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L’Éthique de Spinoza – 7e partie : l’universel et le particulier

Toute vision du monde consiste en une certaine manière d’appréhender le rapport entre l’universel et le particulier.

La difficulté pour Spinoza dans sa philosophie est que d’un côté, il dit que l’absolu est un particulier, puisque seul Dieu existe, le monde étant Dieu, alors que de l’autre il dit que le particulier est un absolu, puisqu’obéissant à des affections qui le guident.

Spinoza est obligé, pour se sortir de cette opposition insoluble entre un tout unique et unique qui est un tout, d’expliquer que sa théorie universelle des affections s’appuie sur des affections toutes différentes les unes des autres, toutes singulières.

Pour parler plus clairement, son Dieu qui est tout étant unique, alors tout individu qui est lui-même une sorte de petit tout est unique aussi. Il formule cela ainsi :

« Il y autant d’espèces de joie, de tristesse et de désir et conséquemment de toutes les affections qui en sont composées comme la fluctuation de l’âme, ou en dérivent comme l’amour, la haine, l’espoir, la crainte, etc. qu’il y a d’espèces d’objets par où nous sommes affectés. »

Le monde étant varié, les affections et leur type varient tout autant. De ce fait, chaque sentiment, émotion, etc. est en quelque sorte unique en son genre.

Spinoza est obligé de faire cela pour trois raisons : tout d’abord, afin de maintenir le caractère infini du monde.

Ensuite, afin de préserver la notion d’individu comme petit tout capable d’aborder lui-même une infinité de choses, en particulier, à chaque fois.

Enfin, afin de rendre stable sa philosophie qui ne parvient pas sinon à expliquer pourquoi les gens ne se comportent pas de manière conforme à l’ordre de la nature.

Ce dernier point est le principal ; les commentateurs bourgeois considèrent eux que le second aspect est principal, tentant de faire de Spinoza un simple libéral.

Les commentateurs bourgeois ne saisissent pas que Spinoza annonce le monisme du matérialisme dialectique, l’affirmation d’un univers unifié et complet. Ils ne voient pas d’où vient Spinoza, à savoir l’averroïsme - les thèses de l’averroïsme latin sont au sens strict celles de Spinoza - ni ce qu’il annonce.

Ils sont aveuglés par le fait que, de par ses conditions historiques, Spinoza est en pratique obligé de relativiser sa position, d’opposer de vastes masses se comportant de manière pour ainsi dire absurde à une poignée de philosophes.

Chaque personne tend vers autre chose, s’épanouissant de manière bonne ou mauvaise, selon ou non qu’il fait dominer son entendement. C’est pour cela que Spinoza a appelé son oeuvre l’Éthique : il y a une morale de valorisée et celle-ci appelle à être à la fois ferme et généreux :

« Par fermeté j’entends un désir [c’est-à-dire l’appétit avec conscience de lui-même] par lequel un individu s’efforce à se conserver en vertu du seul commandement de la raison.

Par générosité j’entends un désir par lequel un individu s’efforce en vertu du seul commandement de la raison à assister les autres hommes et à établir entre eux et lui un lien d’amitié.

Je rapporte donc à la fermeté ces actions qui ont pour but l’utilité de l’agent seulement, et à la générosité celles qui ont aussi pour but l’utilité d’autrui.

La tempérance, donc, la sobriété et la présence d’esprit dans les périls, etc. sont des espèces de fermeté ; la modestie, la clémence, etc., des espèces de générosité. »

Tout cela relève de la soumission à l’intellect, à l’ordre universel, car comme le rappelle Spinoza à la fin du chapitre sur les affections :

« Le désir est l’essence même de l’homme en tant qu’elle est conçue comme déterminée à faire quelque chose par une affection quelconque donnée en elle (…).

Une affection, dite passion de l’âme, est une idée confuse par laquelle l’âme affirme une force d’exister de son corps, ou d’une partie de celui-ci, plus grande ou moindre qu’auparavant, et par la présence de laquelle l’âme elle-même est déterminée à penser telle chose plutôt qu’à telle autre.

Je dis en premier lieu qu’une affection ou passion de l’âme est une idée confuse.

Nous avons montré en effet que l’âme est passive en tant seulement qu’elle a des idées inadéquates ou confuses. »

Seulement, si le matérialisme dialectique sait qu’en raison de la loi de la contradiction, la conscience est en retard sur le mouvement matériel en tant que tel, Spinoza voit le monde de manière statique et il ne comprend pas pourquoi les gens se comportent de manière incohérente, non matérialiste.

Aussi a-t-il besoin d’un jeu des affections perturbant le processus de connaissance.

De là ses illusions sur des phénomènes matériels qui seraient mauvais, ce qui est en contradiction avec sa conception comme quoi tout est divin.

De là son affirmation sur la gourmandise, l’avarice, l’ivrognerie, la lubricité, l’ambition, qui selon Spinoza « n’ont pas de contraire ».

Il s’agit d’affections pour ainsi dire « naturel » en l’absence d’un entendement dominant, mais naturel au sens d’un sous-produit, d’une sorte de bug de programmation de l’univers.