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Histoire du bolchévisme - 2e partie : De la révolution de 1905 à la veille de la première guerre impérialiste

a) La révolution de 1905 et ses conséquences jusqu’à la réaction de 1907

Le 19 septembre (le 2 octobre de notre calendrier) commence à Moscou une grève dans l’imprimerie, qui est très vite soutenue et devient une grève politique.

En un mois la grève devient générale dans tout le pays, forçant le Tsar à publier un manifeste le 17 (30) Octobre, autorisant les libertés bourgeoises, et appelant à la formation d’un parlement représentant les différentes classes sociales.

A côté de cela le régime organisa des pogromes, ainsi que des bandes armées (« Union du Peuple Russe », « Union de l’Archange Michaël »), surnommé les « cent-noirs » par la population, pour attaquer les grévistes.

Une nouvelle forme d’organisation populaire apparut : les « soviets », immédiatement soutenu par les Bolchéviks. Le 13 (26) octobre se déroulèrent les élections pour le Soviet des députés ouvriers de Saint-Pétersbourg, immédiatement suivi par celles pour celui de Moscou ; en décembre il y avait des soviets dans tout le pays.

Des différences notables marquèrent ces élections, et les pratiques qui s’en suivirent. Le soviet de Saint-Pétersbourg était en effet dominé par les Menchéviks (guidés par Trotsky), tandis que celui de Moscou était sous influence bolchévique. Ainsi, au lieu de s’allier les soldats, le soviet de la capitale exigea qu’on les éloigne, et refusa l’armement populaire. A l’opposé, celui de Moscou organisa un début d’insurrection, avec quelques milliers de volontaires, principalement bolchéviks.

Le 7 (20) décembre commença ainsi à Moscou une grève politique, qui échoua à s’élargir (à part pour Kronstadt, Sébastopol, Sormowo, Novossibirsk, Motowilicha et Krasnojarsk), mais fut marquée par de nombreuses journées d’affrontements armés. Dans les campagnes également la lutte fut âpre.

Après l’échec de l’insurrection de décembre 1905, la pression des masses se fit forte pour l’unification de la social-démocratie, qui se « réalisa » en avril 1906 au 4ème congrès du P.O.S.D.R..

Celle-ci ne fut que formelle : les Menchéviks obtinrent la majorité, mais admirent sous la pression ouvrière la version léniniste des statuts et de l’appartenance au Parti, du rapport avec le parlement ainsi que les réponses aux questions organisationnelles. En pratique les deux tendances gardèrent leurs organisations propres, et les divergences restaient majeures, notamment en ce qui concerne la question agraire.

La formation d’un second parlement consultatif fut prétexte à une nouvelle bataille, les Menchéviks voulant une alliance avec les cadets, les Bolchéviks refusant d’abord d’y participer, puis faisant une autocritique avant d’y participer pour y critiquer le régime, obtenant finalement le soutien de la majorité du Parti.

Le 5ème congrès de mai 1907 marqua la victoire des positions bolchéviques contre l’appel fait par les menchéviks d’un congrès ouvrier rassemblant toutes les tendances (Socialistes-Révolutionnaires, anarchistes, marxistes, etc.).

Dans le protocole du 5ème congrès du P.O.S.D.R. on peut lire que « visiblement la tactique des bolchéviks est la tactique des prolétaires de la grande industrie, la tactique des terrains où les oppositions de classe sont particulièrement claires et où la lutte de classe est particulièrement accentuée.

Le bolchévisme- c’est la tactique des véritables prolétaires. De l’autre côté il n’est pas moins visible que la tactique des Menchéviks est avant tout une tactique des ouvriers travaillant dans l’artisanat et des semi-prolétaires paysans, une tactique des terrains où les oppositions de classe ne sont pas claires et où la lutte de classe est voilée. Le menchévisme, c’est la tactique des éléments semi-bourgeois du prolétariat ».

De fait, les illusions furent balayées lorsque la seconde « Duma » fut dissoute, les députés ouvriers envoyés en Sibérie et que le ministre du Tsar Stolypine mena la répression contre les masses populaires, avec une telle ardeur que les potences étaient surnommées les « cravates de Stolypine ». Une troisième Duma fut formée, rassemblant 442 députés, dont seulement 18 sociaux-démocrates, et avec une grande majorité de partisans de l’absolutisme.

b) La lutte idéologique contre le recul : matérialisme contre empirio-criticisme (1908)

L’échec de 1905 marqua le reflux de la « mode marxiste », et la progression du révisionnisme théorique. Ce révisionnisme théorique se développa dans différents domaines, et principalement dans celui de la philosophie, de la connaissance (de la matière et de l’expérience), de la dialectique.

Lénine publia alors en 1909 l’ouvrage « Matérialisme et empirio-criticisme », extrêmement fourni (plus de 400 pages) et difficile d’accès, même pour qui connaît (au préalable) l’histoire de la philosophie.

Ce travail détaille en effet précisément les erreurs philosophiques et les révisions théoriques des tendances petites-bourgeoises du mouvement social-démocrate, et explique ce qu’est le matérialisme historique et le matérialisme dialectique, défendant principalement Engels.

Le caractère principal des erreurs révisionnistes consiste à nier la possibilité d’une compréhension générale du monde, et à l’affirmation que l’essence véritable de chaque chose restera toujours caché (ainsi pour les idéalistes ce n’est pas le livre qu’on tient dans la main, mais un aspect du livre que l’on voit et touche, le caractère « vrai » du livre étant inatteignable).

La cible principale de Lénine est ainsi « l’empirio-criticisme », c’est-à-dire la démarche philosophique idéaliste « critique », qui puise son inspiration dans l’œuvre du philosophe allemand Mach, qui avait lui-même pour maître Avenarius.

L’empirio-criticisme s’oppose au matérialisme, qualifié de « métaphysique », mais prétend en même temps réfuter l’idéalisme (de Kant), d’où justement les confusions apportées par cette théorie.

Lénine expose donc la théorie marxiste de la connaissance, et explique le statut de la pensée, de la conscience, des sensations et leur rapport avec la matière. Il démontre que la pensée empirio-criticiste, qui rend absolues les sensations de chaque individu, et rejette le fait qu’elles soient le produit d’une matière vivante (l’être humain), se réduit à un solipsisme, c’est-à-dire une déification de chaque individu par lui-même.

« La différence entre le matérialisme et la « doctrine de Mach » se réduit, par conséquent, en ce qui concerne cette question, à ce qui suit : le matérialisme, en plein accord avec les sciences de la nature, considère la matière comme la donnée première, et la conscience, la pensée, la sensation comme la donnée seconde, car la sensation n’est liée, dans sa forme la plus nette, qu’à des formes supérieures de la matière (la matière organique), et l’on ne peut supposer « dans les fondements de l’édifice même de la matière » l’existence d’une propriété analogue à la sensation (...).

La doctrine de Mach se place à un point de vue opposé, idéaliste, et conduit d’emblée à une absurdité, car, premièrement, la sensation y est considérée comme donnée première, bien qu’elle ne soit liée qu’à des processus déterminés s’effectuant au sein d’une matière organisée de façon déterminée ; en second lieu, son principe fondamental selon lequel les choses sont des complexes de sensations se trouve infirmé par l’hypothèse de l’existence d’autres êtres vivants et, en général, de « complexes » autres que le grand Moi donné ».

Lénine prend appui sur les travaux d’Engels (l’Anti-Dühring, la dialectique de la nature), et démontre que les arguments des empirio-criticistes sont les mêmes que ceux avancés contre les premiers matérialistes (Diderot...) comme contre Marx et Engels eux-mêmes.

De fait, il s’agit pour Lénine de liquider à la fois le relativisme sceptique, et le formalisme métaphysique, et par là de mettre en avant la compréhension matérialiste dialectique du monde. Car, comme le dit Engels dans l’Anti-Dühring :

« La vérité et l’erreur, comme toutes les déterminations de la pensée qui se meuvent dans des oppositions polaires, n’ont précisément de validité absolue que pour un domaine extrêmement limité, comme nous venons de le voir, et comme M. Dühring le saurait aussi s’il connaissait un peu les premiers éléments de la dialectique, qui traitent justement de l’insuffisance de toutes les oppositions polaires.

Dès que nous appliquons l’oppositions entre vérité et erreur en-dehors du domaine étroit que nous avons indiqué plus haut, elle devient relative et don impropre à l’expression scientifique exacte ; cependant, si nous tentons de l’appliquer comme absolument valable en dehors de ce domaine, nous échouons complètement ; les deux pôles de l’opposition se transforment en leur contraire, la vérité devient erreur, et la vérité erreur ».

Lénine met en avant des recherches scientifiques de son époque, pour montrer la validité de la thèse d’Engels quant à la dialectique de la nature. Ainsi, il cite Diner-Dénes, qui « confronte les découvertes les plus récentes des sciences de la nature et surtout de la physique (rayons X, rayons Becquerel, radium, etc.) directement avec l’Anti-Dühring d’Engels. »

A quelle conclusion l’a donc amené ces confrontations ?

« Des connaissances nouvelles ont été acquises dans les domaines les plus variés des sciences de la nature, écrit J. Diner-Dénes ; elles se ramènent toutes à ce point que voulut faire ressortir Engels, à savoir que dans la nature ‘il n’existe pas de contradictions inconciliables, de différences et de démarcations arbitrairement fixées’.

Si nous rencontrons dans la nature des contradictions et des différences, c’est nous seuls qui introduisons dans la nature leur immutabilité et leur caractère absolu (...).

Tous les phénomènes naturels sont des mouvements, et la différence entre eux ne vient que de ce que nous, les hommes, nous les percevons différemment... Il en est exactement ainsi que l’avait dit Engels. De même que l’histoire, la nature obéit à la loi dialectique du mouvement ».

Par ses recherches des erreurs des partisans de Mach, Lénine saisit la substance de ces erreurs.

« Partis de Feuerbach et mûris dans la lutte contre les rapetasseurs, il est naturel que Marx et Engels se soient attachés surtout à parachever la philosophie matérialiste, c’est-à-dire la conception matérialiste de l’histoire, et non la gnoséologie matérialiste.

Par suite, dans leurs œuvres traitant du matérialisme dialectique, ils insistèrent bien plus sur le côté dialectique que sur le côté matérialiste ; traitant du matérialisme historique, ils insistèrent bien plus sur le côté historique que sur le côté matérialiste.

Nos disciples de Mach se réclamant du marxisme ont abordé le marxisme dans une période de l’histoire tout à fait différente, alors que la philosophie bourgeoise s’est surtout spécialisée dans la gnoséologie et, s’étant assimilé sous une forme unilatérale et altérée certaines parties constituantes de la dialectique (le relativisme, par exemple), portait le plus d’attention à la défense ou à la reconstitution de l’idéalisme par en bas, et non de l’idéalisme en haut.

Le positivisme en général et la doctrine de Mach en particulier se sont surtout préoccupés de falsifier subtilement la gnoséologie, en simulant le matérialisme, en voilant leur idéalisme sous une terminologie prétendument matérialiste, et ils n’ont consacré que fort peu d’attention à la philosophie de l’histoire.

Nos disciples de Mach n’ont pas compris le marxisme, pour l’avoir abordé en quelque sorte à revers. Ils ont assimilé -parfois moins assimilé qu’appris par cœur- la théorie économique et historique de Marx, sans en avoir compris les fondements, c’est-à-dire le matérialisme philosophique (...).

Une falsification de plus en plus subtile du marxisme, des contrefaçons de plus en plus subtiles du marxisme par des doctrines antimatérialistes, voilà ce qui caractérise le révisionnisme contemporain en économie politique comme dans les problèmes de tactique et en philosophie en général, tant en gnoséologie qu’en sociologie ».

Lénine conclut ainsi ce grand classique :

« Le marxiste doit aborder l’appréciation de l’empirio-criticisme en partant de quatre points de vue.

Il est, en premier lieu et par-dessus tout, nécessaire de comparer les fondements théoriques de cette philosophie et du matérialisme dialectique.

Cette comparaison, à laquelle nous avons consacré nos trois premiers chapitres, montre dans toute la série des problèmes de gnoséologie, le caractère foncièrement réactionnaire de l’empirio-criticisme qui dissimule, sous des artifices, termes et subterfuges nouveaux, les vieilles erreurs de l’idéalisme et de l’agnosticisme. Une ignorance absolue du matérialisme philosophique en général et de la méthode dialectique de Marx et Engels permet seule de parler de « fusion » de l’empirio-criticisme et du marxisme.

Il est, en second lieu, nécessaire de situer l’empirio-criticisme, école toute minuscule de philosophes spécialistes, parmi les autres écoles philosophiques contemporaines.
Partis de Kant, Mach et Avenarius sont allés non au matérialisme, mais en sens inverse, à Hume et Berkeley. Croyant « épurer l’expérience » en général, Avénarius n’a en fait en réalité qu’épurer l’agnosticisme en le débarrassant du kantisme. Toute l’école de Mach et d’Avenarius, étroitement unie à l’une des écoles idéalistes les plus réactionnaires, école dite des immanentistes, va de plus en plus nettement à l’idéalisme.

Il faut, en troisième lieu, tenir compte de la liaison certaine de la doctrine de Mach avec une école dans une branche des sciences modernes.

L’immense majorité des savants en général et des spécialistes de la physique en particulier se rallient sans réserve au matérialisme. La minorité des nouveaux physiciens, influencés par les graves contrecoups des grandes découvertes de ces dernières années sur les vieilles théories,- influencés de même par la crise de la physique moderne qui a révélé nettement la relativité de nos connaissances,- ont glissé, faute de connaître la dialectique, par le relativisme à l’idéalisme.

L’idéalisme physique en vogue se réduit à un engouement tout aussi réactionnaire et tout aussi éphémère que l’idéalisme des physiologistes naguère encore à la mode.
Il est impossible, en quatrième lieu, de ne pas discerner derrière la scolastique gnoséologique de l’empirio-criticisme, la lutte des partis en philosophie, lutte qui traduit en dernière analyse les tendances et l’idéologie des classes ennemies de la société contemporaine.

La philosophie moderne est tout aussi imprégnée de l’esprit de parti que celle d’il y a deux mille ans. Quelles que soient les nouvelles étiquettes dont usent les pédants et les charlatans ou la médiocre impartialité dont on se sert pour dissimuler le fond de la question, le matérialisme et l’idéalisme sont bien des partis aux prises.

L’idéalisme n’est qu’une forme subtile et raffinée du fidéisme qui, demeuré dans sa toute-puissance, dispose de très vastes organisations et, tirant profit des moindres flottements de la pensée philosophique, continue incessamment son action sur les masses.

Le rôle objectif, le rôle de classe de l’empirio-criticisme se réduit entièrement à servir les fidéistes dans leur lutte contre le matérialisme en général et contre le matérialisme historique en particulier ».

c) la lutte contre la dictature et la formation du POSDR [bolchévik] (1908-1912)

La répression de Stolypine a amené le mouvement révolutionnaire non pas à la défaite, mais à subir une inflexion. Ce d’autant plus que le principal allié de la classe ouvrière, la paysannerie, subit une évolution importante.

La loi faite par Stolypine autorisant la vente de terres aboutit à la formation d’une forte classe koulak, et amène de 1906 à 1915 plus de 2 millions de familles à quitter les communautés agricoles.

Dans le nouveau contexte, les bolchéviks furent obligés de changer de tactique, et de passer à la défensive. Il s’agit de relier travail légal de masse et activité illégale des cadres, pour résister à l’offensive contre-révolutionnaire, et préparer le « nouveau 1905 » prédit par Lénine.

Cette inflexion du mouvement social-démocrate ne fut pas compris par certains, et il se forma un courant partisan de l’illégalisme absolu. Les « otzowistes » réclamèrent le rappel (en russe : Otsyw) des députés sociaux-démocrates et appelèrent à rejeter tout travail dans les organismes de masse légaux. Kamenev était un des partisans des otzowistes.

A côté des liquidateurs otzowistes, il y avait bien sûr les menchéviks, qui prônaient eux la légalisation absolue et à tout prix du mouvement social-démocrate.

Si le refus de cette option était claire pour Lénine et ses partisans, il lui était nécessaire de mettre en garde contre le liquidationnisme « voilé », celui de Trotsky, qui prônait la conciliation entre toutes les tendances social-démocrates.

« Sa conciliation, c’est la conciliation avec des personnes, avec une coterie, et non pas avec une ligne d’action, avec une idéologie politique déterminée.

C’est en cela que consiste la profonde différence entre le « conciliationnisme » de Trotsky et consorts (qui, en dernière analyse, profite surtout aux liquidateurs et aux extrémistes et qui est d’autant plus dangereux pour le Parti qu’il se couvre plus habilement de déclamations en faveur du Parti et contre les fractions) et l’esprit de parti véritable, qui cherche à épurer le Parti de la tendance liquidatrice et de l’otzowisme ».

Lénine est très dur avec Trotsky, accusé de louvoyer éternellement entre Menchéviks et Bolchéviks, de gommer le caractère idéologique des conflits.

« Trotsky et ses pareils - les « trotskystes et les conciliateurs » - sont plus dangereux que n’importe quel liquidateur, car les liquidateurs convaincus exposent franchement leur point de vue, tandis que Messieurs Trotsky et Cie trompent les ouvriers, dissimulent le mal et font de telle sorte qu’il devient impossible de le découvrir et de s’en guérir.

Tous ceux qui soutiennent le groupe de Trotsky soutiennent une politique de mensonge et de tromperie à l’égard des ouvriers, une politique dissimulant le liquidationnisme ».

De fait, la critique de Lénine s’avérera juste, et Trotsky rassemblera les liquidateurs et les otzowistes, aidé en pratique notamment par Kamenev, Zinoviev et Rykow.

Lénine définira ainsi le parcours de Trotsky :

« Les vieux militants marxistes russes connaissent bien Trotsky et il est inutile de leur en parler.

Mais la jeune génération ouvrière ne le connaît pas et il faut lui en parler, car c’est là une figure typique pour les cinq groupes étrangers qui flottent entre les liquidateurs et le Parti.

Au temps de la vieille Iskra (1901-1903), ces éléments hésitants qui allaient continuellement des économistes aux iskristes et vice-versa, avaient été surnommé les « voltigeurs ».

Nous entendons par « liquidationnisme » un courant idéologique qui a la même source que le menchévisme et l’économisme, qui s’est développé au cours des dernières années et dont l’histoire est intimement liée à la politique et à l’idéologie de la bourgeoisie libérale.

Les « voltigeurs » se proclament au-dessus des fractions, pour la simple raison qu’ils empruntent leurs idées, tantôt à une fraction, tantôt à une autre. De 1901 à 1903, Trotsky fut un iskriste fougueux et, au congrès de 1903, il fut, selon Riazanov, la « trique de Lénine ».

Vers la fin de 1903, il devient menchévik enragé, c’est-à-dire abandonne les iskristes pour les économistes et déclare qu’il y a un abîme entre l’ancienne [encore bolchévique] et la nouvelle [devenue menchévique] Iskra.

En 1904-1905, il s’éloigne des menchéviks, sans pouvoir toutefois de fixer, tantôt collaborant avec Martynov (économiste), tantôt proclamant la doctrine ultra-gauche de la « révolution permanente ». En 1906-1907, il se rapproche des bolchéviks et se déclare solidaire de la position de Rosa Luxembourg.

A l’époque de la dislocation, après de longues années de tergiversations, il évolue de nouveau vers la droite, et en août 1912, fait bloc avec les liquidateurs. Maintenant, il abandonne de nouveau ces derniers, tout en répétant au fond leurs idées.

De tels types sont caractéristiques, en tant que débris des groupements et formations historiques de la dernière période, alors que la masse ouvrière russe était encore en léthargie et que chaque groupe pouvait s’offrir le luxe de se présenter comme un courant, une fraction, « une puissance » négociant son union avec une autre.

Il faut que la jeune génération sache avec qui elle a affaire, lorsque certaines personnes élèvent des prétentions incroyables et ne veulent tenir compte ni des décisions par lesquelles le Parti a déterminé, en 1908, son attitude à l’égard du « liquidationnisme », ni de l’expérience du mouvement ouvrier russe contemporain, qui a, en fait, réalisé l’unité de la majorité sur la base de la reconnaissance intégrale de ces décisions ».

Pour faire contrepoids au « bloc d’août » rassemblant les liquidateurs et les otzowistes, Lénine et les Bolchéviks s’allièrent avec une petite partie des menchéviks organisée autour de Plékhanov et favorable au maintien des structures clandestines du Parti.

Cela fut un succès total, les bolchéviks gagnant de plus en plus d’influence dans l’ensemble du mouvement social-démocrate et s’organisant solidement dans les masses par la combinaison des activités légales et illégales, notamment dans les congrès des médecins du travail, des universités, des femmes et celui des opposants à l’alcool.

Toute cette évolution aboutit à la nécessité d’une rupture totale avec l’opportunisme.
Comme l’explique le « précis d’histoire du P.C.U.S. [bolchévik] », « Que faire ? » avait été la préparation idéologique de ce saut qualitatif, « Un pas en avant, deux pas en arrière » la préparation organisationnelle, « Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique » la préparation politique, « Matérialisme et empirio-criticisme » la préparation théorique.

A la 6ème conférence panrusse du Parti en janvier 1912 à Prague est alors élu un comité central pour ce qui s’appelle désormais le P.O.S.D.R. [bolchévik], ainsi qu’un bureau russe pour le comité central guidant le travail pratique en Russie (Staline, Sverdlov, tous deux nommés en leur absence en raison de leur condamnation à l’exil en Sibérie, Spandarian, Ordjonikidse, Kalinine).

d) le développement du POSDR [bolchévik] (1912-1913)

Le 4 (17) avril 1912 l’Etat tsariste répondit à une grave dans des mines de Sibérie (exploitées par une société britannique) par le feu, faisant 500 morts.

Des grèves politiques s’ensuivirent, rassemblant 300.000 personnes. Ce fut le signe de la reprise du mouvement populaire, confirmant les thèses des Bolchéviks et infirmant celles des Menchéviks. Ces derniers eurent comme activité le rassemblent de pétitions, qui n’eurent que 1.300 signatures, et qui sont à comparer avec le formidable impact de la propagande bolchévique.

Les Bolchéviks lancèrent en effet le 22 avril (5 mai) 1912 le journal « Pravda » (Vérité), qui à cause des nombreuses interdictions prit les noms successifs de « Sa Pravdu » (Pour la vérité), « Putj Pravdy » (La voie de la vérité), « Trudowaja Pravda » (La vérité ouvrière). Le tirage fut de 40.000 exemplaires, alors que celui du journal menchévik « Lutsch » était de 15-16.000.

La « Pravda » diffusait l’actualité de la classe ouvrière, les réponses aux besoins des campagnes, les mesures politiques et organisationnelles nécessaires pour avancer. Et lors des élections de 1912 pour la Duma, les Bolchéviks réussirent grâce à l’organisation de grèves de permettre aux ouvriers de voter pour leurs propres candidats, dont 6 sur 9 seront du POSDR [bolchévik].

Le mouvement populaire ne cessait de grandir. Entre 725.000 et un million de prolétaires seront en grève en 1912, ce qui revient aux chiffres d’un million d’ouvriers en grève en 1906 et de 740.000 en 1907. En 1913 les chiffres seront compris entre 861.000 et 1.272.000, et lors des six premiers mois de 1914 les grévistes auront été 1,5 million !