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FDPLP : La solution démocratique du problème palestinien − 1970

Le sionisme s’annonce essentiellement comme le résultat de la réaction de la petite et moyenne bourgeoisie juive (et ce sont elles qui constituent l’essence même du Judaïsme), vis-à-vis de deux faits :

a) Détérioration de la situation des juifs d’Europe orientale, du fait que les juifs représentant le capitalisme primitif (commerce et usure), il était normal que l’effondrement de l’économie féodale et des formes de capitalisme primitif leur porte un coup fatal, aggravé par le déséquilibre entre le développement du capitalisme et l’effondrement de la féodalité et du capitalisme primitif. Aussi, devenait-il très difficile pour les juifs de s’intégrer au sein du nouveau système économique et ses nouveaux rapports de production dont la très lente évolution est en contradiction avec la rapidité de l’écroulement des anciens rapports.

b) Montée de la vague antisémite en Europe occidentale. La concentration capitaliste et l’apparition du capitalisme monopolistique ont détruit les classes moyennes.

Celles-ci ont réagi contre les éléments juifs qui ont accaparé leurs moyens de subsistance et ont aggravé leur situation.

Cependant, le sionisme comme idéologie n’est qu’un reflet déformé de la réalité, et une théorisation erronée d’un besoin matériel.

En tant que reflet déformé de la réalité, le sionisme se dispense de rechercher les causes et les raisons qui se cachent derrière l’antisémitisme, les diverses formes qu’il prend, et la fonction sociale qu’il remplit.

Le sionisme va jusqu’à affirmer que la « nature humaine » ne change pas et que l’antisémitisme et l’oppression des minorités sont inhérents à la nature humaine.

Ils constituent donc deux faits éternels qu’on ne peut ni affronter, ni détruire.

Ainsi le sionisme, après avoir posé la pérennité de l’antisémitisme, va résoudre le problème en l’escamotant, c’est-à-dire en disant que le salut consiste à accepter l’antisémitisme comme un état de fait naturel, et à émigrer vers la Palestine pour transformer la minorité en majorité qui s’autogouverne dans un état national.

De même, le sionisme, du fait qu’il est une théorisation fallacieuse de nécessités objectives et matérielles n’est qu’une réaction de refus de la petite et moyenne bourgeoisie de tomber dans les rangs du prolétariat, et de leurs besoins d’avoir un marché national indépendant dans un état national juif.

Il est naturel que la solution que présente le sionisme à la question juive - création d’un Etat juif en Palestine - soit une « illusion utopique petite-bourgeoise ».

Car la question juive, qui prend l’aspect d’une question mondiale à cause de l’existence de juifs dans plusieurs pays, ne peut être résolue, à ce niveau, dans le cadre capitaliste.

L’abolition de l’antisémitisme ne sera accomplie qu’avec l’abolition de ses causes, soit l’abolition du système économico-social qui l’a engendré.

En fait, la création de l’Etat d’Israël n’a pas résolu la question juive et l’antisémitisme n’est pas mort, même s’il a reculé vu l’apparition de nouvelles formes d’oppression raciale et chauvine en Occident (oppression des tziganes, racisme envers les travailleurs étrangers et particulièrement arabes, racisme envers les noirs).

L’antisémitisme n’a pas de rapports avec l’existence ou l’absence d’un Etat juif, de même que l’existence du grand Etat chinois ne protège pas les Chinois de l’oppression raciale dans les autres pays.

Au contraire, l’affirmation que le sionisme représente les juifs du monde entier et que ceux-ci doivent soutenir inconditionnellement Israël encourage l’antisémitisme. Bref, la situation des juifs est liée à l’ensemble des conditions économiques, sociales et politiques dans le monde.

Même si nous supposons qu’lsraël peut accueillir tous les émigrés de l’Occident, si la vague d’antisémitisme venait à se développer, ceux-ci trouveraient en face d’eux l’inimitié arabe.

Mais, c’est la solution illusoire que présente le sionisme à la question juive qui a déterminé la nature spécifique du colonialisme sioniste en Palestine, et qui a fait de ce colonialisme un colonialisme différent du colonialisme classique.

Ce dernier vise à exploiter les richesses du pays colonisé ainsi que la force de travail des autochtones dans les mines, l’industrie et l’agriculture capitalisés.

Quant au colonialisme sioniste, il est d’une nature spécifique, imposée par son but défini : créer un Etat juif, ce qui l’a poussé à s’approprier la terre, à l’occuper et à la vider de ses habitants, ou, dans le meilleur des cas, à les transformer en minorité au sein d’un Etat monoracial.

Il était inéluctable, pour le colonialisme sioniste, avant même la création de l’Etat d’Israël, de s’attirer l’inimitié de tout le peuple arabe de Palestine, car il constituait une violation flagrante de ses droits nationaux, et leur négation.

D’autre part, la stratégie d’Israël a été, dès le début, basée sur la politique du fait accompli, ce qui en a fait un Etat de nature expansionniste, et par là même a conduit à un antagonisme entre Israël et les peuples arabes dans leur totalité.

De même, la solution préconisée par le sionisme à la question juive, a imposé des relations bien définies entre le sionisme et l’impérialisme.

Au moment où les forces productives ont commencé à déborder les frontières nationales, le sionisme est allé créer un Etat artificiel et isolé. Pour cela, le sionisme était obligé de faire alliance avec l’impérialisme ; l’Etat national artificiel ne peut exister qu’en tant que fait colonial, intimement lié à l’impérialisme qui domine la région. Et l’un des aspects fondamentaux de l’histoire du sionisme est celle de ses alliances avec tel ou tel impérialisme (relations avec l’empereur d’Allemagne, avec le sultan ottoman, avec l’Angleterre à partir de 1917, enfin avec les U.S.A. depuis 1945).

Cette alliance avec l’impérialisme n’est pas, comme essayent de le faire croire les « sionistes de gauche », un fait imposé par l’hostilité des arabes, mais un choix imposé par la nature même de l’objectif que s’est proposé le sionisme, et ceci apparaît très clairement dans le journal de Théodore Herzl, créateur du sionisme politique.

Aujourd’hui, Israël joue le rôle de gendarme, protégeant les intérêts impérialistes dans la région, et se tenant aux aguets, prêt à attaquer le mouvement national de libération arabe chaque fois que celui-ci menace sérieusement les intérêts de l’impérialisme.

Parallèlement, l’impérialisme garantit l’existence d’Israël, en lui fournissant en permanence les aides financières et militaires d’une part, et en conservant les structures traditionnelles, faibles et rétrogrades dans la zone arabe, en s’alliant avec elles, d’autre part.

Cette relation précise entre Israël et l’impérialisme met la question palestinienne au coeur de la lutte anti-impérialiste dans la région et approfondit la contradiction entre d’une part Israël, et d’autre part les classes et les avant-gardes qui mènent cette lutte.

En conclusion, disons que l’Etat d’Israël est une force coloniale d’une nature spécifique, et il est, en même temps, une partie intégrante du camp impérialiste, actuellement allié aux U.S.A. qui sont à la tête de ce camp. Mais la nature spécifique du colonialisme israélien donne à Israël une indépendance relative, représentée par sa politique propre dictée par ses intérêts spécifiques et qui ne coïncident pas toujours avec les intérêts généraux du camp impérialiste. Mais cette indépendance reste relative car la spécificité d’Israël ne peut outre passer l’unité du camp impérialiste, de même que cette unité ne nie pas cette spécificité.

Relation organique entre lutte palestinienne et révolution arabe

Si la stratégie signifie la définition des priorités et la délimitation des rôles, ainsi que les relations réciproques entre ces rôles, on peut dire que l’idéologie nationaliste petite-bourgeoise, en ce qui concerne la lutte palestinienne et la révolution arabe, de même que l’idéologie de la petite-bourgeoisie palestinienne, conduisent, de par leur faiblesse théorique, à l’absence d’une stratégie claire.

La pensée nationaliste petite-bourgeoise s’oppose à toute tentative de définir le rôle de la lutte palestinienne au sein de la révolution arabe, en recourant à une vague phraséologie sur la « totalité nationale » de la révolution arabe.

Cette opposition n’est qu’une tentative pour fuir la précision, car celle-ci dévoile l’impuissance du programme nationaliste petit-bourgeois.

Ce même programme a longtemps retardé la lutte antisioniste « en attendant que la nation arabe se libère du colonialisme », et en ignorant le rôle actif joué par Israël, par le soutien qu’elle apporte à l’impérialisme dans la région. Le résultat était que le mouvement anti-impérialiste et de libération arabe était arrivé, sous la direction de la petite-bourgeoisie, à des limites qu’il ne peut dépasser, donnant l’occasion au danger sioniste de s’aggraver.

De même, cette opposition cache une tentative de soumettre la lutte palestinienne au programme actuel du nationalisme petit-bourgeois qui veut freiner le danger israélien et non le supprimer, d’une part, et d’autre part, freiner les transformations révolutionnaires qui s’effectuent dans la région et qui menacent les positions de la petite-bourgeoisie.

Sans compter que cette opposition essaie, au nom de la « totalité nationale », de cacher l’incapacité du mouvement nationaliste petit-bourgeois de dépasser les règles du jeu des relations arabes, imposées par les régimes réactionnaires arabes, et l’obligation, pour ce mouvement, de garder le silence sur les tentatives des régimes réactionnaires de faire avorter la résistance palestinienne, ou de jouer le rôle d’intermédiaire entre régimes réactionnaires et résistance.

Quant à la pensée petite-bourgeoise palestinienne, elle en arrive, dans sa réaction à l’échec du programme nationaliste petit-bourgeois, à séparer arbitrairement la lutte palestinienne de la révolution arabe en présentant la lutte anti-sioniste comme une tâche spécifique de la « Révolution Palestinienne », et en limitant le rôle des masses arabes à celui d’appuyer et soutenir la « révolution palestinienne » et à former ce qu’on appelle le « Front arabe de soutien ».

Ceci passe sur le fait que les palestiniens, en dernière analyse, sont incapables, à eux seuls, de détruire l’Etat sioniste si les masses arabes se contentent d’un appui statique, et le fait que la lutte anti-sioniste est devenue une tâche urgente à l’ordre du jour de l’ensemble du mouvement national de libération arabe après la guerre de juin 67.

Cette position ignore, en fin de compte, les liens organiques qui existent entre sionisme et impérialisme, ce qui conduit à l’absence d’une stratégie claire, et donc à une politique opportuniste avec la réaction arabe, alliée de l’impérialisme, aux dépens de la lutte anti-impérialiste, et par là même de la lutte contre le sionisme lui-même.

La révolution arabe est la synthèse de deux luttes simultanées : la lutte contre le sionisme et celle contre l’impérialisme.

Ces deux luttes sont liées en raison de la relation entre sionisme et impérialisme.

Tant que l’impérialisme verra son intérêt dans la conservation du fait sioniste - et naturellement, il en sera toujours ainsi - l’abolition de 1’impérialisme dans la région arabe (ou dans sa majeure partie) sera nécessaire pour réaliser la victoire définitive sur le sionisme.

Parallèlement, tant qu’Israël jouera ce rôle de gendarme pour l’impérialisme, il sera nécessaire de développer la lutte anti-sioniste pour empêcher Israël de mener ses attaques contre le mouvement national de libération arabe quand celui-ci en vient à menacer sérieusement les intérêts impérialistes.

Mais cette lutte contre l’impérialisme est essentiellement une lutte de classes.

L’impérialisme renforce sa domination sur la zone arabe à travers son alliance avec les oligarchies gouvernantes dans les régimes réactionnaires, et aussi à travers l’incapacité des régimes petits-bourgeois de mener une lutte décisive, méthodique et militaire contre l’impérialisme.

De là, la lutte contre l’impérialisme placera nécessairement face à face les classes qui ont intérêt à mener cette lutte et celles qui ont intérêt à s’allier avec l’impérialisme.

Cette lutte deviendra une lutte pour détruire les régimes réactionnaires alliés à l’impérialisme, et pour instaurer des régimes démocratiques populaires où les classes laborieuses pourront réaliser la libération totale et le progrès social.

Seulement, le fait que la victoire finale soit conditionnée par l’abolition de l’impérialisme, ne signifie nullement que la lutte anti-sioniste doit être reportée jusqu’à l’abolition de l’impérialisme, mais signifie, au contraire, que la lutte anti-sioniste doit attiser et soutenir la lutte de classes contre l’impérialisme, et vice-versa.

Les conditions objectives pour l’interpénétration des deux luttes existent.

Les réactions d’Israël vis-à-vis de la résistance palestinienne, se dirigent, et ne peuvent que se diriger contre les états arabes, ce qui dévoile ces régimes devant les larges masses arabes et pousse des secteurs de plus en plus larges de ces masses dans l’arène de la lutte révolutionnaire, ce qui permet, nécessairement, le développement de la lutte anti-impérialiste.

D’un côté, les affrontements successifs entre la résistance et tel ou tel régime arabe, montreront à cette résistance qu’elle ne peut que s’allier avec les forces révolutionnaires arabes anti-impérialistes.

Mais l’existence de ces conditions objectives doit se réaliser dans un front révolutionnaire arabe, englobant les forces anti-sionistes et anti-impérialistes.

La tâche fondamentale de ce front sera de tracer une stratégie révolutionnaire arabe globale qui prendrait en considération l’interpénétration des deux luttes en même temps que leur distinction du fait que la lutte contre le sionisme est une lutte nationale, et que la lutte anti-impérialiste est une lutte de classes, ce qui impose à la première une logique spécifique, celle des alliances nationales, et, à la seconde, une autre logique, celle de la lutte de classes.

De là nous concluons que la victoire de la cause palestinienne est conditionnée par la création d’un instrument révolutionnaire arabe uni, avec une stratégie cohérente commune, qui mènerai une lutte complémentaire au niveau de toute la région.

Mais la création de cet instrument suppose l’existence de forces de classes capables de mener la lutte anti-impérialiste.

Le problème fondamental de la révolution arabe dans son ensemble - et la résistance palestinienne en fait partie - est dû au fait que ces forces existent à peine.

C’est que la faillite historique du nationalisme petit-bourgeois, c’est-à-dire son incapacité à réaliser les tâches de cette phase (la révolution démocratique nationale), n’a pas été accompagnée de l’apparition d’une nouvelle classe sur la scène politique arabe.

De là, la tâche centrale des nouveaux révolutionnaires est d’édifier une force populaire composée d’ouvriers, de paysans, et des couches les plus appauvries de la petite-bourgeoisie, et de mener la lutte sous la direction de l’idéologie de la classe ouvrière, de son programme et de ses mots d’ordre.

Alors, les liens de cette grande alliance se renforceront, et il sera possible de mettre au point l’instrument révolutionnaire.

De même que la victoire de la cause palestinienne est conditionnée par la création d’un instrument révolutionnaire arabe uni, on ne peut imaginer une solution révolutionnaire pour la question palestinienne qu’au sein de la révolution arabe globale, et à l’échelle de toute la région.

Toute solution qui se limiterait à l’échelle palestinienne serait nécessairement une solution réformiste et partielle, fondée sur le désir de trouver une solution au problème, sans chercher une transformation radicale de toute la région.

Au contraire, toute solution à l’échelle de la région doit tenir compte du fait que les conditions de la victoire de la cause palestinienne sont celles-là mêmes qui mettraient fin à la fragmentation artificielle dont souffre la région, ce qui signifie, dans les deux cas, la montée des forces populaires dirigées par la classe ouvrière et son programme.

La fin de la fragmentation est conditionnée par la domination d’une classe unifiée intérieurement, qui est la classe ouvrière.

Quant à la petite-bourgeoisie, elle est incapable car c’est une classe dispersée et non unifiée : même ses fractions au pouvoir sont incapables de s’unifier de par leur jalousie à sauvegarder les privilèges que leur donne le pouvoir. Et si jamais elles arrivaient à réaliser une unité, celle-ci serait faible et formelle, car incapable de construire la base économique commune qui soutiendrait cette unité.