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La science de la logique de Hegel – 2e partie : l’apport de l’espace au temps d’Emmanuel Kant

Hegel se situe dans le prolongement d’Emmanuel Kant ; son mérite historique, avec cette notion d’infini qu’il apporte, est d’affirmer l’espace, là où Emmanuel Kant avait déjà affirmé le temps.

Kant et Hegel permettent l’affirmation de l’espace-temps comme réalité concrète, base pour l’émergence du matérialisme dialectique ; il va de soi que cette affirmation et cette émergence ne sont que le reflet dans les sciences du processus historique où la bourgeoisie renverse la féodalité et établit déjà les bases pour l’existence du prolétariat.

Friedrich Engels avait salué l’immense mérite historique d’Emmanuel Kant, qui a valorisé le temps comme moment de transformation, rejetant le principe d’un monde fini qu’il suffirait d’étudier. Emmanuel Kant terminait le travail ouvert par Galilée et développé par Isaac Newton, même si en fait Kepler avait, sur le plan théorique, élaboré un travail d’une importance déjà fondamentale à ce sujet.

Cependant, cela avait comme prix chez Emmanuel Kant la survalorisation du temps, aux dépens de l’espace. Le temps se montrait lieu de la transformation, au lieu que cela soit l’espace lui-même. L’idéalisme était encore fort et le protagoniste de la connaissance était encore le référentiel, au lieu que cela soit l’objet de la connaissance lui-même.

Selon Emmanuel Kant :

« Le temps est la condition formelle a priori de tous les phénomènes en général. L’espace, en tant que forme pure de l’intuition extérieure, est limité, comme condition a priori, simplement aux phénomènes externes. »

Ou encore :

« Dans l’espace, considéré en lui-même, il n’y a rien de mobile ; il faut donc que le mobile soit quelque chose qui n’est trouvé dans l’espace que par l’expérience, et par conséquent une donnée empirique. »

L’espace ne se voit pas attribuer de valeur dynamique en soit. Cela allait de paire avec la conception d’une « chose en soi », c’est-à-dire l’impossibilité pour le chercheur de savoir ce qu’est la chose en elle-même. On ne pourrait connaître que la chose dans la mesure où il y a un rapport avec elle. Ce qu’elle est vraiment resterait un mystère.

C’est précisément cela que va révolutionner Hegel, en attribuant l’infini à l’espace lui-même, ou plus exactement en faisant de l’espace le lieu de l’infini.

Lénine, qui a pris de nombreuses notes sur La science de la logique, se focalise particulièrement sur le résultat de cette affirmation de l’infini, c’est-à-dire la remise en cause la chose en soi d’Emmanuel Kant.

Ces notes ont écrites durant les mois de septembre, octobre et décembre 1914 et consistent en trois cahiers (Hegel, Logique I, II et III). Elles furent publiées en 1929 en Union Soviétique, époque du début de la valorisation des œuvres de Lénine à ce sujet et de l’affirmation en tant que telle du matérialisme dialectique comme vision du monde du Communisme.

On y trouve des citations de Hegel, des très courts résumés synthétiques de certains de ses raisonnements, ainsi que des remarques qui montrent que Lénine n’analyse pas l’œuvre en soi, mais en arrache la « substance » ou de manière plus juste le noyau matérialiste, afin de parvenir à une maîtrise authentique du matérialisme dialectique.

Pour cette raison, il note surtout les très nombreuses critiques d’Emmanuel Kant que fait Hegel : cela se déroule dans le contexte de lutte menée par Lénine contre le néo-kantisme qui nie la possibilité de la science comme totalité et comme synthèse, au nom du caractère prétendument inaccessible de la véritable nature des choses.

De la même manière, Lénine porte toute son attention sur la question de la possibilité de la connaissance, lorsque Hegel parle de l’activité pratique. C’est pourquoi il écrit en note :

« Le matérialisme historique comme une des applications et développements des idées géniales, des graines, qui sont disponibles chez Hegel à l’état de germination. »

C’est que, au sujet de l’infini en tant que tel, Lénine profite déjà des analyses de Karl Marx et de Friedrich Engels sur Hegel, qu’il a déjà parfaitement saisi et sa perspective concrète alors n’est pas d’étudier le passage en soi de Hegel à Marx, par cette notion d’infini justement, lui-même l’ayant déjà saisi et mis en pratique dans sa démarche politique et dans sa compréhension des sciences.

Il fera cependant évidemment des remarques significatives à ce sujet.