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J. Staline : Discours prononcé à la première conférence des stakhanovistes de l’URSS − 1935

Le 17 novembre 1935

 1. LA PORTEE DU MOUVEMENT STAKHANOVISTE

Camarades, on a tant et si bien parlé des stakhanovistes, ici, à cette conférence, qu’il ne me reste en somme que peu de choses à dire. Mais du moment qu’on m’a appelé à la tribune, il me faudra tout de même dire quelques mots.

Staline stakanovisme

On ne saurait considérer le mouvement stakhanoviste comme un mouvement ordinaire des ouvriers et des ouvrières. Le mouvement stakhanoviste, c’est un mouvement des ouvriers et des ouvrières qui inscrira dans l’histoire de notre édification socialiste une de ses pages les plus glorieuses.

Quelle est la portée du mouvement stakhanoviste ? C’est d’abord qu’il exprime un nouvel essor de l’émulation socialiste, une étape nouvelle, supérieure, de l’émulation socialiste. Pourquoi nouvelle, pourquoi supérieure ?

Parce que le mouvement stakhanoviste, lui, se distingue avantageusement, comme expression de l’émulation socialiste, de l’ancienne (étape de cette émulation. Précédemment, il y a quelque trois ans, pendant la première étape de l’émulation socialiste, celle-ci n’était pas nécessairement liée à la technique nouvelle. D’ailleurs, à ce moment, nous n’avions presque pas, à proprement parler, de technique nouvelle.

Tandis que l’étape actuelle de l’émulation socialiste, le mouvement stakhanoviste est, au contraire, nécessairement lié à la technique moderne. Le mouvement stakhanoviste ne serait pas concevable sans la technique nouvelle, supérieure.

Voici devant vous des gens tels que les camarades Stakhanov, Boussyguine, Smétanine, Krivonos, Pronine, les Vinogradova et beaucoup d’autres, des gens nouveaux, ouvriers et ouvrières, qui se sont rendus entièrement maîtres de la technique de leur métier, qui l’ont domptée et poussée en avant. Ces genslà, nous n’en avions pas ou presque pas, il y a quelque trois ans. Ce sont des hommes nouveaux d’une espèce particulière. Ensuite. Le mouvement stakhanoviste est un mouvement des ouvriers et des ouvrières qui s’assigne pour but de dépasser les normes techniques actuelles, de dépasser les capacités de rendement prévues, de dépasser les plans de production et balances existants. Dépasser — parce que ces normes-là sont, elles, déjà vieillies pour notre temps, pour nos hommes nouveaux.

Ce mouvement renverse l’ancienne façon de concevoir la technique, il renverse les anciennes normes techniques, les anciennes capacités de rendement prévues, les anciens plans de production, et il réclame des normes techniques, des capacités de rendement, des plans de production nouveaux, plus élevés. Il est appelé à faire une révolution dans notre industrie. C’est bien pour cela que le mouvement stakhanoviste est profondément révolutionnaire en son essence. On a déjà dit ici que le mouvement stakhanoviste, comme expression de normes techniques nouvelles, plus élevées, était un exemple de la haute productivité du travail que seul peut donner le socialisme et que ne saurait donner le capitalisme.

Cela est parfaitement exact. Pourquoi le capitalisme a-t-il battu et vaincu le féodalisme ?

Parce qu’il a créé des normes de productivité du travail plus élevées, parce qu’il a donné à la société la possibilité de recevoir infiniment plus de produits qu’elle n’en recevait en régime féodal. Parce qu’il a fait la société plus riche. Pourquoi le socialisme peut-il, doit-il vaincre et vaincra-t-il nécessairement le système d’économie capitaliste ?

Parce qu’il peut fournir des exemples de travail supérieurs, un rendement plus élevé que le système d’économie capitaliste. Parce qu’il peut donner à la société plus de produits et rendre la société plus riche que ne le peut faire le système capitaliste d’économie. D’aucuns pensent que l’on peut consolider le socialisme par une certaine égalisation matérielle des hommes, sur la base d’une vie médiocre. C’est faux.

C’est une conception petite-bourgeoise du socialisme. En réalité, le socialisme ne peut vaincre que sur la base d’une haute productivité du travail, plus élevée que sous le capitalisme, sur la base d’une abondance de produits et d’objets de consommation de toute sorte, sur la base d’une vie aisée et cultivée pour tous les membres de la société.

Mais pour que le socialisme puisse atteindre ce but et faire de notre société soviétique la société la plus aisée, il faut que le pays ait une productivité du travail supérieure à celle des pays capitalistes avancés. Sinon, inutile de songer à l’abondance de produits et d’objets de consommation de toute sorte.

La portée du mouvement stakhanoviste, c’est qu’il renverse les anciennes normes techniques comme étant insuffisantes, dépasse en maintes occasions la productivité du travail des pays capitalistes avancés, et ouvre ainsi la possibilité pratique d’un renforcement sans cesse poursuivi du socialisme dans notre pays, la possibilité de faire de notre pays le pays le plus aisé.

Mais là ne se borne pas la portée du mouvement stakhanoviste. Sa portée, c’est encore qu’il prépare les conditions nécessaires pour passer du socialisme au communisme.

Le principe du socialisme est que dans la société socialiste chacun travaille selon ses capacités et reçoit les objets de consommation, non pas selon ses besoins, mais selon le travail qu’il a fourni à la société.

Cela veut dire que le niveau technique et culturel de la classe ouvrière reste peu élevé, que l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel subsiste, que la productivité du travail n’est pas encore assez élevée pour assurer l’abondance des objets de consommation — ce qui fait que la société est obligée de les répartir non pas suivant les besoins des membres de la société, mais suivant le travail qu’ils ont fourni à la société.

Le communisme est un degré de développement supérieur. Le principe du communisme est que dans la société communiste chacun travaille selon ses capacités et reçoit les objets de consommation, non pas selon le travail qu’il a fourni, mais selon ses besoins d’homme cultivé.

Cela veut dire que le niveau technique et culturel de la classe ouvrière est alors assez élevé pour saper les bases de l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; que le contraste entre le travail intellectuel et le travail manuel a déjà disparu, et que la productivité du travail atteint un si haut degré, qu’elle peut assurer une pleine abondance des objets de consommation. Ce qui fait que la société a la possibilité de répartir ces objets selon les besoins de ses membres.

D’aucuns pensent que l’on peut arriver à supprimer l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel par une certaine égalisation culturelle et technique entre travailleurs intellectuels et manuels, en abaissant le niveau culturel et technique des ingénieurs et techniciens, des travailleurs intellectuels, jusqu’au niveau des ouvriers de qualification moyenne.

C’est absolument faux. Seuls des bavards petits-bourgeois peuvent se faire une telle idée du communisme.

En réalité, on ne peut arriver à supprimer l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel qu’en élevant le niveau culturel et technique de la classe ouvrière jusqu’à celui des ingénieurs et techniciens. Il serait ridicule de penser que cette élévation est irréalisable. Elle est parfaitement réalisable dans les conditions du régime soviétique, où les forces productives du pays sont libérées des chaînes du capitalisme, où le travail est libéré du joug de l’exploitation, où lia classe ouvrière est au pouvoir et où la jeune génération ouvrière a toutes possibilités de recevoir une instruction technique suffisante.

Il est hors de doute que seul cet essor culturel et technique de la classe ouvrière peut saper les bases de l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; que lui seul peut assurer la haute productivité du travail et l’abondance des objets de consommation, nécessaires pour commencer à passer du socialisme au communisme.

A cet égard, le mouvement stakhanoviste a ceci de remarquable qu’il contient les premiers germes, encore faibles il est vrai, mais germes cependant, précisément de cet essor culturel et technique de la classe ouvrière de notre pays.

En effet, observez de plus près les camarades stakhanovistes. Que sont ces gens ? Ce sont surtout des ouvriers et des ouvrières, jeunes ou d’âge moyen, des gens développés, ferrés sur la technique, qui donnent l’exemple de la précision et de l’attention au travail, qui savent apprécier le facteur temps dans le travail et qui ont appris à compter non seulement par minutes, mais par secondes. La plupart d’entre eux ont passé ce qu’on appelle le minimum technique, et continuent de compléter leur instruction technique. Ils sont exempts du conservatisme et de la routine de certains ingénieurs, techniciens et dirigeants d’entreprise ; ils vont hardiment de l’avant, renversent les normes techniques vieillies et en créent de nouvelles, plus élevées ; ils apportent des rectifications aux capacités de rendement prévues et aux plans économiques établis par les dirigeants de notre industrie ; ils complètent et corrigent constamment les ingénieurs et techniciens ; souvent, ils leur en remontrent et les poussent en avant, car ce sont des hommes qui se sont rendus pleinement maîtres de la technique de leur métier et qui savent tirer de la technique le maximum de ce qu’on en peut tirer. Les stakhanovistes sont encore peu nombreux aujourd’hui, mais qui peut douter que demain leur nombre ne soit décuplé ?

N’est-il pas clair que les stakhanovistes sont des novateurs dans notre industrie ; que le mouvement stakhanoviste représente l’avenir de notre industrie ; qu’il contient en germe le futur essor technique et culturel de la classe ouvrière ; qu’il ouvre devant nous la voie qui seule nous permettra d’obtenir les indices plus élevés de la productivité du travail, indices nécessaires pour passer du socialisme au communisme et supprimer l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ? Telle est, camarades, la portée du mouvement stakhanoviste dans notre édification du socialisme.

Stakhanov et Boussyguine songeaient-ils à cette grande portée du mouvement stakhanoviste, lorsqu’ils entreprirent de renverser les anciennes normes techniques ?
Assurément non.

Ils avaient leurs préoccupations à eux — ils travaillaient à combler la brèche ouverte dans la production de leur entreprise et à dépasser le plan économique.
Mais s’attachant à ce but, il leur a fallu renverser les anciennes normes techniques et développer une haute productivité du travail supérieure à celle des pays capitalistes avancés.

Il serait toutefois ridicule de croire que cette circonstance pût diminuer en quoi que ce soit la grande portée historique du mouvement stakhanoviste.

On peut en dire autant des ouvriers qui, pour la première fois, avaient organisé dans notre pays les Soviets de députés ouvriers en 1905. Ils ne pensaient pas, évidemment, que les Soviets serviraient de base au régime socialiste.
En créant les Soviets de députés ouvriers, ils ne faisaient que se défendre contre le tsarisme, contre la bourgeoisie.

Mais cela ne contredit nullement ce fait indubitable que le mouvement pour les Soviets des députés ouvriers, commencé en 1905 par les ouvriers de Leningrad et de Moscou, a abouti finalement à l’écrasement du capitalisme et à la victoire du socialisme sur un sixième du globe.

 2. LES RACINES DU MOUVEMENT STAKHANOVISTE

Nous nous trouvons actuellement au berceau du mouvement stakhanoviste, à ses sources premières.

Il serait bon de marquer certains traits caractéristiques du mouvement stakhanoviste.

Ce qui saute aux yeux tout d’abord, c’est que ce mouvement a commencé, pour ainsi dire, de soi-même, presque spontanément, par en bas, sans qu’aucune pression ait été exercée par l’administration de nos entreprises. Bien plus.

Ce mouvement est né et s’est développé, dans une certaine mesure, contre la volonté de l’administration de nos entreprises, voire dans une lutte contre elle.

Le camarade Molotov vous a déjà dit les tourments qu’a dû subir le camarade Moussinski, scieur de bois à Arkhangelsk, lorsque, en cachette de son organisation économique, en cachette des contrôleurs, il établissait des normes techniques nouvelles, plus élevées.

Le sort de Stakhanov lui-même n’était pas meilleur, puisqu’il eut à se défendre, dans sa marche en avant, non seulement contre certains représentants de l’administration, mais aussi contre certains ouvriers qui le raillaient et le traquaient pour ses « innovations. » En ce qui concerne Boussyguine, on sait qu’il a failli payer ses « innovations » de son emploi à l’usine, et que seule l’intervention du chef d’atelier, le camarade Sokolinski, lui permit de rester à l’entreprise.

Comme vous voyez, si même l’administration de nos entreprises a réagi, cette réaction n’allait pas au-devant, mais à rencontre du mouvement stakhanoviste. Ainsi le mouvement stakhanoviste est né et s’est développé comme un mouvement venu d’en bas. Et précisément parce qu’il est né de lui-même, précisément parce qu’il vient d’en bas, il est le mouvement le plus viable et le plus irrésistible de notre temps. Il faut ensuite nous arrêter sur un autre trait caractéristique du mouvement stakhanoviste. Ce trait caractéristique est que le mouvement stakhanoviste a gagné toute l’Union, non pas graduellement, mais avec une rapidité inouïe, tel un ouragan. Par quoi les choses ont-elles commencé ?

Stakhanov a élevé la norme technique de l’extraction de charbon de cinq ou six fois, si ce n’est plus. Boussyguine et Smétanine en ont fait autant l’un dans les constructions mécaniques, l’autre dans l’industrie de la chaussure. Les journaux annoncèrent ces faits. Et soudain la flamme du mouvement stakhanoviste embrasa le pays tout entier.

A quoi cela tenait-il ? D’où venait cette vitesse de propagation du mouvement stakhanoviste ? Stakhanov et Boussyguine seraient-ils de grands organisateurs pourvus de vastes liaisons dans les différentes régions de l’U.R.S.S., et auraient-ils eux-mêmes organisé la chose ?

Non, évidemment non. Stakhanov et Boussyguine auraient-ils la prétention d’être de grands personnages de notre pays et auraient-ils eux-mêmes propagé les étincelles du mouvement stakhanoviste à travers le pays ?

C’est également faux. Vous avez vu ici Stakhanov et Boussyguine. Ils ont pris la parole à cette Conférence. Ce sont des gens simples et modestes, sans la moindre prétention aux lauriers de personnages connus de toute l’Union soviétique. Il me semble même qu’ils sont un peu surpris par l’ampleur du mouvement qui s’est développé chez nous au-delà même de leurs espérances. Et si toutefois l’étincelle jetée par Stakhanov et Boussyguine a suffi pour faire jaillir la flamme, c’est que le mouvement stakhanoviste est arrivé à pleine maturité. Seul un mouvement venu à point, et qui attend une impulsion pour se manifester librement, seul un tel mouvement pouvait se propager si vite et faire boule de neige.

Comment expliquer que le mouvement stakhanoviste ait surgi comme une chose parfaitement au point ? Quelles sont les raisons de sa rapide propagation ? Quelles sont les racines du mouvement stakhanoviste ? Ces raisons, oh en compte quatre au moins.

1. Ce qui a été à la base du mouvement stakhanoviste, c’est d’abord l’amélioration radicale de la situation matérielle des ouvriers. La vie maintenant est meilleure, camarades. La vie est devenue plus joyeuse. Et quand on a de la joie à vivre, le travail va bon train. D’où les normes de rendement élevées.

D’où les héros et héroïnes du travail. Là se trouve avant tout la racine du mouvement stakhanoviste. S’il y avait la crise chez nous, s’il y avait le chômage, ce fléau de la classe ouvrière, si nous vivions mal, sans beauté, sans joie, nous n’aurions point de mouvement stakhanoviste. (Applaudissements.) Notre révolution prolétarienne est la seule révolution du monde à laquelle il ait été donné de montrer au peuple non seulement ses résultats politiques, mais aussi ses résultats matériels.

De toutes les révolutions ouvrières, nous n’en connaissons qu’une qui soit parvenue, tant bien que mal, au pouvoir. C’est la Commune de Paris. Mais elle n’a pas vécu longtemps. Elle tenta, il est vrai, de rompre les chaînes du capitalisme, mais elle n’eut pas le temps de le faire ; encore moins eut-elle le temps de montrer au peuple les bienfaits matériels de la révolution. Notre révolution est la seule qui ait non seulement rompu les chaînes du capitalisme et donné au peuple la liberté, mais qui, en outre, ait pu lui donner les conditions matérielles d’une vie aisée. C’est ce qui fait la force de notre révolution, c’est ce qui la rend invincible. Evidemment, il est bon de chasser les capitalistes, de chasser les grands propriétaires fonciers, de chasser les sicaires tsaristes, de prendre le pouvoir et de recevoir la liberté. Cela est fort bien.

Mais, malheureusement, la liberté seule est loin de suffire. Si l’on manque de pain, de beurre et de graisse, si l’on manque de tissus, si les habitations sont mauvaises, on n’ira pas loin avec la seule liberté. Il est très difficile, camarades, de vivre rien que de liberté. (Approbations, applaudissements.) Pour que la vie soit bonne et joyeuse, il faut que les bienfaits de la liberté politique soient complétés par les bienfaits matériels.

Le trait caractéristique de notre révolution est qu’elle a donné au peuple non seulement la liberté, mais aussi les bienfaits matériels, mais aussi la possibilité d’une vie aisée et cultivée. Voilà pourquoi maintenant nous avons de la joie à vivre, et voilà sur quel terrain a poussé le mouvement stakhanoviste.

2. La deuxième source du mouvement stakhanoviste, c’est que l’exploitation n’existe pas chez nous. Chez nous les gens ne travaillent pas pour les exploiteurs, pour enrichir les parasites, mais pour eux-mêmes, pour leur classe, pour leur société à eux, la société soviétique, où l’élite de la classe ouvrière est au pouvoir. Et c’est pourquoi le travail chez nous a une portée sociale — il est une affaire de dignité et de gloire.

En régime capitaliste, le travail revêt un caractère privé, personnel. Si tu as produit davantage, reçois davantage et vis comme tu l’entends. Personne ne te connaît et ne veut te connaître. Tu travailles pour les capitalistes, tu les enrichis ? Mais peut-il en être autrement ? Si on t’a embauché, c’est justement pour que tu enrichisses les exploiteurs. Tu n’es pas d’accord ? — va-t’en rejoindre les chômeurs et reste à végéter comme bon te semble — nous en trouverons d’autres, plus accommodants.

Et c’est pour cela précisément que le travail des hommes n’est pas haut coté en régime capitaliste. On conçoit que dans ces conditions il ne puisse y avoir place pour un mouvement stakhanoviste. Il en va tout autrement en régime soviétique. Ici, l’homme qui travaille est à l’honneur. Il ne travaille pas pour les exploiteurs, mais pour lui-même, pour sa classe, pour la société. Ici, l’homme qui travaille ne se sent pas abandonné et solitaire. Au contraire, l’homme qui travaille se sent chez nous citoyen libre de son pays, un homme public en son genre. S’il travaille bien et donne à la société ce qu’il peut donner, c’est un héros du travail, il est environné de gloire. Il est évident que c’est seulement dans ces conditions que le mouvement stakhanoviste a pu naître.

3. La troisième source du mouvement stakhanoviste, c’est que nous possédons une technique nouvelle. Le mouvement stakhanoviste est organiquement lié à la nouvelle technique. Sans elle, sans les nouvelles usines et fabriques, sans l’outillage moderne, le mouvement stakhanoviste n’aurait pu naître chez nous. Sans technique nouvelle, on peut augmenter les normes techniques d’une ou deux fois, pas plus.
Si les stakhanovistes les ont quintuplées et sextuplées, c’est qu’ils s’appuient entièrement et sans réserve sur la technique nouvelle. Il s’ensuit donc que l’industrialisation de notre pays, la reconstruction de nos usines et fabriques, l’existence d’une technique et d’un outillage modernes, ont été une des raisons qui ont engendré le mouvement stakhanoviste.

4. Mais on n’ira pas loin avec la seule technique moderne. On peut avoir une technique, des usines et des fabriques de premier ordre, mais s’il n’y a point d’hommes capables de maîtriser cette technique, la technique restera pour vous la technique tout court. Pour que la technique moderne puisse donner des résultats, il faut encore avoir des hommes, des cadres d’ouvriers et d’ouvrières capables de se placer à la tête de la technique et de la pousser en avant.

L’éclosion et la croissance du mouvement stakhanoviste signifient que ces cadres sont déjà nés chez nous parmi les ouvriers et les ouvrières. Il y a quelque deux ans, le Parti disait qu’en construisant de nouvelles usines et fabriques et en donnant à nos entreprises un outillage moderne, nous n’avions fait que la moitié de la tâche.

Le Parti a proclamé alors que l’enthousiasme que nous mettions à construire de nouvelles usines devait être complété par l’enthousiasme à en assimiler le fonctionnement, qu’ainsi seulement l’on pouvait mener les choses à bonne fin. Il est évident que, durant ces deux années, se sont poursuivi l’assimilation de cette nouvelle technique et la formation de nouveaux cadres. Il est clair maintenant que ces cadres existent déjà chez nous.

On conçoit que sans ces cadres, sans ces hommes nouveaux, nous n’aurions point de mouvement stakhanoviste. Ainsi les gens nouveaux parmi les ouvriers et les ouvrières, qui se sont rendus maîtres de la technique moderne ont été cette force qui a cristallisé et poussé en avant le mouvement stakhanoviste. Telles sont les conditions qui ont engendré et poussé en avant le mouvement stakhanoviste.

 3. HOMMES NOUVEAUX, NORMES TECHNIQUES NOUVELLES

J’ai dit que le mouvement stakhanoviste ne s’était pas développé par degrés, mais qu’il avait été comme une explosion rompant une digue. Il est évident qu’il lui a fallu vaincre des obstacles. Celui-ci le gênait, celui-là le comprimait, mais voilà que, ayant accumulé des forces, le mouvement stakhanoviste a renversé ces barrières et déferlé sur le pays.

Qu’est-ce à dire ? Qui donc gênait, à proprement parler ? C’étaient les vieilles normes techniques et les hommes qui se trouvaient derrière elles. Il y a quelques années, nos ingénieurs, nos techniciens et nos dirigeants d’entreprises avaient établi des normes de travail en rapport avec le retard technique de nos ouvriers et ouvrières.

Quelques années ont passé depuis. Pendant ce temps, les gens ont grandi et se sont formés techniquement. Cependant que les normes techniques restaient inchangées. On conçoit que maintenant elles aient vieilli pour nos hommes nouveaux. Aujourd’hui tout le monde s’en prend aux normes techniques en vigueur. Mais elles ne sont tout de même pas tombées du ciel.

Et la question n’est pas du tout dans le fait que ces normes techniques ont été établies en leur temps comme normes réduites. La question est avant tout que, maintenant, ces normes ayant déjà vieilli, l’on essaye de les défendre comme normes d’actualité. On se cramponne au retard technique de nos ouvriers et de nos ouvrières, on en fait état, on le prend pour point de départ, et l’on en arrive à jouer au retard technique.

Mais comment faire si cette infériorité tombe dans le domaine du passé ? Allons-nous vraiment nous incliner devant notre infériorité et en faire une icône, un fétiche ? Comment faire si les ouvriers, et les ouvrières ont déjà grandi et se sont formés techniquement ? Comment faire si les vieilles normes techniques ne correspondent plus à la réalité, et que nos ouvriers et nos ouvrières les ont déjà pratiquement quintuplées, décuplées ? Avons-nous jamais juré fidélité à notre infériorité ? Il me semble qu’il n’en est rien, camarades. (Rire général.)

Sommes-nous partis de ce point de vue que nos ouvriers et nos ouvrières allaient rester, malgré tout, à jamais inférieurs ? Il semble bien que non. (Rire général.) Mais alors ? Manquerions-nous de hardiesse pour briser le conservatisme de certains de nos ingénieurs et techniciens, pour briser les vieilles traditions et normes, pour donner carrière aux forces nouvelles de la classe ouvrière ? On parle de science. On dit que les données de la science, les données des répertoires et recueils d’instructions techniques contredisent les exigences des stakhanovistes, quant aux normes techniques nouvelles plus élevées.

Mais de quelle science parle-t-on ? Les données de la science sont toujours vérifiées par la pratique, par l’expérience. Une science qui a rompu ses liens avec la pratique, avec l’expérience, n’est plus une science ! Si la science était comme la représentent certains de nos camarades conservateurs, il y a beau temps qu’elle serait morte pour l’humanité. La science s’appelle la science précisément parce qu’elle ne reconnaît pas les fétiches, parce qu’elle ne craint pas de porter la main sur les choses qui ont fait leur temps, qui sont vieilles ; parce qu’elle prête une oreille attentive à la voix de l’expérience, de la pratique.

S’il en était autrement, nous n’aurions pas de science du tout ; nous n’aurions pas, mettons, l’astronomie, et nous continuerons à nous accommoder du système désuet de Ptolémée ; nous n’aurions pas la biologie et nous nous en tiendrions encore à la légende de la création de l’homme ; nous n’aurions pas la chimie, et nous continuerions à nous accommoder des vaticinations des alchimistes. Voilà pourquoi je pense que nos ingénieurs, nos techniciens et nos dirigeants d’entreprises qui se sont laissés passablement distancer par le mouvement stakhanoviste, feraient bien de ne plus se cramponner aux vieilles normes techniques et de réorganiser leur travail pour de bon, scientifiquement, sur un mode nouveau, stakhanoviste.

Fort bien, nous dira ton. Mais que faire avec les normes techniques en général ? Sont-elles nécessaires à l’industrie, ou peut-on se passer de toute norme ?
Les uns disent que nous n’avons plus besoin de normes techniques. C’est faux, camarades. Bien plus, c’est absurde. Sans les normes techniques, l’économie planifiée est impossible. Les nommes techniques sont nécessaires encore pour amener les masses retardataires au niveau des masses avancées. Les normes techniques sont une grande force régulatrice, qui organise dans la production les grandes masses d’ouvriers autour des éléments avancés de la classe ouvrière.

Par conséquent, les normes techniques nous sont nécessaires, non pas celles qui existent aujourd’hui, mais des normes plus élevées. D’autres disent que les normes techniques nous sont nécessaires, mais qu’il faut les élever dès maintenant au niveau des résultats obtenus par les Stakhanov, les Boussyguine, les Vinogradova et autres. Cela est également faux. Ces normes ne seraient pas réelles pour la période présente, parce que les ouvriers et les ouvrières, moins ferrés sur la technique que les Stakhanov et les Boussyguine, ne seraient pas en mesure d’exécuter ces normes.

Ce qu’il nous faut, ce sont des normes techniques qui tiendraient à peu près le milieu entre les normes actuelles et celles qui ont été établies par les Stakhanov et les Boussyguine. Prenons, par exemple, Maria Demtchenko, connue pour avoir récolté 500 quintaux de betteraves et plus à l’hectare. Peut-on faire de cette réalisation une norme de rendement pour toute la culture betteravière, par exemple de l’Ukraine ?

Non, assurément. Il est encore trop tôt pour en parler. Maria Demtchenko a obtenu 500 quintaux et plus à l’hectare, tandis que la récolte moyenne de betteraves en Ukraine, par exemple, s’élève cette année à 130132 quintaux à l’hectare.

La différence, vous le voyez, n’est pas mince. Peut-on donner une norme de rendement pour la betterave, de 400 ou de 300 quintaux ? Tous les connaisseurs en la matière soutiennent qu’on ne peut le faire pour l’instant. Apparemment, il faudra établir, pour l’année 1936, une norme de rendement à l’hectare, pour l’Ukraine, de 200 à 250 quintaux.

Et cette norme n’est pas petite, puisque, si elle était réalisée, elle pourrait nous donner deux fois plus de sucre qu’en 1935. Il faut en dire autant en ce qui concerne l’industrie. Stakhanov a dépassé la norme technique existante de dix fois, ou même plus. Faire de cette réalisation une nouvelle norme technique pour tous ceux qui travaillent au marteau piqueur ne serait pas raisonnable. Apparemment, il faudra établir une norme tenant à peu près le milieu entre la norme technique existante et la norme réalisée par le camarade Stakhanov.

En tout cas, une chose est claire : les normes techniques actuelles ne correspondent plus à la réalité ; elles retardent, elles sont devenues un frein pour notre industrie. Or, pour ne pas freiner notre industrie, il faut les remplacer par des normes techniques nouvelles, plus élevées. Hommes nouveaux, temps nouveaux, normes techniques nouvelles.

 4. LES TACHES IMMEDIATES

Quelles sont nos tâches immédiates du point de vue des intérêts du mouvement stakhanoviste ?

Pour ne pas distraire notre pensée, nous allons, si vous le voulez bien, ramener la question à deux tâches immédiates. Premièrement. Il s’agit d’aider les stakhanovistes à pousser plus loin leur mouvement, à l’étendre en largeur et en profondeur à toutes les régions de l’U.R.S.S.

Cela, d’une part. Et d’autre part, il faut maîtriser tous les éléments, parmi les dirigeants d’entreprise, les ingénieurs et les techniciens, qui se cramponnent obstinément aux choses anciennes, ne veulent pas aller de l’avant et freinent d’une façon systématique le développement du mouvement stakhanoviste.

Pour étendre résolument le mouvement stakhanoviste à tout le pays, il est évident que les stakhanovistes à eux seuls ne suffisent pas. Il faut que nos organisations du Parti viennent s’embrayer pour aider les stakhanovistes à mener à bien le mouvement. A cet égard l’organisation régionale du Donetz a fait preuve incontestablement d’une grande initiative.

Les organisations régionales de Moscou et de Leningrad font un bon travail dans ce sens. Et les autres régions ? Apparemment elles en sont encore à « se mettre en train ». Par exemple, on n’entend pas parler ou fort peu de l’Oural, encore qu’il soit, comme on sait, un immense centre industriel. Il faut en dire autant de la Sibérie occidentale, du bassin de Kouznetsk, où, selon toute apparence, les gens ne se sont pas encore « mis en train. »

Au reste, il ne fait pas de doute que nos organisations du Parti se mettront à la tâche et aideront les stakhanovistes à vaincre les difficultés. En ce qui concerne l’autre côté de la question —maîtriser les conservateurs obstinés parmi les dirigeants d’entreprise, les ingénieurs et les techniciens, — la chose, ici, sera un peu plus compliquée. Il nous faudra, en premier lieu, chercher à convaincre, à convaincre patiemment et en toute camaraderie, cas éléments conservateurs de l’industrie, du caractère progressif du mouvement stakhanoviste et de la nécessité qu’il y a à réorganiser leur travail selon le mode stakhanoviste.

Et si la persuasion n’y fait rien, force nous sera de prendre des mesures plus énergiques. Voyez, par exemple, le Commissariat du peuple des voies de communication. L’appareil central de ce commissariat comptait, il n’y a pas longtemps, un groupe de professeurs, d’ingénieurs et autres connaisseurs en la matière — il y avait aussi des communistes parmi eux — qui soutenaient devant tout le monde que 13 à 14 kilomètres de vitesse commerciale à l’heure étaient une limite au-delà de laquelle on ne pouvait aller, à moins de se mettre en contradiction avec la « science de l’exploitation. »

C’était un groupe assez autorisé, qui propageait son point de vue oralement et par écrit ; il distribuait des instructions aux organismes intéressés du Commissariat du peuple des voies de communication et, d’une façon générale, était le « maître de la pensée » parmi le personnel d’exploitation. Nous qui ne sommes pas connaisseurs en la matière nous avons, en nous basant sur les propositions de nombreux praticiens des chemins de fer, soutenu à notre tour devant ces professeurs autorisés, que 13 à 14 kilomètres ne pouvaient être une limite ; que, la chose étant organisée d’une certaine manière, on pouvait reculer cette limite.

En réponse, ce groupe, au lieu d’écouter la voix de l’expérience et de la pratique et de réviser sa façon de voir, s’est jeté dans la lutte contre l’élément progressif des chemins de fer et a intensifié la propagande de ces conceptions conservatrices. On conçoit qu’il nous ait fallu légèrement taper sur le bec de ces estimées personnes et les éconduire gentiment de l’appareil central du Commissariat du peuple des voies de communication. (Applaudissements.) Et qu’est-il advenu ? Nous avons aujourd’hui une vitesse commerciale de 18 à 19 kilomètres à l’heure. (Applaudissements.) Il me semble, camarades, qu’à la rigueur, il nous faudra recourir à cette méthode aussi dans les autres domaines de notre économie nationale, si, bien entendu, les conservateurs obstinés ne cessent pais d’entraver le mouvement stakhanoviste, de lui jeter des bâtons dans les roues. Deuxièmement. Il s’agit d’aider à réorganiser leur travail et à se mettre à la tête du mouvement stakhanoviste, les dirigeants d’entreprise, les ingénieurs et techniciens qui ne veulent pas entraver le mouvement stakhanoviste, qui sympathisent à ce mouvement, mais qui n’ont pas encore su réorganiser le travail, ni se mettre à la tête du mouvement stakhanoviste.

Je dois dire, camarades, que ces dirigeants d’entreprise, ingénieurs et techniciens, ne sont pas peu nombreux chez mous. Et si nous venons en aide à ces camarades, ils seront certainement encore plus nombreux.

Je pense que si nous accomplissons ces tâches, le mouvement stakhanoviste se développera à fond, s’étendra à toutes les régions de notre pays et fera des prodiges de réalisations nouvelles.

 5. DEUX MOTS

Quelques mots au sujet de la présente conférence et de sa portée. Lénine enseignait que seuls peuvent être de vrais dirigeante bolcheviks, ceux qui savent non seulement instruire les ouvriers et les paysans, mais aussi s’instruire auprès d’eux. Ces paroles de Lénine n’ont pas été du goût de certains bolcheviks. Mais l’histoire montre que là encore Lénine avait raison, à cent pour cent. En effet, des millions de travailleurs, d’ouvriers et de paysans travaillent, vivent et luttent. Qui peut douter que ces gens ne vivent pas en vain ; que, vivant et luttant, ils accumulent une riche expérience pratique ? Peut-on douter que les dirigeants qui dédaignent cette expérience ne puissent pas passer pour de vrais dirigeants ?

Ainsi donc, nous, les dirigeants du Parti et du gouvernement, devons non seulement instruire les ouvriers, mais nous instruire auprès d’eux. Que vous, membres de cette conférence, ayez appris quelque chose des dirigeants de notre gouvernement, ici, à cette conférence, je n’irai pas le nier.

Mais on ne peut nier non plus que nous, dirigeants du gouvernement, ayons appris bien des choses de vous, les stakhanovistes, membres de cette conférence. Eh bien, merci de vos leçons, camarades, grand merci ! (Vifs applaudissements.) Enfin deux mots sur la façon dont il conviendrait de marquer la présente conférence. Après en avoir délibéré ici, au bureau, nous avons décidé qu’il serait bon de marquer cette conférence des (dirigeants du pouvoir avec les dirigeants du mouvement stakhanoviste. Et nous avons décidé de solliciter la plus haute récompense pour 100 à 120 d’entre vous.

Des voix. — Très bien ! (Vifs applaudissements.)

Staline, — Puisque vous approuvez, camarades, nous arrangerons cela.

(Les assistants font une ovation bruyante et enthousiaste au camarade Staline. La salle croule, sous les applaudissements. Un puissant « hourra » secoue les voûtes. Des acclamations innombrables saluant le chef du Parti, le camarade Staline, éclatent de toutes parts. L’ovation se termine par une puissante Internationale. Les trois mille participants de la conférence entonnent l’hymne prolétarien.)

dimanche 17 novembre 1935


Oeuvres de J. Staline