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Étudier la dialectique des essais de la dernière période de la vie de Luxun – 1976

par Yao Wen-yuan

Hongqi du 1er septembre 1976

Les œuvres de Luxun contiennent une abondante expérience de la lutte des classes et de la lutte entre les deux lignes ; les essais de la dernière période de sa vie, en particulier, sont riches de dialectique matérialiste.

Tel est le très précieux trésor intellectuel que nous a laissé Luxun : pour critiquer le révisionnisme et lutter contre la bourgeoisie au sein du Parti, nous devons étudier attentivement les essais de la dernière période de la vie de Luxun, y apprendre à combattre et aiguiser ainsi davantage l’arme de notre critique.

Le président Mao a montré que « l’extrême vigueur des essais de la dernière période de la vie de Luxun ainsi que leur impartialité absolue sont dues à ce que Luxun avait appris alors la dialectique ».

En effet, Luxun est en mesure de se servir du marxisme « de façon concrète et réelle » « en vue d’interpréter les nouvelles réalités et les nouveaux phénomènes de chaque jour » et conduit une analyse rigoureuse des contradictions de la société chinoise : c’est ce qui fait que les essais de la dernière période de sa vie brillent presque tous de l’éclat de la dialectique matérialiste.

Les essais de la dernière période de la vie de Luxun possèdent très manifestement un état d’esprit prolétarien ; ils sont, de façon très intime, au service des luttes réelles et résultent de l’union de la théorie et de la pratique.

Dès sa jeunesse, Luxun s’est précipité dans les tourbillons de la lutte révolutionnaire. Il prit part à la Révolution de 1911 et au Mouvement du 4 mai 1919, vécut la division des classes sociales qui fit suite au Mouvement du 4 mai et fit l’expérience de cette épreuve très rigoureuse que fut l’échec de la Grande Révolution ; puis, au soir de sa vie, il conduisit les combattants de l’art révolutionnaire à faire éclater héroïquement « l’encerclement » culturel des réactionnaires du Guomindang et livra une lutte acharnée à Zhou Yang et sa clique qui appliquaient la ligne opportuniste de Wang Ming.

La lutte révolutionnaire fit qu’il eut un pressant besoin du marxisme, et sa riche pratique des luttes forma une base de vie très consistante pour l’étude et l’utilisation du marxisme en vue de l’analyse des contradictions de la société chinoise. « Notre méthode d’analyse est la méthode dialectique. Une telle analyse consiste à analyser les contradictions réelles ». Luxun, quant à lui, excelle à utiliser la loi de l’unité des contraires, à examiner chaque aspect de la contradiction et à considérer les questions d’une manière globale.

Il insiste sur la nécessité de bien connaître ces trois aspects de la contradiction que sont les ennemis, les amis et soi-même . « Il ne faut pas se contenter de connaître la réalité révolutionnaire, mais il faut aussi bien connaître la situation des ennemis ».

Et c’est ainsi que fait Luxun : il ne se contente pas de considérer le côté positif de la réalité, mais il en considère aussi le côté négatif ; il ne se contente pas de considérer le camp révolutionnaire mais il considère aussi la forteresse de la réaction ; il ne se contente pas, enfin, de prendre en considération les ennemis qui se manifestent ouvertement, mais il prend aussi en considération les « vers » qui restent dans l’ombre.

Au sein de la Terreur blanche, il a été capable de prévoir des lendemains éclatants, et, dans une situation de triomphe, il a été à même de percevoir dans l’ombre son contre-courant. C’est pourquoi il perçoit très clairement le développement de la situation révolutionnaire et les modifications des rapports de classes.

Le texte intitulé « En célébrant la reconquête de Shanghai et de Nankin » (que Luxun écrivit en 1927 à la veille de la défaite de la Grande Révolution) est un modèle à cet égard, pour l’utilisation qui y est faite de la loi de l’unité des contraires dans l’analyse intégrale d’une question.

La prise de Shanghai et de Nankin par l’Armée de l’Expédition du Nord était bien une victoire, mais les gens qui ne considèrent les questions que d’un point de vue métaphysique n’apercevaient que la contradiction qui opposait l’Expédition du Nord aux Seigneurs de la guerre tels que Wu Peifu et Sun Zhuanfang et jugeaient que, puisque les Seigneurs de la guerre allaient être abattus, la Révolution se trouvait donc accomplie.

Leur appréhension de la question n’était donc pas radicale et ils n’apercevaient point qu’à l’intérieur du front uni de la Révolution subsistait une lutte des classes extrêmement aiguë : le camp révolutionnaire était à leurs yeux homogène comme un morceau de bois et il suffisait d’accrocher des insignes de la Révolution pour que tous soient des « camarades ». En réalité, bien des opportunistes semblables au « faux diable étranger » de la Véritable histoire de Ah et faisaient éclater des pétards de fête jusque dans ce « foyer de la Révolution » qu’était Canton...

La dialectique matérialiste donne à Luxun une perception très aiguë et fait qu’il ne considère pas seulement la victoire de l’Armée de l’Expédition du Nord mais aussi la contradiction et la scission qui viennent d’apparaître au sein même de ce camp : il montre que la situation politique de Canton est « à la fois rouge et blanche » et, transperçant toute la fumée des pétards qui célèbrent « la fête », il se rend compte que des conspirateurs contre-révolutionnaires sont en train d’aiguiser leur couteau.

Il appelle à temps les révolutionnaires à la vigilance : « La victoire finale ne dépend pas du nombre de ceux qui se réjouissent mais du nombre de ceux qui se battent jusqu’au bout » ; et ils ne doivent pas « au moindre succès se griser tellement des chants de triomphe que leurs muscles se relâchent et qu’ils en oublient de se battre ».

Sinon, le « foyer de la révolution » peut très facilement devenir un foyer de la contre-révolution. Et en effet, moins de deux jours après que fut rédigé ce texte, Jiang Jieshi provoqua un coup d’État contre-révolutionnaire et, levant contre la Révolution le couteau du boucher, précipita dans une mer de sang des milliers de communistes ainsi que les masses révolutionnaires.

Le crépitement affreux des armes qui se fit entendre sur les bords du Huangpu prouva bien la justesse de ce qu’avait prévu Luxun.

Face à la scission du camp révolutionnaire, Luxun ne manifeste aucune frayeur et reste maître de lui. A ses yeux, cette succession continuelle de « divisions » et de « réunifications » des troupes révolutionnaires correspond parfaitement à un phénomène constant de la dialectique.

Luxun comprend profondément ce phénomène, lui qui a connu la scission apparue entre révolutionnaires et réformateurs avant la Révolution de 1911, ainsi que la scission surgie entre aile droite et aile gauche au sein du front culturel qui succéda au Mouvement du 4 mai.

Et il montra avec perspicacité quelle était la raison fondamentale de telles scissions ; il note ainsi que « chaque irruption des troupes révolutionnaires signifie seulement que le gros des combattants protestent contre l’état de fait et si ceux-ci sont globalement d’accord, leurs buts à long terme sont extrêmement différents ».

Parce que « les buts à long terme ne sont pas semblables », des gens tels que Wu Yu et Liu Bannong qui étaient l’un et l’autre « bien à même de pousser le char en avant » deviennent des conservateurs qui « retiennent le char en arrière ».

Luxun considère que la scission est absolue alors que la réunification est relative : toute nouvelle scission amène nécessairement une nouvelle réunification, et après cette nouvelle réunification, il ne se peut que les troupes soient absolument pures et il y aura de nouveau « infiltration des opportunistes » ; une nouvelle scission commencera alors à fermenter.

C’est pourquoi il est nécessaire de faire continuellement attention au complot des opportunistes qui « grignotent de l’intérieur » la révolution et, en même temps, il ne faut pas être paniqué face à la scission et la réorganisation des troupes révolutionnaires.

Les gens qui croient que la lutte interne est « impossible à connaître » et donnent ainsi naissance à des états d’âme défaitistes et pessimistes, tournent radicalement le dos à la dialectique matérialiste et sont enchaînés par l’idéalisme et la métaphysique. Luxun dit à juste titre : « La raison du pessimisme tient à ce qu’on se situe en dehors des faits sans distinguer le vrai du faux », « ou encore cela est dû à ce qu’on s’installe soi-même dans un camp en ruine ».

Son attachement à la dialectique matérialiste rend Luxun continûment optimiste face à la lutte. Il estime que c’est par la lutte que les troupes révolutionnaires doivent nécessairement se développer, s’affermir et devenir « des troupes toujours plus pures et plus ardentes ».

Or cette analyse de Luxun se voit confirmée par l’Histoire de la lutte entre les deux lignes au sein du Parti : depuis un demi-siècle notre Parti a vu se former de nombreuses et importantes scissions et a vécu dix grandes luttes entre les deux lignes. Après la fondation du nouveau gouvernement, il devait « à coup sûr se produire », comme Luxun l’avait aussi prévu, « des scissions et des réunifications, sur la route de la construction du socialisme ».

Notre Parti a effectivement connu ces scissions et ces réunifications et il a dénoncé successivement la ligne opportuniste dont Gao Gang, Rao Shushi, Peng Dehuai, Liu Shaoqi, Lin Piao, furent les meneurs ; et non seulement notre Parti ne s’est pas affaibli, mais il s’est épuré, affermi, unifié et vivifié.

Nous en sommes aujourd’hui au développement et à l’approfondissement de la grande lutte de critique de Deng et de riposte contre le vent révisionniste de droite et il s’agit là de la poursuite et de l’approfondissement de la neuvième et de la dixième luttes entre les deux lignes au sein du Parti. Cette lutte doit consolider et développer davantage les fruits de la victoire de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne et accueillir l’avenir encore plus éclatant de l’entreprise socialiste.

La dialectique marxiste est à la fois le télescope et le microscope intellectuel et politique du prolétariat. C’est elle qui rend Luxun clairvoyant au sein des luttes, lui fait voir de façon juste, profonde et lointaine et lui permet de transpercer la confusion des phénomènes et de révéler l’essence des réalités. L’essence d’une réalité et les phénomènes qui la manifestent forment une unité des contraires : l’essence se manifeste à coup sûr à travers le phénomène, mais elle n’apparaît pas nécessairement à sa surface et se dissimule souvent à l’intérieur de lui.

Dans sa polémique, Luxun veille très attentivement à entrouvrir la peau hypocritement révolutionnaire du discours adverse et à faire éclater au grand jour son essence contre-révolutionnaire « de façon à ce qu’apparaisse le sabot du cheval sous la peau de la chimère ».

Dans les années trente, les « quatre compères » [Il s’agit de Zhou Yang et de son groupe, tous membres du Parti communiste chinois, qui s’opposèrent à Luxun à la fin de sa vie] sont apparus avec le masque de « guides » du marxisme-léninisme, mais Luxun n’a pas été dupé par l’éclat de leur « titre » ni n’est tombé dans le piège de leur opportunisme.

Cette attitude d’analyse qu’il adopte à l’égard de chaque question et de chaque personne, Luxun l’adopte aussi à l’égard de ces « quatre compères » : il écoute leurs discours, considère leur conduite et perçoit que, « s’ils tiennent au grand jour des discours très impressionnants, ils pratiquent dans l’ombre des désunions, des discordes et des divisions » ; et, « dès qu’on y projette de la lumière », « cette troupe de diables tapis dans l’ombre laissent bien voir leur gueule ».

Zhou Yang et sa clique se saisissent de « ce grand thème de l’unité du front » pour écrire leurs textes capitulationnistes de « littérature de Défense nationale ».

Mais en perçant à jour du premier coup d’oeil quel est leur « sabot » – vendre le pouvoir de direction du Prolétariat – Luxun dissèque grâce au marxisme cette « peau de chimère » que sont la « Résistance au Japon » et l’« Amour du pays » dont ils se recouvrent le corps, et il dévoile ainsi leur essence capitulationniste qui consiste à « assassiner habilement toute la force des populations révolutionnaires ».

La ligne juste triomphe de celle qui est erronée, les nouvelles réalités remplacent les réalités qui sont pourries : telle est la tendance nécessaire de l’Histoire.

Les communistes et les révolutionnaires doivent « propager la dialectique qui est inhérente au réel, susciter la transformation du réel et atteindre les objectifs de la Révolution ». Dans les essais de la dernière période de sa vie, Luxun fait voir à partir de maintes réalités vivantes la raison pour laquelle deux aspects antagonistes tels que le Neuf et l’Ancien, la Révolution et la Réaction, peuvent dans certaines conditions se convertir l’un dans l’autre, et il nous avertit de la nécessité de faire la révolution jusqu’au bout.

Le mot d’ordre qu’il proclame dans la lutte – celui de « battre les chiens qui sont tombés à l’eau » - est un mot d’ordre qui incite la Révolution à se convertir en victoire et concrétise l’esprit de révolution radicale qui est celui du prolétariat. En Chine, dans la lutte révolutionnaire de ces cent dernières années, les révolutionnaires et les réactionnaires se sont mesurés en une confrontation de longue durée, et les dominateurs et les dominés échangèrent maintes fois outre eux leurs positions.

C’est ainsi que Luxun assista, avant la Révolution de 1911, à l’assassinat de Qiu Jin, de Xu Xilin, et d’autres révolutionnaires, perpétré par les dominateurs de la dynastie des Qing ; et, après la Révolution de 1911, les réactionnaires criminels tels que Zhang Jiemei, qui avait fait massacrer une martyre comme Qiu Jin, devinrent des « chiens tombés à l’eau ».

Or le membre du Parti révolutionnaire qui devint alors gouverneur militaire de Shaoxing, Wang Jinfa, eut la tête troublée par la victoire et prétendit qu’il fallait être « indulgent » à l’égard de l’ennemi et ne point battre les chiens tombés à l’eau.

Ce qui aboutit au fait que, quand la Seconde Révolution échoua, ces chiens tombés à l’eau, tels que Zhang Jiemei, passèrent sous la protection du poignard des troupes de Yuan Shikai et regrimpèrent sur la rive pour mordre à mort Wang Jinfa.

Telle est la situation : au début, les réactionnaires sont sur la scène et les révolutionnaires n’y sont pas ; les premiers occupent une position d’oppresseurs et, les seconds occupent une position d’opprimés ; les premiers sont des chiens implantés sur la rive et les seconds sont les hommes qui sont mordus par eux. Par la suite, néanmoins, grâce à la lutte révolutionnaire, s’opère une conversion de ces deux positions respectives : les révolutionnaires sont dès lors sur la scène et les réactionnaires n’y sont plus, et tandis que les premiers sont vainqueurs, les seconds deviennent des chiens tombés à l’eau.

Mais à ce stade, ces positions respectives ne sont pas définitives non plus : comme les chiens tombés à l’eau font tout ce qu’ils peuvent pour remonter sur la rive et que les révolutionnaires qui sont sur la rive éprouvent des « sentiments de compassion », le fonctionnement d’un tel dispositif amène les réactionnaires qui avaient été éliminés à retrouver leur position initiale.

Et les révolutionnaires sont à nouveau persécutés.

C’est pourquoi Luxun critique âprement les propos déraisonnables qui recommandent d’être « indulgent » à l’égard des monstres et affirme résolument « qu’il faut traiter les gens comme ils se conduisent » et battre jusqu’au bout les chiens tombés à l’eau.

Comme « le chien ne peut guère changer de nature », il n’est guère probable que lui qui, avant d’être tombé à l’eau, désirait mordre les hommes, puisse changer de caractère une fois qu’il est dans l’eau ; de plus, le fait qu’il tombe à l’eau ne signifie pas qu’il soit complètement défait.

Il peut bien sembler parfois que le chien « soit tombé à l’eau », mais « on ne sait pas justement que ce chien n’est jamais vraiment tombé à l’eau, qu’il s’est préparé de longue date un lieu de retraite et a stocké des provisions dans les concessions étrangères ».

On a aussi l’impression que le chien tombé à l’eau est blessé, mais en réalité « il fait semblant de traîner la patte pour s’attirer la sympathie des gens », et il prépare les conditions nécessaires pour qu’il puisse grimper à nouveau sur la rive.

Il en résulte que les révolutionnaires ne peuvent absolument pas se contenter de se confiner dans les livres ni croire que, puisque le méchant chien est tombé à l’eau, c’est que la Révolution a triomphé, que tout est en ordre et que l’on peut dormir sur ses deux oreilles. Car alors, « tandis qu’ils sont dans leurs rêves, ils ne manqueront pas de subir de grands revers ».

Cette dialectique vivante à laquelle Luxun s’est formé par l’enseignement que lui donnait une expérience ensanglantée, n’est-elle pas très instructive pour la lutte que nous livrons actuellement contre un « récidiviste » comme Deng Xiaoping ?

A l’époque de la Révolution de 1911, la raison pour laquelle des révolutionnaires comme Wang Jinfa subirent les plus graves revers de la part de ces chiens tombés à l’eau tels que Yuan Shikai, est déterminée nécessairement, bien sûr, par le caractère flexible et la propension au compromis propres à la bourgeoisie nationale dont ils faisaient partie et ne peut pas non plus être séparée de la méthode intellectuelle proprement métaphysique qui était la leur.

Ils considéraient d’ordinaire les questions de façon isolée et statique et jamais ils n’ont su envisager comme une lutte entre deux classes la lutte qui les opposait aux gens comme Yuan Shikai et Zhang Jiemei : ils crurent à tort qu’il ne s’agissait là que de sentiments proprement individuels et, dès que la République fut fondée, ils jugèrent qu’« il ne convenait pas de revenir sur les haines du passé ».

Bien différent est Luxun qui, quel que puisse être le débat engagé, n’envisage jamais l’adversaire comme un élément isolé mais considère le discours de celui-ci « comme représentatif d’un certain groupe », c’est-à-dire représentatif d’une classe ou d’une clique.

Jamais il ne considère une lutte comme « quelque chose qui se passe entre des individus, sans rapport avec l’ensemble », mais il considère d’un bout à l’autre cette lutte comme un fragment de la lutte menée entre deux classes, entre deux lignes :« il s’agit là d’une haine générale et non pas d’un ressentiment particulier ». C’est pourquoi il affirme que « les écrivains qui luttent doivent mettre l’accent sur la polémique », c’est-à-dire mettre l’accent sur une critique qui soit à la fois idéologique et théorique.

Il ne considère pas que le fait qu’un adversaire quitte momentanément son poste ou qu’un représentant du camp opposé subisse une défaite signifie l’effondrement total d’une classe ou d’une ligne réactionnaire et assure le triomphe général des révolutionnaires.

Quand il critiquait la politique de trahison et de capitulation de la clique de Jiang Jieshi, Luxun l’indiqua clairement : il y a des gens qui « considèrent que si un général qui ne résiste pas à l’ennemi est éliminé, le principe de la non-résistance est lui aussi éliminé du même coup. Or c’est ne rien entendre à la logique : le général est un individu mais la résistance est un principe et il se peut que l’individu quitte la scène tandis que le principe continue toujours de rester en vigueur ».

Alors que la classe des grands commerçants et des grands propriétaires fonciers reste sur scène, comment la ligne de trahison nationale qui représente les intérêts d’une telle classe pourrait-elle se voir supprimée du fait qu’un représentant de cette classe a quitté la scène ?

Et depuis que notre pays est entré dans l’ère de la Révolution socialiste, même si les révisionnistes ont été éliminés un à un, peut-on dire que le révisionnisme comme ligne politique ait pour autant disparu ? Absolument pas.

Et quelle en est la raison ? C’est parce que la base sociale qui engendre une ligne politique révisionniste subsiste encore et que se maintient encore la bourgeoisie dans le Parti. Nous en avons comme preuve le fait que Deng Xiaoping, peu après avoir repris du travail, a trahi la Révolution culturelle et a pratiqué le révisionnisme.

Aujourd’hui, le fait que Deng Xiaoping ait quitté la scène ne signifie pas pour autant que le révisionnisme ait disparu ou que la lutte des classes soit achevée.

Luxun ne se sert pas seulement du point de vue dialectique de la conversion réciproque – dans certaines conditions précises des deux aspects de la contradiction en vue d’examiner les contradictions qui nous opposent aux ennemis extérieurs, mais il s’en sert aussi afin d’analyser les contradictions intérieures aux révolutionnaires eux-mêmes.

Croire que quelqu’un qui a été révolutionnaire sera nécessairement un révolutionnaire toute sa vie durant, c’est là une opinion proprement métaphysique.

La chute dans la trahison de certains « compagnons de route » a appris à Luxun comment une ligne de gauche pouvait facilement devenir une ligne de droite.

Il note en effet qu’il est des gens qui « luttèrent auparavant contre les ténèbres mais qui, dès qu’ils acquirent une certaine position personnelle, se transformèrent eux-mêmes en ces ténèbres ». S’ils participèrent à la révolution, c’était en fait « seulement pour s’emparer dans la lutte d’une vieille chaise ; au moment où il faut chasser l’autre de cette chaise, celle-ci paraît tout à fait détestable, mais dès qu’on l’a en mains, on éprouve aussitôt le sentiment qu’elle est très précieuse ».

Ils se transforment alors nécessairement en le contraire d’eux- mêmes, deviennent non-révolutionnaires, voire même contre-révolutionnaires. Ainsi, à l’intérieur de notre Parti, certains « compagnons de route » de l’époque de la Révolution démocratique se transformèrent en néo-capitalistes à l’époque du socialisme, et cela ne prouve-t-il pas, une fois de plus, la vérité de la loi que révélait Luxun ?

Les révolutionnaires doivent faire très attention à ce point, élever leur conscience de la nécessité de continuer la Révolution et utiliser comme Luxun la dialectique matérialiste ; ils doivent aussi attentivement transformer le monde subjectif en même temps qu’ils procèdent à la transformation du monde objectif, se disséquer constamment eux-mêmes et préserver à tout jamais le Printemps de la Révolution.

Si l’on considère la Révolution comme étant au service de la quête individuelle de sa « chaise » et que l’on aspire sans cesse à l’extension du droit bourgeois, il arrivera alors tôt ou tard qu’en fonction de l’approfondissement de la Révolution on se transforme soi-même en l’objectif de la Révolution, que l’on soit considéré comme une classe de bureaucrates par le peuple révolutionnaire et abattu comme tel.

« La substitution du nouveau à l’ancien est une loi générale, éternelle et infrangible de l’univers ».

Les grandes masses de la classe ouvrière, des paysans pauvres et moyen-pauvres, des cadres et des intellectuels révolutionnaires, veulent faire la révolution, veulent aller de l’avant et se hâtent vers le grand objectif du communisme ; et cette marée de l’Histoire est irrésistible.

C’est cette année le quatre-vingt quinzième anniversaire de la naissance de Luxun.

Dix ans plus tôt, quand nous commémorions le quatre-vingt cinquième anniversaire de sa naissance, la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne était dans toute son effervescence. Depuis dix ans, la pensée éclatante de Luxun et son esprit derévolutionnaire radical nous ont continuellement encouragés à donner l’assaut à la bourgeoisie au sein du Parti, et voici qu’aujourd’hui, le déchaînement de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne a depuis longtemps bloqué dans les poubelles de l’Histoire les deux Quartiers généraux de la bourgeoisie – ceux de Liu Shaoqi et de Lin Biao – et a aussi précipité dans l’océan immense de la critique révolutionnaire celui qui était dans le Parti le plus grand néo-capitaliste non repenti, Deng Xiaoping.

La Révolution continue et la lutte se poursuit. Marchons donc sur les traces de Luxun et « battons-nous jusqu’au bout » sur le chemin de la Révolution ininterrompue, en quête de victoires toujours plus grandes.