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La peinture naturaliste belge - 6e partie : Constantin Meunier et le mysticisme du travail

Constantin Meunier est un peintre qui fut, comme Cécile Douard, profondément marqué par la situation des mineurs dans le Borinage. On retrouve chez lui pareillement ce sens d’un symbolisme en appui à une tentative de lecture réaliste ; la tentative est cependant un échec, de par une trop grande tendance au symbolique.

Cela en arrive pratiquement à un éloge étroit, corporatiste, du travail, vu comme avec un regard mystique. On est ici dans la direction strictement opposée à l’universalisme du réalisme, du socialisme, et pratiquement dans la tendance corporatiste d’un travail comme composant de la réalité nationale.

La coulée à Ougrée est ainsi frappant par sa dimension se séparant du réalisme, tout en cherchant à le rejoindre au moment d’un positionnement visant à « témoigner ». C’est au mieux une expérimentation, l’aspect symbolique est trop fort, le typique trop faible. Il y a cependant un quelque chose de spécifiquement belge.

Constantin Meunier - La coulée à Ougrée

Terugkeer van de mijn, (Le retour de la mine), va davantage dans le sens de la naïveté, tout comme Trois hercheuses ou encore Hiercheuse descendant à la mine, qui prétend rétablir la dignité mais est clairement surfait. Le port n’est pas fondamentalement différent dans sa substance.

Constantin Meunier - Terugkeer van de mijn (Retour de la mine)
Constantin Meunier - Trois hiercheuses
Constantin Meunier - Hiercheuse descendant à la fosse
Constantin Meunier - Le port

Pourtant, Constantin Meunier va être salué comme le grand peintre de la réalité ouvrière. Cela reflète une vraie faiblesse idéologique, un vrai manque d’analyse de la substance de la réalité sociale.

Le sénateur et bourgmestre socialiste Marius Renard publia ainsi en 1904 un ouvrage intitulé Constantin Meunier : la glorification du travail. On y lit dans la préface, écrite par Jules Destrée, figure du Parti Ouvrier Belge :

« Parmi tous les maîtres dont les colossales figures se dressent, comme celles des héros, au-dessus de la foule anonyme, il n’en est point que nous puissions célébrer, d’un cœur plus aiment et plus enthousiaste que notre grand Constantin meunier (…).

Les mineurs, les verriers, les puddleurs, les débardeurs, les carriers, les pêcheurs, les moissonneurs, tous ceux qui peinent dans les usines et dans les champs, eurent leur chantre inspiré.

Et on les vit tels qu’ils sont, mais que tels nos yeux ne savaient point les voir : héroïques. Toute l’œuvre de Meunier converge vers cette ambition : LA GLORIFICATION DU TRAVAIL. »

Marius Renard dit pareillement, avec un lyrisme dénué de toute valeur sur le plan socialiste, avec tout à voir par contre avec la démarche corporatiste :

« Il en est qui ne se contentent pas de montrer la vie. Ils font plus. Ils veulent la glorifier parce qu’elle est toujours noble et qu’elle ne cesse de donner des exemples de force et de beauté.

Constantin Meunier est de ceux-là.

A ce titre, il mérite une des places les plus hautes dans l’art contemporain, non seulement parce qu’il glorifia la vie, mais aussi parce qu’il glorifia ce qu’il y a de plus beau en elle : LE TRAVAIL.

Le travail !

O magie des mots ! A prononcer celui-ci, un monde s’éveille, et aussi la force de tout un peuple qui semble s’être imposé bien plus que les autres, une mission de hardiesse.

Le travail ! Et la race toute entière s’agite, avec les mille activités où se complaît la force des nôtres, avec ses sacrifices, ses vaillances, ses dévouements obscurs, ses martyrologues tragiques et ses prestigieuses victoires.

A l’évoquer, des contrées de labeur apparaissent, pays noir de la Wallonie, plaines navrantes de la Flandre, quais brumeux des ports, tous ces coins de la terre belge où s’agite une âpre humanité dont les labeurs obscurs font la richesse et la puissance du pays tout entier.

C’est le « coron » endeuillé du Borinage, aux maisons noires, à l’ombre des terrils et des houillères, où vivote le remueur de rocs. C’est la glèbe infinie aux vastes horizons, sous les ciels clairs, que le semeur de pain emplit de son geste augure.

C’est l’usine aux cubilots géants encapuchonnés de flammes, où le puddleur cyclopéen martèle le métal embrasé.

C’est la rive du glauque Escaut où le débardeur flamand ahane sous les lourds ballots qu’apportèrent les steamers, de tous les coins du globe.

C’est la grève le long de laquelle le pêcheur hâle la chaloupe sur laquelle il affronte les embûches de l’espace et de l’océan.

Mais toujours toujours, quels que soient le milieu et la nature de la tâche, c’est la même vaillance dont tous les efforts se résument en merveilleuse fécondité. »

On a ici un aspect très important historiquement, puisque ici un regard faussement réaliste vient donner une reconnaissance anti-universelle, purement partielle, déviant l’affirmation du travail dans une perspective idéaliste.

Il va de soi que cet esprit sera particulièrement puissant dans les années 1930 et on en a ici une profonde préfiguration.