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La Syrie est-elle semi-coloniale ou un Etat national ?

Nous avons déjà vu cela, à la suite de la mort de Hugo Chàvez, mais cette fois avec la question syrienne, c’est même encore plus clair : les révisionnistes, parfois masqués comme « maoïstes », déforment l’approche scientifique de la question de la bourgeoisie nationale et de la bourgeoisie bureaucratique.

1. Pays semi-coloniaux semi-féodaux ou « États nationaux » ?

Rappelons ici brièvement le point de vue maoïste, qui est la clef principale pour saisir ce qu’est l’impérialisme dans les années 1960 et 1970. Selon le maoïsme, l’impérialisme n’a pas abandonné ses colonies à elles-mêmes, les laissant être des « États nationaux. »

Ce qui s’est passé a été un processus où, dans les campagnes, la production commune typique du village (comme en Inde ou en Algérie) a été détruite, la terre étant soumise aux nouveaux propriétaires terriens.

Un féodalisme a ainsi été produit depuis l’extérieur des pays, tandis que dans les villes, une classe bureaucratique a été formé, comme intermédiaire avec l’impérialisme. Cela donna naissance à la forme semi-coloniale semi-féodale.

Dans ce contexte, bien entendu, les puissances impérialistes soutiennent chacune une différente fraction de la bourgeoisie bureaucratique, afin d’être en mesure d’avoir une meilleure domination du pays.

En Syrie, de nos jours, le gouvernement est celui d’une bourgeoisie bureaucratique soumise à certaines puissances impérialistes (Russie et Chine) et même à un pays semi-colonial expansionniste comme l’Iran.

Les puissances impérialistes comme les États-Unis et la France essaient de remplacer la fraction dominante de la Syrie, ou au moins, si cela n’est pas possible, de renforcer les fractions soumises à elles.

2. Révolution de Nouvelle Démocratie ou « révolution nationale démocratique » ?

Durant les années 1960 et 1970, les maoïstes suivant Mao Zedong (et reconnus par la Chine) ont affirmé que les pays dans le monde étaient soit impérialistes, soit socialistes, soit semi-coloniaux semi-féodaux.

Les pays semi-coloniaux semi-féodaux étaient de fausses démocraties bourgeoises dans le meilleur des cas, tous étaient fascistes. Une Guerre Populaire devait être lancée, dirigée par la classe ouvrière, fondée sur les paysans, gagnant la petite-bourgeoisie et avec la possible intégration de la bourgeoisie nationale dans le front.

C’était la ligne de toutes les Guerres Populaires déclenchées ou allant être déclenchées. C’est l’enseignement fondamental de Mazumdar et Chatterji en Inde, de Kaypakkaya en Turquie, de Yari en Afghanistan, de Sikder au Bangladesh, de Gonzalo au Pérou, etc.

Trois lignes étaient alors opposés au maoïsme :

a) les guévaristes considéraient que les pays semi-coloniaux semi-féodaux étaient en réalité des « néo-colonies » dominés par une toute petite fraction de la bourgeoisie, une « oligarchie » obéissant directement aux ordres de l’impérialisme.

Les régimes n’étaient que les marionnettes de l’impérialisme et le drapeau était celui de la « libération nationale », avec l’affirmation de la nation, de son drapeau, etc.

C’est la ligne des Tupamaros en Uruguay hier ou du DHKP-C en Turquie aujourd’hui ; l’ensemble de la faction guévariste est devenu historiquement le laquais de l’URSS.

b) les révisionnistes considéraient que les pays semi-coloniaux semi-féodaux étaient des néo-colonies avec un capitalisme grandissant sous la conduite de la bourgeoisie nationale, qui pour cette raison devait être aidée.

c) les hoxhaistes ont prétendu que les pays semi-coloniaux semi-féodaux étaient capitalistes et qu’ainsi seule une révolution socialiste pourrait être possible ; aucun aspect démocratique ne devrait être pris en compte. Néanmoins, il fallait un « front » contre l’influence du colonialisme.

Un exemple classique de cette ligne aujourd’hui est le PCMLE en Équateur ou le MLKP en Turquie.

Ainsi, si nous regardons ces trois lignes anti-maoïstes, nous pouvons voir que les guévaristes et les révisionnistes mais aussi les hoxhaistes appelaient et appellent à une « révolution nationale démocratique », qui serait « anti-impérialiste », avec la bourgeoisie nationale regardée comme dominante mais étant faible (et une alliée pour les révisionnistes et les guévaristes, mais pas pour les hoxhaistes).

3. Anti-impérialisme ou seulement anti-impérialisme US ?

Si nous regardons de nos jours sur les positions prises au sujet de la Syrie, il est facile de reconnaître ce qui est maoïste, guévariste, révisionniste, hoxhaiste.

Pour les maoïstes, la tendance à la guerre est portée par différentes puissances impérialistes, également à travers des pays semi-coloniaux. La seule voie pour la libération est la Guerre Populaire, et les sales jeux de toutes les puissances impérialistes doivent être démasquées.

C’est la ligne du PCMLM de France, du PC d’Equateur (Comité de Reconstruction), etc. Mais voyons les autres positions.

La position erronée qui existe le plus considère que les Etats-Unis font des « plans » et que toute opposition à ces « plans » est progressiste. C’est pourquoi même quelque chose de réactionnaire comme le gouvernement syrien peut jouer un rôle positif.

C’est une position typiquement « anti-impérialiste » et « anti-sioniste », avec aucune étude de l’arrière-plan économique des pays, ou alors pour expliquer qu’en Syrie il y aurait une bourgeoisie nationale dirigeante, que la « nation » est attaquée par les États-Unis, etc.

C’est la position de toutes les structures révisionnistes « radicales » venant d’un « Parti Communiste » pro-URSS, mais également de différents groupes et organisations qui utilisent massivement le drapeau syrien comme « symbole » de la lutte anti-impérialiste, soutenant la « nation » comme aussi voire plus important que la lutte des classes.

Odio de Clase en Espagne est tombé dans un discours ouvertement populiste et met en avant le drapeau syrien, comme si l’histoire du monde serait l’histoire de la République espagnole et de sa défense.

Ici nous trouvons bien sûr tous les anti-marxistes soutenant Hugo Chàvez comme ayant eu un aspect positif, etc., et ainsi disant qu’après tout la Syrie est contre les États-Unis et donc anti-impérialiste, etc.

4. Espagne et Italie : toujours les mêmes problèmes

De nouveau se présente comme un problème réel la situation en Espagne et en Italie. Dans ces pays, c’est la « tradition » de nier sa propre bourgeoisie et de considérer qu’il n’y a que les Etats-Unis qui comptent.

Par exemple, « Gran marcha hacia el comunismo » explique que le premier ministre espagnol est le « laquais » de l’impérialisme US... Ce qui signifierait que c’est une oligarchie et non la bourgeoisie espagnole qui dirigerait l’Espagne.

Dans le même esprit, les « maoïstes » galiciens expliquent que la seule voie est la Guerre Populaire contre « à la fois l’impérialisme étranger et sa propre oligarchie. » Oligarchie ? C’est un concept qui n’est pas maoïste. Et la lutte contre l’impérialisme n’est pas possible sans la destruction de l’aspect féodal du pays semi-colonial.

Cela reflète la typique considération erronée et classique selon laquelle l’Espagne est soit un impérialisme serviteur ou même pas un impérialisme, mais une sorte de système oligarchique, etc.

C’est également le point de vue classique en Italie où l’impérialisme italien n’est vu que comme serviteur de l’impérialisme US ; l’impérialisme italien n’aurait pas de caractère indépendant.

Le « Parti Communiste Maoïste d’Italie » appelle « à soutenir les masses arabes et toutes les forces qui luttent contre l’impérialisme », et accuse l’impérialisme italien d’être le soutien de « l’impérialisme. »

Il est intéressant de noter ici que le régime syrien est considéré comme semi-colonial semi-féodal, car le « Parti Communiste Maoïste d’Italie » considère ouvertement qu’en Tunisie et en Egypte il y aurait eu une « révolution »... Ce qui signifie que ces deux pays n’étaient pas semi-coloniaux semi-féodaux, parce qu’alors une révolution ne pourrait être que celle de Nouvelle Démocratie.

Ce n’est pas scientifique, et les amis français du « Parti Communiste Maoïste d’Italie » ne le sont pas plus, expliquant que dans des pays comme la Syrie et l’Égypte, c’est la bourgeoisie nationale qui avait pris le pouvoir durant la prétendue « révolution » ; ils présentent même la Syrie comme un « allié » de la Russie et de la Chine. La Syrie n’est jamais définie comme semi-colonial semi-féodal.

5. Le communisme ou le populisme « Yankee Go Home » ?

Le révisionnisme est l’opportunisme et arrive toujours au social-chauvinisme. C’est particulièrement clair dans les pays européens, où il y a des fractions bourgeoises opposées à l’alliance avec les États-Unis.

Pour cette raison, il est typique d’avoir des grands slogans contre l’impérialisme US, ses crimes, etc. Il n’y a là rien de radical ; dans des pays comme l’Italie ou la France, c’est typique.

Et en même temps, bien sûr, rien n’est dit sur son propre pays ; de plus, l’absence de contenu fait que tout cela va dans le même discours populiste que les nationalistes, les fascistes.

Finissons avec un exemple, de nouveau typique. Soleil Rouge, le site du Mouvement Populaire Pérou, vient juste de promouvoir la photo d’une bannière avec « Yankee Go Home ! PCP » posé au-dessus d’une autoroute en Suède, en raison de la visite de Barack Obama.

Il est difficile de faire quelque chose de plus cosmopolite. Et pire, tout le monde en Europe sait qu’un slogan comme « Yankee Go Home » est un non-sens total dans des pays où l’impérialisme est en profonde concurrence avec les États-Unis.

« Yankee Go Home » a un sens au Pérou, mais en Suède c’est clairement acceptable par toute une fraction de la bourgeoisie, qui préfère par exemple une alliance avec l’Allemagne impérialiste, etc.

L’utilisation d’un tel slogan en Allemagne serait directement comprise comme un soutien au nationalisme, etc. Et ne parlons pas de la France, où le pseudo anti-impérialisme est très commun et sert directement les fascistes.

6. La nécessité du rationalisme et de l’identité communistes

Ce qui se déroule en Syrie n’est pas nouveau en substance ; de tels événements sont déjà arrivés de par le monde. C’est une nécessité pour les communistes que d’élaborer des documents où le matérialisme historique est présenté avec des exemples, afin d’expliquer si de nouvelles situations se présentent.

Sans cela, le rationalisme n’a pas d’espace dans une telle situation, et le subjectivisme triomphera, sous la forme d’un anti-impérialisme ultra soutenant l’ennemi de l’ennemi, ou la collusion avec son propre impérialisme.

Ce qui devrait compter est l’éducation des masses et l’activité politique aidant dans la situation réelle, pas des discours abstraits sur les crimes de l’impérialisme US seulement.

Rien n’est plus ridicule que les kilomètres de discours gauchistes sur la valeur « géopolitique » de l’Afghanistan / l’Irak / la Libye / la Syrie, etc. Cette vision « géopolitique » n’a rien à voir avec une analyse authentique du système capitaliste, de sa tendance à la guerre et à la crise générale.

Les impérialistes ne pensent pas ; ils sont décadents, ils sont le produit de la crise générale du capitalisme. Le temps est prêt pour la Guerre Populaire, pas pour les discours sur un système décadent sans cerveau.

samedi 7 septembre 2013


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