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Galilée, Newton, Kant et la reconnaissance de l’espace et du temps – 20e partie : les mathématiques comme critère de vérité

Si Emmanuel Kant fait l’éloge de la science laïcisée, il est obligé de maintenir la fiction d’un Dieu omnipotent afin de justifier l’existence du monde. Mais ce n’est pas l’aspect principal du problème ici posé, car en séparant l’être humain du reste de la matière au moyen de l’entendement « indépendant », il façonne une logique totalement anthropocentrique. Dieu n’est plus qu’un très lointain prétexte.

Ainsi, Emmanuel Kant termine la démarche de Galilée et Isaac Newton consistant à remplacer Dieu par les mathématiques comme « explication » du monde. En fait, on pourrait pratiquement qualifier le matérialisme bourgeois de matérialisme mathématique, par opposition au matérialisme dialectique.

Aux yeux de Emmanuel Kant :

« La mathématique fournit l’exemple le plus éclatant d’une raison pure qui réussit à s’étendre d’elle-même sans le secours de l’expérience. »

Emmanuel Kant est matérialiste dans la mesure où il assume l’expérience, mais il ne parvient pas à la dialectique, car il bloque son raisonnement dans un entendement humain qui est « indépendant », qui flotte au-dessus de la réalité.

Emmanuel Kant a libéré la science de la métaphysique, mais au lieu d’en faire celle de la matière comme totalité, il l’a limité à celle de la conscience humaine assurant la véracité des hypothèses au moyen des mathématiques.

C’est ce qui a été appelée la « révolution copernicienne » : au lieu de s’appuyer sur des concepts non fondés (comme le fait que le soleil tourne autour de la Terre), le point de vue est renversé. Il y a ici l’expérience comme point de départ, mais au prix des mathématiques uniquement à l’arrivée.

Voici ce que dit Emmanuel Kant :

« Jusqu’ici on admettait que toute notre connaissance devait se régler sur les objets ; mais, dans cette hypothèse, tous les efforts tentés pour établir sur eux quelque jugement a priori par concepts, ce qui aurait accru notre connaissance, n’aboutissaient à rien.

Que l’on essaie donc enfin de voir si nous ne serons pas plus heureux dans les problèmes de la métaphysique en supposant que les objets doivent se régler sur notre connaissance, ce qui s’accorde déjà mieux avec la possibilité désirée d’une connaissance a priori de ces objets qui établisse quelque chose à leur égard avant qu’ils nous soient donnés.

Il en est précisément ici comme de la première idée de Copernic ; voyant qu’il ne pouvait pas réussir à expliquer les mouvements du ciel, en admettant que toute l’armée des étoiles évoluait autour du spectateur, il chercha s’il n’aurait pas plus de succès en faisant tourner l’observateur lui-même autour des astres immobiles.

Or, en Métaphysique, on peut faire un pareil essai, pour ce qui est de l’intuition des objets.

Si l’intuition devait se régler sur la nature des objets, je ne vois pas comment on en pourrait connaître quelque chose a priori ; si l’objet, au contraire (en tant qu’objet des sens), se règle sur la nature de notre pouvoir d’intuition, je puis me représenter à merveille cette possibilité.

Mais, comme je ne peux pas m’en tenir à ces intuitions, si elles doivent devenir des connaissances ; et comme il faut que je les rapporte, en tant que représentations, à quelque chose qui en soit l’objet et que je le détermine par leur moyen, je puis admettre l’une de ces deux hypothèses : ou les concepts par lesquels j’opère cette détermination se règlent aussi sur l’objet, et alors je me trouve dans la même difficulté sur la question de savoir comment je peux en connaître quelque chose a priori, ou bien les objets, ou, ce qui revient au même, l’expérience dans laquelle seule ils sont connus (en tant qu’objets donnés) se règle sur ces concepts, — et je vois aussitôt un moyen plus facile de sortir d’embarras.

En effet, l’expérience elle-même est un mode de connaissance qui exige le concours de l’entendement dont il me faut présupposer la règle en moi-même avant que les objets me soient donnés par conséquent a priori, et cette règle s’exprime en des concepts a priori sur lesquels tous les objets de l’expérience doivent nécessairement se régler et avec lesquels ils doivent s’accorder. »

Chez René Descartes, le monde était directement mathématique ; en cela Descartes était encore prisonnier de la logique de la Renaissance, influencée par le néo-platonisme.

Emmanuel Kant sépare Dieu et le monde, mais il conserve Dieu comme ayant fourni l’entendement aux êtres humains, et il maintient la logique du « comme maître et possesseur de la nature » en faisant des mathématiques le grand « vérificateur » des analyses de l’entendement.

mercredi 4 octobre 2017


Galilée, Newton, Kant et la reconnaissance de l’espace et du temps