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L’économiste Eugen Varga et l’I.C. - 19e partie : le rapport à la thèse de Rosa Luxembourg

Le problème dans la démarche d’Eugen Varga, c’est que sa conception ramène immanquablement à celle de Rosa Luxembourg. Cette dernière, reprenant Le capital, dit que Karl Marx n’a pas résolu le problème du démarrage de l’accumulation capitaliste. Elle théorise qu’un tel démarrage ne peut avoir lieu que par l’intégration de zones non capitalistes dans le processus.

Comme qui plus est le capitalisme ne fait pas que reproduire la production, mais le fait de manière élargie, cela aboutit à relancer systématiquement ce processus de démarrage et c’est ce qui explique la conquête coloniale.

Rosa Luxembourg perd complètement de vue la question du marché national, lieu de l’élargissement de la reproduction du capital, au point par ailleurs de le nier, refusant de prendre en considération tout cadre productif national. L’histoire est pour Rosa Luxembourg l’histoire de l’appropriation capitaliste des zones non capitalistes ; une fois que cela est fait, le capitalisme s’effondre, de manière mondiale.

C’est cette lecture du capitalisme qui l’a amené à se lancer dans l’initiative spartakiste, qui échoua de par le manque d’ancrage dans la réalité allemande.

Eugen Varga ne fait toutefois pas cette erreur et il est même historiquement un outil important pour contrer la thèse de Rosa Luxembourg, qui est somme toute directement ou indirectement la thèse de tous les courants gauchistes apparus après 1917, qui tablent sur un effondrement du capitalisme à très court terme et ce forcément d’une manière mondiale.

Cet effondrement ne venant pas, il ne resta d’ailleurs à ces courants que deux alternatives : ou bien expliquer qu’en réalité Octobre 1917 n’avait pas été une révolution en tant que telle et donc que la « vraie » révolution mondiale serait encore à venir, ou bien admettre Octobre 1917 mais considérer alors que la révolution serait comme « gelée ». Ce second cas est la thèse de Léon Trotsky pour qui le processus mondial va redémarrer et pour qui, en attendant, l’URSS est un « État ouvrier dégénéré », la révolution russe ayant été « défigurée ».

Eugen Varga, quant à lui, ne dit donc pas du tout cela et même il avance le contraire. Il reconnaît bien le cadre national, dresse tout le temps des listes de pays selon leurs caractéristiques, leur rapport à la crise, il n’a de cesse de souligner que les situations sont très différentes, exigent des études précises, etc. C’est là une exigence tout à fait positive, qui provoquait la fureur des courants gauchistes qui y voyaient une perte de temps.

Le grand souci historique est par contre qu’Eugen Varga ne va pas parvenir à formuler la nature de la crise générale du capitalisme. Il la constate, de manière juste, et il expose cela en se plaçant au service des congrès de l’Internationale Communiste. Cependant, il ne parvient pas à trouver la clef pour comprendre la crise en elle-même et il force alors le trait.

Le problème est le suivant : il reconnaît tout à fait que l’augmentation de la productivité aboutit à un élargissement de la production ; en clair, les travailleurs peuvent acheter davantage de marchandises, car même si leur salaire en soi ne change pas, leur capacité d’achat est plus grande car les marchandises coûtent moins cher, grâce à l’élévation de la productivité.

Seulement, de par la pression toujours plus grande exercée par le capitalisme sur le prolétariat, ce dernier dispose d’une part toujours plus faible de la production et se voit toujours plus paupérisé.

Or, ici il y a deux possibilités : soit cette paupérisation est seulement relative, soit elle est également absolue.

Dans le premier cas, le prolétariat a une part toujours plus faible de la production, mais cela ne veut pas dire qu’il s’appauvrisse matériellement : si la production grandit de très grande manière, il s’enrichit matériellement. Dans le second cas, le prolétariat voit sa richesse matérielle décliner en tant que telle.

Eugen Varga va ici se tromper. Son erreur ne tient pas en ce qu’il assimile somme toute l’un et l’autre, mais qu’il est indirectement amené à confondre l’un avec l’autre.

Il va être amené à cette erreur, à l’assumer, même sans la faire. Pourquoi ? Parce qu’aveuglé par les statistiques, il constate que les faits disent la chose suivante : aux États-Unis, il y a un recul de nombre d’ouvriers employés par le capitalisme. Or, Karl Marx dit que la chute tendancielle du taux de profit se fonde sur la non-utilisation d’ouvriers, sur le fait qu’ils soient remplacés par des machines, alors que c’est d’eux qu’on tirait le profit.

Par conséquent, en déduit Eugen Varga, le capitalisme a atteint son point limite. On en revient à la lecture du capitalisme par Rosa Luxembourg : le capital ne peut plus accumuler.

La paupérisation relative devient alors chez lui absolue, et inversement, comme le montrerait le « chômage organique ».

vendredi 22 février 2019


L’économiste Eugen Varga, cadre de l’URSS et de l’Internationale Communiste