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Huit mars : Qiu Jin, contre les pieds bandés

Née au Fujian de parents fonctionnaires originaires de la ville de Shaoxing, Qiu Jin est une poétesse, féministe et révolutionnaire chinoise. Elle arrive à Pékin pour suivre son mari dans son travail. A 20 ans, elle quitte mari et enfants pour aller étudier au Japon.

C’est en 1903 que sa façon de penser évolue, notamment sous l’influence du mouvement des Boxers, réprimé en 1900. À cette époque, pour montrer son ressentiment envers le traitement réservé aux femmes sous la dynastie Qing et son gouvernement, elle s’habille en homme et manie le sabre. Elle prend le surnom d’« ennemie des hommes »

En 1904, pendant ses études, elle se révolte contre les autorités japonaises qui interdisent à tout étudiant des actions allant à l’encontre de la politique du gouvernement. Elle dirige la revue Femmes chinoises (Zhongguo nubao) à Shanghai, qui parait en janvier et février 1907.

De retour à Shaoxing, elle occupe le poste d’enseignante dans une des premières écoles destinées aux filles. Depuis la ville de Shaoxing, elle tente de provoquer un coup d’État pour renverser la dynastie des Qing mais cette action se traduit par un échec. Elle est arrêtée avant d’avoir pu lancer sa rébellion armée. Par ordre impérial, elle est condamnée à mort et est décapitée le 15 juillet 1907 à l’âge 31 ans.


Quelle tristesse ! Du jour où on leur bande les pieds, les femmes passent leurs journées assisses dans leur chambre sans pouvoir bouger. Les choses qu’elles pourraient faire ne manquent pas ; mais leurs pieds les empêchent de se déplacer. On dirait que la moitié de leur corps est mort. Elles ont le teint blafard et elles sont maigres. Leurs muscles et leurs os sont atrophiés.

Comme elles sont toujours immobiles, elles ont une mauvaise circulation sanguine et elles attrapent facilement la tuberculose. Et même si cette maladie les épargne, leurs jambes et leurs bras sont sans forces et elles sont pleines de courbatures.

Comme cette maladie d’estomac, c’est surtout les femmes qu’elle frappe ; vous verrez rarement un homme en être atteint. Les femmes considèrent l’accouchement comme une entreprise périlleuse où un court instant seulement décide de leur vie ou de leur mort. Tout cela, c’est la conséquence des maux causés par les pieds bandés ; ils sont à l’origine d’un pouls très faible et à cause d’eux tout le corps est mou et incapable de réagir.

Avec les pieds naturels par contre, on fait du sport, on va et vient à son gré, et je vous assure que tous ces maux n’existe pas. Je n’ai jamais entendu dire qu’à l’ouest ou à l’est il existe des pays où tant de femmes meurent en couches. Je n’ai pas non plus entendu parler d’un pays où existerait cette maladie d’estomac ; seules nos femmes chinoises en sont atteintes.

Vous voyez bien que les pieds bandés sont un véritable fléau. Pourquoi, nous femmes acceptons-nous de sacrifier notre vie à deux pieds douloureux dont les os sont meurtris et les muscles atrophiés ? Bien souvent les maladies de femmes sont cent fois plus difficiles à guérir.

Mais en fait ce n’est pas vrai. C’est seulement à vous mêmes qu’il faut vous en prendre, vous qui vous considérez comme des êtres sans valeur et qui ne vous souciez pas d’acquérir des connaissances professionnelles qui vous permettraient de gagner votre vie.

C’est votre faute, vous qui ne savez que vous en remettre aux hommes, vous qui consacrez toute votre énergie à les flatter et à trouver milles autres nouvelles façons de les amadouer. Il suffit que vous sachiez qu’ils aiment les petits pieds, et au péril de votre vie vous vous empressez de bander les vôtre étroitement.

Une fois que vous avez bien serrer l’étoffe qui sert à les bander, il vous faut maintenir celle-ci avec des bandelettes puis enfiler d’étroites chaussettes et de toutes petites chaussures.

Alors, en vous appuyant aux murs, vous arrivez à faire quelques pas chancelants, mais sans parvenir à avancer vraiment. Comme un boiteux qui souffre, il ne vous reste plus qu’à rester assise dans vos chambres, pareilles à de jolies statuettes de terre cuite.

Vous vous maquillez le visage, vous vous parez de beaux vêtements, pensant ainsi attirer l’amour de votre mari, mais cela ne l’empêchera pas de vous considérer comme un jouet et de vous traiter comme on traite une fleur ou un oiseau.

N’aurez-vous donc jamais doit à un peu d’autonomie ? Rien d’ailleurs ne dit que votre mari vous aimera éternellement parce que vous aurez des petits pieds et que vous saurez vous parez. […]

dimanche 8 mars 2020


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