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L’URSS socialiste - 3e partie : l’alliance ouvrière-paysanne

Une fois la victoire sur le « gauchisme » effectué, le Parti bolchevik put passer à l’étape suivante : du « communisme de guerre », on passa alors à la « nouvelle politique économique ». La liberté du commerce fut en partie acceptée ; les paysans pouvaient commercer avec ce qui était produit au-delà de l’impôt.

En mars 1922, lors du XIe congrès du Parti bolchevik, Lénine constatait ainsi un an après le lancement de la « nouvelle politique économique » :

« Les paysans, dans leur masse, ont vu et compris que les charges immenses qu’on leur imposait étaient nécessaires pour sauvegarder le pouvoir ouvrier et paysan contre les grands propriétaires fonciers, pour ne pas être étouffés par l’invasion capitaliste qui menaçait de reprendre toutes les conquêtes de la révolution.

Mais entre l’économie que nous bâtissions dans les fabriques, les usines, nationalisées ou socialisées, dans les sovkhozes, d’une part, et l’économie paysanne de l’autre, il n’existait pas d’alliance (…).

La nouvelle politique économique a pour tâche- tâche majeure, décisive et commandant toutes les autres -, d’établir une alliance entre la nouvelle économie que nous avons commencé d’édifier (très mal, très maladroitement, mais commencé cependant, sur la base d’une économie toute nouvelle, socialiste, d’une nouvelle production, d’une nouvelle répartition) et l’économie paysanne, pratiquée par des millions et des millions de paysans (…).

Il faut montrer cette alliance, afin qu’on la voie clairement, afin que le peuple tout entier la voie, afin que toute la masse paysanne voie qu’il existe une liaison entre sa vie pénible d’aujourd’hui, vie incroyablement désorganisée, incroyablement misérable, douloureuse, et le travail qui se fait au nom des lointains idéaux socialistes.

On doit faire en sorte que le simple travailleur, le travailleur du rang, comprenne que sa situation a été quelque peu améliorée, et qu’il a obtenu cette amélioration autrement que ne l’obtenaient les paysans peu nombreux à l’époque où le pouvoir appartenait aux grands propriétaires fonciers et aux capitalistes, où chaque amélioration (car il y a eu des améliorations incontestables et même très importantes) impliquait des humiliations, des brimades, des vexations infligées au moujik, des violences exercées contre la masse, et qu’aucun paysan de Russie n’a oubliées et n’oubliera pendant des dizaines d’années.

Notre but, c’est de rétablir l’alliance, c’est de prouver au paysan par nos actes que nous commençons par ce qui lui est compréhensible, familier et accessible aujourd’hui, en dépit de toute sa misère, et non par quelque chose de lointain, de fantastique, du point de vue du paysan ; c’est de prouver que nous savons l’aider ; que dans cette situation pénible pour le petit paysan ruiné, plongé dans la misère et torturé par la faim, les communistes lui apportent un secours réel et immédiat.

Ou bien nous le prouverons, ou bien il nous enverra promener à tous les diables. Cela est absolument certain.

Voilà la raison d’être de la nouvelle politique économique, voilà ce qui fait la base de toute notre politique (…).

Le capitaliste savait approvisionner la population. Il le faisait mal, en voleur, il nous humiliait, il nous pillait. C’est ce que savent les simples ouvriers et paysans qui ne raisonnent pas sur le communisme parce qu’ils ignorent ce que c’est.

« Mais les capitalistes savaient tout de même approvisionner la population. Et vous, le savez- vous ? Non. »

Car ce sont bien ces voix-là qui, au printemps de l’année dernière, se sont fait entendre, pas toujours distinctement, mais qui n’en formaient pas moins le fond de la crise du printemps dernier.

« Vous êtes, certes, de très braves gens, mais la tâche que vous avez entreprise, la tâche économique, vous ne savez pas l’accomplir. »

Voilà la critique très simple mais meurtrière, s’il en est, que la paysannerie et, par son truchement, plusieurs catégories d’ouvriers, ont adressée l’année dernière au Parti communiste. Voilà pourquoi ce vieux point acquiert une telle importance dans la question de la NEP.

Il faut un contrôle réel. A vos côtés agit le capitaliste ; il agit en maraudeur, il prélève des bénéfices, mais il sait s’y prendre.

Et vous ? Vous essayez de nouvelles méthodes : des bénéfices, vous n’en avez pas ; vos principes sont communistes, vos idéaux - excellents ; en un mot, à vous en croire, vous êtes de petits saints et de votre vivant vous méritez le paradis, - mais savez- vous travailler ?

Il faut un contrôle, un contrôle véritable, non pas celui qui consisterait pour la Commission centrale de contrôle à faire une enquête et à voter un blâme, et pour le Comité exécutif central de Russie à infliger une sanction. Non, il faut un contrôle véritable, du point de vue de l’économie nationale (…).

Cette situation est sans précédent dans l’histoire : le prolétariat, l’avant-garde révolutionnaire, possède un pouvoir politique absolument suffisant ; et, à côté de cela, le capitalisme d’Etat.

L’essentiel, c’est que nous comprenions que ce capitalisme est celui que nous pouvons et devons admettre, auquel nous pouvons et devons assigner certaines limites, car ce capitalisme est nécessaire à la grande masse paysanne et au capital privé qui doit faire du commerce de façon à satisfaire aux besoins des paysans (…).

Durant des centaines d’années on a bâti les Etats selon le type bourgeois, et c’est la première fois qu’une forme d’Etat non bourgeois a été trouvée. Peut-être notre appareil est-il mauvais, mais on dit que la première machine à vapeur était aussi mauvaise, et l’on ignore même si elle fonctionnait.

Ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel, c’est que la machine ait été inventée. La première machine à vapeur, à cause de sa forme, était inutilisable.

Qu’importe ! En revanche, nous avons maintenant la locomotive. Notre appareil d’Etat est franchement mauvais. Qu’importe ! Il a été créé, c’est une immense œuvre historique ; un Etat de type prolétarien a été créé.

C’est pourquoi l’Europe entière, des milliers de journaux bourgeois ont beau dépeindre nos horreurs et notre misère, dire que le peuple travailleur ne connaît que des tourments, cela n’empêche que, dans le monde entier, tous les ouvriers se sentent attirés vers l’Etat des Soviets.

Voilà les grandes conquêtes que nous avons obtenues et qui ne peuvent nous être enlevées. Mais pour nous, représentants du Parti communiste, cela signifie seulement ouvrir la porte.

Maintenant la tâche se pose devant nous de jeter les fondements de l’économie socialiste. Cela a-t-il été fait ?

Non, cela n’a pas été fait. Nous n’avons pas encore de fondements socialistes.

Ceux des communistes qui s’imaginent que ces fondements existent déjà, commettent une très grande erreur.

Tout le nœud de la question consiste à séparer fermement, nettement et sainement ce qui, chez nous, constitue un mérite historique mondial de la révolution russe, d’avec ce qui s’accomplit chez nous aussi mal que possible, ce qui n’a pas encore été créé, ce qui, maintes fois encore, devra être refait. » (Lénine, Rapport politique du Comité Central au 11e congrès du Parti Communiste bolchevik de Russie, mars 1922)

Lénine constate ainsi qu’il y a deux aspects, la révolution mondiale et la construction du socialisme en Russie, et que poser les bases du socialisme passe par la constitution d’un capitalisme d’État qui permet aux campagnes d’exister et d’améliorer leurs conditions d’existence, grâce à la ville.

C’est la base de l’alliance ouvrière-paysanne, dont le symbole est bien entendu le marteau et la faucille.

Et en décembre 1922 se tint ainsi le premier congrès de Soviets de l’URSS, donnant naissance à l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS).

L’URSS fut composée de la République socialiste fédérative de Russie, la République socialiste fédérative de Transcaucasie, la République socialiste soviétique d’Ukraine, la République socialiste soviétique de Biélorussie, puis par la suite de la République d’Ouzbékie, la République de Turkménie et la République de Tadjikie.