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L’expressionnisme - 3e partie : Beckmann et Dix, entre grotesque et expression

Max Beckmann (1884-1950) et Otto Dix (1891-1969) relèvent de l’expressionnisme atteignant sa vraie substance, dans sa forme allemande. On n’est plus ici dans un post-impressionnisme, on est dans un naturalisme renversé, capable de saisir la réalité au moins en partie.

Et bien entendu, chez ces peintres, l’expressionnisme prend une forme nationale, dans le style comme dans l’approche de la réalité.

Le tableau de Max Beckmann, intitulée La nuit, représente de manière parfaitement expressionniste l’esprit du sanglant écrasement de la révolution socialiste de novembre 1918.

Max Beckmann ne parviendra jamais à dépasser cette représentation torturée, déformée, pratiquement grotesque. Il représente à la fois la déformation et le recul, la tentative démocratique mais trop faible, échouant, s’effondrant sur elle-même.

Max Beckmann a ainsi tenté de préserver la dimension figurative, il a rejeté l’abstraction, cherchant à représenter. Mais dans l’incapacité de saisir la réalité de manière approfondie, il a basculé dans le grotesque.




Otto Dix (1891-1969) se situe également dans la veine du grotesque de l’expressionnisme allemand, il a néanmoins réussi à réaliser un portrait touchant au typique de la situation de son pays.

Ses représentations des « gueules cassées » sont une démonstration expressionniste touchant au typique, avec même une dénonciation de l’antisémitisme rampant (par le journal titrant « Juden Raus ! », « Les Juifs dehors ! »), montrant la capacité à fournir des détails précis.


Son meilleur tableau reste cependant indéniablement « La guerre », où l’expressionnisme exprime ici sa véritable capacité à faire passer un message d’une très grande sensibilité, formant une porte ouverte sur le monde intérieur de l’être humain.

Otto Dix a d’ailleurs réalisé de nombreux dessins et tableaux, très parlants, sur la guerre.


L’une de ses œuvre la plus fameuses est le portrait de la journaliste Sylvia von Harden, symbole de l’esprit à la fois décadent et bohème de toute une couche intellectuelle, oscillant entre lumpenproletariat et haute bourgeoisie, entre individualisme égocentrique et engagement progressiste. Le film Cabaret de 1972 décrit cet univers, faisant une allusion à ce tableau.

Otto Dix ne parviendra pas à transcender cette saisie de la vanité d’une époque, revenant inlassablement à la dimension grotesque que l’on a chez Max Beckmann.