Centre MLM de belgique

FPLP (Georges Habache) : Les ennemis de la révolution − 1969

Pour vaincre, une révolution doit définir la nature de la lutte. Elle doit évaluer ses propres forces, celles de l’adversaire. C’est en procédant de cette manière qu’elle pourra établir une véritable stratégie révolutionnaire.

Le spontanéisme et l’improvisation ne peuvent la conduire qu’à l’échec. Le peuple palestinien, après des dizaines d’années de lutte et de sacrifices, après la défaite du 5 juin 1967, devait engager la lutte armée. Ce qui ne veut pas dire que cette lutte, pour déboucher sur la victoire, ne doive pas être entourée des garanties nécessaires.

Car ce n’est pas la première fois que notre peuple prend les armes pour arracher sa libération ou pour défendre son droit à l’existence.

Après la Déclaration Balfour de 1917, notre peuple s’est levé contre le colonialisme britannique et contre l’agression sioniste ; il a consenti les sacrifices les plus durs, les plus sanglants, mais n’a pas pu vaincre : les défaites ont succédé aux défaites. Finalement, la majeure partie de notre peuple en a été réduite à vivre sous la tente ou à subir le joug de l’occupant. Porter les armes ne suffit donc pas à assurer la victoire. L’histoire nous apprend que certaines révolutions armées ont réussi.

Mais combien d’autres ont échoué !

La révolution doit utiliser avec audace une autre arme : celle de la théorie révolutionnaire scientifique.

Analyser lucidement la nature de la lutte, apprécier le poids de chacune des forces qui y sont engagées, telles sont les conclusions qui déterminent la victoire de toute révolution. La Révolution palestinienne, engagée dans une lutte de libération dont les éléments sont particulièrement complexes, doit, plus que toute autre, connaître l’importance de ces éléments.

Toutefois, il faut préciser que lorsque nous utilisons les termes « pensée politique » et « théorie politique », nous excluons catégoriquement les théories abstraites dont la formulation constitue, comme chacun le sait, la distraction favorite des intellectuels mondains.

Ce dont il s’agit avant tout, c’est de conduire les masses à s’engager totalement et consciemment dans la bataille. Autrement dit, en leur permettant d’identifier sans ambiguïté l’ennemi qu’elles sont appelées à combattre, et les forces auxquelles elles doivent s’allier. C’est en désignant le rapport des forces réelles qu’on peut établir un programme révolutionnaire, aussi bien sur le plan politique et militaire, que sur le plan organisationnel.

Aussi devons­nous expliquer aux masses les raisons des défaites successives : celle de 1937, celle de 1947, et surtout celle de 1967. Lorsque nous posons ainsi le problème, que nous rejoignons la pensée de Lénine selon laquelle « sans théorie révolutionnaire, il n’y a pas d’action révolutionnaire », nous attirons l’attention sur le double risque que court toute organisation armée qui n’aurait su se pénétrer de ce principe, l’appliquer. Pour que la pensée révolutionnaire accède au niveau atteint par les révolutionnaires cubains, chinois, vietnamiens, il faut qu’elle réponde à certains impératifs : 1. elle doit être claire aux yeux des masses ; 2. elle doit, si possible, aborder la lutte d’un point de vue stratégique tout autant que tactique.

C’est ainsi, uniquement, que les combattants disposeront d’un programme d’action leur permettant de faire face à leurs responsabilités, à leurs tâches quotidiennes.

Définir l’ennemi

Au début de son étude sur l’Analyse des classes sociales en Chine, Mao Tse Toung se pose la question : Qui sont nos ennemis ? Qui sont nos amis ?

La réponse qu’on donne à cette question est d’une importance majeure pour la Révolution. Mao Tse Toung explique les défaites successives infligées aux forces révolutionnaires en Chine par le fait qu’elles n’ont pas distingué leurs ennemis de leurs amis. Le parti révolutionnaire doit guider les masses. S’il les conduit à une impasse, la Révolution ne peut qu’aller droit à l’échec.

Pour vaincre, le parti révolutionnaire doit désigner ses ennemis et s’allier avec ses amis véritables. Chaque révolution doit donc procéder de cette manière, et commencer par répondre à la question fondamentale : Qui sont nos ennemis ? Qui sont nos amis ?

Il faut bien reconnaître que, jusqu’à présent, la Révolution palestinienne n’a pas répondu à cette question. On n’a su définir : ni le camp de l’adversaire et sa nature ; ni celui des forces révolutionnaires et leur nature. Cette incapacité de définir nos ennemis nous condamne à ne considérer comme ennemi que celui auquel nous faisons quotidiennement face, représenté par le « fait israélien ».

Le caractère partiel de ce point de vue n’est pas atténué par la rectification : ce Israël et ceux qui le soutiennent ». Car il faut alors identifier également ces derniers et définir la nature de leurs relations avec Israël, et vice­versa.

Cependant, avant de commencer à apporter des éléments de réponse à cette question fondamentale, il faut, au préalable, définir la nature de la lutte engagée par notre peuple : notre lutte est essentiellement une lutte de libération nationale. Toutefois, elle se différencie des luttes du même type menées dans l’ensemble du Tiers Monde par le fait que nous devons faire face à un type particulier de colonialisme : le colonialisme de peuplement. Notre objectif doit être la destruction de l’entité politique, économique et militaire représentée par Israël.

Cet État est la concrétisation du sionisme qui apporte à la question juive posée dans différents pays, des réponses réactionnaires, religieuses, racistes et agressives. Les sionistes ont donc entrepris de s’emparer de la Palestine et d’y établir un Etat qui rassemblerait les populations juives disséminées à travers le monde.

A l’inverse, le peuple palestinien a pour objectif fondamental de briser cette entité israélienne pour lui substituer une entité démocratique lui ferait partie intégrante du mouvement de libération nationale arabe unitaire et progressiste. A partir de cette définition de la lutte à mener et de sa nature, nous pouvons tenter de définir le camp ennemi.

1. L’entité israélienne

Israël, comme entité politique, militaire, économique et sociale, représente notre ennemi direct. Les quelques deux millions et demi de juifs que compte cet État sont engagés dans une mobilisation totale que l’État sioniste entend exploiter en vue de la poursuite de sa politique agressive et expansionniste. Ce n’est pas là chose négligeable. En outre, cette entité dispose d’une supériorité technologique indiscutable, qui se répercute directement, et au niveau de son armement, et à celui de la dynamique militaire.

a. L’élément humain. Il constitue, pour Israël, un facteur fondamental étant donné la nature et le mode de constitution de cette entité. Israël est parfaitement conscient de l’importance de ce problème. Les dirigeants et la presse sionistes ne manquent aucune occasion de souligner combien les pertes en vies humaines, dénombrées, sont catastrophiques, étant donné les sommes colossales que leur coûte l’homme­-soldat pris en charge par l’Agence juive, avant de l’être par l’État d’Israël.

Le journal Hayom, organe du parti Herouth, a même été jusqu’à écrire que dix fedayines tués n’équivalent pas la perte d’un seul soldat israélien. La sensibilité israélienne s’accroît plus encore lorsque la victime est un officier. La presse alla jusqu’à réclamer que l’on interdise aux officiers de prendre part aux engagements avec la Résistance.

b. Le sentiment de stabilité. Israël rie peut se présenter devant les juifs du monde comme l’État refuge, apportant la solution au problème juif dans le monde, que s’il parvient à démontrer qu’il assure une stabilité et une sécurité totales à ses habitants. Plus vite la lutte armée parviendra à ébranler ce mythe, plus vite il lui sera possible de détruire l’entité israélienne. Sur ce plan, le mouvement de résistance a déjà pris date : il a définitivement ébranlé les sentiments de sécurité — psychologique et morale — de la population israélienne.

La réflexion la plus significative de cet état d’esprit émane de cet intellectuel juif qui déclarait : « A quoi nous sert de vivre dans cet État d’Israël ? Nous sommes sortis des ghettos européens pour nous enfermer dans un ghetto plus vaste ». Il démontrait par là que la prétention sioniste à résoudre la question juive avait échoué : l’entité créée s’est révélée incapable d’assurer à ses habitants la sécurité et la stabilité.

c. Problèmes de l’immigration et de l’émigration. C’est une question vitale pour l’avenir de l’entité israélienne. La Résistance a pu, dans ce domaine, obtenir un résultat sensible. Depuis la défaite de juin, l’immigration vers Israël ne s’est pas arrêtée, mais sa proportion est loin de correspondre aux efforts déployés à l’échelle du monde entier par Israël et ses officines. En même temps, les opérations de la résistance armée ont manifestement réussi à accélérer le mouvement d’émigration. Le bureau central des statistiques note, par exemple, que 9 000 juifs ont quitté Israël au cours de l’année 1968, en déclarant qu’ils émigraient définitivement. 12 000 autres ont quitté Israël sous divers prétextes (tourisme, voyages à l’étranger) et ne sont pas revenus.

Il faut souligner que les effets de la résistance se sont fait sentir à l’intérieur : de nombreuses colonies agricoles exposées aux attaques des résistants ont été abandonnées au profit de zones plus sûres.

d. La situation économique. Nous essayons d’analyser les dommages que peut causer une guerre de libération nationale de longue haleine à l’économie israélienne, sans oublier, toutefois, que c’est — en partie — la très grave crise économique que connaissait Israël qui fut à l’origine de la guerre de 1967.

L’économie israélienne ne peut supporter longtemps une tension totale. Le maintien d’un nombre élevé d’hommes sous les drapeaux aboutit à geler une part importante de la production, et à bloquer en partie le fonctionnement des services.

Nous connaissons la pauvreté d’Israël en ressources humaines, qui tente actuellement de compenser cette pauvreté par la mobilisation forcée de la main­d’œuvre arabe des nouveaux territoires occupés. Il mène, pour cela, une véritable guerre, particulièrement dans la zone de Gaza. L’effort de guerre implique également une augmentation, permanente et indéfinie, du budget militaire.

Ainsi, ces dépenses représentent­elles, cette année, plus de 60% du budget. Cela résulte des différents fronts auxquels Israël doit faire face : résistance intérieure, engagement sur les lignes du cessez­le­feu. Cette situation l’oblige à pratiquer une stricte politique économique d’austérité.

e. Les contradictions internes de la société israélienne. Cette société repose sur des contradictions issues du processus de formation.

Il s’agit d’émigrants venus de tous les pays du monde, sans lien entre eux autre que le lien religieux pour certains, le lien de la doctrine sioniste pour d’autres, et le rêve de rassembler dans un État exclusivement juif tous les adeptes de cette confession dans le monde. Les juifs venus de sociétés européennes industrialisées et ceux venus des diverses sociétés orientales sous­développées s’opposent : ces derniers sont traités comme des inférieurs par les juifs européens.

D’autres contradictions sont nées lorsque le peuple palestinien a commencé une lutte de résistance armée s’insérant pleinement dans le cadre des luttes de libération nationale dans le monde, et dévoilant ainsi la nature agressive et expansionniste de cet État.

Nous avons de bonnes raisons de penser que ce fait n’a pas été sans créer, en Israël, un courant qui se refuse à se reconnaître dans cette entité réactionnaire. Ce courant commence à aborder le problème juif avec une pensée progressiste, en rejetant les solutions sionistes réactionnaires, et en se déclarant prêt à contribuer à la mise sur pied d’une entité démocratique en Palestine. Ce courant constitue sans doute un allié pour le mouvement de libération nationale palestinien. Son extension, dans les milieux juifs à l’extérieur d’Israël, commence. Notre mouvement doit exploiter les contradictions de cette société.

Quant à la minorité arabe qui, depuis 1948, vit en Israël, elle constitue une force révolutionnaire potentielle ; elle contribuera, sans aucun doute et d’une manière très active, à la destruction de l’entité israélienne de l’intérieur, d’autant que son rôle n’est pas négligeable dans l’édifice économique israélien en tant que main­d’œuvre exploitée, et aussi parce qu’elle est répartie dans les régions d’intérêt vital pour l’avenir de la guerre révolutionnaire (les montagnes de Galilée).

2. Le mouvement sioniste mondial

Israël fait partie intégrante du mouvement sioniste mondial. C’est la concrétisation vivante de la pensée d’un mouvement raciste, religieux et réactionnaire patronné par le capitalisme juif.

Ce mouvement s’efforce de mobiliser à son profit les quelques quatorze millions de juifs disséminés dans le monde, afin de les amener à soutenir Israël, base d’agression et d’expansion. Ce n’est pas un simple soutien moral qui est demandé, mais une aide matérielle, qu’il s’agisse de patronner l’immigration juive, de fournir de l’argent, des armes ou une expérience technologique, ou tout simplement d’élargir le réseau des alliances que le mouvement sioniste entretient à travers le monde au profit d’Israël.

Et encore faut­il ajouter à cela l’appui colossal apporté par les organes d’information et de propagande du monde entier. Le mouvement sioniste constitue une force matérielle, d’un poids et d’une nature précis, qui doivent être pris en considération lorsque nous faisons le compte des forces engagées face à nous dans la lutte. D’où la nécessité pour nous de procéder à une étude mettant en valeur ses divers aspects politiques, militaires, économiques et sociaux.

3. L’impérialisme mondial

Celui-­ci se trouve pleinement engagé aux côtés d’Israël et du mouvement sioniste mondial. Leurs intérêts communs et convergents sont à l’origine de cette alliance de fait. Il serait absurde d’aborder le cas israélo­sioniste sans l’insérer dans ce contexte. N’oublions pas, en effet, que si Israël a pu s’imposer en Palestine et continue d’exister, de s’étendre, c’est aux conditions objectives et aux possibilités pratiques qui lui ont été fournies par l’impérialisme mondial qu’il le doit.

Cette alliance se fait jour à l’époque où les régimes capitalistes européens entreprennent de récupérer l’héritage ottoman et où, de son côté, le mouvement sioniste, soutenu par le capitalisme juif, commence à envisager de prendre la Palestine pour y édifier un État rassemblant les communautés juives du monde entier.

Ces forces, mues par les mêmes intérêts, engagèrent contre le mouvement de libération nationale palestinien et arabe une lutte commune. A la fin de la première guerre mondiale, l’Orient arabe faisait partie des empires coloniaux. Quant à la Grande­Bretagne, elle accepta en 1917, avec la déclaration Balfour, d’entériner les revendications sionistes en reconnaissant aux juifs des droits nationaux sur la Palestine.

Il serait absurde de prétendre que cette déclaration est le fait d’un seul homme : le ministre anglais des Affaires étrangères. Elle s’insère, en fait, dans le jeu britannique au Proche-­Orient. Établir une colonie de peuplement armée, capable de faire face, et d’anéantir si besoin est, le mouvement de libération nationale arabe, tel était l’objectif de l’impérialisme britannique. Il s’agissait en définitive, d’assurer une protection efficace des intérêts et des privilèges économiques et stratégiques de l’impérialisme dans cette région centrale du inonde.

Les USA qui, après la deuxième guerre mondiale, prenaient la tête de l’impérialisme, et disposaient désormais au Proche­-Orient des intérêts économiques les plus importants, n’avaient aucune raison de changer de politique. Et le sionisme, de son côté, s’empressait de consolider son alliance avec le nouveau grand, jugeant que c’était là le meilleur moyen de parvenir à ses fins.

Ainsi, apparaît­il que les liens qui unissent les USA, comme base de l’impérialisme mondial avec Israël, reposent — fondamentalement — sur une conjonction : celle de l’intérêt qu’ont les deux parties à supposer au mouvement de libération nationale palestinien et arabe. Les sionistes veulent non seulement subsister sous leur forme agressive actuelle, mais encore, satisfaire le reste de leurs appétits expansionnistes.

Les impérialistes aident Israël par tous les moyens possibles ; ce dernier, en contrepartie, s’emploie à frapper le mouvement de libération palestinien et arabe qui menace les intérêts impérialistes et israéliens dans la région. Une analyse de la situation qui considérerait les USA comme uniquement prisonniers des groupes de pression sionistes serait fausse, superficielle et dangereuse. Elle reviendrait, en effet, à blanchir l’impérialisme mondial, à ignorer son rôle et ses intérêts réels dans la région. Séparer la lutte contre Israël et le sionisme de la lutte anti­-impérialiste serait tomber dans une erreur fatale.

Cette erreur, les directions traditionnelles du mouvement national l’ont commise, parce qu’ils étaient incapables de dépasser leurs limites de classes.

4. La réaction arabe et palestinienne

Définir ces forces comme une des composantes du camp ennemi, c’est là une question politique qu’il faut poser une fois pour toutes et en toute clarté. Éviter cette question, ce serait passer sous silence une réalité objective dont seule la compréhension permettra au peuple d’acquérir une vision nette de l’adversaire à affronter, et de l’ampleur de la lutte à mener pour libérer la Palestine. En outre, cela nous conduirait à ignorer un ennemi infiltré dans nos rangs, un ennemi capable de saboter quotidiennement la Révolution, taudis que l’ennemi extérieur nous porterait des coups au même moment.

Sur le plan arabe. Les classes réactionnaires, féodalité et grande bourgeoisie, ont partie liée avec l’impérialisme. Elles ont pratiquement laissé le sionisme et l’impérialisme envahir la

Palestine. Bien plus, elles ont efficacement contribué à briser tout élan révolutionnaire du peuple palestinien contre le colonialisme britannique et l’agression sioniste.

En 1936, par exemple, la réaction n’a-t-elle pas lancé les mots d’ordre « Paix éternelle », « Fin de la grève générale », « Cessation des troubles », en promettant de s’entendre avec « notre amie la Grande­Bretagne » ? La défaite de 1947 n’est­elle pas la conséquence directe de l’attitude de la réaction ? N’est-ce pas la même réaction qui, vingt ans durant, a tout fait pour étouffer le réveil révolutionnaire palestinien ? Il est normal que ces forces ne puissent adopter que des attitudes défaitistes : leurs intérêts sont liés à ceux de l’impérialisme dans le monde arabe.

Elles ne peuvent, par conséquent, l’affronter. Cela irait directement à l’encontre de leurs intérêts et de leurs affinités de classe.

Sur le plan palestinien. Pendant la période du mandat Britannique, féodalité et grande bourgeoisie ont eu une attitude défaitiste. Les plans sionistes ont été appliqués en toute tranquillité. Aussi, après que la déclaration Balfour ait dévoilé les véritables intentions du mandat et de ses protégés sionistes, ces directions ont persisté à refuser de lancer des mots d’ordre hostiles à la Grande­-Bretagne, alors même qu’il apparaissait clairement que lutter contre ce pays était en même temps faire échouer le plan impérialo-­sioniste.

En 1936, lorsque la révolte fut déclenchée par des éléments populaires déshérités, ces directions furent les premières, de concert avec leurs voisins arabes, à vouloir étouffer le mouvement.

Elles participèrent à des manœuvres diverses qui finirent par avoir raison de la révolution. Il faut noter, par ailleurs, qu’elles commencèrent les fameuses opérations de vente des terres aux sociétés juives.

Les défaites de 1947 et de 1967 ont­elles modifié en quoi que ce soit l’attitude de ces classes ?

Depuis 1947, en dépit de la dispersion du peuple palestinien et en dépit des menaces qui pèsent sur la population palestinienne, une situation de classes complexes s’est instaurée. La bourgeoisie a des intérêts. Et elle entend les préserver. Il faut partir de là pour la définir. Elle est, avant tout, commerçante et financière. Ses intérêts sont liés à ceux de l’impérialisme par le canal des relations commerciales et bancaires.

Lorsque la jeunesse des camps de réfugiés a pris les armes, ces gens­là n’ont­ils pas commencé à pactiser avec Dayan et les autres chefs israéliens ?

Certains commerçants n’ont­ils pas, par tous les moyens, tenté de reprendre leurs affaires, cette fois avec l’Etat occupant ? La grande bourgeoisie qui vit actuellement en territoire occupé, et qui collabore avec l’occupant, ne peut faire partie de la Révolution. Elle constitue un outil avec lequel l’ennemi tente d’étouffer la Révolution.

Celle qui vit à l’extérieur aide le mouvement en lui donnant une partie du surplus de ses bénéfices, mais seulement tant que la Résistance demeure dans certaines limites idéologiques, tant que cette classe ne voit pas ses intérêts menacés. Mais les développements que sera amené à prendre le mouvement en se transformant en guerre populaire directement lancée contre l’impérialisme, ne manqueront pas d’amener la grande bourgeoisie palestinienne à se ranger du côté de ses intérêts de classe. Il est possible que certains éléments demeurent aux côtés de la Révolution : ce seront là des options individuelles et non une attitude de classes.

A la lumière de cette définition du camp ennemi et de ses composantes, nous pouvons comprendre ceci :

1. La lutte pour la libération de la Palestine ne saurait être prise en charge uniquement par le mouvement de libération nationale palestinien ; elle doit l’être aussi par le mouvement de libération nationale arabe. Non seulement pour des raisons de nationalisme arabe, mais parce l’expansionnisme sioniste entend jouer le rôle de gendarme dans la région. Le mouvement armé palestinien doit être considéré comme l’avant­garde du mouvement de libération populaire armé, s’insérant dans une longue lutte où les masses arabes seront intimement mêlées aux niasses palestiniennes.

2. Il faut définir le camp de l’adversaire et les forces de la Révolution, afin de comprendre quelles alliances doivent être conclues.

3. Ne pas ignorer l’importance du travail de développement de la pensée politique, afin de mobiliser chaque élément révolutionnaire cri lui permettant d’affronter efficacement l’adversaire.

4. Et l’importance de l’organisation politique des forces capables de mener une lutte armée en constante extension, conduisant à une guerre de libération populaire arabe.