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La Sécession viennoise – 5e partie : la question du rapport au peuple

Dans sa revue Ver Sacrum, les articles tendant à exposer une réalité plus qu’à se justifier idéologiquement. Le tempo de la vie exige des formes nouvelles et l’artiste est une figure réelle et activiste, désireuse de produire, conformément à son époque.

L’arriération de la culture autrichienne – désignée telle quelle, nationalement, à l’opposé de la culture allemande donc – est intolérable, car ne permettant pas de se conformer à ce rythme moderne.

L’artiste doit de nouveau puiser à la « source éternelle » de l’art pour se conformer à l’esprit de son époque – on a ici une contradiction productive : l’idéalisme artistique est prétexte à une adéquation culturelle avec la nouvelle réalité, celle où la féodalité commence à être abolie.

Ver Sacrum présente donc des œuvres d’autres pays, notamment de France, devant servir de pression culturelle pour aller en un sens nouveau, rompre avec l’académie, représentée par l’association officielle Künstlerhaus dont sont issus les « sécessionnistes ».

Elle présente également des œuvres relevant de son mouvement et, dans tous les cas, on se doute que la reproduction de ces œuvres provient d’un choix culturel bien déterminé.

Or, ce qu’on voit dans Ver Sacrum, c’est que si on y trouve des œuvres relevant de l’impressionnisme ou du symbolisme-décadentisme, on y voit également régulièrement des œuvres relevant du réalisme.

On comprend très bien comment la Sécession est tiraillée entre ses tendances, entre la tendance naturelle bourgeoise à tendre au subjectivisme avec ses succès et celle relevant de la bataille démocratique, populaire-nationale, contre la féodalité.

La tentative de résoudre cette contradiction existait bien sûr. On en a un exemple frappant avec l’article d’Adolf Bartels, intitulé « Qu’est-ce qui est conforme à son époque ? ». Adolf Bartels y explique qu’il faut que l’art soit en conformité avec l’esprit de l’époque et ancré dans la réalité du peuple.

Cette position est d’autant plus frappante que le numéro de Ver Sacrum est accompagné de toute une série d’illustrations du peintre tchèque Hanuš Schwaiger (dont le père était juif), avec soit des images de contes populaires, notamment slaves, soit des dessins réalistes.

L’image ci-dessous montre par exemple « la pauvreté » et il est précisé que le dessin a été acheté par le professeur Masaryk, très certainement pas moins que Tomáš Masaryk, le grand théoricien national-bourgeois tchèque et premier président tchécoslovaque une vingtaine d’années plus tard.

Ce qui est extrêmement frappant quand on sait que par la suite, par incapacité à assumer la ligne artistique national-démocratique anti-féodale, Adolf Bartels va être l’un des plus grands activistes intellectuels du national-socialisme, pavant sa voie avec la théorie de « l’art de la patrie », la heimatkunst.

Dans « Qu’est-ce qui est conforme à son époque ? », Adolf Bartels répondait alors de la manière suivante :

« Ainsi, la réponse à la question « Qu’est-ce qui est conforme à son époque ? » est la suivante : tout ce qui n’a pas été déjà apporté dans des époques antérieures, qui obtient de solides racines dans le sol national et qui est amené par des personnalités artistiques significatives. »

On a ici quelque chose de très proche de la théorie du réalisme socialiste, mais avec des nuances amenant la définition à se retourner en son contraire, et à aller dans le sens du national-socialisme.

Adolf Bartels a compris que la pulsion ne suffisait pas : en cela, il rompt avec le subjectivisme bourgeois, au nom de l’art national. Mais il ne parvient pas à établir un rapport avec le peuple, avec son histoire, car il est allemand et l’Allemagne est un pays devenant impérialiste, tout comme les Autrichiens profitent de l’oppression nationale des plusieurs peuples.

Que l’on retrouve la position d’Adolf Bartels dans un numéro de Ver Sacrum rempli d’illustrations d’œuvres de Hanuš Schwaiger est une contradiction historique tenant à la double nature de la Sécession.

Voici, comme illustrations, des exemples d’œuvres réalistes mises en avant dans Ver Sacrum.


La dimension folklorique est naturellement régulièrement présente, comme expression de la réalité populaire. On est le plus souvent dans une perspective nationale-démocratique. L’œuvre suivante est même présentée comme appartenant à la société praquoise des amis patriotiques de l’art.

L’œuvre suivante montre des lutins, dans l’esprit des contes populaires tchèques, avec une facture résolument réaliste.

Les deux œuvres suivantes sont présentées comme étant de J. Repin ; très certainement s’agit-il, vue la facture, de l’immense Illya Répine.


L’oeuvre ci-dessous est d’une des figures majeures du réalisme français, Léon Lhermitte.

Voici d’autres œuvres d’orientation réaliste présentées dans Ver Sacrum.