Centre MLM de belgique

L’Italie fasciste et l’antifascisme - 30e partie : la République Sociale Italienne comme État total

Au sens strict, le fascisme est un modernisme poussé par la partie nord de l’Italie, industrialisée et ayant accepté un compromis avec le féodalisme du sud. Le respect de la royauté a fait partie de ce compromis.

Giovanni Gentile a été l’artisan de ce compromis, notamment avec une réforme de l’école. Désireux de mettre en avant la « morale », il avait fait en sorte que dans les « gymnases », c’est-à-dire les lycées, 70 % des cours relèvent des sciences humaines (italien, latin, grec, histoire, philosophie), comprises comme des « méthodes », des « règles », le par cœur étant la principale démarche.

Le catéchisme catholique fut également enseigné dans les écoles primaires, Giovanni Gentile considérant que le catholicisme était la forme culturelle historique de la Nation italienne ; néanmoins, le Vatican récupéra toujours plus de prérogatives intellectuelles et culturelles dans l’État italien.

Au cours de ce processus, les loges maçonniques furent interdites et détruites, dès 1925, comme représentantes d’idéologies parallèles d’influence semi-secrète.

Lorsque par contre l’Italie du sud fut passée dans le camp de l’alliance avec les États-Unis d’Amérique et que la partie nord fut marquée par l’intervention militaire allemande, le fascisme connut une intense transformation.

Une rupture historique se produit avec la partie sud, c’est-à-dire avec les forces portant la monarchie et le catholicisme.

C’est pour cette raison que Benito Mussolini fonde, en septembre 1943, dans la partie nord de l’Italie (ainsi que le « centre »), la « République Sociale Italienne », souvent appelée République de Salò, du nom de la ville hébergeant le gouvernement.

Cette république se définit comme un Stato Nazionale Repubblicano, un État National Républicain ; en pratique, il naît comme protectorat allemand : l’Armée allemande décide de tout, sa présence est financée massivement par le régime et Benito Mussolini lui-même, qui avait été emprisonné par des partisans de l’alliance avec les États-Unis, fut libéré par un commando de l’Armée nazie pour être placé comme dirigeant.

L’économie devint une économie de guerre et le régime celui de la mobilisation générale, avec chaque travailleur devant adhérer à la Confédération Générale du Travail, de la Technique et des Arts, cette double opération étant maquillée en vague de « socialisation », de « nationalisation » des entreprises de plus de 100 employés, de « retour aux origines du fascisme » sous l’égide d’un Parti Fasciste Républicain le dirigeant.

En réalité, on a ici un esprit national-révolutionnaire de guerre totale qui est très éloigné du républicanisme romain pacifique du fascisme des débuts.

Pour cette raison, il y a une mise à l’écart de Giovanni Gentile, qui avait déjà vu sa position, dans les années 1930, affaibli par l’influence grandissante du catholicisme. Il resta cependant jusqu’au bout fidèle au régime, tentant de faire valoir sa propre position.

L’état d’urgence propre à l’État National Républicain exigeait par contre un autre esprit et cela aboutit à l’émergence de théoriciens de la mobilisation totale, c’est-à-dire de nationaux-révolutionnaires.

On a ici deux figures principales : tout d’abord le renégat communiste Nicola Bombacci (1879-1945), qui théorise l’État total comme « vrai » socialisme, le régime de Salò se revendiquant être contre la « ploutocratie mondiale », pour une propriété privée encadrée par l’État.

Dans la Manifeste de Vérone du régime il est précisé que :

« Dans l’économie nationale, tout ce qui sort de l’intérêt particulier pour entrer dans l’intérêt collectif, appartient à la sphère des actions qui relèvent de l’état. »

Ensuite, on a le théoricien racialiste et mystique Julius Evola (1898-1974), dont l’émergence converge avec la participation ouverte et agressive du nouveau régime à la destruction de la population juive d’Europe.

Théoricien de la « révolte contre le monde moderne », Julius Evola est un conservateur révolutionnaire, se revendiquant de la « Tradition ». Partisan lui aussi de la mobilisation totale, de la formation d’une « nation de guerriers », il l’était dans uns sens résolument élitiste, à l’opposé de la perspective de masses de Nicola Bombacci.

Pour cette raison, après 1945, Julius Evola sera le principal théoricien de la « nouvelle droite », appelant à être dans ce monde sans y participer, afin de garder ses valeurs élitaires, ce qu’il résumera avec la formule « chevaucher le tigre » ou encore le mot d’ordre « Ce sur quoi je ne peux rien, ne peut rien sur moi ».

En 1951, il formulera de la manière suivante sa conception :

« J’ai défendu, et je défends, des “idées fascistes”, non en tant qu’elles étaient “fascistes”, mais dans la mesure où elles reprenaient une tradition supérieure et antérieure au fascisme, où elles appartenaient à l’héritage de la conception hiérarchique, aristocratique et traditionnelle de l’État — conception ayant un caractère universel et qui s’est maintenue en Europe jusqu’à la Révolution française. »

Dans les années amenant à l’intégration du fascisme italien, comme mobilisation totale, comme protectorat de l’Allemagne nazie, Julius Evola tenta de théoriser ce passage, au moyen d’ouvrages comme, en 1941, avec Synthèse de doctrine de la race, Éléments pour une éducation raciale, La Doctrine aryenne du combat et de la victoire.

Cette dynamique fut soutenue par Benito Mussolini, mais l’effondrement du régime empêcha l’avènement de Julius Evola, qui dut fuir en Allemagne nazie, sa « critique de droite du fascisme », dans le sens d’un élitisme dans le cadre d’une mobilisation totale, apparaissant comme un rêve fou.

dimanche 27 novembre 2016


L’Italie fasciste et l’antifascisme