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La vérité sur l’alliance de la direction du P.C.U.S. avec l’Inde contre la Chine – 1963

par la Rédaction du Renmin Ribao, 2 novembre 1963

  Sommaire  

Le 19 septembre, la Rédaction de la Pravda a publié sur la question de la frontière sino-indienne, et sous le titre : « Grave foyer de tension en Asie », un article que nous avons reproduit in extenso le 25 septembre. Au mépris des faits et mêlant le vrai et le faux, l’article calomnie la Chine en prétendant qu’elle veut résoudre la question de la frontière sino-indienne par la guerre et qu’elle ne désire pas sincèrement le règlement pacifique de cette question. Il cherche à semer la discorde entre la Chine et les pays d’Asie et d’Afrique et accuse la Chine de n’avoir pas, comme l’Inde, « positivement réagi aux propositions de la Conférence de Colombo, les acceptant intégralement et sans réserve ». Craignant qu’il n’y ait plus de trouble sous le ciel, il fait une déclaration incendiaire et affirme que le conflit frontalier sino-indien peut « à nouveau s’envenimer ».

L’article de la Pravda fut loué aussitôt par la réaction indienne et l’impérialisme américain.

Nehru déclara le 21 septembre qu’il témoigne d’« un développement significatif de l’appréciation soviétique sur la position de l’Inde ».

Se réjouissant de l’aubaine, l’Indian Information Service demanda à tous ses services d’information de donner « le maximum de publicité » au texte intégral de l’article.

La presse réactionnaire de l’Inde chanta le « total soutien soviétique à l’Inde contre la Chine », et déclara que, « se dépouillant de sa réserve ‘fraternelle’, l’Union soviétique s’est placée maintenant ouvertement aux côtés de l’Inde dans le différend frontalier sino-indien ».

De con côté, le journal américain Christian Science Monitor affirma que l’Union soviétique « joue maintenant un rôle actif » en réfrénant la Chine et que l’« Occident a raison d’en éprouver un profond et très nécessaire soulagement ». Il ajoutait que beaucoup d’Indiens envisageaient l’article de la Pravda comme un élément de dissuasion comparable aux prochaines manœuvres aériennes en faveur de l’Occident ».

L’article de la Pravda est assurément un document très important. Il y a longtemps que les dirigeants soviétiques se sont alliés aux réactionnaires indiens contre la Chine socialiste. L’article marque leur passage de la neutralité simulée, qui était en fait une prise de position en faveur de la réaction indienne, à la collaboration avec l’impérialisme américain pour appuyer ouvertement la réaction indienne.

 I

La question de la frontière sino-indienne est l’une des importantes divergences de principe qui existent entre les dirigeants soviétiques et nous. Nous aurions préféré rester discrets quant à l’origine et l’évolution de cette divergence entre la Chine et l’Union soviétique. Mais les dirigeants soviétiques ont maintenant sur cette origine et cette évolution levé le voile et, de plus ils ont affirmé dans la déclaration du 21 septembre du gouvernement soviétique que, depuis 1959, leur position au sujet de la question de la frontière sino-indienne a toujours été juste, tandis que celle de la Chine est fausse, il s’avère donc nécessaire de voir comment notre divergence d’avec les dirigeants soviétiques dans cette question a évolué au cours de ces quelques dernières années, afin de pouvoir distinguer entre la vérité et le mensonge.

1. Après que les réactionnaires indiens eurent échoué dans leur aide à la clique réactionnaire des couches supérieures du Tibet qu’ils avaient incitée à la rébellion armée, ils provoquèrent le premier choc armé à la frontière sino-indienne à la date du 25 août 1959. Le 6 septembre 1959, un dirigeant chinois informait le chargé d’affaires soviétique par intérim des faits concernant ce choc armé et de la politique chinoise toute en efforts pour éviter les conflits. Il fit remarquer également que le but poursuivi par le gouvernement indien, en provoquant le conflit frontalier, était de combattre le communisme et la Chine, que la bourgeoisie indienne devenait de plus en plus réactionnaire avec l’accentuation de la lutte de classes à l’intérieur et que cela était tout à fait dans la logique des choses ; qu’il était indispensable de ne pas donner dans le piège de Nehru qui s’efforçait d’exercer une pression sur la Chine en utilisant l’Union soviétique.

2. Dans la matinée du 9 septembre 1959, le chargé d’affaires soviétique par intérim informa le gouvernement chinois que son gouvernement ferait émettre, le 10 septembre, une déclaration par l’Agence Tass sur la question de la frontière sino-indienne et lui en remit copie. Le gouvernement chinois déclara aussitôt, par principe, qu’il serait préférable que le gouvernement soviétique s’abstienne de faire une déclaration publique sur le sujet. Dans l’après-midi du même jour, le gouvernement chinois remit au chargé d’affaires soviétique par intérim copie de la lettre adressée le 8 septembre par le premier ministre Chou En-laï au premier ministre Nehru et par laquelle le gouvernement chinois proposait au gouvernement indien un règlement à l’amiable de la question frontière par voie de négociations et le statu quo à la frontière jusqu’au moment du règlement. Dans la soirée du même jour, le gouvernement chinois informa le chargé d’affaires soviétique par intérim que la Chine avait publié la lettre du premier ministre Chou En-laï à Nehru et demanda que le gouvernement soviétique prenne en considération l’attitude et la position du gouvernement chinois telles qu’exprimées dans la lettre et qu’il ne fasse pas émettre la déclaration de l’Agence Tass.

3. Dans la nuit du 9 septembre 1959, sans tenir compte de l’avis de la Chine, le gouvernement soviétique faisait émettre la déclaration de l’Agence Tass, et cela en avance sur l’horaire et il y a porté au grand jour les divergences sino-soviétiques. Dans cette déclaration, il exprimait vaguement son « regret » au sujet du conflit frontalier sino-indien, sans opérer de distinction entre le vrai et le faux, et quoique assumant une neutralité toute en apparence, prenait parti pour l’Inde et condamnait la Chine.

4. Le 30 septembre 1959, le camarde Khrouchtchev blâma publiquement la Chine, prétendant qu’elle voulait « sonder par la force la stabilité du capitalisme ». Le monde entier y vit une insinuation comme quoi la Chine était « belliqueuse » dans ce qui touchait à Taïwan et à la frontière sino-indienne.

5. Le 2 octobre 1959, les dirigeants chinois expliquèrent de vive voix au camarade Khrouchtchev le conflit frontalier sino-indien tel qu’il se présentait en réalité et en firent l’historique, tout en faisant remarquer que c’était l’Inde qui avait franchi la frontière et mené des provocations et que céder tout le temps aux réactionnaires indiens n’arrangerait rien. Mais Khrouchtchev ne désirait nullement connaître la vraie situation ni les auteurs de la provocation, et il se contenta d’insister sur le fait que, n’importe comment, tuer des gens est mal.

6. Le 21 octobre 1959, les réactionnaires indiens provoquaient un second choc armé à la frontière sino-indienne. Le 26 octobre, le gouvernement chinois mit le chargé d’affaires soviétique par intérim au courant des faits.

7. Le 31 octobre 1959, à une session du Soviet suprême de l’U.R.S.S., Khrouchtchev exprima une fois de plus « regret » et « affliction » à propos du conflit frontalier sino-indien et écarta la responsabilité de l’Inde dans cette provocation.

8. Le 7 novembre 1959, recevant un correspondant de l’hebdomadaire indien New Age, Khrouchtchev déclara que l’incident de frontière sino-indien était une histoire « triste » et « stupide ». Il cita le règlement de la question de la frontière soviéto-iranienne et dit : « Que sont quelques kilomètres pour un pays tels que l’Union soviétique ? », insinuant par là que la Chine devrait faire cession de territoire pour satisfaire aux prétentions de l’Inde.

9. Entre le 10 décembre 1959 et le 30 janvier 1960, les dirigeants chinois eurent six entretiens avec l’ambassadeur soviétique, au cours desquels ils lui firent remarquer que les dirigeants soviétiques avaient tort d’« observer strictement la neutralité » dans la question de la frontière sino-indienne et que, loin d’être neutres, leurs déclarations blâmaient en fait la Chine et étaient en faveur de l’Inde.

10. Le 6 février 1960, une notification verbale au Comité central du P.C.C., le comité central du P.C.U.S. déclarait qu’« il ne serait nullement sérieux de croire qu’un Etat comme l’Inde, de loin plus faible militairement et économiquement que la Chine, pourrait réellement tenter de déclencher une attaque militaire contre la Chine et passer à l’agression contre elle », que la manière d’agir de la Chine était « l’expression d’un nationalisme étroit » et que « lorsque des coups de feu retentirent à la frontière sino-indienne à la veille du voyage de N.S. Khrouchtchev aux Etats-Unis, le monde entier estima que c’était là un événement susceptible d’entraver l’action pacifique de l’Union soviétique ».

11. Le 22 juin 1960, à la rencontre de Bucarest, Khrouchtchev déclara au chef de la délégation du P.C.C. : « Je sais ce qu’est la guerre. Puisque des Indiens ont été tués, cela signifie que la Chine a attaqué l’Inde ». Et d’ajouter : « Nous sommes des communistes et savoir où court la ligne frontière n’est pas un problème important pour nous ».

12. Le 8 octobre 1962, un dirigeant chinois informa l’ambassadeur soviétique que la Chine avait des informations sur ce que l’Inde allait déclencher une attaque massive à la frontière sino-indienne et que si elle attaquait, la Chine se défendrait résolument. Il fit remarquer également que l’utilisation par l’Inde d’hélicoptères et d’avions de transport de fabrication soviétique pour opérer des parachutages dans les régions situées le long de la frontière sino-indienne et y transporter des fournitures militaires faisait mauvaise impression sur nos garde-frontières, et que nous tenions pour un devoir international d’en informer le côté soviétique.

13. Les 13 et 14 octobre 1962, Khrouchtchev déclara à l’ambassadeur de Chine : Pour ce qui est des préparatifs indiens en vue de déclencher une attaque contre la Chine, nos informations concordent avec les vôtres. Si nous nous trouvions dans votre position, nous aurions adopté les mêmes mesures que vous. La neutralité dans la question de la frontière sino-indienne est impossible. Ce serait un acte de trahison si nous nous déclarions neutres quand la Chine est attaquée.

14. Le 20 octobre 1962, les réactionnaires indiens déclenchaient une attaque massive contre la Chine. Le 25 octobre, la Pravda publiait un éditorial qui faisait ressortir que la ligne McMahon de triste notoriété avait été imposée aux peuples chinois et indien, et qu’elle n’avait jamais été reconnue par la Chine. Le journal disait que les trois propositions formulées par le gouvernement chinois dans sa déclaration du 24 octobre étaient constructives et représentaient une base acceptable pour l’ouverture de négociations entre les deux parties, la Chine et l’Inde, en vue d’un règlement pacifique du différend.

15. Le 12 décembre 1962, Khrouchtchev, oubliant tout ce qu’il avait dit moins de deux mois plus tôt, reprenait le ton qu’il avait abandonné et insinuait ce qui suit à une session du Soviet suprême de l’U.R.S.S. : Les régions contestées par la Chine et l’Inde ne présentent pas un grand intérêt pour la vie si on en juge par le fait que la densité de la population y est infime. Nous ne pensons pas du tout que l’Inde ait voulu déclencher la guerre contre la Chine. Dans la question des différends frontaliers, nous nous en tenons aux principes de Lénine. L’expérience de quarante-cinq ans d’existence de l’Union soviétique nous dit qu’il n’est pas de différend frontalier que l’on ne puisse régler sans faire appel aux armes. Bien sûr, c’était bien de la part de la Chine d’avoir ordonné de son côté un cessez-le-feu et d’avoir retiré ses troupes ; mais n’aurait-ce pas été mieux si les troupes chinoises n’avaient pas avancé à partir de leurs positions initiales ?

16. Par la publication le 19 septembre 1963 de l’article de la Rédaction de la Pravda, les dirigeants soviétiques ont rejeté tout camouflage et se sont rangés ouvertement du côté des impérialistes américains en appuyant les réactionnaires indiens contre la Chine socialiste.

Il découle clairement des faits cités plus haut que la Chine a fait tout ce qu’elle pouvait pour éliminer les divergences entre elle et l’Union soviétique au sujet de la question de la frontière sino-indienne. Mais les dirigeants du P.C.U.S. se sont obstinés dans leur attitude de chauvinisme de grande puissance, ils n’ont nullement voulu entendre raison et prêter oreille à l’opinion de la Chine. Ils ont porté les divergences sino-soviétiques au grand jour afin de créer le soi-disant esprit de Camp David et de faire un cadeau de circonstance aux impérialistes américains. Durant la crise des Caraïbes, il leur est arrivé d’avoir quelques paroles équitables en apparence, par souci des convenances. Mais la crise passée, ils sont revenus sur leurs paroles. Ils ont toujours été du côté des réactionnaires indiens, contre la Chine. Les faits montrent que la position adoptée par les dirigeants du P.C.U.S. dans la question de la frontière sino-indienne est une trahison totale envers l’internationalisme prolétarien.

 II

Les divergences, de ces quatre dernières années, entre les dirigeants soviétiques et nous à propos de la question de la frontière sino-indienne peuvent être résumées sous les quatre points suivants :

1. La question de la frontière sino-indienne est-elle une question de principe majeure ou une question insignifiante ?

2. Qui a insisté sur le maintien du statu quo à la frontière et qui a provoqué les chocs armés ?

3. Quelle attitude un pays socialiste se doit-il d’adopter face aux attaques armées de la réaction bourgeoise ?

4. Qui ne désire pas sincèrement le règlement pacifique de la question de la frontière sino-indienne, l’Inde ou la Chine ?

Voyons maintenant comment, sur ces quatre points, les dirigeants soviétiques ont, pour un motif inavoué, dédaigné les faits et mêlé le vrai et le faux en soutenant l’Inde et en trahissant la Chine.

1. La question de la frontière sino-indienne est-elle une question de principe majeure ou une question insignifiante

Tout le monde sait qu’elle met en cause 125.000 kilomètres² de territoire chinois. C’est pour cela qu’elle est d’importance majeure et non pas insignifiante. Nous avons toujours soutenu que même une question d’une telle importance peut être réglée, si chacune des parties traite l’autre en égale et fait preuve d’un esprit de compréhension et de concession mutuelles. Cependant, le gouvernement indien a non seulement occupé 90.000 km² de territoire chinois situés dans le secteur oriental de la frontière sino-indienne, au sud de la ligne McMahon qui n’a aucune légalité, et 2.000 km² dans le secteur central, mais il est insatiable et se propose d’envahir, dans le secteur occidental, 33.000 km² de territoire qui ont toujours été sous juridiction chinoise. C’est pour cette raison que la question de la frontière sino-indienne n’a pu être réglée depuis tout ce temps.

Les dirigeants soviétiques affirment toutefois qu’il s’agit d’une question insignifiante.

Khrouchtchev a déclaré : « Que sont quelques kilomètres ? »

Nous ne pouvons pas marquer notre accord à ce sujet. Il n’est pas question de quelques kilomètres, mais de 125.000 km². Que représentent 125.000 km² ? Une superficie dépassant celle des Républiques soviétiques d’Azerbaïdjan et d’Arménie, prises ensemble. Si un pays capitaliste se mettait en tête d’envahir ces deux républiques fédératives de l’Union soviétique, les dirigeants soviétiques l’envisageraient-ils aussi comme une affaire insignifiante, ne valant pas qu’on s’y arrête ?

Nous ne pouvons pas plus marquer notre accord avec ceci. Qui a jamais affirmé que les pays socialistes ne doivent défendre que leurs territoires à population dense et non ceux à population clairsemée ? La densité de la population de la région du secteur oriental de la frontière sino-indienne équivaut à celle de la République socialiste de Turkménistan. Et la région du secteur occidental de la frontière sino-indienne n’est en aucune façon moins peuplée que la vaste zone glacée du nord-est de l’Union soviétique, qu’un bras de mer sépare de l’Alaska, qui est américain. Si un pays capitaliste se mettait en tête d’envahir ces régions de l’Union soviétique, les dirigeants soviétiques estimeraient-ils aussi qu’il n’y a pas lieu de s’en soucier et que cession pourrait être faite ?

Les dirigeants soviétiques prétendent aussi que les communistes n’ont pas à se préoccuper de savoir où court la ligne frontière.

Ce sont évidemment de fortes paroles. Les dirigeants soviétiques ont malheureusement oublié que nous vivons dans un monde où existent classes et Etats, un monde qui compte toujours des impérialistes et la réaction bourgeoise. Si ces paroles avaient force d’application, les pays socialistes ne serait-ils pas totalement privés du droit de défendre leurs propres frontières ? Et que resterait-il de la détermination unanime des pays socialistes de maintenir l’intangibilité de la ligne Oder-Neisse comme frontière germano-polonaise ? De toute évidence, les peuples de l’Union soviétique et des autres pays socialistes ne peuvent accepter ces propos absurdes.

2. Qui a insisté sur le maintien du statu quo à la frontière et qui a provoqué les chocs armés ?

La réponse est claire.

Quoique l’Inde ait déjà occupé plus de 90.000 km² de territoire chinois, la Chine a toujours estimé qu’il fallait régler pacifiquement, par voie de négociations, la question frontière, et qu’il fallait maintenir le statu quo à la frontière et éviter tout conflit en attendant qu’intervienne pareil règlement.

Mais les réactionnaires indiens, eux, ne veulent ni régler pacifiquement la question de la frontière par la négociation, ni maintenir le statu quo, qui est un fait objectif. Pour réaliser leur ambition qui est d’occuper encore un peu plus de 30.000 km² de territoire chinois, ils n’ont pas hésité à recourir à la force, à violer de façon répétée le statu quo à la frontière et ils y ont même provoqué des chocs armés.

Pour celui qui respecte les faits et est sans préjugés, les deux positions diamétralement opposées de la Chine et de l’Inde dans la question de la frontière sino-indienne sont parfaitement claires.

La Chine s’est efforcée inlassablement de maintenir le statu quo à la frontière, d’y assumer la tranquillité et de promouvoir un règlement négocié de la question.

Elle ne reconnaît pas la ligne McMahon qui n’a aucune légalité. Et cependant elle ne l’a jamais franchie au cours de la bonne dernière dizaine d’années.

Après que l’Inde eut provoqué deux chocs armés à la frontière, c’est la Chine qui proposa, le 7 novembre 1959, que les forces armées des deux parties se retirent de part et d’autre de la ligne de contrôle effectif sur une profondeur de vingt kilomètres et cessent d’y patrouiller. L’inde rejeta cette proposition. Néanmoins, la Chine cessa les patrouilles de son côté.

En avril 1960, en dépit de la campagne antichinoise déclenchée par la réaction indienne, le premier ministre chinois se rendit en personne à New Delhi et y eut des entretiens avec le premier ministre indien. Cependant, l’Inde ne veut ni le règlement pacifique de la question frontière ni le maintien du statu quo à la frontière.

En 1961, et plus particulièrement en 1962, l’Inde tira parti de la cessation des patrouilles par la Chine seule et avança, occupant de plus en plus de territoire chinois et passant à des provocations armées de plus en plus sérieuses. La Chine fit preuve de la plus grande longanimité et d’une retenue extrême, et, d’août à octobre 1962, elle proposa par trois fois l’ouverture de négociations au sujet de la question frontière, que l’Inde rejeta par trois fois.

Le 12 octobre 1962, Nehru annonça qu’il avait donné l’ordre de « nettoyer » les territoires chinois de leurs troupes chinoises. Le 20 octobre 1962, les troupes indiennes déclenchaient une attaque générale de grand style. Et ce n’est que lorsque la situation fut intenable et qu’il n’y eut plus où reculer que la Chine riposta pour se défendre. Cependant, pour retourner la situation, elle formula trois propositions, au moment opportun, le 24 octobre, afin de mettre fin au conflit, de reprendre les négociations et de régler pacifiquement la question de la frontière. L’Inde ayant rejeté ces propositions, la Chine prit une fois de plus l’initiative en appliquant d’importantes mesures conciliatoires ; cessez-le-feu, retrait des troupes, etc.

Les événements de ces dernières années montrent que c’est la Chine qui a insisté sur le maintien du statu quo à la frontière, et que c’est l’Inde qui a essayé de le modifier par la force. C’est la Chine qui a formulé toutes les propositions de paix, et c’est l’Inde qui a provoqué chacun des chocs armés.

Cependant, les dirigeants soviétiques ferment les yeux sur tous ces faits, qui sont flagrants. Ils n’ont jamais proféré publiquement le moindre blâme contre l’Inde, alors que, depuis plusieurs années, les réactionnaires indiens multiplient les provocations armées, grignotent le territoire chinois et ont fini par lancer une attaque de grand style. Et lorsque la Chine fut dans l’obligation de passer à la riposte, ils ont fait se lever un tollé général, calomnié la Chine à outrance, et n’ont pas voulu démordre de ce qu’elle « voulait résoudre par voie militaire la discorde frontalière avec l’Inde ». Sur quoi s’appuient-ils pour formuler pareille affirmation ?

Khrouchtchev a déclaré : « Je sais ce qu’est la guerre. Puisque des Indiens ont été tués, cela signifie que la Chine a attaqué l’Inde ».

C’est tout ce qu’il y a de plus saugrenu. Cela revient à dire que, face à l’agresseur, il faut accepter de se laisser battre et ne pas riposter, parce que si riposte il y a, l’adversaire pourrait avoir des tués et, ainsi, vous seriez- vous-même l’agresseur. Peut-on s’exprimer de la sorte sans aller à l’encontre de sa conscience ?

Khrouchtchev a dit : « Nous ne pensons pas du tout que l’Inde ait voulu déclencher la guerre contre la Chine. Les dirigeants soviétiques ont dit aussi qu’« il ne serait nullement sérieux de croire qu’un Etat comme l’Inde, de loin plus faible militairement et économiquement que la Chine, pourrait réellement tenter de déclencher une attaque militaire contre la Chine et passer à l’agression contre elle ». En d’autres termes, puisque la Chine est plus puissante que l’Inde, il n’y a pour les dirigeants soviétiques qu’une seule possibilité : c’est la Chine qui a déclenché une attaque militaire et est passée à l’agression contre l’Inde, l’inverse étant exclu.

Cette affirmation est tout aussi saugrenue. Il suffit d’avoir une connaissance élémentaire du marxisme-léninisme pour savoir que tous les réactionnaires sont des subjectivistes et mésestiment généralement le rapport des forces et l’évolution de la conjoncture. Les réactionnaires indiens ne font pas exception à la règle. Ils ont considéré la longanimité et la retenue dont la Chine fait preuve depuis longtemps comme un signe de sa faiblesse et de ce qu’elle pouvait être rudoyée. Ils s’imaginaient qu’ils n’avaient rien à craindre puisque les impérialistes les épaulaient et que les dirigeants soviétiques les soutenaient, qu’il leur suffisait de passer à l’action pour contraindre la Chine à reculer et réaliser ainsi leurs ambitions territoriales. C’est à partir de ces fausses analyses et estimations qu’ils ont déclenché leur attaque massive contre la Chine. Et loin d’oser affronter les faits, les dirigeants soviétiques ont pris la puissance d’un pays comme critère permettant de juger qui est agresseur ou victime, ce qui est absurde. Y a-t-il la moindre parcelle de marxisme-léninisme dans cette attitude ?

Le cessez-le-feu et le retrait dont la Chine a pris l’initiative ont été chaudement acclamés et loués dans le monde entier par les pays et les peuples attachés à la paix. Mais, pour quelque motif peu avouable, Khrouchtchev a attaqué la Chine de biais, en affirmant que c’était bien, de la part de la Chine, d’avoir ordonné de son côté un cessez-le-feu et d’avoir retiré ses troupes, mais ajouta-t-il, n’aurait-ce pas été mieux si les troupes chinoises n’avaient pas avancé à partir de leurs positions initiales ?

La question semble fort adroite. Mais nous aimerions demander au dirigeant soviétique : Pourquoi n’avez-vous pas demandé à Nehru s’il n’aurait pas été bien plus préférable encore de ne pas donner l’ordre d’attaquer ? Comment peut-il y avoir eu riposte sans qu’il y ait eu attaque ? N’est-ce pas quelque chose que même un écolier peut saisir ?

Nous pouvons dire au dirigeant soviétique que si, au cours de leur riposte en légitime défense, les gardes-frontières chinois ont été jusque sur la terre chinoise située au sud de l’illégale ligne McMahon, c’était pour défaire complètement l’assaut des réactionnaires indiens et briser leur plan visant à modifier le statu quo à la frontière par la force. Nous avons alors pris l’initiative du cessez-le-feu et du retrait, conformément à notre position constante de ne pas modifier le statu quo à la frontière par la force et afin de susciter les conditions qui permettraient de régler la question de la frontière par la négociation. Il n’y a là rien d’incompréhensible. Comme les faits le prouvent, c’est parce que nous avons riposté que les réactionnaires indiens se sont quelque peu assagis et que la tension à la frontière indienne s’est, pour l’essentiel, relâchée.

3. Quelle attitude un pays socialiste se doit-il d’adopter face aux attaques armées de la réaction bourgeoise ?

Face aux attaques armées de la réaction bourgeoise, il ne reste à un pays socialiste qu’à se défendre ou à capituler. Selon la logique des déclarations des dirigeants soviétiques, seule la capitulation serait admissible, et agir autrement reviendrait à violer les principes de la coexistence pacifique. Leur point de vue, disent-ils, est léniniste, tandis que la riposte opérée en légitime défense par la Chine et le rejet de l’assaut des réactionnaires indiens participent d’une manière d’agir non léniniste et sont l’expression d’un nationalisme étroit.

Le léninisme interdit-il la riposte comme moyen de défense contre les attaques armées de la réaction ? Non, certainement pas. Et affirmer le contraire est un outrage à la mémoire du grand Lénine.

La coexistence pacifique telle que l’a formulée Lénine prescrit-elle qu’il faut accepter les coups sans les rendre ? Non, certainement pas. Et affirmer le contraire est une insulte à la mémoire du grand Lénine.

Tout le monde sait que la coexistence pacifique constitue un principe auquel les deux parties doivent se tenir. Les conflits ne peuvent être évités et la coexistence pacifique ne peut être que si les deux parties désirent cette coexistence et la pratiquent. Le conflit est inévitable si l’une des deux parties est décidée à recourir à la force et quelle que soit la longanimité dont l’autre partie fait preuve. C’est du simple bon sens. La Chine a fait tout ce qu’il lui était possible de faire pour éviter le conflit au sujet de la frontière sino-indienne. Les réactionnaires indiens ont imposé les chocs armés à la Chine. Si, après sa riposte en légitime défense, la Chine a appliqué rapidement un cessez-le-feu et opéré un retrait, c’est précisément pour régler la question de la frontière par la négociation et pour maintenir la coexistence pacifique. Ce que les dirigeants soviétiques entendent par coexistence pacifique est en vérité du capitulationnisme. Et le capitulationnisme n’entre pas dans notre politique.

Pour défendre ses vues erronées, Khrouchtchev a déclaré : L’expérience de quarante-cinq ans d’existence de l’Union soviétique nous dit qu’il n’est pas de différend frontalier que l’on ne puisse régler sans faire appel aux armes.

Voilà une entorse flagrante à l’histoire de l’Union soviétique.

Rappelons l’incident qui marqua les relations soviéto-turques en 1921 : l’Etat soviétique avait soutenu énergiquement la révolution turque et un traité d’amitié soviéto-turc était en cours de négociation, mais le gouvernement de Kémal Pacha, qui rêvait de rétablir la grande Turquie, occupa par la force des territoires de l’Etat soviétique, et après la signature du traité soviéto-turc, il s’empara même de Batoum, la grande cité géorgienne. C’est dans ces circonstances que le gouvernement des Soviets ordonna à l’Armée rouge de riposter pour se défendre. Elle reprit Batoum après trois jours de combat. C’est seulement ainsi qu’un coup d’arrêt fut porté aux ambitions expansionnistes du gouvernement de Kémal Pacha, que la frontière de l’Etat soviétique fut protégée et que les relations amicales entre l’Union soviétique et la Turquie furent préservées.

On aimerait demander ceci aux dirigeants soviétiques : Pouvez-vous affirmer que cette action de légitime défense de l’Armée rouge était non léniniste ? Pouvez-vous affirmer que la décision prise par Lénine était la manifestation d’un nationalisme étroit ?

Non, bien sûr. Tout au contraire, les vues de Khrouchtchev sur la question de la frontière sino-indienne sont un exemple frappant de son altération de la coexistence pacifique selon Lénine.

4. Qui ne désire pas sincèrement le règlement pacifique de la question de la frontière sino-indienne, l’Inde ou la Chine ?

Après avoir repoussé l’attaque massive des réactionnaires indiens, la Chine a poursuivi fermement, comme par le passé, sa politique de règlement pacifique de la question de la frontière sino-indienne. Le gouvernement chinois a pris des mesures positives pour stabiliser le cessez-le-feu, rompre le contact entre les forces armées des deux parties, détendre la situation à la frontière, en vue de rechercher un règlement négocié de la question. Le gouvernement indien s’est efforcé, tout au contraire, d’ébranler le cessez-le-feu, de maintenir le contact entre les forces armées des deux parties, il continue à créer la tension et refuse obstinément de négocier. Le monde entier peut juger de ces deux attitudes qui sont nettement opposées.

Néanmoins, les dirigeants soviétiques ont accusé la Chine, sans aucune justification, de ne pas désirer sincèrement le règlement pacifique de la question de la frontière sino-indienne, de ne pas écouter la voix de la raison qui exprime la volonté des peuples afro-asiatiques, et ils ont prétendu que, « alors que le gouvernement de l’Inde avait réagi positivement aux propositions de la Conférence de Colombo, les acceptant intégralement et sans réserve, et s’était déclaré prêt à entamer des pourparlers avec la République populaire de Chine sur la base de ces propositions, le gouvernement chinois n’a pas accepté jusqu’ici ces propositions des pays neutres amis et ne s’est pas montré disposé à entamer des pourparlers sur la base proposée… Aucune mesure constructive n’a été prise par le gouvernement chinois ».

Les faits sont plus forts que les paroles. Voyons ce qu’a fait la Chine.

1) Les gardes-frontières chinois ont, sur notre initiative, cessé le feu et opéré un retrait. Ils ont non seulement évacué les territoires appartenant à la Chine et où ils étaient arrivés au cours de leur riposte en légitime défense, mais ils se sont retirés jusqu’à vingt kilomètres en deçà de la ligne de contrôle effectif du 7 novembre 1959.

2) Pour créer une atmosphère propice à la reprise des négociations, le gouvernement chinois a, de sa propre initiative, libéré et rapatrié tous les officiers et soldats indiens capturés et remis à la partie indienne la plupart des armes et autres matériels de guerre saisis.

3) Le gouvernement chinois a proposé à plusieurs reprises des entretiens entre premiers ministres chinois et indien et déclaré que si le Premier ministre indien voyait quelque inconvénient à venir à Pékin, notre Premier ministre était disposé à se rendre une fois de plus à New Delhi en vue d’y rechercher une voie qui permettait de régler pacifiquement la question de la frontière sino-indienne. Nous avons renouvelé cette proposition récemment encore.

4) Les grands efforts faits par la Chine ont constitué le fondement de la médiation des pays de la Conférence de Colombo, fait qui a été unanimement reconnu par ces pays. Le gouvernement chinois a répondu positivement à l’appel et aux propositions de la Conférence de Colombo, il a, par ses propres actions, mis la majeure partie de ces propositions en application, et dans certains domaines, il est même allé au-delà de ce qu’attendent les propositions de Colombo. Par exemple, les propositions de Colombo demandaient à la Chine de se retirer de vingt kilomètres uniquement dans le secteur occidental de la frontière sino-indienne. Or, la chine en a fait autant dans les secteurs central et oriental.

5) En réponse aux efforts de médiation des pays de la Conférence de Colombo, la Chine a, en outre, évacué sans y installer de postes civils les régions situées du côté chinois de la ligne de contrôle effectif et qui avaient été envahies par l’Inde, ainsi que les régions où il y a contestation entre la Chine et l’Inde au sujet des dispositions du cessez-le-feu.

6) L’attitude de la Chine envers les propositions de Colombo est sincère et conséquente. La Chine accepte en principe ces propositions comme base pour l’ouverture de négociations entre la Chine et l’Inde, et n’érige pas sa propre interprétation de certaines clauses en conditions préalable à l’ouverture des négociations.

Ces mesures importantes et constructives, prises par la Chine, ont fourni des conditions appropriées pour de nouvelles négociations sino-indiennes, et ont valu à la Chine la haute estime et des éloges de la part des pays de la Conférence de Colombo. Pas un seul de ces pays n’a nié que l’attitude de la Chine à l’égard de la Conférence de Colombo soit positive, qu’elle participe d’un esprit de coopération, que la Chine désire sincèrement un règlement pacifique de la question de la frontière sino-indienne et qu’elle ait déjà contribué de manière importante à ce règlement. N’est-ce pas pur mensonge de la part de la Pravda d’affirmer qu’« aucune mesure constructive n’a été prise par le gouvernement chinois ? »

Voyons maintenant ce qu’a fait le gouvernement indien.

Alors que la Chine prenait l’initiative du cessez-le-feu, l’Inde poursuivait ses provocations à la frontière.

Alors que la Chine opérait un retrait de sa propre initiative, l’Inde repartait en avant.

Alors que la Chine libérait et rapatriait tous les Indiens capturés, l’Inde arrêtait et persécutait les ressortissants chinois.

Alors que la chine faisait, comme toujours, ce qu’elle pouvait pour améliorer les relations entre les deux pays, l’Inde continuait à attiser l’hystérie antichinoise.

Alors que la Chine proposait l’ouverture inconditionnelle des négociations, l’Inde insistait sur ses conditions préalables et refusait de négocier.

Tout cela signifie, selon les dirigeants soviétiques, que l’Inde « réagi positivement » aux propositions de Colombo, tandis que la Chine, elle, n’aurait rien fait. Lorsqu’ils divaguent de la sorte, que s’imaginent-ils qu’est la Conférence de Colombo ? Une conférence pour promouvoir la négociation directe entre la Chine et l’Inde ou une conférence pour favoriser l’Inde contre la Chine ?

Pour essayer de masquer l’arrogance que constitue son refus de la négociation, le gouvernement indien a invoqué un prétexte qui s’appelle « l’acceptation en bloc des propositions de Colombo ». Que cache cette acceptation ? Au début, l’Inde aussi avait estimé que les propositions de Colombo n’étaient pas claires et elle avait déclaré ne les accepter qu’en principe. C’est seulement lorsqu’eut été produit un document présenté comme les éclaircissements de New Delhi concernant les propositions de Colombo qu’elle déclara « accepter en bloc » ces propositions. La Chine ignorait tout de ces prétendus éclaircissements de New Delhi. Elle découvrit par la suite qu’il s’agissait en fait d’un document élaboré par le gouvernement indien, de son interprétation des propositions de Colombo. Aussi, en insistant sur la nécessité d’une « acceptation en bloc des propositions de Colombo », le gouvernement indien posait-il en fait comme préalable à l’ouverture de négociations entre la Chine et l’Inde l’acceptation de son interprétation à lui de ses propositions. Il savait parfaitement bien que la Chine n’accepterait jamais de telles conditions préalables que rien ne peut justifier. Il a insisté à ce sujet pour empêcher la négociation. C’est là une machination visant à dénaturer les bonnes intentions médiatrices des pays de la Conférence de Colombo. Et en chantant cette vile manœuvre, la Pravda fait ressortir tout simplement que les dirigeants soviétiques ne désirent ni voir régler la question de la frontière sino-indienne ni voir réussir les efforts de médiation des pays de la Conférence de Colombo.

Plus ridicule encore est la tentative de la Pravda de couvrir la réaction indienne, en décrivant la conclusion par la Chine d’accords frontaliers avec la Birmanie, le Népal et d’autres pays voisins, par voie de négociations, comme la preuve de son manque de sincérité au sujet de la solution pacifique à donner à la question de la frontière sino-indienne. La logique de la Pravda revient à ceci : Puisque la Chine a su régler pacifiquement ses questions de frontière avec la Birmanie, le Népal et d’autres pays, pourquoi ne peut-elle en faire autant avec l’Inde ? Il en découle que la Chine manque de sincérité au sujet de la solution pacifique à donner à la question de la frontière sino-indienne. Quelle magnifique déduction ! N’importe qui à même de raisonner logiquement déduira certainement de la conclusion par la Chine d’accords frontaliers avec la Birmanie, le Népal et d’autres pays voisins que si le gouvernement indien était sincère, lui aussi, la question de la frontière sino-indienne pourrait être résolue pacifiquement, tout comme la question de la frontière sino-birmane et la question de la frontière sino-népalaise l’ont été. Si la question de la frontière sino-indienne n’a pas été réglée, la responsabilité n’en incombe nullement à la Chine. Les dirigeants soviétiques en ont néanmoins tiré une conclusion diamétralement opposée. Il semble que dans leurs efforts pour collaborer avec les États-Unis, soutenir l’Inde et s’opposer à la Chine, les dirigeants soviétiques sont descendus au point de dédaigner la logique élémentaire.

 III

La position des dirigeants soviétiques dans la question de la frontière sino-indienne est un total abandon de l’internationalisme prolétarien et ne peut même pas être considéré comme neutre. Avec l’impérialisme américain, ils aident les réactionnaires indiens contre la Chine socialiste et aussi contre le peuple indien. Ils ont trahi le camp socialiste et le peuple indien.

Leur position est également toute différente de celle des pays d’Asie et d’Afrique qui maintiennent une stricte neutralité.

Les pays afro-asiatiques respectent les faits et écoutent patiemment les points de vue de la Chine et de l’Inde. Les dirigeants soviétiques, eux, veulent ignorer les faits et ne prêtent l’oreille qu’aux réactionnaires indiens.

Les pays afro-asiatiques examinent sérieusement qui dans le différend est dans le vrai et le faux et évitent les jugements hâtifs. Les dirigeants soviétiques, eux, s’obstinent à affirmer arbitrairement que la Chine est tombée dans l’erreur.

Les six pays d’Asie et d’Afrique qui ont participé à la Conférence de Colombo ont fait connaître à maintes reprises que leur tâche était la médiation et non l’arbitrage, qu’ils visaient à promouvoir la négociation directe entre la Chine et l’Inde et qu’il n’était pas indispensable que les deux pays acceptent en bloc les propositions de Colombo avant de se retrouver autour d’une table. Cependant, tout comme les réactionnaires indiens, les dirigeants soviétiques demandent que la Chine « accepte en bloc » ces propositions, ceci dans l’intention d’amener les pays de la Conférence de Colombo sur une position pro-indienne.

Les pays afro-asiatiques souhaitent sincèrement que la question de la frontière sino-indienne aboutisse à un règlement pacifique par voie de négociations et que la détente se maintienne à la frontière sino-indienne. Le communiqué conjoint publié récemment par Gamal Abdel Nasser, président de la R.A.U., et Mme Sirimavo Bandaranaike, premier ministre de Ceylan, estime que « les pays de Colombo doivent poursuivre leurs efforts afin de faire disparaître les relations tendues entre ces deux grands pays [la Chine et l’Inde] avec lesquelles la R.A.U. et Ceylan sont unis par les liens de l’amitié ». Par contre, les dirigeants soviétiques font l’impossible pour attiser le feu et ont affirmé que le conflit frontalier sino-indien peut « à nouveau s’envenimer », dédaignant par là le fait que la tension s’est depuis longtemps relâchée à la frontière sino-indienne grâce aux efforts de la Chine.

La vérité est à tel point évidente que même la clique du renégat Tito, proche amie des dirigeants soviétiques, a dû admettre que « dans ses analyses concernant le conflit himalayen, le gouvernement soviétique est allé plus loin encore que les pays de Colombo, accusant avant tout la Chine d’être responsable « du conflit ». (Nouvelle action des pays de Colombo, Politika, Belgrade, 4 octobre 1963).

Les choses n’en sont pas restées là. Ces derniers temps, il est arrivé aux dirigeants soviétiques d’en faire même plus que l’impérialisme américain, dans leur soutien aux réactionnaires indiens. L’impérialisme américain sait pertinemment bien que c’est pour lui soutirer de l’argent que les réactionnaires indiens fabriquent des rumeurs fantastiques selon lesquelles la Chine s’apprêterait à « envahir » l’Inde, et c’est pourquoi il adopte la plupart du temps, à ce sujet, une attitude faite d’expectative et de réserve. Tandis que les dirigeants soviétiques, eux, se dépensent sans compter pour faire écho aux rumeurs inventées par le gouvernement de Nehru.

Dans la question de la frontière sino-indienne, nous avons toujours accueilli favorablement les efforts faits par les pays amis d’Asie et d’Afrique dans un esprit d’équité en vue de promouvoir la négociation directe entre la Chine et l’Inde, tout en s’abstenant de s’immiscer dans le différend, et nous avons toujours prêté une oreille attentive à leurs avis, qui sont en faveur de la justice. Mais, à l’instar de la clique du renégat Tito, les dirigeants soviétiques se sont tout à fait rangés du côté des réactionnaires indiens. Et ce de fait, ils ont perdu tout droit à la parole dans la question de la frontière sino-indienne.

Ils soutiennent non seulement énergiquement la réaction indienne sur le plan politique, mais encore, s’alignant sur l’impérialisme américain, ils lui apportent une aide économique et militaire active dans son opposition à la Chine.

De 1955 à avril 1963, le montant de l’aide économique accordée ou promise par le gouvernement soviétique à l’Inde s’est élevé à 5 milliards de roupies, somme dont la majeure partie a été offerte après que les réactionnaires indiens eurent déclenché leur campagne anti-chinoise.

Les dirigeants soviétiques ont commencé à fournir une aide militaire à l’Inde dès 1960, c’est-à-dire après que les réactionnaires indiens eurent mené des provocations armées contre la Chine.

Depuis octobre 1962, mois durant lequel les réactionnaires indiens déclenchèrent une attaque armée de grand style contre la Chine, les dirigeants soviétiques ont intensifié leur aide. Subramaniam, ministre indien de la Sidérurgie et de l’Industrie lourde, a déclaré à des journalistes le 19 décembre dernier que depuis la proclamation de l’« état d’urgence », l’Union soviétique a accéléré les travaux de construction auxquels elle aide l’Inde.

Après les entretiens qui ont eu lieu en juillet dernier entre les partis chinois et soviétique, les dirigeants soviétiques ont promis d’augmenter encore l’aide miliaire qu’ils accordent aux réactionnaires indiens.

L’article de la Pravda dit que « l’aide accordée par l’U.R.S.S. à l’Inde a exactement le même caractère que celle fournie à beaucoup d’autres jeunes États en pleine évolution ».

L’aide des pays socialistes aux pays nouvellement indépendants ne peut qu’avoir un seul but, celui de les aider à développer une économie nationale indépendante, à liquider l’influence colonialiste, à se débarrasser de l’emprise impérialiste, et il ne peut en aucun cas être question d’aider ces pays à combattre un autre pays socialiste. Le mobile de l’aide du gouvernement soviétique aux pays nouvellement indépendants est sujet à caution. Pour ce qui est de son aide aux réactionnaires indiens, le gouvernement soviétique soutient de manière flagrante leur alignement sur l’impérialisme américain, leur opposition à la Chine, au communisme et au peuple. Le fait est clair.

Dans sa déclaration du 21 septembre, le gouvernement soviétique dit : « Les dirigeants chinois ne ménagent pas les accusations déclarant que l’Inde fait la guerre contre la Chine en utilisant des armes soviétiques. Premièrement, cela ne correspond pas à la réalité. Deuxièmement, si l’on suit cette logique, le gouvernement indien pourrait déclarer avec bien plus de fondement que les troupes chinoises font la guerre à l’Inde en utilisant des armes soviétiques, car il est de notoriété publique que l’U.R.S.S. accorde à la Chine une aide militaire très importante ».

Les dénégations et les arguments fallacieux ne sont d’aucune utilité. Premièrement, au cours de leur riposte en légitime défense, les gardes-frontières chinois ont saisi des armes de fabrication soviétique utilisées par les troupes indiennes. Deuxièmement, nous voulons demander aux dirigeants soviétiques : Qui êtes-vous donc ? Des marchands de canon ? Si oui, ce que vous avez déclaré est tout à faire juste. Cela s’appelle paiement à la livraison et il vous est loisible de commercer avec tout le monde. Mais si vous vous considérez toujours comme des communistes, et des dirigeants d’un pays socialiste, alors vos propos sont tout à faire erronés et fous, par-dessus le marché. Comment un communiste peut-il mettre sur le même pied la Chine socialiste et l’Inde sur laquelle règnent la grande bourgeoisie et les gros propriétaires fonciers ? Comment peut-il mettre l’aide à ses propres frères de classe à parité avec celle accordée aux réactionnaires ?

Les dirigeants soviétiques affirment qu’en soutenant l’Inde, l’Union soviétique peut l’aider à maintenir sa position neutraliste et l’empêcher de se rapprocher de l’impérialisme américain et d’autres pays occidentaux.

C’est un mensonge et de l’hypocrisie. Les faits prouvent exactement le contraire. Plus importante est l’aide soviétique, plus la réaction indienne s’écarte de sa position neutraliste, et plus elle se rapproche de l’impérialisme américain.

Voyons donc les événements survenus depuis un an. Le gouvernement indien a conclu avec l’impérialisme américain un accord sur l’aide militaire et l’« Accord sur la défense aérienne », qui ont caractère de traité militaire ; un important personnel militaire américain est entré en Inde et de grandes quantités d’armes et d’équipements militaires américains ont été déversées dans le pays. Le gouvernement indien s’est engagé à fournir plus d’informations militaires aux États-Unis et a consenti à ce que l’impérialisme américain et l’impérialisme britannique entreprennent des manœuvres aériennes chez lui. Le communiqué conjoint, publié le 4 juin 1963 par le président Radhakrishnan et le président Kennedy, déclare sans ambages que les deux parties sont convenues que « leurs pays respectifs prendront chacun leur part de défense commune pour contrecarrer les projets d’une agression chinoise contre le sous-continent ». Ainsi, il est clair pour toute personne sans parti pris que le gouvernement Nehru a contracté une alliance militaire de fait avec les États-Unis et que le prétendu « non-alignement » de l’Inde n’a plus guère de sens. Il y a longtemps que l’Inde a cessé de figurer parmi les pays, qui comme le dit la Déclaration de Moscou de 1957, « se tiennent sur des positions anti-impérialistes et forment avec les pays socialistes une vaste zone de paix ». Si le gouvernement Nehru peut encore se servir de son drapeau plein d’accrocs de « non alignement » pour tromper le monde, c’est uniquement parce que les dirigeants soviétiques lui prêtent main-forte et le soutiennent. Et c’est précisément grâce à ce soutien et cette aide que le gouvernement Nehru peut se placer sans scrupule sous l’égide de l’impérialisme américain, malgré l’opposition du peuple indien.

En fait, par leur appui aux réactionnaires indiens, les dirigeants soviétiques sont non seulement en compétition avec l’impérialisme américain, mais gèrent, de concert avec lui, une société par actions. Après la parution de l’article du 19 septembre de la Rédaction de la Pravda, l’Indian Express écrivait tout délirant : « Cela donne à l’Inde, en plus des Etats-Unis, un autre allié puissant, face à la Chine » et « la corde est déjà autour du cou de Pékin. Nous n’avons qu’à la serrer avec nos deux puissants alliés. » Pour ultra-réactionnaires qu’elles soient, ces divagations n’en révèlent pas moins les buts commerciaux de la société américano-soviétique pour l’aide à l’Inde contre la Chine.

Avec l’accroissement de l’aide soviétique, les réactionnaires indiens exploitent et répriment le peuple avec de plus en plus d’âpreté. Le gouvernement Nehru s’efforce d’attiser l’hystérie belliciste, d’intensifier les armements et les préparatifs de guerre. II a privé ouvertement le peuple indien de ses droits fondamentaux et emprisonné par milliers les communistes indiens et autres progressistes. Usant de tous les prétextes possibles, il prélève des impôts écrasants et a, de ce fait, plongé le peuple indien dans un abîme de souffrances et de misère. L’hebdomadaire indien Blitz admettait dans son numéro du 22 juin 1963 que l’écrasante majorité des millions d’hommes du pays est au bord de la famine, que la colère du peuple indien monte, qu’« une haine de classe lente mais ardente s’accumule ». L’hebdomadaire s’écriait : « Le tonnerre roule, tandis que les nuages de la crise et de la démoralisation assombrissent notre pays ». Le gouvernement Nehru a jeté par-dessus bord sa panoplie de fausse « démocratie » et de faux « progrès ». La politique qu’il applique est anticommuniste et antipopulaire à cent pour cent. Elle provoque une opposition de plus en plus violente au sein des grandes masses populaires. Et le soutien et l’aide apportés par les dirigeants soviétiques au gouvernement Nehru ont précisément permis à celui-ci de masquer son caractère réactionnaire et d’accroître ses forces de répression contre le peuple, tant et si bien qu’il a les mains libres pour aller plus loin encore avec sa politique contre-révolutionnaire.

Comme le dit la Déclaration de Moscou de 1960, la bourgeoisie nationale des pays nouvellement indépendants a un double caractère. A mesure que s’exacerbent les contradictions sociales, la bourgeoisie nationale manifeste une tendance accrue à pactiser avec la réaction intérieure et l’impérialisme. Les communistes des pays nouvellement indépendants doivent dénoncer les tentatives de l’aile réactionnaire de la bourgeoisie de faire passer ses intérêts égoïstes, de classe, pour les intérêts de toute la nation. La clique Dange, clique renégate du Parti communiste de l’Inde, loin de travailler à démasquer la politique réactionnaire du gouvernement Nehru, a trahi complètement le prolétariat et le peuple de l’Inde, elle a dégénéré tant et si bien qu’elle est devenue un ignoble instrument de la grande bourgeoisie et des gros propriétaires fonciers. Au lieu de dénoncer la clique renégate de Dange, les dirigeants soviétiques l’ont encouragée à aider la réaction indienne à persécuter les vrais communistes et progressistes, pour tenter d’étouffer le mouvement révolutionnaire du peuple indien.

Le gouvernement Nehru s’est mis sous l’égide de l’impérialisme et réprime le peuple. Et les dirigeants soviétiques accordent un soutien énergique à ce gouvernement et s’emploient par tous les moyens à défendre et à enjoliver sa politique réactionnaire. Ils ont trahi la cause révolutionnaire du peuple indien ; c’est un compte qui sera réglé tôt ou tard.

 IV

Alors que la situation à la frontière sino-indienne s’est détendue grâce aux initiatives prises par la Chine, la Pravda, affectant une certaine nervosité, publie soudain un article au titre percutant : « Grave foyer de tension en Asie ». Dans quel but ?

Cet article témoigne-t-il de l’intérêt que les dirigeants soviétiques porteraient à la sauvegarde de la paix en Asie ? Évidemment non. Il est vrai que la tension existe en Asie, que la paix s’y trouve menacée et sabotée. Mais c’est l’impérialisme, avec les Etats-Unis pour chef de file, qui la menacent et la sapent. Les foyers de tension en Asie se situent dans les territoires victimes de l’agression et de l’occupation américaines, par exemple en Corée du Sud, à Taïwan, au Japon, au Sud-Vietnam, au Laos et ailleurs. Au Sud-Vietnam, en particulier, l’impérialisme américain mène une guerre plus qu’inhumaine, la guerre spéciale. Pourquoi les dirigeants soviétiques ferment-ils les yeux devant ces foyers de tension ? Pourquoi n’osent-ils se dresser pour parler franchement de l’intervention et de l’agression de l’impérialisme américain dans ces régions, notamment au Sud-Vietnam et au Laos ? Et pourquoi ont-ils précisément choisi la situation, déjà détendue, à la frontière sino-indienne pour mener tout un vacarme ?

Si les dirigeants soviétiques ont agi ainsi, c’est qu’ils veulent, en vérité, mettre la question de la frontière sino-indienne à profit pour créer la dissension entre les pays afro-asiatiques et la Chine, pour détourner les peuples afro-asiatiques de la lutte contre l’impérialisme et couvrir les activités agressives et bellicistes de l’impérialisme américain. C’est trahir la cause révolutionnaire anti-impérialiste des peuples d’Asie et du monde entier.

La Pravda fait l’impossible pour semer la discorde, affirmant en des termes qui tiennent de la calomnie, que la Chine refuse la médiation des pays de la Conférence de Colombo, qu’elle ne tient aucun compte des efforts de ces pays et même qu’elle « met en doute la compétence de la Conférence de Colombo ». Ces paroles montrent pleinement que les dirigeants soviétiques sont entièrement du côté des réactionnaires indiens pour s’opposer à la Chine socialiste, et qu’ils essaient, par leur démagogie et leurs activités en sous-main, d’inciter les pays de la Conférence de Colombo à renoncer à leur noble mission médiatrice et à les suivre dans leur guerre froide antichinoise au sujet de la frontière sino-indienne. L’hebdomadaire indien Blitz du 5 octobre, disait la vérité. Il écrivait : « La Pravda a ouvertement condamné la Chine, lui reprochant d’avoir créé la tension à la frontière sino-indienne », « la Russie s’est chargée, de sa propre initiative du travail d’explication auprès des pays afro-asiatiques qui, à en croire la Chine, ont critiqué la position de l’Inde dans la question de la frontière sino-indienne ». Et qu’entend ce périodique indien par le mot « explication » ? Simplement semer la discorde.

Tout en soutenant les réactionnaires indiens dans leur refus de régler pacifiquement la question de la frontière sino-indienne, les dirigeants soviétiques s’opposent à l’établissement et au développement de relations amicales entre la Chine et les autres pays afro-asiatiques, et en particulier au règlement par la Chine, avec d’autres pays d’Asie, des différends légués par l’histoire. L’article de la Pravda et la déclaration du gouvernement soviétique datée du 21 septembre expriment à tout bout de champ leur mécontentement à propos du règlement de la question de la frontière et du développement des relations de bon voisinage entre la Chine et le Pakistan et calomnient perfidement la Chine en prétendant qu’elle « flirte » avec des « régimes manifestement réactionnaires d’Asie et d’Afrique ». Pour les dirigeants soviétiques, leur capitulation devant le chef de l’impérialisme est une grande contribution à la paix mondiale, tandis que le règlement pacifique par la Chine de ses questions de frontières avec un de ses voisins est un crime. Nous voudrions, quant à nous, demander aux dirigeants soviétiques : Ne vous suffit-il pas de soutenir les réactionnaires indiens qui créent la tension à la frontière sino-indienne ? Tenez-vous aussi à créer la tension à la frontière sino-pakistanaise ?

Au sein des diverses organisations internationales de masse, les dirigeants soviétiques se sont attachés à interdire toute activité dirigée contre l’impérialisme et à encourager la campagne antichinoise, et ils ont essayé de se servir de la question de la frontière sino-indienne pour rompre le front uni anti-impérialiste. La Chine a fait remarquer constamment et en toute sincérité que pour maintenir l’unité et faire face ensemble à l’impérialisme, les différends entre pays afro-asiatiques ne devraient pas être soulevés au sein de ces organisations ; cependant, l’Union soviétique a incité à maintes reprises et même encouragé les délégués indiens à utiliser la question de la frontière sino-indienne pour semer le trouble. Par exemple, au Congrès mondial des Femmes à Moscou, l’Union soviétique, en sa qualité de pays invitant, a encouragé la délégation indienne à soulever la question de la frontière sino-indienne, qui n’avait rien à voir avec les thèmes du Congrès, et, de plus, elle a manœuvré pour que le Congrès prive la délégation chinoise de son droit de réponse. Ce n’est un secret pour personne que ce spectacle antichinois avait été minutieusement préparé et mis en scène par l’Union soviétique. Autre exemple : A la conférence de Solidarité des Peuples afro-asiatiques à Moshi, les délégués indiens, appuyés par les délégués soviétiques, ont insisté pour que cette question soit inscrite à l’ordre du jour. Le chef de la délégation indienne a révélé, dans une lettre à l’Indian Express, les dessous de ces activités sournoises. « Nous avons, dit-il, obtenu le soutien total et la coopération complète de la délégation soviétique ». Les faits ne pourraient être plus clairs. Et pourtant la Pravda a eu l’audace, dans son article du 19 septembre, de reprocher à la Chine d’avoir utilisé la question de la frontière sino-indienne pour « envenimer » l’atmosphère des différentes rencontres internationales. Ce journal serait-il dépourvu de tout sentiment de honte ?

La situatin à la frontière sino-indienne a été détendue grâce aux efforts dot laChine apris l’initiative et à l’active médiation des pays de la Conférence de Colombo.

Cette situation détendue peut parfaitement être maintenue, si l’Inde ne passe pas à de nouvelles provocations. Mais pour répondre aux exigences de leur politique tant intérieure qu’extérieure, les réactionnaires indiens s’efforcent de créer une nouvelle tension. Les impérialistes américains redoutent évidemment le manque de désordre dans le monde. Les manœuvres aériennes anglo-américaines qui vont avoir lieu sous peu en Inde prouvent qu’ils ne souhaitent pas voir la détente se maintenir à la frontière sino-indienne. De même, le fait que les dirigeants soviétiques sèment la dissension parmi les pays afro-asiatiques et soufflent le feu montre qu’ils s’efforcent d’aggraver la situation. Alors que l’impérialisme américain essaie de l’exploiter pour placer l’Inde sous son contrôle, les dirigeants soviétiques, eux, essaient de l’utiliser pour jeter le discrédit sur la Chine. Ce sont des chemins différents menant à un même but. C’est pour cela que ne peut être écartée la possibilité de voir les réactionnaires indiens provoquer un nouveau conflit, avec le soutien des impérialistes américains et des dirigeants soviétiques.

Mais, après tout, 1963 n’est pas 1962. Les six pays de la Conférence de Colombo ont assumé la responsabilité de la médiation pour la paix, les peuples d’Asie, d’Afrique et de partout dans le monde distinguent de plus en plus clairement ce qu’il y a de juste et de faux dans la question de la frontière sino-indienne, les traits réactionnaires du gouvernement Nehru se manifestent de plus en plus et le complot antichinois des impérialistes américains, des dirigeants soviétiques et des réactionnaires indiens a cessé d’être un secret. Si les réactionnaires indiens osaient provoquer de nouveaux chocs dans ces conditions, nous sommes persuadés qu’ils se verront, ainsi que ceux qui les soutiennent, condamnés énergiquement et catégoriquement par les peuples d’Asie, d’Afrique et de partout dans le monde.

Nous souhaitons que la situation à la frontière reste détendue et nous ferons à cette fin tout ce qu’il nous est possible de faire. Nous avons dit aux pays de la Conférence de Colombo que nous les tiendrions régulièrement au courant des provocations indiennes et nous avons commencé à le faire. Si l’Inde procède non seulement à des provocations par des raids de harcèlement, mais encore à des invasions comme celles d’avant le 20 octobre 1962, et si elle refuse de se retirer du territoire chinois, nous demanderons aux pays de la Conférence de Colombo de la persuader de se retirer. Nous n’envisagerons la riposte, en légitime défense, que si l’Inde rejette ces conseils et est décidée à occuper de la terre chinoise.

Nous ne modifierons pas notre politique de recherche d’un règlement pacifique et négocié de la question de la frontière sino-indienne, quelque action qu’entreprennent les réactionnaires indiens et quelle que soit l’importance du soutien que leur accorderont les dirigeants soviétiques. Nous sommes pleinement convaincus que notre politique finira pas triompher, quoi qu’il puisse advenir dans le monde et quel que soit le délai qui sera apporté à ce règlement. La grande amitié des peuples chinois et indien est indestructible.

La position assumée par les dirigeants soviétiques dans la question de la frontière sino-indienne et leur politique démontrent à suffisance qu’ils ont trahi le peuple chinois, le peuple soviétique, le peuple de tous les autres pays du camp socialiste, le peuple indien et tous les peuples et nations opprimés. Il devient de plus en plus clair que les dirigeants soviétiques ne considèrent plus les impérialistes, que les États-Unis dirigent, et toute la réaction comme étant leurs ennemis. Leurs ennemis, ce sont les marxistes-léninistes, le peuple révolutionnaire et la Chine en particulier.

En vue de combattre la Chine, qui s’en tient fermement au marxisme-léninisme, aux principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960, les dirigeants soviétiques se sont alliés à l’impérialisme américain et à la clique du renégat Tito, et maintenant, par l’article du 19 septembre de la Rédaction de la Pravda et la déclaration du 21 septembre du gouvernement soviétique, ils ont proclamé leur alliance avec les réactionnaires indiens. Ils imaginent probablement qu’en se joignant à tout ce qui n’a plus visage humain dans le monde pour proférer des insultes à l’unisson, ils pourront discréditer la Chine et l’isoler.

Nous conseillons aux dirigeants soviétiques de ne pas se réjouir trop tôt. La Chine révolutionnaire ne peut pas être isolée. Plus vous collaborerez cyniquement avec tous les impérialistes et les réactionnaires, plus vous vous isolerez. Rien ne peut discréditer la Chine. La vérité est avec elle. La faiblesse qui vous sera fatale, c’est votre mépris de la vérité, car plus de 90 pour cent de la population du monde est sensible à la vérité. Comme le dit un dicton chinois : « avec la vérité pour soi, on peut aller partout dans le monde, sans elle on ne peut faire un pas ». Ceux qui ne respectent en rien la vérité connaîtront finalement l’échec.