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La science de la logique de Hegel – 11e partie : les erreurs idéalistes

Hegel, en ne faisant pas de la matière la base du processus dialectique, est obligé de basculer dans une série d’erreurs idéalistes, qui justement feront que Karl Marx dira de cela qu’il s’agit de tout remettre sur ses pieds.

Selon Hegel, la vitesse est ainsi le rapport direct entre l’espace traversé et le temps passé pour cela. Il voit un rapport entre un aspect positif (l’espace) et un aspect négatif (le temps), les deux existant en soi, là où inversement pour le matérialisme dialectique, qui se fonde sur la matière, le temps est le produit de la contradiction de l’espace avec lui-même, comme mouvement de la matière.

Pareillement, perdant de vue le principe de l’unité totale de l’univers, il est obligé de faire des liaisons des « affinités électives », c’est-à-dire qu’il maintient la dignité du réel, mais de manière simplement romantique, comme Goethe. La phénoménologie de l’esprit de Hegel est d’ailleurs écrite en parallèle strict avec le Faust de Goethe.

Au lieu donc d’avoir un mouvement cohérent et inévitable, déterminé comme processus matériel, on a des affinités qui fournissent la source de la direction du mouvement. L’harmonie en musique s’appuierait ainsi non plus sur un processus déterminé, mais sur le rapport entre les sons, qui auraient des affinités entre eux, qui se choisiraient littéralement, au nom d’une intensité plus grande préférée dans la liaison. C’est là bien entendu le reflet de l’individualisme bourgeois et de ses choix, dans la philosophie de Hegel.

Cela aboutit forcément à une mise en valeur de l’existence avec des caractères propres, au lieu de la matière. Là aussi c’est un reflet de l’individualisme bourgeois, où chaque individu aurait des traits propres, un caractère unique, le tout étant irréductible, etc.

D’ailleurs, la négation de cette existence avec caractère propre est, chez Hegel, la réflexion. De là l’anthropocentrisme de Hegel, son obsession de « l’esprit », avec cette fascination pour le moment précis où l’on passe de l’être au concept, parce que le fait de se tourner vers soi permet de saisir ce qu’il en est.

En arriver à un esprit saisissant la logique des choses est ici le but absolu. Lénine fait la remarque suivante, à côté de la phrase suivante de Hegel : « mystique ! ».

L’esprit n’est pas seulement infiniment plus riche que la nature, mais l’unité absolue des opposés dans le concept constitue son essence... (264).

Historiquement, le rapport avec Martin Luther est par ailleurs indéniable et il est clair que la démarche de Hegel n’aurait pas pu exister sans l’affirmation protestante tant de l’individu que de la vie intérieure. D’ailleurs, que l’Allemagne ait connu Martin Luther (avec la vie intérieure) plutôt que Calvin (avec l’individu) a permis à Kant et Hegel d’affirmer l’intériorité subjective, la morale intérieure, la dialectique du rapport avec l’extérieur, la dialectique intérieur avec soi-même.

Chez Hegel, cela aboutit, en raison du refus du caractère central de la matière, à une mystique de cette intériorité. L’existence au caractère propre, particulier, se réfléchit intérieurement en elle, se réfléchit face et avec les autres ensuite, puis, enfin, apparaît en tant que tel, émergeant de manière absolue. Il passe alors d’un caractère simple à l’existence visible, puis à la réalité en tant que telle, affirmant son essence.

On retombe là dans une logique dialectique sans connexion avec le mouvement réel, où c’est l’esprit qui ressort, comme auto-considération, auto-affirmation.

L’être se pose comme apparence, ce qui serait une sorte de négation de l’être mais en même temps une affirmation immédiate, la vérité de ce processus étant le devenir, d’où une focalisation complète sur l’infini pour l’infini.

La forme existerait en soi, serait le vrai contenu, affirmation dans la réalité, s’opposant à l’essence afin d’apparaître ; la matière ne serait qu’à concevoir abstraitement, comme une simple identité, et non sensuellement, elle ne serait somme toute de ce fait qu’une composante.

C’est là le reflet de l’esprit bourgeois qui croit exister à travers une certaine composante matérielle, sans être matière en tant que tel. Le but à l’arrière-plan est d’en appeler à un esprit formant la matière.

Le tout est ici techniquement au mieux un simple retour à Aristote, mais dans une période où la bourgeoisie se présente historiquement de manière vigoureuse sur la scène historique ; Hegel n’hésite même pas justement à directement dire que :

« La matière a de là besoin d’être formé et la forme doit se matérialiser, se donner avec soi, en rapport à la matière, l’identité ou le fait d’exister. »

Hegel dégrade sa dialectique en opposition sujet/objet, son système se dégrade en logique combinatoire dialectique, sans lien avec le réel ; il aboutit inéluctablement à une théorie de la valeur des jugements comme évaluations des choses, exactement comme le stoïcisme qui lui-même pareillement raisonnait sous forme de logique, étant par ailleurs un prolongement déformé de la philosophie d’Aristote.

Tout serait une question de formuler correctement la logique de ce qui est dit, la dialectique étant la méthode correcte pour le faire.