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La révolution chinoise - 14e partie : la première victoire en 1945

Lorsque la victoire arriva en 1945, le pays avait payé un lourd tribut pour venir à bout de l’occupation japonaise. 3,22 millions de soldats et 8,4 millions de civils avaient perdu la vie, l’armée japonaise perdant quant à elle 1,1 million de soldats.

Ce fut une guerre cruelle, l’armée japonaise pratiquant, devant la résistance chinoise, la « politique des trois tout » (tout brûler, tout tuer, tout piller). Les crimes de guerre par l’armée japonaise furent immenses et rivalisent en perversité avec l’Allemagne nazie.

Lorsque l’armée japonaise prit notamment la ville de Nanjing (anciennement appelé Nankin en français), elle massacra 300 000 personnes pendant six semaines à partir de fin 1937, violant collectivement jusqu’à la mort 20 000 femmes et jeunes filles, avec toutes les perversités possibles : mutilations, personnes enterrées vivantes, etc.

Nankin 1937 : massacres de prisonniers chinois par l'armée japonaise

C’est dans cette même ville que le représentant du Japon, Yasuji Okamura, signa la capitulation devant la Chine, après l’avoir fait devant les Etats-Unis.

Alors qu’il fut un haut dirigeant militaire japonais en Chine, devenant en novembre 1944 le chef de l’armée japonaise en Chine, et qu’il a à ce titre appliqué la « politique des trois tout », il ne fut finalement pas inquiété comme criminel de guerre sur demande exprès de Jiang Jieshi (Tchiang Kaï-Chek) qui en fit un conseiller.

Car la Chine n’en avait pas fini avec la guerre : le Kuomintang, avec l’appui américain, comptait affronter le Parti Communiste de Chine. Ce dernier avait progressé à grands pas, passant à 40 000 membres en 1937, 800 000 en 1940, 1 211 128 en avril 1945.

Cette situation fut présentée comme suit par Mao Zedong, dans le discours « Les deux destins de la Chine » ouvrant le 7e congrès du Parti Communiste de Chine, le 23 avril 1945.

« Camarades ! Aujourd’hui s’ouvre le VIIe Congrès du Parti communiste chinois. En quoi réside l’importance toute particulière de ce Congrès ? C’est qu’il concerne, nous devons le dire, le sort de 450 millions de Chinois.

Deux destins s’offrent à la Chine : sur l’un d’eux, on a déjà écrit un livre [Jiang Jieshi, Le destin de la Chine, publié en 1943] ; notre Congrès représente l’autre destin de la Chine, et nous aussi, nous écrirons un livre [il s’agira de Du gouvernement de coalition].

Notre Congrès veut le renversement de l’impérialisme japonais et la libération de tout le peuple chinois.

C’est un congrès pour la défaite de l’agresseur japonais et pour l’édification d’une Chine nouvelle, un congrès pour l’union de tout le peuple chinois et l’union avec tous les peuples du monde, en vue de la victoire finale.

Le moment nous est très favorable. En Europe, Hitler est sur le point d’être abattu.

Le théâtre principal de la guerre mondiale contre le fascisme se trouve en Occident, où l’heure de la victoire est proche grâce aux efforts de l’Armée rouge soviétique.

Déjà, on entend ses canons à Berlin, dont la chute est sans doute imminente. En Orient, la guerre pour écraser l’impérialisme japonais touche également à la victoire. Notre Congrès se réunit donc à la veille de la victoire finale dans la guerre contre le fascisme.

Deux voies s’ouvrent devant le peuple chinois — la voie de la lumière et la voie des ténèbres. Deux destins attendent la Chine — l’un radieux, l’autre sombre.

L’impérialisme japonais n’est pas encore battu. Mais même après sa défaite, ces deux perspectives d’avenir resteront ouvertes : ou bien une Chine indépendante, libre, démocratique, unifiée, forte et prospère, c’est-à-dire une Chine radieuse, la Chine nouvelle d’un peuple libéré, ou bien l’autre Chine, semi-coloniale et semi-féodale, divisée, faible et pauvre, c’est-à-dire l’ancienne Chine.

Une Chine nouvelle ou l’ancienne Chine, telles sont les deux perspectives qui s’offrent à notre peuple, au Parti communiste chinois et à notre Congrès.

Puisque le Japon n’est pas encore battu et que ces deux perspectives resteront ouvertes même après sa défaite, comment nous faut-il mener notre travail ?

Quelle est notre tâche ? Notre seule tâche est de mobiliser hardiment les masses, d’accroître la force du peuple, d’unir toutes les énergies de la nation qui peuvent être unies, en vue de la lutte menée sous la direction de notre Parti pour vaincre l’agresseur japonais, édifier une Chine nouvelle et radieuse, une Chine indépendante, libre, démocratique, unifiée, forte et prospère.

Nous devons lutter de toutes nos forces pour un avenir lumineux, un destin radieux, contre un avenir ténébreux, un sombre destin. Voilà notre seule et unique tâche ! Voilà la tâche de notre Congrès, de tout notre Parti, de tout le peuple chinois ! Nos espoirs peuvent-ils se réaliser ? Nous le pensons. Cette possibilité existe parce que nous jouissons des quatre conditions suivantes :

1° Un puissant Parti communiste, riche en expérience et fort de 1.210.000 membres ;

2° De puissantes régions libérées, avec une population de 95.500.000 habitants, une armée de 910.000 hommes et une milice populaire de 2.200.000 membres ;

3° L’appui des masses de tout le pays ;

4° Le soutien des peuples du monde entier et en particulier celui de l’Union soviétique.

Ces conditions étant réunies — un puissant Parti communiste, de puissantes régions libérées, l’appui du peuple tout entier et le soutien des peuples du monde —, nos espoirs pourront-ils se réaliser ?

Nous le pensons. Dans le passé, la Chine n’avait jamais connu de telles conditions.

Certes, elles existent dans une certaine mesure depuis un bon nombre d’années, mais elles ne se sont jamais manifestées comme aujourd’hui dans toute leur plénitude.

Jamais le Parti communiste chinois n’a été aussi puissant, l’armée et la population des bases révolutionnaires aussi nombreuses ; à aucun moment, le prestige du Parti communiste chinois auprès de la population des régions occupées par les Japonais et des régions dominées par le Kuomintang n’a été aussi grand, alors que les forces révolutionnaires représentées par l’Union soviétique et par les peuples des autres pays sont plus puissantes que jamais.

On peut donc affirmer qu’en bénéficiant de telles conditions il est tout à fait possible de vaincre l’agresseur et d’édifier une Chine nouvelle.

Nous devons avoir une politique juste, dont l’élément fondamental est de mobiliser hardiment les masses et d’en accroître la force, afin que, sous la direction de notre Parti, elles mettent en échec l’agresseur et édifient une Chine nouvelle.

Au cours de ses vingt-quatre années d’existence, c’est-à-dire depuis sa création en 1921, le Parti communiste chinois a traversé trois périodes historiques de luttes héroïques — l’Expédition du Nord, la Guerre révolutionnaire agraire et la Guerre de Résistance contre le Japon —et il a acquis une riche expérience.

Aujourd’hui, notre Parti est devenu le centre de gravité du peuple chinois en lutte contre l’agression japonaise et pour le salut de la patrie, son centre de gravité dans la lutte pour la libération, pour la victoire sur l’envahisseur et pour l’édification d’une Chine nouvelle.

Le centre de gravité de la Chine est ici même où nous sommes, et nulle part ailleurs.

Nous devons être modestes et prudents, nous garder de toute présomption et de toute précipitation, servir le peuple chinois de tout notre cœur, afin de l’unir pour vaincre l’agresseur japonais dans le présent et pour édifier un Etat de démocratie nouvelle dans l’avenir. Si nous savons agir ainsi, si nous avons une politique juste, si nous conjuguons nos efforts, nous accomplirons notre tâche.

A bas l’impérialisme japonais !

Vive la libération du peuple chinois ! Vive le Parti communiste chinois !

Vive le VIIe Congrès du Parti communiste chinois ! »

samedi 23 novembre 2019


La révolution chinoise