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Georgi Dimitrov – 12e partie : l’accomplissement en 1945 de la séquence de 1923

Le Front de la Patrie tint son premier congrès du 9 au 12 mars 1945, alors que parallèlement l’Union Générale des Syndicats Ouvriers tint son premier congrès du 16 au 20 mars 1945.

En août 1945, Georgi Dimitrov fut libéré de sa fonction de député du Soviet Suprême de l’URSS. Il put alors retourner en Bulgarie le 6 novembre 1945 en Bulgarie, après 22 années d’émigration.

Il devint alors la figure majeure du Front de la Patrie, qui présenta une liste unifiée aux élections du 18 novembre 1945, réunissant les communistes, le Parti Agrarien, l’Union Populaire « zvéno », le Parti Ouvrier Social-démocrate et le Parti Radical, récoltant 88,18 % des voix, avec un taux de participation de 85,60 %.

Georgi Dimitrov fut alors nommé président du conseil intérimaire le 22 novembre 1946, avant que la nouvelle assemblée nationale ne décide le 10 décembre 1947 de lui demander de former un nouveau gouvernement.

Il devint alors président du Conseil des ministres, président du comité gouvernemental de la défense nationale et de la politique extérieure, appliquant la ligne de la démocratie populaire, c’est-à-dire de l’écrasement des forces réactionnaires par les forces démocratiques.

Lors du Congrès national des comités du Front de la Patrie, Georgi Dimitrov prononça un discours intitulé « le Front de la Patrie est une alliance de combat durable de toutes les forces démocratiques progressistes », qui formula clairement cette ligne.

Il y expliquait :

« Il ne peut y avoir de vrai patriote bulgare qui n’adhère au Front de la Patrie, qui ne contribue, dans la mesure de ses forces et de ses capacités, à sa consolidation, ne garde sa cohésion comme la prunelle de ses yeux. Il n’y a pas de place en Bulgarie nouvelle, démocratique, pour le fascisme maudit, pour le chauvinisme grand-bulgare et le mépris des hommes, pour les traîtres du peuple et les agents de l’ennemi fasciste. »

Dans La mission historique du Parti Ouvrier bulgare (communistes), discours prononcé à la conférence départementale du Parti à Sofia le 26 février 1946, Georgi Dimitrov émet le point de vue suivant :

« L’existence de ce grand Etat socialiste qu’est l’Union soviétique et les transformations démocratiques historiques qui s’opèrent après la guerre posent devant un grand nombre de pays la question de la réalisation du socialisme comme une question de coopération entre la classe ouvrière, d’une part, et les paysans, les artisans, les intellectuels et les autres couches progressistes du peuple, de l’autre.

Quand un jour chez nous aussi, en Bulgarie, il sera question de passer du régime social actuel vers le nouveau régime, le régime socialiste, alors les communistes, s’appuyant sur le peuple, bâtiront, côte à côte avec les paysans, les artisans et les intellectuels, la nouvelle société socialiste en tant qu’oeuvre historique de tout le peuple.

Cette voie de développement social, camarades, peut paraître à certains plus lente. Mais elle est non seulement possible, réelle, mais encore et sans aucun doute beaucoup moins pénible pour les peuples.

C’est pourquoi, nous, les communistes, déclarons nous déclarons ouvertement et sans nous gêner que, dans les conditions actuelles, nous préférons précisément cette voie, parce que c’est une voie réelle et moins pénible vers le socialisme.

Quant à ce que les peuples, petits ou grands, finiront pas passer au socialisme, on ne saurait en douter, parce que le socialisme est une nécessité historique aussi bien pour les petits peuples que pour les grands.

C’est que – et comme marxistes nous sommes censés le savoir – les peuples passeront au socialisme non pas en suivant une seule et même voie, non pas en empruntant précisément la voie soviétique, mais en s’engageant dans leur propre voie, conformément à leurs conditions historiques, nationales, sociales, culturelles et autres.

Celui qui parle de contradiction entre la politique du Front de la Patrie et la lutte pour le rassemblement de toutes les forces progressistes, démocratiques, dans le Front de la Patrie, d’une part, et la lutte pour le socialisme, de l’autre, celui qui parle d’une telle contradiction n’est pas un marxiste, ou bien il est un provocateur. »

Dans cette perspective, les communistes – qui avait pris comme nom d’organisation Parti Ouvrier bulgare (communiste) en 1938 – fusionnèrent en août 1948 avec les socialistes du Parti Ouvrier Social-démocrate, comme Parti Communiste bulgare.

C’était l’accomplissement de la séquence qui avait échouée en 1923.

Dans Le Front de la Patrie, son développement et ses tâches imminentes, le rapport présenté devant le deuxième congrès du Front de la Patrie le 2 février 1948, Georgi Dimitrov expliqua ainsi :

« Les racines historiques du Front de la Patrie sont étroitement aux amers enseignements dégagés par notre peuple de la lutte contre le fascisme, à la grande école par laquelle il est passé avec ses plus grandes organisations démocratiques pendant deux décennies et en particulier, pendant les années de l’invasion nazie dans les Balkans.

Devant notre peuple anxieux se posaient les questions suivantes :

Comment était-il possible que dans un pays où le Parti Communiste était fort, où était au pouvoir un gouvernement agrarien avec en tête le grand guide du peuple Alexandre Stamboliiski, un gouvernement jouissant d’une grande influence parmi les paysans, où les partis bourgeois avaient été déjà compromis par les deux catastrophes nationales, comment était-il possible qu’une dictature fasciste triomphât, que les mêmes forces dirigées par la dynastie des Cobourg qui avaient entraîné auparavant la Bulgarie dans le camp de l’impérialisme allemand, fussent ramenées au pouvoir et qu’elles eussent la possibilité de préparer son retour dans le même camp ?

Pourquoi l’insurrection antifasciste de Septembre 1923 n’a-t-elle pas réussie, n’a-t-elle pas été couronnée de la victoire du peuple sur la réaction fasciste et de l’établissement d’un gouvernement démocratique populaire ?

Aidés par les communistes et instruits par sa propre expérience, notre peuple trouva une juste réponse à ces questions angoissantes.

Il comprit que l’échec était devenu possible uniquement parce qu’une alliance de combat n’avait pas été réalisée en pratique entre les ouvriers et les paysans et que, sur cette base-là, les forces démocratiques saines n’avaient pas été rassemblées en un vaste front anti-fasciste unique.

Il comprit que les ennemis profitaient de la désunion des forces populaires pour imposer leur dictature. Au prix de grandes souffrances,de beaucoup de lourds sacrifices consentis pendant l’insurrection de Septembre 1923 et après cette insurrection, pendant les ténébreuses et sanglantes journées de la dictature fasciste, notre peuple tira la grande leçon de la nécessité d’une union de toutes les forces antifascistes, progressistes.

L’insurrection de septembre 1923 a, pour le développement de la démocratie bulgare, le mérite irremplaçable d’avoir jeté les fondements de sa véritable union. »