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L’administration Johnson tient un langage de gangster − 1965

Editorial du Renmin Ribao du 10 février 1965

Le bombardement barbare et criminel du territoire de la République démocratique du Vietnam perpétré par l’impérialisme américain est une agression flagrante contre un Etat souverain, une violation grossière des Accords de Genève de 1954 et du droit international, et un défi délibéré à la paix dans le Sud-Est asiatique, en Asie et dans le monde.

Bandits yankees : le secrétaire à la Défense Robert McNamara et le général Westmoreland au Vietnam en août 1965

Ce crime d’agression commis par les impérialistes américains est condamné avec indignation par les peuples du monde entier. Cependant, l’administration Johnson s’est creusé la tête pour inventer un certain nombre d’« arguments » dans l’intention de justifier son agression.

Il n’y a rien d’étrange à ce que l’impérialisme cherche à justifier son agression. Mais les « arguments » inventés cette fois par l’administration Johnson sont si piètres qu’ils sombrent dans le ridicule.

Premier « argument » : cet acte de guerre des Etats-Unis constituerait une « attaque de représailles ». Quel droit l’impérialisme américain a-t-il de parler de « représailles » ?

Les Etats-Unis sont les agresseurs. Ils ont massacré des milliers et des milliers de gens au Sud-Vietnam, rasé de nombreux villages et détruit des richesses incalculables. Ils ont contracté une lourde dette de sang à l’endroit de la population sud-vietnamienne. Celle-ci a le droit de punir les agresseurs américains.

Les coups terribles que les impérialistes américains ont reçus à Bien Hoa, An Lao, Binh Gia et Pleiku sont un châtiment mérité pour tous les crimes qu’ils ont commis. Tant qu’il restera un soldat américain au Sud-Vietnam, la population sud-vietnamienne n’interrompra, fût-ce un jour, son tir vengeur.

Quant aux représailles, ce ne sont pas les agresseurs américains, mais la population sud-vietnamienne, le peuple du Congo-Léopoldville, le peuple cubain et tous les autres pays et peuples sujets à l’agression américaine qui sont en droit de les exercer. Mais, à quoi assiste-t-on ?

Seraient-ce les pays victimes de l’agression américaine qui auraient envoyé des avions bombarder les Etats-Unis ? Tout au contraire : ce sont les Etats-Unis qui ont envoyé des avions bombarder la République démocratique du Vietnam !

Le mot « représailles » dans la bouche des Américains relève du langage de gangster. Pourquoi l’impérialisme américain a-t-il bombardé la République démocratique du Vietnam au moment où il subissait une défaite au Sud-Vietnam ?

La raison inventée par l’administration Johnson est que la lutte armée de la population sud-vietnamienne pour résister à l’agression américaine est « directement prescrite, commandée et inspirée par Hanoï ». Tel est son deuxième « argument ».

Qui sème le vent récolte la tempête. L’agression des impérialistes américains au Sud-Vietnam est vouée à engendrer la résistance de la population sud-vietnamienne. En fait, ce sont les Etats-Unis qui l’ont forcée à prendre les armes ; ce sont eux également qui lui ont appris à combattre ; et ce sont encore et toujours les Etats-Unis qui lui ont fourni armes et munitions.

Si la lutte des nations opprimées pour résister à l’agression doit être imputée aux initiatives de forces extérieures, on ne peut alors s’empêcher de demander : qui a dirigé et inspiré la guerre de l’Indépendance que les insurgés, sous la conduite de George Washington, ont menée contre la Grande-Bretagne ?

Johnson, Mc Namara et consorts paraissent avoir perdu tout souvenir de leurs ancêtres et de l’histoire américaine d’il y a moins de deux siècles. C’est en vain qu’ils cherchent à découvrir dans les jungles de Pleiku, un « commandement » ou une « inspiration » étrangers.

Troisième « argument » : « C’est là un test de volonté » pour les Etats-Unis : telle est la raison pour laquelle ils ont bombardé la République démocratique du Vietnam, car ils ne « pouvaient pas ne pas répondre ».

La population sud-vietnamienne et les peuples révolutionnaires du monde entier ont appris depuis longtemps à connaître la « volonté » des Etats-Unis. Ceux-ci veulent se cramponner au Sud-Vietnam et en faire une colonie, une base pour la répression des mouvements de libération nationale dans le Sud-Est asiatique, et une tête de pont en vue d’attaquer le camp socialiste.

Les peuples révolutionnaires ne nourrissent pas le moindre doute sur cet aspect de la « volonté » américaine. Mais il en existe un autre : si les Etats-Unis malmènent les faibles, ils craignent les forts, ils ont peur des peuples révolutionnaires qui prennent les armes et ils craignent une lutte qui rend coup pour coup.

La « volonté » américaine a été depuis longtemps mise à l’épreuve en Corée, à Cuba, au Congo-Léopoldville, et au Sud-Vietnam : une autre épreuve s’imposait-elle ?

Quatrième « argument » : Si les Etats-Unis n’avaient pas déclenché des attaques contre la République démocratique du Vietnam, on pourrait croire qu’ils « veulent se retirer du Vietnam », qu’ils sont « faibles » et qu’ils sont le « tigre en papier dont parlent les communistes chinois ».

A vrai dire, il ne dépend pas de la volonté des agresseurs américains qu’ils se retirent ou non du Sud-Vietnam. Tôt ou tard, ils devront vider les lieux. Parmi toutes les options possibles, l’évacuation est la meilleure des politiques. Le plus sage pour eux est de faire leurs valises et de décamper. Sinon, le Sud-Vietnam sera leur cimetière.

Quant à leur peur d’être le tigre en papier, nous pouvons leur dire qu’ils se sont avérés tels depuis longtemps au Sud Vietnam. Plus l’administration Johnson recourra à de telles extrémités et s’évertuera par là à modifier l’idée que les peuples se font ainsi des Etats-Unis, plus elle trahira sa hideuse vérité.

Après leurs raids contre la République démocratique du Vietnam, les impérialistes américains ont eu, une fois encore, recours à leur tactique habituelle, et ont écrit au Conseil de Sécurité de l’O.N.U. qu’ils « se réservent le droit de le saisir de la question relative à la situation au Vietnam ».

L’administration Johnson pense que ses actes d’agression seront légalisés si elle soumet ce problème à l’O.N.U. Mais ce tour de passe-passe ne peut que dénoncer une fois de plus la vraie nature de cette organisation.

L’administration Johnson sait fort bien que ses « arguments » sont absolument inconsistants et ne convaincront personne. Et les Nations unies sont trop mal famées pour servir d’asile aux agresseurs américains.

C’est pourquoi ils se sont employés à faire accroire qu’ils ne cherchaient pas à élargir la guerre et qu’il s’agissait d’actes de guerre « limités » : ils espéraient par là échapper au verdict de l’opinion mondiale.

Mais qu’entend l’administration Johnson par « limités » ? Les Etats-Unis ont mis en scène les « incidents du golfe du Bac Bô » et ont lancé à maintes reprises des attaques contre la République démocratique du Vietnam : chaque fois, ils ont parlé d’actions « limitées ».

Ils ont propagé les flammes de la guerre au Laos en y effectuant une intervention armée directe ; ils se sont livrés à des provocations et à des agressions continuelles dans les zones frontalières du Cambodge : toutes ces actions ont été également qualifiées de « limitées ».

Comme on le voit, au moyen de toutes ces actions « limitées », l’administration Johnson réalise l’« escalade » de la guerre en Indochine et, pas à pas, étend ses aventures agressives à l’ensemble de cette région et du Sud-Est asiatique. Devant la matérialité de ces faits, l’allégation de l’administration Johnson selon laquelle elle « ne cherche pas à élargir la guerre » n’a-t-elle pas tout l’air d’un mensonge monstrueux ?

De toute évidence, l’un des objectifs qu’elle poursuit en présentant ces actions comme « limitées », c’est de porter les gens à accepter l’extension de la guerre en Indochine comme un fait accompli. Jusqu’où l’administration Johnson s’aventurera-t-elle sur la voie de cette extension de la guerre, c’est là une question à laquelle elle est en mesure de répondre elle-même.

Mais, une fois embarqué dans l’aventure, l’impérialisme américain, en tant que belligérant, ne serait plus en état de fixer ni de contrôler la durée, l’extension et l’envergure de la guerre. Il est très désavantageux pour l’impérialisme américain de choisir l’Indochine ou l’Asie du Sud-Est comme champ de bataille.

Les Etats-Unis doivent savoir qu’une agression contre la République démocratique du Vietnam est une agression contre la Chine et contre l’ensemble du camp socialiste. Soutenir par des actes concrets la République démocratique du Vietnam constitue, pour le peuple chinois et tous les pays socialistes, un devoir international auquel ils ne sauraient se soustraire.

Nous tenons toujours notre parole. Si l’impérialisme américain veut vraiment propager l’incendie et nous imposer la guerre, alors nous n’aurons pas d’autre choix que de nous y engager et de la mener jusqu’à son terme.

En ce cas, les flammes de la révolution embraseront l’ensemble du Sud-Est asiatique, l’ensemble de l’Asie et consumeront si totalement l’impérialisme yankee qu’on ne trouvera même pas trace de ses cendres !

Après avoir lancé ces attaques contre la République démocratique du Vietnam. Johnson a effrontément proclamé que les Etats-Unis « sont prêts à relever n’importe quel défi et à payer n’importe quel prix afin de s’assurer que la liberté ne périra pas ». Il a également mis tout le monde en garde contre le renouvellement « de graves erreurs de calcul » au sujet des Etats-Unis.

Mais qui se laisserait intimider par de telles fanfaronnades ? N’y a-t-il pas eu des épreuves de force entre l’impérialisme américain, d’une part, et les peuples du Vietnam, du reste de l’Indochine, et de la Chine, de l’autre ? Et, comme dit le proverbe chinois, « sans affrontement, pas de compréhension mutuelle ».

Nous nous sommes depuis longtemps rendu compte que l’impérialisme américain est fort en apparence, mais faible en réalité. Quand ils profèrent ces menaces de guerre, les impérialistes américains ne présument-ils pas d’eux-mêmes, alors qu’ils n’ont à leur disposition que des forces médiocres, éparpillées le long d’un arc qui s’étend démesurément de la Corée du Sud jusqu’aux confins de l’Indochine ?

Aujourd’hui, la situation que connaît la lutte de libération nationale du peuple sud-vietnamien est excellente. L’impérialisme américain a déjà été sérieusement mis à mal et ne saurait tenir longtemps au Sud-Vietnam.

Comme l’a souligné le gouvernement chinois, dans sa déclaration du 9 février, « l’impérialisme américain tente d’intimider, par des raids aériens contre le Nord-Vietnam, la population sud-vietnamienne, pour qu’elle renonce à toucher aux agresseurs américains. Jamais il n’y parviendra. »

A quelque extrémité qu’en viennent les impérialistes américains, la vaillante population du Sud-Vietnam redoublera d’efforts, et infligera à ces agresseurs des défaites cuisantes jusqu’à la victoire finale de sa lutte pour la libération nationale.