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Histoire du bolchévisme - 6e partie : la victoire contre le nazisme, les années 1950 et le triomphe du révisionnisme

a) la grande guerre patriotique (1939-1941-1945)

La propagande anti-communiste a toujours affirmé que Staline avait été un mauvais théoricien et un mauvais chef militaire. Cela ne tient pas si l’on étudie précisément les événements de la « grande guerre patriotique ».

En effet, Staline avait déjà été à l’origine de nombreux plans militaires lors de la guerre civile, notamment de celui contre le général blanc Dénikine en 1919 (plan qui fut qui plus est préféré à celui de Trotsky).

L’armée rouge avait qui plus est mené un très important travail théorique concernant les plans militaires.

Il est certain que Staline avait considéré que l’invasion des forces nazies se produirait plus tard, et que cela a été une erreur quasiment fatale.

Mais il est faux de dire que le danger de guerre avait été sous-estimé. Le pacte Molotov-Ribbentropp (et non pas Hitler-Staline) avait été fait pour gagner du temps, et empêcher que l’U.R.S.S. se retrouve seule protagoniste face à l’Allemagne nazie (et le Japon).

L’U.R.S.S. développa considérablement son armement entre 1939 et 1941, notamment au niveau des chars. La guerre a toujours été considérée comme inévitable, comme en témoigne ces propos du commissaire Mekhlis, chef du département politique de l’armée rouge, en 1939 au 18ème congrès du Parti :

« Pour éliminer le danger d’une intervention capitaliste étrangère, dit l’Histoire du P.C.U.S., il faut briser l’encerclement capitalise.

Le temps n’est pas éloigné, camarades, où notre armée, qui, par son idéologie prévalante, constitue une armée internationale, saura, pour riposter aux attaques insolents de l’ennemi, aider les ouvriers des pays agresseurs à s’émanciper du joug fasciste, du joug de la servitude capitaliste, et brisera cet encerclement capitaliste dont parlait le camarade Staline ».

Lors de l’invasion, Staline resta en arrière-plan, afin de se conserver comme « symbole ». Molotov fit un appel immédiat à la résistance, et Staline ne prit la parole que le 3 juillet 1941, pour faire un appel au profil très bas à ses « frères et sœurs ».

Drapeau URSS Berlin

Staline joua alors un rôle militaire très important, consistant à coordonner les différents maréchaux et généraux. Un accent particulier fut mis sur la guerre de partisans, qui n’avait pas été préparé mais se développa rapidement.

La ligne générale fut celle de la lutte de libération nationale, sans pour autant que cette ligne correcte fut clairement explicitée. Ainsi, au « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » de La Pravda succéda pendant la guerre un « Mort à l’envahisseur allemand ! », et la propagande s’efforça de faire ressortir la question nationale (comme le film « Alexandre Nevski », retraçant la lutte des Russes contre les chevaliers teutoniques, le montre).

La guerre fut appelée « seconde grande guerre patriotique », en référence à la première datant de 1812.

Néanmoins, il faut bien constater que le Parti a toujours été au poste de commandement, et qu’aucune déviation militariste n’a eu lieu. Staline a donc bien contribué à la victoire de l’U.R.S.S. sur le nazisme, et a joué le rôle de chef de l’armée rouge.

b) la reconstruction (1945-1953)

De fait, la vie démocratique dans le Parti a repris dès la fin de la guerre, progressivement. Une large critique fut faite contre la routine administrative, allant contre les Soviets et contre le Parti.

Le Parti avait désormais 6 millions d’adhérents, dont la moitié l’avait rejoint pendant la guerre, avec le manque de formation que cela implique.

Qui plus est, les nazis avaient mené un grand combat idéologique dans les zones qu’ils avaient contrôlées, un travail dut également être fait à ce niveau.

La guerre impérialiste avait considérablement affaibli économiquement l’Union Soviétique, qui entame donc une reconstruction sur la base des plans quinquennaux.
Cette reconstruction se fait en liaison avec celle des démocraties populaires des pays de l’Est européen.

Le concept de « démocratie populaire » a été formulé par Dimitrov, et contient en son sein une déviation réformiste, dont un écho ambigu se fait sentir dans le discours de Staline le 14 octobre 1952 au 19ème congrès du Parti.

Soldate-soviétique

Ce congrès est celui du changement de nom, le « PCUS[b] » devenant le « PCUS », puisque le but est le communisme désormais, le plus haut stade du socialisme étant atteint selon Staline. Celui-ci avait publié en 1951 un texte important, « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. », où il tentait d’expliciter les erreurs qu’il était (encore) possible de faire.

Il faut bien noter que Staline met plusieurs points d’importance en avant.

Tout d’abord, il met en avant le fait qu’il y ait des déséquilibres dans le développement de l’économie socialiste, mais les explique par les problèmes d’adéquation entre la planification et l’économie.

Il donne une solution économiste, qualifiée par les maoïstes de « théorie des forces productives », et consistant à défendre le passage au communisme par simple élévation permanente du niveau matériel :

« Existe-t-il une loi économique fondamentale du socialisme ? Oui, elle existe. Quels sont les principaux traits et exigences de cette loi ?

Les principaux traits et exigences de la loi économique fondamentale du socialisme pourraient être formulés à peu près ainsi : assurer au maximum la satisfaction des besoins matériels et culturels sans cesse croissants de toute la société, en développant et en perfectionnant toujours la production socialiste sur la base d’une technique supérieure ».

Au niveau politique, Staline évite néanmoins les erreurs, et est conscient des nombreux problèmes.

Il souligne ainsi dans tout un chapitre que les guerres impérialistes continueront d’avoir lieu :

« Certains camarades affirment qu’étant donné les nouvelles conditions internationales, après la Seconde Guerre mondiale, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.

Ils estiment que les contradictions entre le camp du socialisme et celui du capitalisme sont plus fortes que les contradictions entre pays capitalistes ; que les Etats-Unis d’Amérique se sont suffisamment soumis les autres pays capitalistes pour les empêcher de se faire la guerre et de s’affaiblir mutuellement ; que les hommes avancés du capitalisme sont assez instruits par l’expérience des deux guerres mondiales, qui ont porté un sérieux préjudice à l’ensemble du monde capitaliste, pour se permettre d’entraîner à nouveau les pays capitalistes dans une guerre entre eux ; que, de ce fait, les guerres entre pays capitalistes ne sont plus inévitables.

Ces camarades se trompent (…).

On dit que les contradictions entre capitalisme et socialisme sont plus fortes que celles existant entre les pays capitalistes.

Théoriquement, c’est juste, bien sûr. Pas seulement aujourd’hui ; c’était juste aussi à la veille de la Seconde Guerre mondiale. C’est ce que comprenaient plus ou moins les dirigeants des pays capitalistes. Et cependant, la Seconde Guerre mondiale n’a pas commencé par la guerre contre l’U.R.S.S., mais par une guerre entre pays capitalistes.

Pourquoi ? Parce que, d’abord, la guerre contre l’U.R.S.S., pays du socialisme, est plus dangereuse pour le capitalisme que la guerre entre pays capitalistes. Car si la guerre entre pays capitalistes pose seulement la question de la suprématie de tels pays capitalistes sur tels autres, la guerre contre l’U.R.S.S. doit nécessairement poser la question de l’existence même du capitalisme.

Parce que, en second lieu, les capitalistes, bien qu’ils proclament, aux fins de « propagande », l’agressivité de l’Union soviétique, n’y croient pas eux-mêmes, puisqu’ils tiennent compte de la politique de paix de l’Union soviétique et savent que cette dernière n’attaquera pas d’elle-même les pays capitalistes (…).

Il s’ensuit donc que l’inévitabilité des guerres entre pays capitalistes reste entière.

On dit qu’il faut considérer comme périmée la thèse de Lénine selon laquelle l’impérialisme engendre inévitablement les guerres, puisque de puissantes forces populaires ont surgi maintenant, qui défendent la paix contre une nouvelle guerre mondiale. Cela est faux.

Le mouvement actuel pour la paix se propose d’entraîner les masses populaires dans la lutte pour le maintien de la paix, pour conjurer une nouvelle guerre mondiale. Par conséquent, il ne vise pas à renverser le capitalisme et à établir le socialisme,- il se borne à des buts démocratiques de lute pour le maintien de la paix.

A cet égard, le mouvement actuel pour le maintien de la paix se distingue du mouvement de l’époque de la Première Guerre mondiale, lequel, visant à transformer la guerre impérialiste en guerre civile, allait plus loin et poursuivait des buts socialistes.

Il se peut que, les circonstances aidant, la lutte pour la paix évolue çà et là vers la lutte pour le socialisme, mais ce ne sera plus le mouvement actuel en faveur de la paix, mais un mouvement pour renverser le capitalisme.

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Le plus probable, c’est que le mouvement actuel pour la paix, c’est-à-dire le mouvement pour le maintien de la paix, contribuera, en cas de succès, à conjurer une guerre donnée, à l’ajourner temporairement, à maintenir temporairement une paix donnée, à faire démissionner le gouvernement belliciste et à y substituer un autre gouvernement, disposé à maintenir provisoirement la paix. Cela est bien, naturellement.

C’est même très bien. Mais cela ne suffit pas pour supprimer les guerres inévitables en général entre pays capitalistes. Cela ne suffit pas, car malgré tous ces succès du mouvement de la paix, l’impérialisme demeure debout, reste en vigueur. Par suite, l’inévitabilité des guerres reste également entière.

Pour supprimer le caractère inévitable des guerres, il faut détruire l’impérialisme ».

Un autre chapitre est consacré à « la portée internationale d’un manuel marxiste d’économie politique ». Staline y explique qu’un tel manuel contribuerait à aider les communistes de tous les pays à comprendre l’expérience bolchévik, particulièrement les jeunes venus aux Partis.

Mais Staline dit aussi :

« Du reste, étant donné le niveau insuffisant de formation marxiste de la plupart des partis communistes des pays à l’étranger, ce manuel pourrait être d’une grande utilité aussi pour les cadres communistes déjà âgés de ces pays ».

Ce qui a le mérite d’être on ne peut plus clair, et se montrera très vrai dès la mort de Staline, le 5 mars 1953.

c) le triomphe du révisionnisme (1953-1956)

A la mort de Staline, les choses vont très vite. Les différents services des commissaires politiques sont dissous ; le service de sécurité de l’Etat est démantelé, son chef Béria, partisan de Staline, exécuté ; en 1954 le KGB est fondé.

De fait, une bataille s’est lancé au sein du Parti entre deux fractions.

La première, qui a pris le pouvoir dès la mort de Staline, c’est celle qui s’organise autour de Khroutchev, partisan zélé de Staline qui propose d’un coup la « critique du culte de la personnalité », qui va lancer la déstalinisation au XXème congrès du Parti.

Représentant de la bourgeoisie soviétique qui s’est développée dans le Parti, il organise la liquidation des kolkhozes et le développement du capitalisme dès le pouvoir entre les mains de sa fraction.

La seconde, c’est celle organisée autour de Viatcheslav Molotov, Lazar Kaganovitch et Malenkov, qui ne veut pas de révision du marxisme-léninisme. Ils seront définitivement écartés en 1957.

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Marxistes-léninistes sérieux et conséquents, ils ont toujours fait la différence entre Staline en tant qu’individu et le symbole destiné aux masses. Kaganovitch parlait ainsi du « camarade Staline et de la direction stalinienne homogène ».

Le terme « stalinien » ne signifiait pas « de Staline », mais : « de la période de Staline ». S’il y a eu des excès dans cette propagande passant par l’image d’un individu, et il est évident que la bourgeoisie au sein du Parti en a profité, il faut tout de même noter certains faits assez démonstratifs concernant Staline lui-même. Lorsque fut créé le corps de la garde en octobre 1941, il intervint pour retirer de leur devise les mots « Pour Staline ».

Il refusa le grade de « généralissime » et le titre de « héros de l’Union Soviétique » tant que la victoire sur l’Allemagne ne fut pas effective. Il participait lui-même aux ovations lors de ses discours, et a toujours souligné que « le Parti l’avait façonné à son image ».

De fait, le discours sur le culte de la personnalité n’était qu’un prétexte justifiant la prise du pouvoir de la bourgeoisie soviétique, qui s’est développé idéologiquement à cause des erreurs du Parti de Staline. Cela est d’autant plus flagrant quand on sait que Khroutchev était l’un des plus grands zélateurs de Staline.

De fait, comme le dit Mao,

« Au cours de l’année écoulée [soit 1956], plusieurs grands orages ont éclaté sur la scène du monde. Le XXème Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique a lancé une violente attaque contre Staline ; puis, les impérialistes ont mené deux vastes campagnes anti-communistes, et deux débats orageux ont eu lieu au sein du mouvement communiste international.

Certains partis d’Europe et d’Amérique ont été beaucoup affectés par ces événements et ont subi des pertes considérables ; les partis des pays d’Orient ont été moins touchés et leurs pertes ne sont pas aussi graves.

Depuis le XXème Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique, certains qui avaient soutenus très activement Staline sont maintenant non moins actifs dans leurs attaques contre lui. A mon avis, ils laissent de côté le marxisme-léninisme, ils n’ont pas fait l’analyse du problème et ignorent la morale révolutionnaire. Le marxisme-léninisme implique aussi la morale révolutionnaire du prolétariat. Naguère, vous déployiez tant de zèle pour soutenir Staline qu’il faudrait tout de même, à présent, avancer quelques raisons pour justifier votre revirement ! Mais, sans donner la moindre explication, vous prenez tout à coup un virage de 180 degrés, comme si vous n’aviez jamais soutenu Staline, et pourtant, vous étiez bien ses partisans fervents. La question de Staline concerne l’ensemble du mouvement communiste international et les partis de tous les pays.

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Pour ce qui est du XXème Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique, l’écrasante majorité des cadres de notre Parti en sont mécontents. C’est là un sentiment naturel, une réaction normale (..).

A propos de la dialectique, Lénine disait : « On peut brièvement définir la dialectique comme la théorie de l’unité des contraires. Par là on saisira le noyau de la dialectique, mais cela exige des explications et un développement ».

Explications et développement, c’est là une tâche qui nous incombe. Il faut fournir des explications, nous en avons donné trop peu jusqu’ici. Il faut aussi assurer le développement ; nous qui avons accumulé une riche expérience au cours de la révolution, nous devons développer cette théorie.

Lénine disait par ailleurs : « L’unité (coïncidence, identité, équipollence) des contraires est conditionnée, temporaire, passagère, relative. La lutte des contraires qui s’excluent mutuellement est absolue, de même que l’évolution, de même que le mouvement ». Partant de ce point de vue, nous avons formulé le principe « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ».

La vérité n’existe qu’au regard de l’erreur et se développe dans la lutte contre elle. Il en est de même pour le beau et le laid, pour le bien et le mal.

En effet tout acte utile, tout homme de bien n’existent qu’au regard des actes blâmables, des mauvaises gens et se développent dans la lutte contre eux. Bref, les fleurs odorantes n’existent qu’au regard des herbes vénéneuses et se développent dans la lutte contre elles.

Interdire aux gens d’entrer en contact avec ce qui est faux, pernicieux ou ce qui nous est hostile, d’aborder l’idéalisme et la métaphysique, et de connaître les propos de Confucius, de Laotse et de Tchiang Kaï-chek serait une politique dangereuse. Elle conduirait à la régression de la pensée, à des vues unilatérales et rendrait l’homme incapable de résister aux épreuves de la vie et de réfuter les opinions adverses.

En philosophie, le matérialisme et l’idéalisme forment une unité des contraires et sont en lutte l’un contre l’autre. Il y a, par ailleurs, la dialectique et la métaphysique : elles aussi forment une unité des contraires et sont en lutte l’une contre l’autre.

Quand on traite de la philosophie, on ne peut se passer de cette paire de contraires. En Union Soviétique, on n’admet pas l’existence des paires de contraires ; on s’en tient à un seul aspect des choses, car, à ce que l’on prétend, il n’y a là-bas que des fleurs odorantes et pas d’herbes vénéneuses ; on nie l’existence de l’idéalisme et de la métaphysique dans un pays socialiste.

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En fait, l’idéalisme, la métaphysique, les herbes vénéneuses existent dans n’importe quel pays. En Union soviétique, de nombreuses herbes vénéneuses apparaissent sous les couleurs de fleurs odorantes, une foule de propos bizarres se présentent sous l’enseigne du matérialisme ou du réalisme socialiste.

Nous reconnaissons publiquement la lutte entre le matérialisme et l’idéalisme, la dialectique et la métaphysique, les fleurs odorantes et les herbes vénéneuses. Cette lutte se poursuivra à jamais, et progressera d’un pas à chaque étape.

Je voudrais adresser un conseil aux camarades ici présents : si vous possédez déjà le matérialisme et la dialectique, vous devez encore compléter vos connaissances par l’étude de leurs contraires, l’idéalisme et la métaphysique.

Les œuvres de Kant et de Hegel, de Confucius et de Tchiang Kaï-chek, tous ces matériaux négatifs sont à lire. Sans connaître l’idéalisme ni la métaphysique, sans avoir lutté contre ces conceptions adverses, vos connaissances sur le matérialisme et la dialectique ne seraient pas solides. Certains membres du Parti, dont des intellectuels, ont précisément le défaut de connaître trop peu ces matériaux négatifs.

Ayant étudié quelques livres de Marx, ils se bornent à répéter ce qu’ils ont lu, et c’est bien monotone. Leurs discours, leurs articles sont donc peu convaincants. Si vous n’étudiez pas les choses négatives, vous n’arriverez pas à les réfuter.

Marx, Engels, Lénine n’agissaient pas ainsi. Ils s’appliquaient à étudier et approfondir les diverses questions de leur temps ou du passé, et invitaient les autres à faire de même. C’est à travers des études sur les doctrines de la bourgeoisie, à savoir la philosophie classique allemande, l’économie politique classique anglaise et le socialisme utopique français, et à travers des luttes menées contre elles que les trois parties constitutives du marxisme ont pu voir le jour.

Staline était moins fort. Par exemple, on considérait à son époque la philosophie classique allemande, philosophie idéaliste, comme une réaction de l’aristocratie allemande contre la Révolution française. Une telle conclusion est une négation complète de la philosophie classique allemande.

Staline a rejeté en bloc la science militaire de l’Allemagne ; selon lui, puisque les Allemands ont perdu la guerre, leur science militaire ne vaut plus rien, et par conséquent, les ouvrages de Clausewitz ne méritent plus qu’on les lise.

Il y a pas mal de métaphysique chez Staline et il a appris beaucoup de gens à la pratiquer. Dans l’Histoire du Parti Communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S., il dit que la dialectique marxiste présente quatre traits fondamentaux.

Au point a), il parle de la liaison entre les divers choses et phénomènes, comme s’ils étaient liés sans cause ni raison. Comment, alors, les choses sont-elles liées ensemble ? Par les deux aspects en contradiction. Et toute chose, tout phénomène présente deux aspects contradictoires.

Au point d), il parle des contradictions inhérentes aux choses et aux phénomènes. Mais il n’insiste que sur la lutte des contraires, sans mentionner leur unité.
Conformément à l’unité des contraires, loi fondamentale de la dialectique, les deux contraires sont en lutte tout en restant unis, ils s’excluent l’un l’autre tout en étant liés l’un à l’autre et, dans des conditions données, se transforment l’un en l’autre.
Dans le Petit dictionnaire philosophique, quatrième édition, publié en Union soviétique, l’article Identité exprime le point de vue de Staline.

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Il y est dit : « Les phénomènes tels que la guerre et la paix, la bourgeoisie et le prolétariat, la vie et la mort, etc., ne peuvent être identiques, car les deux aspects sont foncièrement opposés et s’excluent l’un l’autre ».

Cela veut dire que, entre ces phénomènes foncièrement opposés, il n’existe pas d’identité dans le sens marxiste du mot et qu’ils ne font que s’exclure mutuellement, sans être liés l’un à l’autre ni pouvoir se convertir l’un en l’autre dans des conditions données. Voilà une assertion fondamentalement erronée.

Selon cet article, la guerre, c’est la guerre, et la paix, c’est la paix, deux choses qui ne font que s’exclure l’une l’autre, sans liaison aucune entre elles ; la guerre ne peut se convertir en paix, pas plus que la paix en guerre.

Lénine donne cette citation de Clausewitz : « La guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens ». La lutte en période de paix, c’est la politique, et la guerre, c’est aussi la politique, mais avec recours à des moyens particuliers.

La guerre et la paix s’excluent l’une l’autre tout en restant liées l’une à l’autre, et se transforment dans des conditions déterminées. Si la guerre ne se prépare pas en période paix, comment peut-elle éclater brusquement ? Si la paix ne se prépare pas pendant la guerre, comment peut-elle s’établir subitement ?

Si la vie et la mort ne peuvent se convertir l’une en l’autre, dites-moi alors d’où viennent les êtres animés. Il n’y avait au début que de la matière inanimée sur la Terre, c’est seulement plus tard que sont apparus des êtres animés qui sont dérivés de la matière inanimée ou inerte. Tout être animé connaît un processus de métabolisme : naissance, croissance, reproduction et mort.

Tout au long de l’activité d’un être animé, la vie et la mort sont en lutte et se convertissent constamment l’un en l’autre.

Si la bourgeoisie et le prolétariat ne peuvent se convertir l’un en l’autre, comment expliquez-vous que, par la révolution, le prolétariat devient la classe dominante et la bourgeoisie une classe dominée (…) ?

Staline ne voyait pas la liaison entre la lutte des contraires et leur unité. Certains Soviétiques ont une méthode de pensée métaphysique, leur pensée est tellement sclérosée qu’ils ne reconnaissent pas l’unité des contraires ; pour eux, c’est comme ceci ou comme cela. Par conséquent, ils ne manquent pas de commettre des erreurs d’ordre politique (..).

Pendant une longue période, Staline a nié l’existence de contradictions entre les rapports de production et les forces productives, entre la superstructure et la base économique en régime socialiste.

C’est seulement un an avant son décès qu’il a, en termes vagues, parlé dans son livre Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. de la contradiction entre les rapports de production et les forces productives en régime socialiste. Des problèmes surgiront, dit-il, si la politique est erronée et que l’action régulatrice joue mal à propos.

Toutefois, il n’a toujours pas présenté comme un problème global les contradictions entre les rapports de production et les forces productives, entre la superstructure et la base économique en régime socialiste, il ne s’est toujours pas rendu compte que ces contradictions constituent les contradictions fondamentales qui font progresser la société socialiste. Il croyait que sont Etat était solide.

Quant à nous, nous ne devons pas penser que notre Etat est solide. Il l’est tout en ne l’étant pas.

La dialectique estime que le régime socialiste, en tant que phénomène historique, disparaîtra un jour, tout comme l’homme doit mourir, et que le régime communiste en sera la négation.

Comment peut-on considérer comme marxiste l’assertion selon laquelle le régime socialiste, ainsi que les rapports de production et la superstructure du socialisme, ne disparaîtront pas ? Ne serait-ce pas là un dogme religieux, la théologie qui professe l’éternité de Dieu ? ».

Comme on le comprend, les erreurs dans la politique du Parti ont amené un espace où a pu se développer le révisionnisme.

Ce révisionnisme, avec Khroutchev, a pris le pouvoir à la mort de Staline, et a rétabli le capitalisme.

Traiter de la restauration du capitalisme en U.R.S.S. prendrait ici trop de place, aussi y aura-t-il un document spécifique à ce sujet, également consacré à la restauration en Chine populaire dans les années 1970.

Ce qui compte ici, c’est de comprendre le sens de l’expérience du Parti bolchévik, le formidable travail théorique et pratique, la conquête d’une ligne politique correcte, et l’avancée dans le processus révolutionnaire.