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Georgi Dimitrov – 8e partie : la signification du procès de Leipzig

Après le procès, Georgi Dimitrov se retrouva en première ligne pour exposer la nature du fascisme, ce qu’il fit tout d’abord dans la presse soviétique (Les premiers enseignements, Ce que nous devons dire avant tout). Voici l’extrait principal d’un article qu’il écrivit pour la Pravda, l’organe du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik). Paru dans ce quotidien le 4 mars 1934, l’article s’intitule Une victoire de la solidarité prolétarienne :

L’incendie du Reichstag devait marquer et marqua effectivement l’origine d’une campagne terroriste du fascisme allemand contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat.

La provocation du 27 février 1933 visait à être le signal de l’« anéantissement » du marxisme, en entendant par là le mouvement révolutionnaire du prolétariat allemand.

Les arlequins fascistes voulaient mettre en ligne toutes les forces hostiles au mouvement révolutionnaire et à l’Union soviétique ; ils comptaient faire apparaître à l’Europe capitaliste le « rôle historique » du fascisme allemand, son rôle de gendarme en face de la révolution prolétarienne.

En d’autres termes, « le fascisme allemand de sang purement aryen » a repris à son compte, à l’époque de la révolution prolétarienne, ce que l’absolutisme tsariste considérait comme sa « mission historique » au temps de la révolution bourgeoise-démocratique : être le bastion de la réaction européenne et le bourreau du mouvement révolutionnaire.

L’incendie du Reichstag, provocation imaginée par les fascistes, - nous y reviendrons plus à fond - servit de prélude à d’innombrables actes de bestialité, aux jours sanglants de mars 1933, qui soulevèrent toute l’humanité travailleuse contre la dictature fasciste.

Le procès de Leipzig - le plus grand procès de l’histoire politique contemporaine - a été monté intentionnellement comme une provocation, par les chefs fascistes, pour apporter au monde entier la preuve qu’à la fin du mois de février 1933, ces bourreaux avaient sauvé l’Europe du bolchévisme.

A Leipzig, le fascisme allemand comptait établir universellement son rôle de sauveur.

L’acte d’accusation, tenu sévèrement secret avant et pendant les débats, qui ont duré trois mois, montre clairement que le procès n’était pas seulement dirigé contre le communisme allemand, mais surtout contre l’Internationale communiste et l’Union soviétique.

Au commencement du procès, la presse fasciste allemande ne jugea pas indispensable d’en faire mystère. L’acte d’accusation mentionne ouvertement que mes camarades et moi avons été coupables d’être « les plénipotentiaires du Parti communiste russe de Moscou » et d’avoir eu pour mission d’organiser en Allemagne, par l’incendie du Reichstag, un soulèvement armé ayant pour but la soviétisation de l’Europe entière.

En plein accord avec le désir des fascistes, les faux témoins de l’instruction préparatoire, stylés par l’accusation, ont déclaré « qu’après ce geste, l’incendie du Reichstag, des actions analogues se produiraient à Varsovie, à Vienne et à Prague, afin d’étendre l’embrasement à l’Europe entière ».

Quelles tâches concrètes le fascisme allemand se proposait-il en montant le procès de Leipzig ?

En premier lieu : Réhabiliter, aux yeux de l’Allemagne et de l’étranger, les incendiaires et les bourreaux fascistes ; dissimuler l’identité des vrais coupables en rejetant la responsabilité sur les communistes.

En second lieu : Justifier la terreur sauvage et les monstrueuses persécutions contre le prolétariat révolutionnaire ; légitimer devant l’opinion publique la destruction barbare d’énormes valeurs culturelles, la croisade contre la science, l’anéantissement sans pitié du libéralisme bourgeois de gauche, les pogroms de masse, les meurtres, etc.

En troisième lieu : Alimenter une nouvelle campagne anticommuniste.

Le procès devait servir de fondement à un nouveau procès monstre contre le Parti communiste allemand.

En quatrième lieu : Le procès devait apporter la preuve que le gouvernement fasciste combattait « victorieusement » le communisme mondial et avait sauvé à temps l’Europe capitaliste du danger communiste.

Les têtes des quatre accusés devaient être la monnaie d’appoint que les fascistes emploieraient dans leurs prochains marchandages avec les pays capitalistes ; ceux-ci, en contrepartie des « mérites historiques » de Hitler, lui accorderaient des concessions sur la question de l’égalité des armements, etc.

Les fascistes allemands attribuaient à ce procès une signification extraordinaire pour leur politique extérieure.

La préparation du procès a été poussée d’une façon particulièrement étendue.

Les fascistes y ont introduit tout ce qu’ils avaient sous la main.

Ils ont mobilisé tout l’appareil de la police et de la justice, l’appareil dirigeant du parti nazi, l’appareil colossal du ministère de la Propagande, avec ses lointaines ramifications.

Et tout cela devait servir, non seulement à fabriquer l’acte d’accusation, mais, avant tout, à susciter, coûte que coûte, des témoins « appropriés ».

Six mois environ se passèrent à cette recherche de témoins, exaspérée, désespérée.

Il importait considérablement aux fascistes de trouver les témoins nécessaires parmi les ouvriers, parmi les communistes et surtout parmi les dirigeants du mouvement communiste.

Selon les plans des incendiaires fascistes, ces témoins auraient attesté que le Parti communiste et l’Association des anciens combattants rouges auraient préparé un mouvement armé pour février-mars 1933 ; que des directives avaient été données dans ce sens et que l’incendie devait être le signal de la révolte.

Pour trouver de tels témoins, les fascistes ne reculèrent devant rien.

Des milliers et des milliers de communistes et d’ouvriers révolutionnaires furent soumis, dans les prisons et les camps de concentration, à des tortures morales et physiques indescriptibles, afin qu’ils consentissent à être des témoins dociles, prêts à confirmer tout ce qu’exigeraient d’eux les thèses de l’acte d’accusation provocateur.

Pourtant les fascistes subirent un complet échec.

Malgré tous leurs efforts, seuls des députés nationaux-socialistes, des journalistes fascistes, des criminels de droit commun, des faux monnayeurs, des voleurs récidivistes, des psychopathes et des morphinomanes acceptèrent de déposer comme témoins à charge.

Les fascistes ne réussirent même pas à trouver un seul des témoins souhaités dans les milieux ouvriers, parmi les membres actifs du mouvement prolétarien ou parmi les fonctionnaires responsables du Parti communiste.

Et ce fut là le talon d’Achille de l’accusation.

D’autre part, ce fait a démontré lumineusement au monde entier la fermeté, la fidélité et le dévouement illimité des ouvriers allemands à la cause de la révolution prolétarienne, à la cause du communisme et de son Internationale.

Au procès de Leipzig, le fascisme allemand entra en scène pour la première fois en qualité de gendarme européen contre le communisme.

Ce début s’est terminé en catastrophe pour les fascistes.

En en transposant les termes, on peut citer le célèbre proverbe bulgare : le fascisme allemand fit son entrée à Leipzig tel un lion splendide, mais il dut filer sous les huées.

Le procès fut une pierre de touche pour le Parti communiste et le prolétariat révolutionnaire, dont les fils les meilleurs languissent dans les camps de concentration ou d’autres cachots fascistes.

Et ce fut une brillante démonstration de sa fidélité à son drapeau, de son dévouement sans réserve à la tâche révolutionnaire et à la discipline prolétarienne.

Ainsi les fascistes ne sont pas parvenus à dénicher, parmi les ouvriers, un seul témoin selon leurs vœux ; les ouvriers cités, malgré toutes les menaces et tous les supplices, firent preuve, devant les juges, d’un courage digne du prolétariat ; et cela suffit à montrer que, sur les perspectives de révolution prolétarienne postérieures à l’avènement du fascisme, les pessimistes pusillanimes, opportunistes d’Allemagne et d’ailleurs, se sont lamentablement trompés.

La défaite du fascisme à Leipzig et notre délivrance constituent une puissante victoire de l’Internationale communiste.

Cependant la lutte continue et il faut la porter à un niveau plus élevé. L’opinion publique antifasciste ne doit pas s’endormir après cette victoire.

La lutte pour la libération de Thaelmann, chef des ouvriers révolutionnaires allemands, la lutte pour la libération de milliers d’autres prisonniers du fascisme, c’est là une question d’honneur pour le mouvement antifasciste international.