de vue occidentaux dans la presse, rejetant tant la « dictature du marché » que la « dictature du pouvoir ».

Antonin Liehm faisait également partie d’une équipe ayant pris les commandes du journal littéraire, le Literární noviny, qui diffusait à plus de cent mille exemplaires une « politique culturelle » d’esprit résolument libérale, valorisant des auteurs comme Jean-Paul Sartre, Samuel Beckett, etc. L’équivalent slovaque, Kultúrny život, La vie culturelle, suivait la même approche.

Karel Kosik dénonça le réalisme, Vaclav Havel proposa un programme en sept points. Jan Prochazka appela à la grande mobilisation des écrivains pour le libéralisme dans l’expression des idées, « jusqu’au dernier écrivain, jusqu’au dernier puissant, et jusqu’au dernier lecteur de ce monde ».

Vaclav Havel en 1967

Ludvik Vaculik mena l’attaque la plus brutale, affirmant que le congrès se tenait non pas car les membres de l’association des écrivains l’avaient voulu, mais sur ordre du « maître » ; il appela à modifier entièrement le texte de résolution finale dans un esprit de refus de toute soumission.

Il exprima sa longue position typiquement dans l’esprit de Tomáš Masaryk, faisant de la Tchécoslovaquie une sorte d’intermédiaire entre l’Ouest et l’Est (Prague est moins à l’Est que ne l’est la capitale autrichienne Vienne), avec un pessimisme très Europe centrale :

« Je ne vois pas de porte de sortie à cette situation. Du socialisme, il ne reste que le rêve de l’humanisme et de la justice. »

De manière marquée, les orateurs précisent bien qu’ils critiquent l’organisation du régime en raison de la censure, de la bureaucratie, mais pas le socialisme. On retrouve ainsi tous les éléments idéologiques du Printemps de Prague, avec sa prétention à un « socialisme à visage humain ».