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Georgi Dimitrov – 10e partie : le Front populaire antifasciste

De ce qu’expose Georgi Dimitrov, on comprend que la base du fascisme est extrêmement restreinte. Pourquoi a-t-il alors pu triompher ? La raison de cela est expliquée ainsi :

« Pourquoi et de quelle façon le fascisme a-t-il pu vaincre ?

Le fascisme est le pire ennemi de la classe ouvrière et des travailleurs.

Le fascisme est l’ennemi des neuf dixièmes du peuple allemand, des neuf dixièmes du peuple autrichien, des neuf dixièmes des autres peuples des pays fascistes.

Comment, de quelle manière, ce pire ennemi a-t-il pu vaincre ?

Le fascisme a pu accéder au pouvoir avant tout parce que la classe ouvrière, par suite de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie que pratiquaient les chefs de la social-démocratie, s’est trouvée scindée, désarmée au point de vue politique et au point de vue de l’organisation, face à l’agression de la bourgeoisie.

Quant aux Partis communistes, ils étaient insuffisamment forts pour soulever les masses, sans et contre la social-démocratie, et les conduire ainsi à la bataille décisive contre le fascisme. »

Par conséquent, une politique de Front est nécessaire, pour unifier les forces démocratiques démasquant la démagogie du fascisme. Le Front populaire antifasciste unifie les forces de la classe ouvrière qui sont sinon divisées et affaiblies. Il regroupe les revendications allant dans le sens de l’opposition au capital financier qui fait la promotion du fascisme, permettant une vaste unité contrant le fascisme.

Cela est d’autant plus important que la démagogie fasciste est une pièce maîtresse et détourne en quelque sorte les attentes de toute une époque, donnant naissance à une séquence tronquée, une pseudo-révolution.

Georgi Dimitrov explique cela de la manière suivante :

« Quelle est donc la source de l’influence du fascisme sur les masses ?

Le fascisme réussit à attirer les masses parce qu’il en appelle, de façon démagogique, aux plus sensibles de leurs besoins et de leurs aspirations.

Le fascisme ne se borne pas à attiser les préjugés profondément enracinés dans les masses ; il joue aussi sur les meilleurs sentiments des masses, sur leur sentiment de justice et parfois même sur leurs traditions révolutionnaires.

Pourquoi les fascistes allemands, ces laquais de la grande bourgeoisie et ces ennemis mortels du socialisme, se font-ils passer devant les masses pour des "socialistes" et représentent-ils leur avènement au pouvoir comme une "révolution" ?

Parce qu’ils visent à exploiter la foi dans la révolution, l’élan vers le socialisme, qui vivent au cœur des grandes masses travailleuses d’Allemagne. »

Le fascisme est ainsi un danger essentiel à la révolution elle-même, car il en prend le masque afin de semer la confusion, d’acquérir une façade de légitimité historique. Qui plus est, le fascisme marque une rupture dans la superstructure étatique, qu’il ne s’agit en aucun cas de sous-estimer.

On comprend ici que Georgi Dimitrov tire la leçon de l’erreur terrible des communistes de Bulgarie en 1923 et qu’il a compris que le fascisme représentait un tournant, un saut qualitatif dans la crise capitaliste :

« L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie – la démocratie bourgeoise – par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée (…).

Camarades, on ne saurait se faire de l’arrivée du fascisme au pouvoir l’idée simpliste et unie qu’un comité quelconque du capital financier déciderait d’instaurer à telle date la dictature fasciste.

En réalité, le fascisme arrive ordinairement au pouvoir dans une lutte réciproque, parfois aiguë, avec les vieux partis bourgeois ou une portion déterminée d’entre eux, dans une lutte qui se mène même à l’intérieur du camp fasciste et qui en arrive parfois à des collisions armées, comme nous l’avons vu en Allemagne, en Autriche, et dans d’autres pays.

Tout cela sans affaiblir cependant l’importance du fait qu’avant l’instauration de la dictature fasciste, les gouvernements bourgeois passent ordinairement par une série d’étapes préparatoires et prennent une série de mesures réactionnaires contribuant à l’avènement direct du fascisme.

Quiconque ne lutte pas, au cours de ces étapes préparatoires, contre les mesures réactionnaires de la bourgeoisie et le fascisme grandissant, n’est pas en état d’entraver la victoire du fascisme, mais au contraire la facilite. »

Ce dernier aspect est essentiel : il ne s’agit de ne jamais perdre de vue que le fascisme représente la putréfaction du capitalisme. Cette question de la décomposition est un facteur idéologique jouant un rôle clef :

« La décomposition très avancée du capitalisme pénètre jusqu’au cœur même de son idéologie et de sa culture, et la situation désespérée des grandes masses populaires rend certaines de leurs couches sujettes à la contagion des déchets idéologiques de cette décomposition.

Cette force de contagion idéologique que possède le fascisme nous ne devons en aucun cas la sous-estimer.

Nous devons, au contraire pour notre part, déployer une ample lutte idéologique sur la base d’une argumentation claire, populaire et d’une attitude juste et bien réfléchie à l’égard de la psychologie nationale particulière des masses populaires.

Les fascistes fouillent dans toute l’histoire de chaque peuple pour se présenter comme les héritiers et les continuateurs de tout ce qu`il y a eu de sublime et d’héroïque dans son passé, tout ce qu’il y a eu d’humiliant et d’injurieux pour les sentiments nationaux du peuple, ils s’en servent comme d’une arme contre les ennemis du fascisme. »

Le fascisme pose la question de l’unité démocratique ; le Front populaire antifasciste est une réponse à celle-ci.