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L’expressionnisme - 1re partie : le post-impressionnisme décadent de Die Brücke

L’expressionnisme, bien que connu pour s’être développé principalement en Allemagne, a toujours exercé une profonde fascination en France et en Belgique. L’expressionnisme n’a jamais perdu sa capacité à attirer, en raison de son esthétique.

La raison est très simple à comprendre. L’expressionnisme a la même nature que le romantisme ; il est un éloge de la sensibilité face au formalisme.

Le fait est que l’expressionnisme n’a justement pas existé en France en tant que mouvement artistique et cela est profondément révélateur de sa puissante signification.

En effet, c’est le retard de la bourgeoisie allemande, sa subordination à l’aristocratie, y compris lors de l’avènement républicain, ont produit à la fois le romantisme et l’expressionnisme. Ce retard a pu être utilisé pour mettre en avant la sensibilité, mais sans réelle base matérialiste pour autant.

Ainsi, dans le cas du romantisme, il s’agit d’une protestation bourgeoisie contre le formalisme de l’aristocratie, qui était notamment sous domination culturelle-idéologique française à l’époque de Louis XIV (et pour la période le suivant immédiatement).

Mais le romantisme a par la suite été utilisé par l’Allemagne née de son unification suite à la défaite napoléonienne.

Dans le cas de l’expressionnisme, il s’agit d’une protestation romantique contre l’absence de sensibilité de l’avènement du capitalisme à la Belle époque puis dans les années 1910-1920. Cette protestation romantique, inévitablement, échouera ou basculera dans le nazisme, qui a en quelque sorte été un certain concurrent esthétique.

Mais qu’est-ce que l’expressionnisme ? En fait, il existe deux expressionnismes. Le premier n’est qu’une variante allemande de l’impressionnisme. Le second est une tentative d’exprimer le contenu du monde intérieur des humains.

Ce second expressionnisme a ainsi lui-même deux aspects. On retrouve d’un côté un expressionnisme reflétant l’effondrement de la bourgeoisie et étant lui-même décadent, et de l’autre un expressionnisme en tant qu’expression et rejet de l’aliénation.

C’est cela qui rend si mal aisé, ou plus précisément impossible, une définition de l’expressionnisme par la bourgeoisie. Seul le matérialisme dialectique permet de saisir les contradictions existantes et leur substance.

Il est vrai également que l’expressionnisme a toujours eu une prétention avant-gardiste et que la dimension romantique de l’entreprise rend très difficile son évaluation.

Il est ainsi courant de considérer ainsi le groupe « Die Brücke », « Le pont », comme un élément constitutif de l’expressionnisme. Mais ce groupe, né en 1905, n’est qu’une forme « romantique » dans un sens exactement équivalent au pseudo « romantisme » français porté par Victor Hugo.

Il ne porte en lui qu’un individualisme bourgeois, pratiquement vitaliste, comme en témoigne le « programme » de Die Brücke :

« Animés par la foi dans le progrès, la foi dans une nouvelle génération de créateurs et d’amateurs d’art, nous appelons toute la jeunesse à se regrouper et, en tant que représentants de cette jeunesse porteuse de l’avenir, nous voulons conquérir notre liberté d’action et de vie face aux forces établies du passé. Sont de notre côté tous ceux qui expriment directement et sincèrement leur élan créateur. »

Ainsi, si le groupe Die Brücke consiste en une communauté d’artistes installé dans un quartier ouvrier de Dresde, ce n’est que par élan national bourgeois ; la démarche anti-classique est la même que chez Hugo.

Ernst Ludwig Kirchner (1880-1938) n’est en pratique qu’un équivalent d’Henri de Toulouse-Lautrec, le Suisse Cuno Amiet n’est rien d’autre qu’un post-impressionniste.

Erich Heckel (1883-1970), Karl Schmidt-Rottluff (1884-1976) et Fritz Bleyl (1880-1966) ne sont rien d’autre que des post-impressionnistes prolongeant la tendance ouverte par Vincent Van Gogh, tout comme Hermann Max Pechstein (1881-1955) qui n’est qu’un écho de la décadence française, Emil Nolde (Hans Emil Hansen, 1867-1956) un bourgeois tentant de former un impressionnisme à l’allemande, etc.

Ces peintres sont, en pratique, reconnus par la République Fédérale Allemande, après 1945 ; leurs vies seront celles d’artistes bourgeois, de professeurs, sans aucune prétention avant-gardiste. Ils n’ont été que l’avant-garde de la décadence impressionniste en Allemagne.

Die Brücke n’est qu’une variante allemande de l’impressionnisme, une version bohème à la française - la fascination pour les peintres décadents français et Vincent Van Gogh étant le principal moteur culturel. Les artistes ne sont ici que des individualistes tentant de parasiter la bourgeoisie en faisant l’éloge d’une approche anti-matérialiste, auto-centrée, vaguement psychologique.

Il ne s’agit donc que d’une esthétique ; on est déjà dans l’art abstrait, dans l’art pour l’art dans une version rejetant toute compréhension du monde. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la célébration bourgeoise pour Die Brücke. Ce n’est que sa propre décadence que la bourgeoisie soutient, et la série de Ernst Ludwig Kirchner consacrée aux rues de Berlin marquent absolument cette auto-fascination, déjà présente en France avant même la Belle époque.

On est là dans l’obséquiosité, la fascination pour le pseudo raffinement bourgeois, pour le style de vie ultra-individualiste.

Le tableau d’Ernst Ludwig Kirchner, Autoportrait en soldat, avec sa femme nue en arrière-plan, est particulièrement représentatif de l’esprit décadent de toute cette tendance représentée par Die Brücke.

Son Autoportrait en malade est également significatif de la passivité, de la soumission stérile à ses propres penchants maladifs, de l’incapacité à tout matérialisme. Il est très parlant qu’en 1908, Die Brücke exposa au salon Emil Richter de Dresde avec les artistes fauvistes français.

Enfin, les tableaux berlinois de Ernst Ludwig Kirchner sont sans aucun doute les plus parlants. Par la suite, il bascula dans l’abstraction : il ne restait plus rien d’autre.