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La planification soviétique - 13e partie : biogéocénose et biosphère

Ce qui est frappant c’est que si les zapovedniks n’avaient pas été compris par les communistes d’Union Soviétique, une fois le révisionnisme ayant triomphé après 1953, les révisionnistes avaient tout à fait compris que les zapovedniks formaient pour eux une menace terrible.

Le principe des zapovedniks tient à celui de Biosphère, de superorganisme ; il s’oppose à la conception bourgeoise d’écosystème où tout est relatif et individualisé, défendue par exemple en URSS par Leontii Ramensky (1884-1953), qui rejoignit le PCUS(b) en 1946.

La base du zapovednik n’est pas que des êtres vivent en commun, mais bien qu’ils forment un ensemble. Pour cette raison, un nouveau concept fut développé et établi en URSS, en 1944 : celui de biogéocénose.

Ce concept fut élaboré par Vladimir Sukachev (1880-1967), qui rejoignit le PCUS(b) en 1937 et fut un disciple de Ivan Borodine et de Georgy Morozov (1867-1920), devenant un spécialiste des sols dans la lignée de Vassili Dokoutchaïev. Georgy Morozov concevait également la forêt comme un système, considérant qu’il n’était pas possible de la considérer comme une sorte de « ferme » produisant des arbres.

Selon lui, la forêt est « un seul organisme complexe avec des interconnections régulières entre ses parties et, comme tout autre organisme, se distinguant par une stabilité définie ». Ainsi, « une forêt n’est pas simplement une accumulation d’arbres, mais est elle-même une société, une communauté d’arbres s’influençant mutuellement, donnant ainsi naissance à toute une série de nouveaux phénomènes qui ne sont pas la propriété des arbres seulement ».

C’est là un point de vue tout à fait matérialiste et bien entendu Georgy Morozov élargit le champ d’action des forêts au sol et à l’atmosphère ; la forêt n’est pas un phénomène géographique seulement, mais bien biologique.

Le concept de biogéocénose se situe dans cette perspective, étudiant la biocénose – un ensemble d’être vivants en interaction dans un milieu précis – en y ajoutant la dimension planétaire exigée par Vladimir Vernadsky. On a ici une assimilation de la biologie et de la géologie dans une même science planétaire d’étude des forêts.

Il faut donc étudier le rapport entre les plantes, les micro-organismes, les animaux, les champignons, les bactéries, etc. c’est-à-dire voir comment l’énergie solaire permet à la vie de se développer et d’adapter l’ensemble de la réalité matérielle où elle se développe.

Le problème est que le concept de biogéocénose a été limité à certains systèmes au sein de la Biosphère, sans que la dimension unifiée de celle-ci n’ait été soulignée. Cela n’aurait pu l’être justement qu’avec une juste compréhension matérialiste dialectique et des forces productives suffisamment développées pour avoir un niveau de conscience adéquat.

La situation après 1950 a alors été la suivante : le révisionnisme rejetait tout ce qui se rapprochait du matérialisme dialectique et de son monisme, de sa vision unifiée de la réalité – même si dans le domaine de la Biosphère, les communistes soviétiques n’ont pas su aller jusqu’au bout de leur démarche.

Cependant, les défenseurs de la nature ont formé, dès les années 1950, un frein au révisionnisme en défendant les zapovedniks et empêché que celui-ci réussisse sur toute la ligne à imposer ses vues.

Le prix à payer était par contre que les zapovedniks se voyaient limiter à la fonction de ressources d’étalons, d’exemples de développement naturel propres à une région géographique, qu’il pourrait être utile de comparer avec des développements imposés par les humains. La question de l’écotourisme se développa également.

De plus, étant donné que le plan avait échoué et se voyait remplacé par la concurrence capitaliste des entreprises soviétiques, les zapovedniks faisaient face à un environnement autour d’eux toujours plus agressif, polluant et pollué, modifiant leur propre situation. Au lieu d’un paradis universel vert, les zapovedniks formaient des îlots de résistance ne pouvant triompher à eux seuls.

C’est bien là le sens de ce qui a été raté par le plan soviétique : se mettre au niveau du développement de la nature sauvage, synthétiser la nature et la culture.

Pour cette raison, et depuis les années 1960, les zapovedniks – tant en URSS qu’en ex-URSS, ainsi qu’en république tchèque – sont les témoins d’un même débat sans fin pour savoir dans quelle mesure la zone est vraiment sauvage, dans quelle mesure il n’y a pas eu historiquement de changements faits par l’humanité, dans quelle mesure par conséquent il faut intervenir ou non pour réguler, notamment en cas de maladies ou d’insectes bouleversant les forêts.

C’est toute la conception d’un zapovednik n’évoluant pas, formant un îlot indépendant, existant de manière séparée du reste du monde, qui montre à chaque fois son absurdité. C’est là le prix à payer pour l’échec du plan à fusionner, à se synthétiser avec les zapovedniks.