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La démarche esthétisante de la CasaPound et ses succès en Italie

Où en est le mouvement italien de la CasaPound, regroupant les «  fascistes du troisième millénaire » ? Il y a lieu de s’y intéresser, puisque comme on le sait le fascisme n’est pas tant une idéologie qu’un style et que, justement, la CasaPound tente de renouveler ce « style ».

La CasaPound ne ménage d’ailleurs pas ses efforts pour faire en sorte que ce style se diffuse hors d’Italie, et particulièrement en France : le blog Zentropa fut le fer de lance de cette tentative, tout à fait d’esprit post-moderne, « post-intellectuel ».

On sait que la génération facebook ne lit pas de livres et ne connaît rien aux idéologies ; quand elle est vient de la petite-bourgeoisie, elle pioche, elle s’inspire, elle s’approprie sans connaître la cohérence interne des choses.

Elle s’imagine que le fond est secondaire comparé à la bataille pour la surface des choses. C’est une acceptation complète de l’aliénation capitaliste, l’acceptation de l’incompréhension du second degré, de la profondeur des choses, de la nécessité de synthétiser.

Quand il s’agit non plus de la petite-bourgeoisie en général, mais des fractions hystérisées par le crise générale du capitalisme, on assiste alors à une fuite en avant pratiquement totale.

C’est le recyclage des idées, des images spectaculaires, des concepts, dans un grand fourre-tout irrationnel, sans principes, assumant l’absurde comme pseudo « dépassement » des forces passées afin de se présenter comme « nouveau », « combatif », ancré dans le réel, etc.

Si en France, ce sont les anarchistes qui sont les maîtres de ce jeu là, avec leurs insupportables multiples variantes post-modernes (queer, indigénistes, etc.) ou syncrétiques (anarcho-maoïstes, anarcho-situationnistes, etc.), en Italie ce sont les fascistes qui sont en première ligne, avec donc CasaPound.

Né en 2003, le mouvement se développe officiellement sur trois lignes précises : la souveraineté nationale, l’autonomie européenne et la justice sociale, c’est-à-dire, en langage décodé, en le nationalisme, « l’identité » blanche-européenne et le corporatisme.

Sur cette base, la CasaPound agglomère environ 5000 personnes et ouvre des locaux, beaucoup de locaux : ces derniers mois, c’est au rythme d’un tous les deux semaines.

Car la dynamique de la CasaPound est « métapolitique », c’est-à-dire ce que nous communistes appelons la bataille pour l’opinion publique.

Toutefois, si, quant à nous, nous nous fondons sur la raison, dans le prolongement de l’humanisme et des Lumières, avec le matérialisme dialectique dans une optique résolument écologiste, la CasaPound a un ligne vitaliste et esthétisante, appelant à la volonté de puissance dans la spontanéité nationaliste.

Si, quant à nous, nous nous fondons sur la classe ouvrière comme noyau dur, le fascisme se fonde sur les déclassés, les grands bourgeois, les petit-bourgeois.

On comprend, à la lumière de cette opposition, pourquoi nous n’apprécions pas les anarcho-situationnistes, les anarcho-maoïstes, les anti-Charlie, etc : à nos yeux, leur style est le même que celui de CasaPound.

L’éloge du spontanéisme créateur est une idéologie fasciste ; en fait, c’est même le cœur du noyau idéologique du fascisme. L’acte créateur porté par le sacrifice individuel, qui donne naissance au mouvement de la vie : voilà le fascisme dans sa base théorique authentique.

Base théorique, dirons-nous, car en pratique on est bien loin de ces exigences d’idéal. En fait de beau, l’esthétisation se limite à une approche violente de la vie quotidienne et des rapports sociaux, avec une glorification de la brutalité, de la concurrence acharnée entre les nations, etc.

Chez les fascistes, c’est comme chez les anarchistes : on ne lit pas de livres en entiers, on pioche, on s’inspire, on s’approprie. Bref, on esthétise, dans une fusion baroque mi-voyou mi-dandy, mi-activiste mi-je m’en foutiste.

Pourquoi cela ? Car l’objectif est de leur côté la mise en place de l’idéologie du chevalier, du rétablissement de l’ordre communautaire, dans un esprit de « mobilisation ». Et cela prend dans la société italienne, car ce sont des réponses qui se veulent « élémentaires », au-delà de la politique, c’est-à-dire en définitive à la fois simples et authentiques.

Pas de théorie, pas de réflexion synthétique, mais simplement des conférences, des concerts, des manifs, une esthétique. Pas de remise en cause de la vie quotidienne, par exemple dans le rapport aux animaux, à la Nature, mais au contraire un éloge de la subjectivité, de soi-même comme composante de la nation à unifier.

Voilà le fascisme, et c’est le sens du développement du mouvement CasaPound, présents à travers toute l’Italie (Rome, Milan, Turin, Naples, Novara, Bolzano/Bozen, Udine, Padoue, Bergame, Palerme, Gênes, Sienne, Florence, etc. etc.).

Est-il besoin d’expliquer l’impact de ce mouvement quand on voit sa capacité à ouvrir un local en plein centre historique de la ville de Vasto, 40.000 habitants, ou à Pordenone (50.000 habitants), à Udine (100.000 habitants) ?

D’imaginer la situation à Bergame, où CasaPound dispose de locaux, tout comme Generazione Identitaria et Forza Nuova, les deux autres principales formations d’extrême-droite italiennes ?

De se représenter l’importance du local à Parme (185.000 habitants), qui fait 250 m² ?

Bien sûr, sur le plan électoral, CasaPound est encore faible : à Rome, les élections de juin lui ont apporté 1,14 % des voix (contre 0,56%) précédemment. Mais les élections ne sont pas tout, voire même rien du tout.

CasaPound produit un style creux pour permettre à la bourgeoisie impérialiste de lancer des mobilisations de masse. C’est à cela que travaille CasaPound. CasaPound ne peut pas prétendre à l’idéal : il n’a qu’une esthétique pratique, pragmatique, servant à développer des mythes.

Il ne met même pas en valeur le patrimoine de la Renaissance italienne, car c’est un mouvement de barbares. Le fascisme ne sert qu’à produire des mythes, alors que le communisme réalise l’utopie et à ce titre a une conception précise et assumée de ce qui est beau, et de ce qui ne l’est pas.

Le vide culturel du « nouveau fascisme » témoigne de sa nature petite-bourgeoise.

Car cette obsession du style est typiquement petite-bourgeoise ; à l’extrême-gauche, nous avons donc aussi nos obsédés du style, dans la mouvance anarchiste – ACAB – postmoderne. Le contenu idéologique est rejeté, au profit d’une approche en termes de « style » qui serait en soi « subversive », « rebelle », rupturiste, etc.

Ce qui compte dans cette approche, c’est « cette part de symboles et de mythes mobilisateurs communs », comme le dit le blog « Feu de prairie » en utilisant des concepts classiques de l’extrême-droite. Ce qui est cocasse quand on sait que ce blog a tenté de récupérer, comme « subversion », la police d’écriture spécifique aux fascistes italiens. Et il n’est guère étonnant que ce blog ne publie qu’un article par an, alors que sur son tumblr une image par jour, dans une logique délirante anarcho-maoïste de culte de l’émeute.

La petite-bourgeoisie est barbare, elle cultive l’esprit du rentre-dedans, du spectaculaire, comme « solution ». Quels exemples n’a-t-on pas eu ces derniers temps, à Paris, avec des bougies de la place de la République jetés sur la police, l’hôpital Necker – enfants malades vandalisé, une voiture de police incendiée sur un coup de tête…

lundi 20 juin 2016


International