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La révolution chinoise - 1re partie : la dynastie mandchoue face aux impérialistes

Historiquement, la Chine est une immense civilisation, qui s’est développée principalement en marge de l’Europe et de l’Asie, comme le montre son écriture spécifique en idéogrammes, mais de manière relative seulement, comme en témoigne l’adoption comme religion du bouddhisme né en Inde.

En l’absence de développement du capitalisme, la Chine s’empêtra dans la féodalité, et c’est une dynastie mandchoue qui dominait encore le pays au début du 20e siècle, après en avoir pris le contrôle en 1644.

Le Dragon Azur, drapeau national chinois utilisé de 1889 à 1912 par la dynastie mandchoue des Qing

Le régime féodal tenta de préserver la fermeture de son territoire face au développement du capitalisme mondial, mais échoua face aux velléités commerciales et militaires des pays européens.

L’Angleterre, en particulier, exportait depuis l’Inde de l’opium en Chine, en vendant environ 200 caisses par an en 1729, 4 000 70 ans plus tard, 40 000 110 ans plus tard, et exigeant d’être payé en argent.

L’opposition de l’empire chinois, avec la tentative d’interdire l’opium, provoqua la guerre de l’opium, qui dura de 1839 à 1842 et se solda par la défaite chinoise.

Fut alors signé le trait de Nankin, permettant à l’Angleterre de faire de Hong Kong une base militaire, ouvrant cinq ports dont Canton et Shanghai, autorisant la justice britannique à juger un différent entre une personne chinoise et une personne anglaise, la Grande-Bretagne devenant la nation la plus favorisée.

Le processus enclenché amena l’empire chinois à signer par la suite une multitude de traités inégaux, le défavorisant de manière toujours plus importante, avec également un second épisode de la guerre de l’opium, de 1856 à 1860.

Représentation britannique de la prise des forts du Peï-Ho en 1860, avec les troupes franco-britanniques menant une vaste offensive contre la Chine, amenant l'occupation de Tianjin, puis de Pékin.

Il y eut ainsi le traité du Bogue en 1843, ceux de Wanghia et de Huangpu en 1844, de Canton en 1847, de Goulja en 1851, ceux d’Aigun et de Tianjin en 1858, la convention de Pékin de 1860, le traité de Tianjin en 1861, de Saigon en 1862, la convention de Chefoo en 1876, le traité de Saint-Pétersbourg en 1881, deux de Hué en 1883 et en 1884, l’accord de Tientsin en 1884, le traité de Tianjin en 1885, le traité de Pékin en 1887, ceux de Calcutta en 1890 et en 1893, celui de Darjeeling en 1893, celui de Shimonoseki en 1895, le traité Li-Lobanov de 1896, la convention sur Hong Kong de 1898, le traité de Lüda en 1898, celui de Kouang-Tchéou-Wan en 1899, celui de Lhassa en 1904, etc.

L’empire chinois s’ouvrit ainsi toujours davantage aux intérêts commerciaux des pays capitalistes, qui grignotaient son économie, voire son territoire ; l’empire chinois subissait un processus de dépeçage par la Grande-Bretagne tout d’abord, mais aussi surtout la France, à quoi s’ajoutent l’empire russe, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne.

Caricature sur la situation de la Chine publiée dans le supplément du Petit Journal, en janvier 1898. La Chine se fait découper par la reine Victoria du Royaume-Uni, Guillaume II d'Allemagne, Nicolas II de Russie, la Marianne française et l'Empereur Meiji du Japon, sous l'oeil impuissant d'un mandarin chinois. Les seuls figures non caricaturées sont à mettre en rapport avec l'alliance franco-russe.

En 1894, il y a déjà 87 entreprises industrielles étrangères, employant 34 000 ouvriers, le nombre d’entreprises étrangères passant de 396 en 1885 à 580 en 1893 ; le trafic des grosses cargaisons passa de 18 millions de tonnes en 1885 à 28 millions en 1891, en étant dominé à 70 % par plus d’une trentaine de compagnies étrangères.

La Hong Kong and Shanghai Banking Corporation (HSBC) dispose de 45 agences en 1894, ses dépôts passant de 8,7 à 63,9 millions de dollars entre 1870 et 1890 ; alors que l’État chinois a un budget annuel de 80 millions de taëls d’argents, il en doit 370 millions aux pays capitalistes.

Le mouvement de dépendance est tellement puissant que les velléités de Yangwu, c’est-à-dire de modernisation, sont écrasés, notamment avec l’anéantissement de la flotte chinoise moderne lors de la guerre sino-japonaise en 1894.

La situation était alors d’autant plus intenable que la dynastie Qing s’appuyait exclusivement sur l’infime minorité mandchoue, d’origine Toungouse, un peuple asiatique sibérien. L’impératrice Cixi (ou Tseu-Hi), c’est-à-dire mère vénérable, régnait en autocrate.

L'impératrice Cixi

Une réponse historique fut la généralisation des sociétés secrètes tout au long de la seconde partie du 19e siècle, avec des factions religieuses, de bandits, de partisans d’une autre dynastie, d’agitateurs sociaux, etc.

Celles organisées autour des clubs de boxe chinoise Wushu, dénommées les Poings de la justice et de la concorde, furent à l’origine de la révolte des « boxeurs », qui pensaient que leur démarche ascétique et mystique leur accordaient des pouvoirs magiques, et ainsi la capacité de chasser les étrangers, tant pour des motifs économiques que religieux avec l’influence croissante des missionnaires.

Les boxeurs révoltés

Extrêmement bien organisés sur une base ultra-hiérarchique, les boxeurs avaient une nature double.

D’un côté, leur engagement était d’une sincérité complète, permettant un engagement complet. Les boxeurs devaient obéir aux chefs, avaient l’interdiction d’accepter des cadeaux, de voler ou piller, de molester les simples gens, de manger de la viande, de boire du thé.

De l’autre, leur mysticisme allait de pair avec un fanatisme patriotique sans mesure.

Pour cette raison, à la suite du soulèvement des boxeurs en 1898 sous le mot d’ordre « Renversons les Qing, détruisons les étrangers », l’impératrice Cixi fut en mesure de happer les boxeurs qui adoptèrent alors le mot d’ordre « Soutenons les Qing, détruisons les étrangers ».

Cependant, l’impératrice Cixi ne fut pas en mesure d’en profiter réellement : les boxeurs rassemblés à Pékin en 1900 commencèrent à prendre d’assaut les légations étrangères, soutenues par les troupes impériales.

Cela aboutit au massacre de 30 000 Chinois chrétiens, ainsi que le meurtre entre autres du ministre japonais Sugiyama Akira, du baron allemand von Ketteler, alors qu’un professeur américain fut torturé trois jours et sa tête finalement exposée sur l’une des portes de la ville.

Une grande alliance coloniale s’organisa alors avec la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, les États-Unis, l’Autriche-Hongrie, le Japon, la Russie, l’Italie, qui intervinrent avec au point culminant de la répression 50 000 hommes pillant Pékin, violant et massacrant.

La situation générale fut celle d’atrocités horribles.

Une image japonaise de 1900 montrant l'Alliance anti-boxeurs dite des huit nations, avec leurs drapeaux navals respectifs (Italie, États-Unis, France, Autriche-Hongrie, Japon, Allemagne, Russie et Royaume-Uni)

L’empereur d’Allemagne Guillaume II avait exprimé de manière très claire la ligne des pays capitalistes :

« Pékin devra être rasé jusqu’au sol… C’est le combat de l’Asie contre l’Europe entière. »

« Pas de grâce ! Pas de prisonniers ! Il y a mille ans, les Huns du roi Attila se sont faits un nom, encore formidable dans l’histoire et dans la légende. Ainsi puissiez-vous imposer en Chine, et pour mille ans, le nom allemand, de telle façon que jamais plus un Chinois n’ose même regarder un Allemand de travers. »

La Russie prétexta également l’instabilité pour envoyer 200 000 hommes occuper la Mandchourie.