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La révolution chinoise - 9e partie : le tournant de 1936

L’année 1936 fut véritablement un tournant dans la révolution chinoise.

Le Japon ne cessait d’exercer une pression militaire toujours plus importante, ayant même créé en 1935 un gouvernement fantoche à son service dans la région du Hebei.

La région du Hebei

Toutefois, malgré cela, Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi) se focalisait uniquement sur l’armée rouge, ce qui provoqua des remous dans son camp, au point que les généraux Zhang Xueliang et Yang Hucheng provoquèrent l’incident de Xi’an en décembre 1936.

Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi) fut en effet arrêté pour faire pression sur lui au sujet de cette question, ce qui provoqua un vaste débat dans le kuomintang, qui se vit finalement amené à accepter de s’unir au Parti Communiste dans la bataille anti-japonaise.

L’armée rouge rejoint alors l’Armée nationale révolutionnaire chinoise formée par le kuomintang, en tant que Huitième armée de route et Nouvelle Quatrième armée.

En décembre 1936, Mao Zedong publia également un document intitulé Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine. C’est une étape capitale de l’histoire chinoise, dans la mesure où on assiste à l’émergence de la pensée Mao Zedong.

Mao Zedong

Mao Zedong a, en effet, compris qu’il ne suffisait pas de connaître les lois universelles, il fallait être capable de les retrouver dans le particulier également. Il ne suffit pas de comprendre le marxisme-léninisme, il faut le comprendre dans les conditions chinoises.

Voici comment est présentée la nature de la guerre révolutionnaire en Chine :

« La guerre, qui a commencé avec l’apparition de la propriété privée et des classes, est la forme suprême de lutte pour résoudre, à une étape déterminée de leur développement, les contradictions entre classes, entre nations, entre États ou entre blocs politiques.

Si l’on ne comprend pas les conditions de la guerre, son caractère, ses rapports avec les autres phénomènes, on ignore les lois de la guerre, on ne sait comment la conduire, on est incapable de vaincre.

La guerre révolutionnaire, qu’elle soit une guerre révolutionnaire de classe ou une guerre révolutionnaire nationale, outre les conditions et le caractère propres à la guerre en général, a ses conditions et son caractère particuliers, et c’est pourquoi elle est soumise non seulement aux lois de la guerre en général, mais également à des lois spécifiques.

Si l’on ne comprend pas les conditions et le caractère particuliers de cette guerre, si l’on en ignore les lois spécifiques, on ne peut diriger une guerre révolutionnaire, on ne peut y remporter la victoire.

La guerre révolutionnaire en Chine, qu’il s’agisse d’une guerre civile ou d’une guerre nationale, se déroule dans les conditions propres à la Chine et se distingue de la guerre en général ou de la guerre révolutionnaire en général, par ses conditions et son caractère particuliers.

C’est pourquoi elle a, outre les lois de la guerre en général et les lois de la guerre révolutionnaire en général, des lois qui lui sont propres. Si l’on ne connaît pas toutes ces lois, on ne peut remporter la victoire dans une guerre révolutionnaire en Chine.

C’est pourquoi nous devons étudier les lois de la guerre en général, les lois de la guerre révolutionnaire et, enfin, les lois de la guerre révolutionnaire en Chine. »

Par conséquent, non seulement il est erroné d’apprendre des manuels militaires réactionnaires, mais de plus il ne faut pas apprendre de manière formaliste les manuels militaires soviétiques, étant donné que les conditions chinoises ne sont pas celles de la Russie de 1917 et des années de guerre civile qui s’ensuivirent.

Mao Zedong

Cette démarche permet à Mao Zedong, de par la saisie de la nature particulière de la situation chinoise, de revenir à l’universel et de définir la nature même de la guerre révolutionnaire :

« La guerre, ce monstre qui fait s’entre-tuer les hommes, finira par être éliminée par le développement de la société humaine, et le sera même dans un avenir qui n’est pas lointain.

Mais pour supprimer la guerre, il n’y a qu’un seul moyen : opposer la guerre à la guerre, opposer la guerre révolutionnaire à la guerre contre-révolutionnaire, opposer la guerre nationale révolutionnaire à la guerre nationale contre-révolutionnaire, opposer la guerre révolutionnaire de classe à la guerre contre-révolutionnaire de classe (…).

Lorsque la société humaine en arrivera à la suppression des classes, à la suppression de l’Etat, il n’y aura plus de guerres — ni contre-révolutionnaires, ni révolutionnaires, ni injustes, ni justes.

Ce sera l’ère de la paix perpétuelle pour l’humanité. En étudiant les lois de la guerre révolutionnaire, nous partons de l’aspiration à supprimer toutes les guerres ; c’est en cela que réside la différence entre nous autres communistes et les représentants de toutes les classes exploiteuses. »

Cela permet alors d’avoir un aperçu général des rapports internes qui existent au sein du phénomène qu’est la guerre, dans ses dimensions stratégiques.

« Tenir compte du rapport entre l’ennemi et nous ;

Tenir compte de la relation entre les diverses campagnes ou entre les diverses phases opérationnelles ;

Tenir compte de certains éléments qui sont importants (qui ont une valeur décisive) pour l’ensemble ;

Tenir compte des particularités de la situation d’ensemble ;

Tenir compte de la relation entre le front et l’arrière ;

Tenir compte de la distinction aussi bien que du lien

entre les pertes ou l’usure et leur réparation,

entre le combat et le repos,

la concentration et la dispersion des forces,

l’attaque et la défense,

l’avance et le repli,

les positions couvertes et les positions exposées,

l’attaque principale et l’attaque de soutien,

l’assaut et la fixation, la centralisation et la décentralisation du commandement,

la guerre prolongée et la guerre de décision rapide,

la guerre de position et la guerre de mouvement,

nos propres forces et les forces amies,

telle arme et telle autre,

les supérieurs et les inférieurs,

les cadres et les hommes de troupe,

les vétérans et les nouvelles recrues,

les cadres supérieurs et les cadres inférieurs,

les cadres anciens et les cadres nouveaux,

les régions rouges et les régions blanches,

les anciennes régions rouges et les nouvelles régions rouges,

les régions centrales et les régions périphériques,

les temps chauds et les temps froids,

la victoire et la défaite,

les grandes unités et les petites unités,

l’armée régulière et les forces de partisans,

l’anéantissement de l’ennemi et la conquête des masses,

l’élargissement des rangs de l’Armée rouge et sa consolidation,

le travail militaire et le travail politique,

les tâches anciennes et les tâches présentes,

les tâches présentes et les tâches de l’avenir,

les tâches dans telles conditions et les tâches dans telles autres,

le front fixe et le front mobile,

la guerre civile et la guerre nationale,

telle étape historique et telle autre, etc. »

Cette compréhension dialectique permet au peuple lui-même de devenir le protagoniste de l’histoire, de la guerre révolutionnaire elle-même. Par l’étude, et l’application comme démarche essentielle de réalisation de l’étude, la guerre elle-même devient populaire.

Mao Zedong, tout à droite

Le civil et le militaire deviennent, en période révolutionnaire, deux aspects du même phénomène, à condition de saisir la dimension matérialiste dialectique du problème de fond : que les pensées sont le reflet du mouvement de la matière.

« Entre le civil et le militaire, il existe une certaine distance, mais il n’y a pas entre eux de Grande Muraille, et cette distance peut être rapidement franchie.

Faire la révolution, faire la guerre, voilà le moyen qui permet de la franchir.

Lorsque nous disons qu’il n’est pas facile d’apprendre et d’appliquer ce qu’on a appris, nous entendons par là qu’il n’est pas facile d’étudier quelque chose à fond et de l’appliquer avec une science consommée.

Lorsque nous disons que le civil peut rapidement se transformer en militaire, nous voulons dire qu’il n’est pas du tout difficile de s’initier à l’art militaire.

Pour faire la somme de ces deux affirmations, il convient de se rappeler le vieux proverbe chinois : « Il n’est rien de difficile au monde à qui veut s’appliquer à bien faire ».

S’initier à l’art militaire n’est pas difficile et se perfectionner est aussi possible pour peu qu’on s’applique et qu’on sache apprendre.

Les lois de la guerre, comme les lois de tous les autres phénomènes, sont le reflet dans notre esprit de la réalité objective.

Tout ce qui est en dehors de notre esprit est réalité objective.

En conséquence, notre intention d’apprendre et de connaître porte à la fois sur l’ennemi et sur nous ; ce sont ces deux aspects qui doivent être considérés comme l’objet de notre étude, et le sujet qui étudie, c’est uniquement notre esprit (notre faculté de penser).

Il est des gens capables de bien se connaître eux-mêmes, mais non de connaître l’adversaire ; d’autres, de bien connaître l’adversaire, mais non de se connaître eux-mêmes.

Ni les uns ni les autres ne sont en état de venir à bout de l’étude et de l’application pratique des lois de la guerre.

Le précepte contenu dans l’ouvrage du grand théoricien militaire de la Chine antique, Souentse : « Connais ton adversaire et connais-toi toi-même, et tu pourras sans risque livrer cent batailles » se rapporte aux deux étapes celle de l’étude et celle de l’application pratique des connaissances ; il concerne tant la connaissance des lois du développement de la réalité objective que la détermination, sur la base de ces lois, de notre propre action en vue de vaincre notre adversaire.

Nous ne devons pas sous-estimer la valeur de ce précepte. »

Le document Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine est ainsi un vaste bilan des opérations menées jusqu’à présent par l’armée rouge, avec une grande insistance sur la rôle central des contre-offensives suivant les tentatives d’encerclement et d’anéantissement de l’ennemi.

Le principe est celui de la défensive pour permettre l’offensive, ce que Mao Zedong résume de la manière suivante :

« Nous vainquons des effectifs supérieurs avec des effectifs inférieurs – voilà ce que nous déclarons à l’ensemble des forces dominantes de la Chine.

Mais, en même temps, nous vainquons des effectifs inférieurs avec des effectifs supérieurs – voilà ce que nous déclarons à cette partie des forces ennemies avec laquelle nous nous mesurons sur le champ de bataille (…).

« Si on peut gagner, on se bat, sinon on s’en va », telle est la formule populaire pour expliquer le principe de la guerre de mouvement que nous menons actuellement. »

samedi 16 novembre 2019


La révolution chinoise