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Galilée, Newton, Kant et la reconnaissance de l’espace et du temps – 12e partie : le ralentissement de la rotation de la terre par la marée

Selon les termes de Friedrich Engels, la théorie du ralentissement de la rotation de la terre par la marée énoncée par Emmanuel Kant est l’une de ses « deux hypothèses géniales ». La théorie est issue d’un essai d’à peine neuf pages dont l’objectif initial était de répondre à un problème posé par l’Académie Royale des Sciences, à savoir si la rotation de la Terre avait connu des altérations depuis qu’elle existe.

Rejetant l’idée de se baser les connaissances du passé qu’il juge « obscures » et « peu fiables », il s’en remet à l’étude de la nature. Il commence comme suit :

« La Terre tourne sans cesse autour de son axe avec un mouvement libre qui, lui ayant été imprimé depuis le temps de sa formation, continuerait désormais inchangé pour un temps infini et avec la même vitesse et la même direction, sans aucun obstacle ou aucune cause externe pour le ralentir ou l’accélérer.

Je vais montrer qu’une telle cause externe existe en réalité, et que c’est vraiment une cause qui diminue le mouvement de la Terre et tend même à détruire sa rotation, au cours de périodes de temps immensément grandes.

Cet événement, qui est un jour destiné à arriver, est si important et merveilleux que, bien que le moment fatal de cet événement soit tellement lointain que même la capacité de la Terre à être habitée et la durée de la race humaine n’atteindra pas le dixième de cette durée, déjà la simple certitude de ce destin prochain et l’approche constante de sa nature, est digne de notre admiration et de notre observation. »

Emmanuel Kant explique alors qu’il est important de prendre en compte la matière fluide de la planète Terre, dont le mouvement est sensible aux attractions des corps célestes. Constatant que les océans couvrent un tiers de la surface de la planète et qu’ils sont constamment en mouvement, notamment du fait de l’attraction de la Lune, il affirme qu’une attention particulière doit être donnée à ce phénomène.

Emmanuel Kant tente alors d’estimer, avec les données dont il dispose, le ralentissement de la Terre en nombre d’heures perdues chaque année. Et il conclut :

« Par conséquent, nous ne devrions plus pouvoir douter que le mouvement perpétuel d’est en ouest de l’océan, étant une force réelle et considérable, contribue tout le temps à la diminution de la rotation axiale de la Terre, le résultat devant devenir perceptible au bout de longues périodes de temps. Désormais la preuve doit à juste titre être fournie pour soutenir cette hypothèse ; mais je dois confesser que je ne peux trouver aucune trace d’un événement qui peut être conjecturé de manière sûre ; je laisse donc aux autres le mérite de compléter le sujet lorsque ce sera possible. »

L’essai a ainsi été récompensé par l’Académie des Sciences de Berlin en 1754. Et, aujourd’hui encore, il est toujours cité comme découvreur du ralentissement de la rotation de la Terre.

Mais, à la fin de son essai, il aborde également un sujet qui a trait à la deuxième hypothèse géniale dont il est à l’origine : la formation de la Lune. Il explique ainsi :

« Il peut être inféré en toute certitude que l’attraction que la Terre exerce sur la Lune au temps de sa formation originelle, lorsque sa masse était encore fluide, a pu faire diminuer la rotation axiale – que cette planète voisine est supposée avoir exercer en ce temps avec une vélocité plus grande – de la manière indiquée par le résidu régulé.

A partir de cela, nous voyons aussi que la Lune est un corps céleste tardif, qui a été ajouté à la Terre après que cette dernière a déjà franchi l’état fluide et passé à l’état solide ; sans quoi l’attraction de la Lune l’aurait sans doute soumis, dans un temps court, au même destin auquel la Lune a été soumis sous l’influence de notre Terre.

Cette dernière remarque peut être vue comme un échantillon de l’Histoire Naturelle des Cieux, dans laquelle le premier état de la nature, la production des corps célestes et les causes de leur connexion systématique, devrait être déterminé à partir des indications ou des traces que montrent les relations dans la structure du monde. »

En 1754 donc, Emmanuel Kant expose une conception particulièrement perspicace de la formation des corps célestes. L’année suivante, il continuera à étoffer cette théorie en publiant un essai sur l’Histoire universelle de la nature et théorie du ciel.

dimanche 17 septembre 2017


Galilée, Newton, Kant et la reconnaissance de l’espace et du temps