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Contre le sabotage du front unique - 1922

Pour la convocation immédiate d’un congrès international - 18 mai 1922

La délégation de l’Exécutif de l’Internationale Communiste au Comité des Neuf (composé des camarades Karl Radek, Clara Zetkin et L.-O. Frossard adresse le manifeste suivant aux ouvriers et aux ouvrières de tous les pays :

OUVRIERS ET OUVRIÈRES !

La Conférence des Exécutifs des trois Internationales ouvrières, qui s’est réunie à Berlin au début du mois d’avril, s’est prononcée pour la convocation d’urgence d’un Congrès ouvrier international. En présence de la Conférence de Gênes, la nécessité de réunir d’urgence un semblable congrès apparaissait en effet si évidente que la 2e Internationale n’osa pas se dresser ouvertement contre cette revendication, bien qu’elle eût déjà l’intention arrêtée de l’empêcher d’aboutir.

La 2e Internationale est un groupement de partis réformistes ou directement associés à leurs gouvernements capitalistes et qui s’obstinent à éviter tout conflit avec ces gouvernements.

Ses leaders tiennent à ne point troubler l’œuvre des diplomates bourgeois. Aussi se sont-ils opposés à l’énonciation, dans l’appel officiel de la Conférence de Berlin, de cette revendication ouvrière légitime qui a trait à l’annulation du honteux traité de Versailles. Aussi ont-ils déclaré impossible la convocation d’un Congrès ouvrier mondial avant la fin d’avril. Ils espéraient qu’à cette date la conférence de Gènes s’étant séparée, le Congrès perdrait le caractère d’une intervention directe du prolétariat dans les discordes de la diplomatie capitaliste.

Mais il en est autrement. Les intérêts des États capitalistes se heurtent et se combattent tellement que la volonté de spoliation et de pillage concerté du monde ne peut pas même unir d’emblée les dirigeants de la bourgeoisie internationale. Depuis un mois, ils se disputent les parts du tribut qu’ils entendent imposer à la Russie des Soviets.

Tout travailleur conscient, tout travailleur conservant dans son cœur un vestige de convictions socialistes ne peut plus douter, devant les résultats de la Conférence de Gênes, que le prolétariat international ait le devoir impérieux d’intervenir avec la plus grande énergie et de s’opposer à la politique des gouvernements capitalistes.

M. Lloyd George, lui-même, a nettement dénoncé le danger, ne dissimulant point, qu’à moins de changements radicaux. l’Europe va au devant d’une nouvelle guerre mondiale. La proposition faite par la délégation russe à Gênes, de discuter la question du désarmement s’est bornée au veto de l’impérialisme français.

Les projets de M. Lloyd George tendant à assurer la paix pour 10 ans, resteront lettre morte tant que les États capitalistes continueront leurs armements et que le traité de Versailles restera en vigueur.

L’antagonisme anglo-français, qui s’est révélé dans toute son ampleur à la Conférence de Gênes, nous indique déjà les champs de bataille de demain sur lesquels mourront des millions de travailleurs assassinés par les forbans capitalistes.

Les exigences des gouvernements alliés, vis-à-vis de la Russie des Soviets, s’attaquent à l’ensemble de la classe ouvrière internationale.

Les ouvriers de tous les pays ont combattu et combattent pour substituer la propriété sociale des moyens de production à la propriété privée. Et l’on a vu, à Gênes, la lutte graviter autour de cette exigence : la restitution des fabriques, des mines et des chantiers russes aux capitalistes étrangers. Il s’agit de replacer le peuple russe sous l’ancien joug. Et, qui plus est, on exige qu’il accepte les charges écrasantes des dettes du tsarisme et de la bourgeoisie déchue.

Tout travailleur comprend, dans ce cas, la nécessité de la résistance. L’Exécutif de l’Internationale Communiste proposait, le 23 avril, à la 2e Internationale et à celle de Vienne de réunir sur-le-champ le Comité des Neuf, formé des représentants des trois Exécutifs, afin qu’il puisse décider la convocation d’un Congres ouvrier international.

Le secrétaire de la 2e Internationale, le citoyen MacDonald, donna son acquiescement tout en disant ne pouvoir assister personnellement à cette réunion. C’est à la social-démocratie allemande que revient le mérite d’avoir, dans l’intérêt du Capital mondial, saboté la réunion du Comité des Neuf.

Ce parti qui, par son vote du 4 août 1914, a porté à l’Internationale Ouvrière le premier coup mortel, ce parti qui, instrument docile de l’Allemagne militariste et impérialiste, s’est couvert de honte après la guerre, — ce parti qui, après l’effondrement de l’impérialisme allemand, empêcha la victoire de la Révolution prolétarienne en Europe centrale, qui restitua sans résistance aucune à la bourgeoisie le pouvoir conquis par la révolution du 9 novembre 1918, qui aida ensuite la bourgeoisie à s’affermir sur les cadavres de 15 000 prolétaires assassinés par les fusilleurs du citoyen Noske, ce parti use encore actuellement de tous les moyens pour empêcher le commencement d’une action d’ensemble du prolétariat international. Son organe central déclare prématurée la réunion du Comité des Neuf et plus prématuré encore le Congrès Ouvrier international.

On est confondu de voir la social-démocratie allemande empêcher la réunion du Congrès Ouvrier international, au moment précis où l’impérialisme français se prépare à demander à nouveau des comptes au peuple allemand. Mais c’est justement dans l’échéance du 31 mai, pour laquelle M. Poincaré entend présenter sa lettre de change au peuple allemand, que réside l’explication de l’attitude de la social-démocratie allemande.

Après s’être rendue à la discrétion de la bourgeoisie allemande, la social-démocratie n’ose plus ni résister à la bourgeoisie mondiale, ni résister au traité infâme de Versailles. Elle place tous ses espoirs en la diplomatie et ne pense plus à la volonté de résistance du prolétariat international.

Pour garder la faveur de la bourgeoisie et pour en être ménagée, la social-démocratie allemande réprime toutes les aspirations révolutionnaires et sabote la réunion du Congrès Ouvrier international.

Elle redoute que ce Congrès ne la contraigne de collaborer avec les autres partis ouvriers allemands dans l’intérêt de la défense du prolétariat allemand contre les charges accablantes dont on menace ce dernier.

TRAVAILLEURS !

L’Internationale de Vienne, continuant de travestir la vérité, voudrait laisser croire que l’ajournement de la réunion du Comité des Neuf n’est dû qu’à des raisons d’ordre technique. N’en croyez rien ! Quiconque, après avoir suivi les événements de Gênes, ne se rend pas compte de la nécessité d’une action prompte, quiconque cherche a différer encore la réunion du Comité des Neuf, est évidemment mû par des raisons politiques qui l’empêchent de participer à l’action ouvrière commune.

OUVRIERS ET OUVRIÈRES !

SI vous voulez que le Congrès mondial de votre classe se réunisse et ne se termine point par l’adoption de quelques résolutions creuses et inefficaces, comme le Congrès de Rome de la Fédération Syndicale d’Amsterdam, il ne vous est plus permis de vous taire et d’attendre que les diplomates de la 2e Internationale et de celle de Vienne se soient convaincus de l’innocuité d’un Congrès ouvrier international survenant trop tard. Vous devez, sans distinction de parti, prendre sur vous la cause de ce congrès.

Nous invitons les travailleurs appartenant à tous les partis qui veulent le front uni du prolétariat contre l’offensive patronale, à se réunir dans chaque atelier, dans chaque syndicat, dans chaque localité, à y constituer des comités communs de propagande pour le Congrès ouvrier international et à forcer ainsi leurs organisations politiques et syndicales à se prononcer dans le même sens.

OUVRIERS ET OUVRIÈRES !

Si, sans distinction de parti, vous élevez la voix pour le Congrès ouvrier international, vos chefs réfléchiront avant de continuer à le saboter.

OUVRIERS ET OUVRIÈRES !

La 2e Internationale a déchiré, en fait, la convention de Berlin. Il appartient à l’Internationale Communiste de tirer les conclusions de ces faits. Mais il est du devoir de tous les prolétaires, sans distinction de parti, de multiplier les efforts pour que soient entendus, proclamés avec vigueur, ces mots d’ordre du prolétariat unanime :

ASSEZ DE SABOTAGE DU FRONT UNIQUE DU PROLÉTARIAT !

Nous exigeons la convocation immédiate du Congrès ouvrier international !