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La planification soviétique - 5e partie : un plan en mouvement

Si le GOSPLAN a besoin de statistiques, ce n’est pas pour gérer une économie qui se reproduit, c’est pour saisir la situation afin de la transformer en transmettant des ordres et des moyens aux entreprises collectivisées.

Cela passait également par une gestion par branches économiques, ainsi que par territoires (l’URSS étant une fédération de républiques, comprenant chacune une division territoriale plus ou moins hiérarchisée).

Or, la difficulté était alors d’organiser des comités et sections administratives chargées, à chaque étape entre le haut (le GOSPLAN) et le bas (les entreprises), de transmettre, de vérifier, de servir d’intermédiaire (dans les deux sens). A la mort de Staline, il existait ainsi 5 000 commissions du plan au niveau des districts et des villes.

C’est le GOSPLAN lui-même qui devait gérer tout cela et, conformément à ses missions, ses consignes devaient être comprises et il devait lui-même donner les moyens qu’on les comprenne. Pour cela, des indices étaient utilisés et il n’en fallait pas trop, pour ne pas saper les initiatives à la base. Dans la production industrielle, on en trouvait environ 1600, et 9500 pour l’ensemble de l’économie.

Le GOSPLAN ne consistait pas qu’une administration formant un plan. Il devait gérer chaque programme de production, organiser le développement scientifique et administratif pour que le plan puisse être conçu et mis en place, gérer la diffusion des ordres ainsi que l’organisation du travail de la planification, vérifier la cohérence de l’ensemble, etc.

On comprendra la difficulté qu’il y avait à réaliser cela, dans la période 1917-1953, sans l’informatique. Pour cette raison, la planification soviétique a scindé certains aspects au départ, tentant d’améliorer ensuite l’organisation du travail.

Jusqu’au milieu des années 1930, le Commissariat aux voies de communication, celui des télécommunications, de l’approvisionnement de l’industrie légère, des transports par eau… fonctionnaient de manière autonome.

En 1948, et cela jusqu’à dix jours après la mort de Staline, le GOSPLAN – devenu un comité et non une commission – abandonna également certaines prérogatives : l’approvisionnement matériel de l’économie nationale au GOSSNAB, l’introduction des techniques nouvelles dans l’économie au GOSTEKHNIKA, la répartition des fonds matériels, ainsi que le département de technologie.

En pratique, le plan lui-même obéissait au plan, à l’évolution de la production, à son amélioration. La planification se situe dans une marche au communisme, c’est dans sa nature même : son moteur est idéologique, sa raison même d’exister. En 1937, on lit ainsi dans le document du PCUS(b) intitulé « Liquider jusqu’au bout les suites du sabotage dans la planification » :

« La condition essentielle de la solution des problèmes de planification économique réside dans l’approche politique de n’importe quel problème du plan, de n’importe quel chiffre, de chaque projet…

Ces directives du camarade Staline constituent la base de la direction bolchevique.

Pour élaborer, de façon correcte, le plan économique et diriger la lutte pour sa réalisation, il est indispensable de garder fermement en vue le caractère inséparable du politique et de l’économique.

Tout le travail du GOSPLAN et de tous les organes de planification doit être imprégné de l’esprit de Parti et garantir la réalisation bolchevique des directives du Parti et du gouvernement. »

Là où les choses se compliquaient donc, c’est qu’en plus lorsqu’un plan est réalisé, un autre est préparé, année après année, alors que, tous les cinq ans, il faut fournir de nouveau un plan pour cinq ans.

Les entreprises, tout comme les Républiques, les régions, etc., étaient, naturellement, en liaison régulière avec le GOSPLAN, effectuant des demandes, des ajustements ayant lieu, des améliorations, des changements, des demandes d’investissement, etc. Tout cela demande une intendance très efficace.

On a, bien entendu, ici une raison essentielle pour laquelle Nikita Khrouchtchev a attendu le XXe congrès en 1956, pour asseoir ouvertement la prise du pouvoir par la clique révisionniste, alors que Staline était mort en 1953. Il était nécessaire d’attendre qu’un cycle quinquennal se conclut, afin de jouer sur le nouveau plan, sur les cadres liés à ce plan.

Le cœur de l’URSS, c’était la planification, la compréhension politique et idéologique de celle-ci en haut comme en bas. Le Grand Bond en Avant et la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine populaire visaient justement à donner à la réalisation de la planification une dimension idéologique, politique et culturelle à la hauteur.