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La « belle époque » de l’élan capitaliste 7ème partie : Cézanne, Van Gogh, Munch et le subjectivisme

Le développement toujours plus grand du subjectivisme au sein de la bourgeoisie devait nécessairement amener l’implosion de l’académisme et l’apparition de courants célébrant le subjectivisme, le pur moi bourgeois, comme dépassement impressionniste de l’impressionnisme lui-même.

C’est là qu’on trouve historiquement Paul Cézanne (1839 - 1906), qui est un ami d’enfance d’Emile Zola (qui le poussera par ailleurs à s’installer à Paris), et le néerlandais Vincent Willem Van Gogh (1853 - 1890), deux peintres réprouvés par leur époque, mais qui vont être des moteurs de la modernité bourgeoise.

Les deux peintres ont en commun, également, d’être lié à Auvers-sur-Oise, dans le nord de Paris, source d’inspiration impressionniste en raison de la luminosité particulière prétexte à tout un jeu de couleurs pour donner des formes particulières, ce que Paul Cézanne appelait « trouver les volumes ».

Voici les tableaux La plaine près d’Auvers de Vincent Van Gogh, et Paysage d’Auvers de Paul Cézanne, cette dernière œuvre faisant partie de la première exposition collective des impressionnistes, dans l’atelier du photographe Nadar en 1874.


Aux yeux de Paul Cézanne, « quand la couleur est à sa puissance, la forme est à sa plénitude », c’est-à-dire qu’il célèbre l’impression par l’intermédiaire de la tonalité. La forme, le dessin en tant que tel, passe sur un plan totalement secondaire.

Paradoxalement, le peintre décadent Salvador Dali a compris la signification de cela. Car Salvador Dali était un surréaliste, il plaçait la réalité sur un autre plan – celle du rêve – mais il reconnaissait la réalité en tant que forme. Salvador Dali affirmait la possibilité de dessiner la réalité, de la montrer.

Or, avec Paul Cézanne, la réalité devient un « ton » permettant d’en saisir l’impression, ce qui s’oppose à la démarche de Salvador Dali. C’est pourquoi ce dernier a pu dire dans une interview donnée en 1971 :

« Le peintre le plus mauvais de la France s’appelle Paul Cézanne, c’est le plus maladroit, le plus catastrophique, celui qui a plongé l’art moderne dans la m... qui est en train de nous engloutir... »

En effet, avec la dissolution de la forme, seul compte le ton : on a là le début de la démarche qui précipite vers l’abstraction, vers l’art contemporain. C’est pour cette raison que les cubistes se revendiqueront de Paul Cézanne : il leur a ouvert la voie.

Paul Cézanne, c’est le début de l’annonce du suicide de la possibilité même de la représentation. Voici Mont Sainte-Victoire de Paul Cézanne, et La Chambre à coucher de Vincent Van Gogh.


Ce suicide est bien sûr représenté de la manière la plus connue par Le cri, du norvégien Edvard Munch. Il n’est pas difficile de voir la même tendance de fond que dans l’oeuvre de Vincent Van Gogh intitulée Portrait du Dr Gachet avec branche de digitale.


Voici Les Paveurs (« Les Grands Platanes ») de Vincent Van Gogh, Château Noir de Paul Cézanne, ainsi que des portraits réalisés par Edvard Munch de Friedrich Nietzsche et August Strindberg.




Voici, de Vincent Van Gogh, Maison sous un ciel nocturne et Terrasse du café le soir.


On voit aisément qu’ici est suivie l’orientation de Paul Cézanne, pour qui

« L’artiste n’est qu’un réceptacle de sensations »

« toute sa volonté doit être de silence »

On comprend également la fascination pour l’Oise ou la Provence : le rapport à la nature est totalement biaisée, il est intégré dans le processus d’accumulation capitaliste. Le titre exact à l’origine du tableau d’Edvard Munch est d’ailleurs « Le cri de la nature », en allemand et non en norvégien (« Der Schrei der Natur »).

Dans une page dans son journal intitulé Nice 22.01.1892, Edvard Munch raconte justement :

« Je marchais le long d’un chemin avec deux amis, le soleil se couchait, tout à coup le ciel est devenu rouge sang, me sentant épuisé, je m’arrêta et me pencha sur la clôture, il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville, mes amis marchaient, et je restais là tremblant d’anxiété, et je sentais un cri infini qui passait à travers cette nature. »

Voici d’autres tableaux similaires dans l’esprit, d’Edvard Munch : Désespoir, Désespoir, Anxiété, Le cri (en lithographie), une autre version du Cri (la seule avec un personnage penché sur le pont).





Depuis Le Cri d’Edvard Munch jusqu’au suicide de Vincent Van Gogh, en passant par l’effondrement pictural de Paul Cézanne, on retrouve le subjectivisme bourgeois se libérant, s’affirmant, aux dépens de la réalité et de la rationalité.

samedi 7 février 2015


La « belle époque » de l’élan capitaliste