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La peinture naturaliste belge - 2e partie : un esprit de commisération

Le première chose à saisir avec le naturalisme belge, c’est la nature élémentaire des besoins historiques aboutissant à sa naissance.

L’état d’esprit qui en forme la substance, c’est qu’on se penche vers la vie sociale, avec un certain romantisme national, bien que cela en reste à une dimension élémentaire ; la perspective est, raconte l’histoire nationale en cours, l’industrialisation et la vie quotidienne des paysans, dans un contexte très dur socialement, marqué par des modifications économiques profondes.

Cela ne dépasse toutefois pas ce stade contemplatif, car l’objectif est de liquider la culture agricole, l’idéologie catholique, les traditions féodales, etc.

La différence nationale entre la Belgique et les Pays-Bas apparaît ici de manière tout à fait significative si l’on regarde la situation et la nature du naturalisme dans ces deux pays, de par la différence de mentalités, de situation historique, de la nature économique du territoire lui-même.

Les Pays-bas avaient déjà connu leur apogée, marquée par le réalisme en peinture. La bourgeoisie, vivant de plus en plus dans l’ombre de sa période progressiste désormais de plus en plus lointaine, se contentait d’une sorte de prolongement des scènes de genre, de facture plus ou moins réaliste, ainsi que de paysages avec une sorte de perspective concrète.

Voici, du peintre Johannes Bosboom, Une vue de Coblence de 1835 et Une vue du quai de Paris à Rouen, de 1839.

Johannes Bosboom - Une vue de Coblence
Johannes Bosboom - Une vue du quai de Paris à Rouen

Cela va donner l’école de La Haye, qui va jouer un rôle d’importance dans la constitution de l’impressionnisme. Anton Mauve en est une figure connue ; il fut le mentor de Vincent Van Gogh, qui justement de par son orientation esthétique subjectiviste se tourna vers la Belgique et la France.

Voici un tableau d’Anton Mauve, Chevauchée matinale sur la plage, de 1876.

Anton Mauve - Chevauchée matinale sur la plage

En Belgique, la situation est très différente, puisque émerge une peinture naturaliste qui a, par certains aspects (et par certains aspects seulement), un véritable fond réaliste. Il y a un vrai souci de la confrontation au réel, de la recherche du typique dans la vie quotidienne ; il y a des ponts – relatifs, mais évidents – avec les fameux Ambulants russes, au réalisme si puissant.

Voici par exemple un tableau de Théodore Verstraete, intitulé Enterrement en Campine, de 1888, qui marqua les esprits au Salon parisien de 1889.

Théodore Verstraete - Enterrement en Campine

L’atmosphère est sombre, il y a une dignité, mais celle-ci est pesante. Il y a une certaine dimension misérabiliste, une forme de commisération, et en même temps il y a le véritable reflet de la nature pesante de cet événement de la vie quotidienne.

Il est vrai que l’effet de commisération est calculé, le peintre ayant d’ailleurs utilisé des dessins à la craie noire qu’il a appliqué sur le tableau par la suite pour bien cadrer la représentation. Ce n’est pas pour rien que le journaliste Lucien Solvay, qui sera le rédacteur en chef du quotidien Le soir, a pu publier un ouvrage sur ce peintre dans la série Le paysage et les paysagistes.

On est ici dans une représentation tendant au paysage, c’est-à-dire éminemment naturaliste, au sens d’anecdotique-représentatif ; néanmoins il y a une réelle densité témoignant que, historiquement, la bourgeoisie porte encore le réalisme au moins en partie.

Théodore Verstraete produisit par ailleurs de nombreuses œuvres dans cette même perspective naturaliste déjà imprégné d’impressionnisme, reflétant pratiquement plus la vision subjectiviste de l’auteur que la réalité au sens strict, tout en étant en même temps marqué par un réalisme sous-jacent relativement vigoureux.

Voici Les souches (vers 1895), une autre œuvre tout à fait représentative et indéniablement très forte de par sa dimension typique.

Théodore Verstraete - Les souches

Le tableau Le haleur montre une activité de l’époque : il fallait aider les bateaux à remonter le cours d’eau, ici près d’Anvers. Il fut montré au Salon de la Société nationale à Paris en 1891.

Rappelons que l’ambulant russe Ilia Répine peignit de son côté Les Hâleurs de la Volga, d’esprit très différent. En effet, chez Théodore Verstraete le haleur est seul, courbé, dépersonnalisé ; chez Ilia Répine, il y a plusieurs haleurs particulièrement expressifs. Chez Théodore Verstraete, on ne voit pas le bateau tiré, chez Ilia Répine, on le voit et il a un drapeau russe, symbole du régime profitant du peuple...

Théodore Verstraete - Le Haleur

Voici également Printemps à Schoore, Zeeland (1889-1890), Mon voisin le jardinier, Naar de dodenwake (La veillée), Na de begrafenis (Après l’enterrement).

Théodore Verstraete - Printemps à Schoore, Zeeland
Théodore Verstraete - Mon voisin le jardinier
Théodore Verstraete - Naar de dodenwake
Thédore Verstraete - Na de begrafenis

On notera que Théodore Verstraete fut très proche de Henri Van Cutsem, mécène bruxellois jouant alors un rôle matériel et culturel très important dans la scène artistique de l’époque. Il n’eut cependant que peu de succès, en raison du caractère assez dépressif de ses tableaux, lui-même sombrant dans la mélancolie et la folie. Juste avant de mourir, il eut cependant droit à une rétrospective au Cercle Royal Artistique d’Anvers, en 1906.