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La révolution chinoise - 4e partie : Mao Zedong et son analyse des classes de la société chinoise

Mao Zedong (毛泽东) est né le 26 décembre 1893 à Shaoshan, dans la province du Hunan, une province au sud du Yanzi Jiang, le grand fleuve chinois.

La famille de Mao était traversée de contradictions fréquentes entre sa mère, généreuse et compatissante envers les pauvres, et son père, autoritaire, violent (qui battait fréquemment ses enfants), amassant son argent.

Dans le contexte de la féodalité pliant devant l’impérialisme, le jeune Mao Zedong rejoignit une école pour étudier, puis l’armée révolutionnaire du Hunan jusqu’à la fin de la guerre civile au Printemps 1912. Il sera par la suite diplômé de l’école normale du Hunan en 1918, et finalement assistant bibliothécaire à l’Université de Pékin, fréquentant des progressistes.

Il s’engage dans une réflexion critique de la société chinoise, dont l’un des témoignages les plus connus est son article de 1919 : « Le suicide de Mademoiselle Chao », une critique très approfondie des mariages arrangés et du patriarcat.

Il participe logiquement, en juillet 1921 dans la ville de Shanghai, à la fondation du Parti Communiste de Chine, dont il deviendra rapidement l’un des principaux activistes et le penseur de la révolution agraire, notamment après le coup contre-révolutionnaire de 1927 à Shanghai.

C’est que Mao Zedong est celui qui a développé de la manière la plus approfondie l’étude de la situation chinoise, de son niveau de développement, de la situation de la lutte des classes et notamment de la paysannerie.

Son œuvre magistrale est ici, écrite en mars 1926, son analyse des classes de la société chinoise.

De manière fort logique, il accorde une importante attention à la bourgeoisie compradore, composée des gérants chinois d’entreprises commerciales appartenant à des pays impérialistes.

Ils jouent un rôle déterminant, de par la situation des forces productives en Chine à l’époque. Mao Zedong dit par conséquent que :

« Dans ce pays économiquement arriéré, semi-colonial, qu’est la Chine, la classe des propriétaires fonciers et la bourgeoisie compradore sont de véritables appendices de la bourgeoisie internationale et dépendent de l’impérialisme quant à leur existence et développement.

Ces classes représentent les rapports de production les plus arriérés et les plus réactionnaires de la Chine et font obstacle au développement des forces productives du pays. Leur existence est absolument incompatible avec les buts de la révolution chinoise. »

Il y a ainsi lieu de distinguer la bourgeoisie compradore de la bourgeoisie nationale, qui est faible, hésitante. Elle aimerait se débarrasser de la présence impérialiste, mais elle sent que cela va avec un engagement anti-impérialiste et démocratique la dépassant largement.

Il y a lieu également de porter une attention particulière à la petite-bourgeoisie, définie comme suit :

« Appartiennent à la petite bourgeoisie les paysans propriétaires, les propriétaires d’entreprises artisanales, les couches inférieures des intellectuels – étudiants, enseignants des écoles primaires et secondaires, petits fonctionnaires, petits employés, petits avocats – et les petits commerçants. »

La couche supérieure, la plus aisée, de la petite-bourgeoisie, aimerait rejoindre la classe supérieure, tandis que les couches intermédiaires vont dans le bon sens sans assumer réellement, contrairement aux couches les plus pauvres.

Cependant, cette division n’a de sens que de manière relative. En effet, selon Mao Zedong :

« En temps normal, ces trois groupes de la petite bourgeoisie ont chacun une attitude différente à l’égard de la révolution.

Mais en temps de guerre, c’est-à-dire dans une période d’essor révolutionnaire, dès que l’aurore de la victoire commence à luire, on voit participer à la révolution non seulement les éléments de gauche de la petite bourgeoisie, mais également les éléments du centre ; et même les éléments de droite, emportés par le flux de l’élan révolutionnaire du prolétariat et des éléments de gauche de la petite bourgeoisie, sont contraints de suivre le courant de la révolution. »

À cela s’ajoute ce que Mao Zedong appelle le semi-prolétariat et qu’il définit de la manière suivante :

« Nous rattacherons au semi-prolétariat :

1) l’écrasante majorité des paysans semi-propriétaires ;

2) les paysans pauvres ;

3) les petits artisans ;

4) les commis ;

5) les marchands ambulants.

L’écrasante majorité des paysans semi-propriétaires et les paysans pauvres forment une masse rurale énorme. Et ce qu’on appelle le problème paysan est essentiellement leur problème. »

À chaque fois, Mao Zedong définit de manière précise en quoi consiste le mode de vie de ces différentes strates du semi-prolétariat.

Enfin, il parle du prolétariat industriel, dont il rapproche certaines couches sociales :

« Le prolétariat industriel moderne compte en Chine environ deux millions de représentants.

Ce nombre réduit s’explique par le retard de la Chine sur le plan économique. Les ouvriers d’industrie sont principalement employés dans cinq secteurs : les chemins de fer, les mines, les transports maritimes, l’industrie textile et les chantiers navals ; il faut ajouter qu’un grand nombre d’entre eux sont sous le joug du capital étranger. Bien que faible en effectif, le prolétariat industriel incarne les nouvelles forces productives, constitue la classe la plus progressiste de la Chine moderne et est devenu la force dirigeante du mouvement révolutionnaire (…).

Les coolies des villes constituent aussi une force digne d’une sérieuse attention. Ce groupe comprend surtout les dockers et les tireurs de pousse, et également les vidangeurs et les éboueurs.

Comme ils n’ont rien d’autre que leurs bras, les travailleurs de ce groupe sont proches, par leur condition économique, des ouvriers de l’industrie et ne leur cèdent que par le degré de concentration et l’importance de leur rôle dans la production. L’agriculture capitaliste moderne est encore faiblement développée en Chine.

Le terme de prolétariat agricole désigne les salariés agricoles embauchés pour l’année ou travaillant au mois ou à la journée. Dépourvus de terre et de matériel agricole, et aussi de tout moyen financier, ils ne peuvent subsister qu’en vendant leur force de travail.

De tous les ouvriers, ce sont eux qui ont la plus longue journée de travail et le salaire le plus bas, eux qui sont les plus mal traités et en butte à la plus grande insécurité d’emploi. Soumis aux privations les plus lourdes, ce groupe de la population rurale occupe dans le mouvement paysan une position aussi importante que celle des paysans pauvres. »

Mao Zedong note également l’existence d’un lumpenproletariat, composé de paysans et d’ouvriers artisanaux dans une extrême précarité, pouvant aller dans un sens révolutionnaire s’ils sont correctement dirigés : il s’agit bien entendu ici des couches ayant porté le mouvement historique des boxeurs.

Mao Zedong conclut alors avec l’interprétation suivante :

« Il ressort de tout ce qui vient d’être dit que tous les seigneurs de guerre, les bureaucrates, les compradores et les gros propriétaires fonciers qui sont de mèche avec les impérialistes, de même que cette fraction réactionnaire des intellectuels qui en dépend, sont nos ennemis.

Le prolétariat industriel est la force dirigeante de notre révolution.

Nos plus proches amis sont l’ensemble du semi-prolétariat et de la petite bourgeoisie.

De la moyenne bourgeoisie toujours oscillante, l’aile droite peut être notre ennemie et l’aile gauche notre amie ; mais nous devons constamment prendre garde que cette dernière ne vienne désorganiser notre front. »