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L’expressionnisme - 4e partie : George Grosz et John Heartfield, l’expressionnisme activiste

L’expressionnisme assumant sa position d’avant-garde tient à deux figures principales : Georg Ehrenfried Groß (1893-1959) et Helmut Herzfeld (1891-1968), connus sous les nom de George Grosz et John Heartfield, les deux activistes communistes rejetant symboliquement leur nom allemand.

John Heartfield est une figure extrêmement célèbre du photomontage. On attribue souvent le principe des collages au mouvement Dada, mais en réalité ce qui compte ici c’est la dynamique, la juxtaposition, et on est ici dans l’expressionnisme ; on retrouvera d’ailleurs la même chose au cinéma.

Le principe de l’expression est par exemple particulièrement flagrant dans l’affiche « 5 doigts à la main, avec 5 tu terrasses l’ennemi, alors votez le 5 pour le Parti Communiste ! »

Tant George Grosz que John Heartfield transcendent en fait le mouvement Dada, expérimental et provocateur, pour rejoindre la bataille pour l’expression. Chez John Heartfield, on retrouve cela dans les photomontages qui seront massivement utilisés pour la presse communiste, pour les journaux et les revues. Il est à noter que du côté de l’édition de romans et d’ouvrages théoriques marxistes, on retrouve par contre son frère Wieland Herzfeld, qui était responsable de la principale maison d’édition communiste, la Malik-Verlag, à la diffusion massive en Allemagne.






Otto Dix avait réalisé une présentation très forte de la « Grande ville. »

De son côté, George Grosz réalise une Metropolis formidable, saisissant parfaitement les caractéristiques décadentes du mouvement impulsé par le capitalisme dans une grande ville.

George Grosz est un artiste ayant vécu la vie de Bohème, sans jamais tomber dans le patriotisme en 1914 et rejoignant dans le prolongement le mouvement communiste. Comme il l’explique :

« Je dessinais et peignais par esprit de contradiction et essayais de convaincre le monde par mon travail qu’il était laid, malade et menteur. »



George Grosz était conscient du caractère relatif de l’expressionnisme ; dans une lettre à son frère, il explique :

« Il n’y a pas de doute que mes dessins font aussi partie de ce que l’on a pu exprimer de plus fort contre cette brutalité allemande déterminée. Aujourd’hui, ils sont plus vrais que jamais – et plus tard, à une époque, excuse-moi, plus « humaine », on les montrera comme on montre aujourd’hui les dessins de Goya. »

George Grosz, de par sa dénonciation de la décadence, a dû à faire face à de nombreux procès. Dans l’un de ses premiers tableaux, A Oskar Panizza, où l’on peut voir une sorte de danse macabre, avec un squelette au milieu alors qu’on lit « Heute Tanz » (aujourd’hui danse).

George Grosz parlera ainsi de ce tableau :

« Dans une rue bizarre, une procession infernale de personnages inhumains se déroule dans la nuit, les visages renvoient le reflet de l’alcool, de la syphilis, de la peste... J’ai peint cette protestation contre l’humanité qui était devenue folle. »

Avec George Grosz, l’expressionnisme est conscient de sa signification historique.