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La révolution chinoise - 5e partie : la révolution chinoise, la paysannerie et le pouvoir rouge

Ce qui est caractéristique de la démarche de Mao Zedong, c’est la reconnaissance de l’importance de la question paysanne. Cela ne faisait initialement pas l’unanimité au sein du Parti Communiste de Chine.

Tchen Tou-sieou avait pris la tête d’une faction combattant Mao Zedong pour cette raison et en réponse Mao Zedong passa trente-deux jours dans le Hounan afin de mener une enquête.

Les propos de Mao Zedong, écrits en mars 1927, témoignent de sa vision politique tout à fait juste : la paysannerie va se mettre en branle, de manière massive.

« L’essor du mouvement paysan est un événement d’une extrême importance. Dans peu de temps, on verra dans les provinces du centre, du sud et du nord de la Chine des centaines de millions de paysans se dresser, impétueux, invincibles, tel l’ouragan, et aucune force ne pourra les retenir.

Ils briseront toutes leurs chaînes et s’élanceront sur la voir de la libération. Ils creuseront le tombeau de tous les impérialistes, seigneurs de la guerre, fonctionnaires corrompus et concussionnaires [qui Profit illicite que l’on fait dans l’exercice d’une fonction publique], despotes locaux et mauvais hobereaux.

Ils mettront à l’épreuve tous les partis révolutionnaires, tous les camarades révolutionnaires, qui auront à prendre leur parti. Nous mettre à la tête des paysans et les diriger ? Rester derrière eux en nous contentant de les critiquer avec force gestes autoritaires ? Ou nous dresser devant eux pour les combattre ?

Tout Chinois est libre de choisir une de ces trois voies, mais les événements obligent chacun à faire rapidement ce choix (…).

La réalité, c’est, comme il l’a été dit plus haut, que les larges masses paysannes se sont soulevées pour accomplir leur mission historique, que dans les campagnes les forces démocratiques se sont soulevées pour renverser les forces féodales.

La classe patriarco-féodale des despotes locaux, des mauvais hobereaux, et des propriétaires fonciers coupables de forfaits forme la base de cet absolutisme qui dure depuis des millénaires, et c’est sur elle que s’appuient les impérialistes, les seigneurs de la guerre et les fonctionnaires corrompus et concussionnaires.

Le but véritable de la révolution nationale est précisément de renverser ces forces féodales.

Pendant quarante ans, le Dr Sun Ya-Tsen a consacré toutes ses forces à la révolution nationale ; ce qu’il a voulu mais n’a jamais pu réaliser, les paysans l’ont accompli en quelques mois. »

Mao Zedong et John Roderick correspondant de l'AP

Cette question démocratique forme l’aspect principal : Mao Zedong a compris que l’oppression nationale que connaît la Chine repose sur sa base féodale.

Le mouvement paysan, en renversant la féodalité, permet une poussée démocratique qui a une dimension historique. Les unions paysannes bousculent le panorama traditionnel, amenant le pouvoir féodal à s’effondrer.

La base même de la réalité sociale est bouleversée et pour que cela aille jusqu’au bout, il faut que le Parti Communiste assume entièrement la révolution démocratique, dans toute sa dimension anti-féodale c’est-à-dire en dirigeant le mouvement paysan.

Voici comment Mao Zedong précise la nature de cette base féodale :

« Les hommes se trouvent ordinairement soumis, en Chine, à l’autorité de trois systèmes :

1. Le système d’État ou le pouvoir politique : les organes du pouvoir à l’échelon de l’État, de la province, du district et du canton.

2. Le système du clan ou le pouvoir clanique : le temple des ancêtres du clan, le temple des ancêtres de la lignée, les chefs de la famille.

3. Le système des puissances surnaturelles ou le pouvoir religieux, constitué par les forces souterraines : le Souverain suprême de l’Enfer, le dieu protecteur de la Cité et les divinités locales, par les forces célestes : dieux et divinités, depuis le Souverain suprême du Ciel jusqu’aux esprits de toute espèce ; ensemble, ces forces constituent le système des puissances de l’au-delà.

Quant aux femmes, elles se trouvent en outre sous l’autorité des hommes ou le pouvoir marital.

Ces quatre formes de pouvoir — politique, clanique, religieux et marital — représentent l’ensemble de l’idéologie et du système féodalo-patriarcaux et sont les quatre grosses cordes qui ligotent le peuple chinois et en particulier la paysannerie. »

C’est cette réalité qui fait que, comme Mao Zedong le formule en octobre 1928, le « pouvoir rouge » peut exister en Chine. En effet, le mouvement paysan se développe alors que le pays est en proie au chaos, que l’impérialisme japonais décide d’envoyer des troupes à la mi-1928, afin d’empêcher l’écrasement des seigneurs de la guerre au nord du pays.

Par conséquent, il y a un espace pour un mouvement démocratique qui s’exprime directement par la lutte armée anti-féodale. Voici comment Mao Zedong explique sa pensée :

« L’existence prolongée, dans un pays, d’une ou de plusieurs petites régions où triomphe le pouvoir rouge, au milieu de l’encerclement du pouvoir blanc, constitue un fait absolument nouveau dans l’histoire du monde.

Pour qu’un phénomène aussi exceptionnel ait pu se produire, il a fallu des raisons particulières ; pour qu’il subsiste et se développe, il faut des conditions appropriées.

I. Il ne peut se produire dans aucun pays impérialiste, ni même dans une colonie se trouvant sous la domination directe de l’impérialisme ; il ne peut se produire que dans un pays économiquement arriéré, semi-colonial, comme la Chine, qui se trouve sous la domination indirecte de l’impérialisme.

C’est qu’un phénomène aussi exceptionnel tient nécessairement à un autre phénomène non moins exceptionnel : la guerre entre les différents groupes représentant le pouvoir blanc.

L’une des caractéristiques de ce pays semi-colonial qu’est la Chine, c’est que depuis la première année de la République, les différentes cliques d’anciens et de nouveaux seigneurs de guerre soutenues par les impérialistes comme par les compradores, les despotes locaux et mauvais hobereaux se font continuellement la guerre.

Nous ne trouvons absolument rien de semblable ni dans les pays impérialistes ni même dans les colonies soumises à la domination directe de l’impérialisme ; ce phénomène existe seulement en Chine, pays sous la domination indirecte de l’impérialisme.

Il est dû à deux raisons : l’existence d’une économie agricole locale (non d’une économie capitaliste unique pour tout le pays) et la politique de division et d’exploitation poursuivie par les pays impérialistes à l’égard de la Chine qu’ils partagent en zones d’influence.

Les scissions et les guerres intestines prolongées du pouvoir blanc ont créé des conditions telles qu’il a été possible à une ou plusieurs petites régions rouges, dirigées par le Parti communiste, de se constituer et de subsister au milieu de l’encerclement blanc.

Le territoire ainsi arraché à la région frontière du Hounan et du Kiangsi constitue justement un exemple de ces nombreuses petites régions. Dans les heures difficiles ou critiques, certains camarades se mettent souvent à douter qu’un tel pouvoir rouge puisse exister et ils deviennent pessimistes.

C’est parce qu’ils n’ont pas su trouver l’explication correcte des causes qui président à la naissance et à l’existence de ce pouvoir rouge.

Il suffit de se rendre compte que les scissions et les guerres intestines au sein du pouvoir blanc en Chine se succèdent continuellement pour être convaincu que le pouvoir rouge peut voir le jour, subsister, et même se développer de plus en plus.

2. Ce n’est pas dans les régions de la Chine qui ont échappé à l’influence de la révolution démocratique, telles que le Setchouan, le Koueitcheou, le Yunnan et les provinces du Nord, mais dans celles qui ont vu, en 1926-1927, au cours de la révolution démocratique bourgeoise, le puissant soulèvement de larges masses d’ouvriers, de paysans et de soldats, par exemple le Hounan, le Kouangtong, le Houpei, le Kiangsi, que le pouvoir rouge apparaît de préférence et peut se maintenir longtemps.

Dans de nombreuses parties de ces provinces, un réseau étendu d’organisations syndicales et d’unions paysannes s’était alors formé ; les ouvriers et les paysans avaient mené de nombreuses luttes économiques et politiques contre les propriétaires fonciers, les despotes locaux, les mauvais hobereaux et la bourgeoisie.

C’est pourquoi on a vu s’établir à Canton et s’y maintenir pendant trois jours le pouvoir populaire urbain ; dans les districts de Haifeng et de Loufeng, dans l’est et le sud du Hounan, dans la région frontière du Hou-nan et du Kiangsi, dans le district de Houangan, province du Houpei, a existé le pouvoir politique des paysans.

Quant à l’Armée rouge actuelle, elle est sortie de l’Armée révolutionnaire nationale qui avait été instruite politiquement dans un esprit démocratique tout en subissant l’influence des masses ouvrières et paysannes.

Des troupes qui, comme celles de Yen Si-chan et de Tchang Tsouo-lin, n’ont reçu aucune formation politique d’inspiration démocratique et n’ont aucunement subi l’influence des masses ouvrières et paysannes ne peuvent sûrement pas fournir les hommes nécessaires à la formation de l’Armée rouge.

3. Que le pouvoir populaire puisse ou non subsister longtemps dans les petites régions où il s’est établi, cela dépend de l’évolution de la situation révolutionnaire à l’échelle nationale.

Si cette situation évolue favorablement, il ne fait aucun doute que les petites régions rouges pourront subsister pendant une longue période ; bien plus, elles deviendront nécessairement l’une des nombreuses forces qui assureront la conquête du pouvoir à l’échelle nationale. Par contre, si la situation révolutionnaire n’évolue pas favorablement, si une période relativement longue de stagnation intervient, l’existence prolongée de petites régions rouges de-viendra impossible.

Actuellement, étant donné les scissions et les guerres qui se poursuivent dans le camp des compradores et des despotes locaux et mauvais hobereaux, ainsi que dans le camp de la bourgeoisie internationale, la situation révolutionnaire continue à se développer favorablement en Chine.

C’est pourquoi il ne fait pas de doute que les petites régions rouges peuvent subsister pendant longtemps, elles vont même s’agrandir, rapprochant ainsi le jour où nous conquerrons le pouvoir dans tout le pays.

4. La présence d’une Armée rouge suffisamment forte est une condition indispensable à l’existence du pouvoir rouge. Si, au lieu de l’Armée rouge, on ne dispose que de détachements locaux de la Garde rouge, on arrive tout au plus à tenir tête aux milices de ferme, mais non aux troupes régulières des Blancs.

Et ainsi, même avec l’appui des masses ouvrières et paysannes actives, il est absolument impossible de créer des bases révolutionnaires, et, à plus forte raison, d’en assurer l’existence prolongée et le développement ininterrompu si des forces régulières suffisantes nous font défaut. C’est pourquoi la création de bases révolutionnaires à l’aide des forces armées des ouvriers et des paysans est une idée très importante dont tous les membres du Parti doivent se pénétrer, ainsi que les masses ouvrières et paysannes des bases révolutionnaires.

5. La possibilité, pour le pouvoir rouge, de subsister pendant une longue période et de se développer dépend, outre les conditions précitées, d’une autre condition importante : que l’organisation du Parti communiste soit forte et sa politique juste. »

Il existe un espace pour toute une séquence politique : Mao Zedong avait analysé la situation et le Parti Communiste allait appliquer sa pensée.