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Etudier l’expérience historique de la lutte entre confucéens et légalistes − 1974

par Liang Hsiao, Publié dans le Hongqi n°10, 1974

Aujourd’hui en Chine, les ouvriers, les paysans et les soldats, comme les cadres et les intellectuels révolutionnaires, ont entrepris l’étude de l’histoire de la lutte entre confucéens et légalistes, et de la lutte de classes dans son ensemble. Entraîner un si grand nombre de gens dans l’étude et la synthèse des expériences de la lutte de classes dans l’histoire, et des leçons qu’il faut en tirer, revêt une grande signification pratique et une importance historique durable et profonde.

 Mettre l’ancien au service du présent

Faisant allusion à la tâche historique du prolétariat, qui consiste à empêcher la restauration du capitalisme après sa prise du pouvoir, V.I. Lénine indiquait : « Nous ne savons pas s’il n’y aura pas encore des périodes de réaction et de victoire de la contre-révolution après notre victoire, — ce n’est pas exclu — et c’est pourquoi, après notre victoire, nous construirons une « triple ligne de tranchées » pour écarter cette possibilité. » (Pour une révision du programme du Parti)

Dans l’accomplissement de la mission historique qui incombe à sa dictature et pour être certain de remporter la victoire dans la lutte de classes prolongée et complexe, le prolétariat doit savoir, non seulement, acquérir de l’expérience dans la lutte pratique, mais aussi étudier dans l’histoire la lutte de classes et la lutte entre les deux lignes, comme la lutte qui se déroulait aux époques de grandes transformations sociales entre la réaction qui voulait la restauration et la révolution qui s’opposait à une telle restauration.

Il doit faire preuve d’esprit critique dans le bilan qu’il en établit, selon les méthodes marxistes, en tirer les leçons qui s’imposent et mettre l’ancien au service du présent

L’évolution de l’histoire chinoise a ses particularité » propres. Dans une société semi-coloniale et semi-­féodale, l’extrême faiblesse de la bourgeoisie en Chine sur les plans économique et politique fait que la direction de la révolution démocratique bourgeoise a incombé historiquement au prolétariat. Sous la direction du Parti communiste chinois, ayant à sa tête le président Mao, le peuple chinois a mené à son terme la révolution démocratique bourgeoise, faisant accéder la révolution à l’étape socialiste et établissant la dictature du prolétariat.

Dans l’histoire chinoise, à l’exception de la révolution dirigée par le prolétariat, seule la substitution de la féodalité à l’esclavagisme a constitué réellement une transformation sociale, au plein sens du terme, en remplaçant la dictature d’une classe par celle d’une autre classe.

Cette transformation sociale fut accompagnée par une lutte entre les lignes confucéenne et légaliste.

Tout au long de la société féodale exista la lutte entre ceux qui, vénérant le confucianisme, combattaient l’école légaliste, et leurs opposants ; de nos jours, cette lutte produit encore son influence.

Les ennemis de la dictature du prolétariat font invariablement de la doctrine de Confucius et de Mencius un moyen de restauration du capitalisme en Chine.

Tous les chefs de file des lignes opportunistes au sein du Parti étaient partisans de l’école confucéenne.

Le traître au Parti et à la nation Lin Piao alla jusqu’à faire passer Confucius et Mencius pour « les sages antérieurs » et à présenter Marx, Engels, Lénine et Staline comme « les sages postérieurs. »

Selon cette logique, il s’évertua à prétendre que « les sages antérieurs et les sages postérieurs suivaient les mêmes principes. »

Si nous voulons rester fidèles au marxisme et combattre le révisionnisme, nous devrons critiquer radicalement ce point de vue réactionnaire ainsi que la doctrine de Confucius et de Mencius.

En tant que représentants politiques et idéologiques de la classe montante des propriétaires fonciers, les légalistes vont mener une lutte âpre et prolongée contre la classe esclavagiste décadente ainsi que contre ses représentants politiques et idéologiques — les confucéens—, au cours de la prise et de la consolidation du pouvoir par la classe montante, à l’époque du Tchouentsieou et des Royaumes combattants (770-­221 av. J.­ C.), époque marquée par le remplacement de l’esclavagisme par la féodalité.

Plus de 130 ans allaient s’écouler après les réformes entreprises par Chang Yan (­338 av. J.­C.) dans l’Etat de Ts’in jusqu’à l’unification de la Chine par Tain Che Houang en 221 ans avant notre ère.

Si l’on remonte, plus loin, jusqu’à l’époque où commence la perception des impôts fonciers dans l’Etat de Lou, plus de 370 ans s’écoulent avant que la Chine soit unifiée.

[Le système foncier nouveau consistait à percevoir des impôts fonciers en raison de la superficie des terres ; la mise en pratique de cet impôt marque la transition entre la propriété de type esclavagiste et la propriété féodale des terres.] Durant ces siècles successifs, la classe montante s’empare du pouvoir à plusieurs reprises pour le perdre ensuite. L’unification de la Chine par Ts’in Che Houang ne signifie nullement la fin de la lutte.

Pendant les quelque 250 ans qui s’écoulent depuis la fondation de la dynastie des Ts’in Jusqu’à la ruine de la dynastie des Han de l’Ouest (206 av. J.­C.), l’affaiblissement progressif des forces restauratrices de l’esclavagisme s’accompagne toujours d’une lutte incessante entre la restauration et la contre-restauration.

Les luttes, qui se déroulèrent durant toute cette période (qu’elles soient ouvertes ou cachées, avec ou sans effusion de sang, dans les domaines politique et économique ou sur les plans militaire et culturel), entre la révolution combattant la restauration de l’esclavagisme et la réaction voulant cette restauration, nous fournissent une expérience et des leçons particulièrement riches de la lutte de classes et de la lutte entre les deux lignes.

Cette expérience et ces leçons sont profondément vivantes et édifiantes car elles sont tirées de la société chinoise et appartiennent à notre histoire.

Les communistes et les travailleurs qui font la révolution sur le soi chinois doivent en faire la synthèse à partir des points de vue marxistes, dans le but de les faire servir la lutte pratique de la révolution et de l’édification socialistes.

 La ligne avant tout

L’histoire de la lutte entre confucéens et légalistes nous apprend qu’une juste ligne n’apparaît pas spontanément, et qu’elle voit le jour et se développe dans le cours même de la lutte.

Au cours des transformations sociales profondes, une classe avancée ne peut développer et perfectionner sa ligne révolutionnaire, en se préparant aux combats futurs, qu’en critiquant la ligne et l’idéologie réactionnaires et en faisant le 6 point de l’expérience tant positive que négative de la lutte de classes.

Avec l’offensive généralisée que la classe montante des propriétaires fonciers lança à l’époque des Royaumes combattants (475­-221 av. J.­C.), la vague des refermes balaya toutes les principautés. Parmi ces réformes, colles de Chang Yang ébranlèrent ces Etats par leur conséquence,

Nier ou affirmer ces transformations sociales, telle était la question autour de laquelle une lutte acharnée allait opposer la ligne confucéenne à la ligne légaliste.

Se posant en « avocat des intérêts du peuple », ce représentant de l’école confucéenne que fut Mencius (390­-305 av. J.­C.) avança toute une théorie de la « politique de bienveillance » dans le but de nier et de renverser le pouvoir de la classe montante des propriétaires fonciers et de restaurer la dictature esclavagiste.

Hsiun Kouang (environ 313­-238 av. J.­C.) et Han Fei (environ 280­-233 av. J.­C.), représentants de l’école légaliste, réfutèrent sans merci le sophisme de Mencius en disant que l’argumentation sur les soi-disant « bienveillance et justice » n’était qu’une théorie « destinée à abêtir et à mystifier les gens », qu’elle s’opposait à la réforme et qu’elle servait le retour au passé.

Ce faisant, ils défendaient avec chaleur les réformes entreprises dans les différents Etats.

Cette polémique qui touchait de nombreux domaines, allant des questions sociales et politiques à celles de la conception du monde, poussa la ligne légaliste à se développer et à se compléter.

Sans s’écarter jamais de la ligne légaliste, Ts’in Che Houang annexa six principautés à l’Etat de Ts’in et fonda le premier empire féodal unifié au pouvoir centralisé.

Cette unification fut non seulement une victoire militaire, mais aussi le résultat direct de la critique du confucianisme faite par l’école légaliste au cours de celte polémique.

Après la fondation de la dynastie des Ts’in, la lutte entre la restauration et la contre-restauration demeurait très aiguë. La classe montante des propriétaires fonciers pourrait-­elle conserver son pouvoir ?

Cela dépendait de sa capacité à assurer la poursuite de la ligne légaliste.

En ce domaine, la dynastie des Ts’in avait à son actif des 8 expériences réussies et aussi quelques défaites.

Ne se résignant pas à se retirer de la scène, la classe esclavagiste renversée dénigrait le présent et faisait l’éloge du passé, en lançant perpétuellement des attaques contre la dynastie des Ts’in.

Elle cherchait ainsi par tous les moyens à interrompre l’application de la ligne légaliste poursuivie par Ts’in Che Hounng, et de la sorte à renverser la dictature de la classe montante des propriétaires fonciers.

Ts’in Che Houang prit alors sans hésiter la mesure révolutionnaire qui consistait à « brûler les livres et à enterrer vivants les lettrés confucéens », et repoussa l’attaque des forces restauratrices, celles des propriétaires d’esclaves.

Il put ainsi maintenir la ligne légaliste comme le système centralisé avec des préfectures et des districts.

Mais, comme le montre ce bilan important fait par le président Mao, « à l’exception de la révolution qui substitua l’esclavage à la communauté primitive, c’est-­à-­dire un système d’exploitation à un système de non-exploitation, toutes les révolutions eurent pour résultat de substituer un système d’exploitation à un autre, et il n’était pour elles ni nécessaire ni possible de procéder à une répression radicale de la contre-révolution » (Note aux « Documents à propos du groupe contre-révolutionnaire de Hou Feng »)

Ts’in Che Houang ne fit pas exception.

Quand il se laissa griser par le climat de paix qui régnait dans le pays, Tchao Kao­ (207 v. J.C.). représentant des forces restauratrices de l’esclavagisme, se fit passer pour légaliste et parvint ainsi a s’infiltrer au cœur de la cour des Ts’in, pour miner de l’intérieur le pouvoir des propriétaires fonciers. Peu de temps après la mort de Ts’in Che Hounng, il déclencha un coup d’Etat contre-­révolutionnaire, pour abolir la ligne légaliste qu’avait suivie le monarque défunt et la remplacer par une ligne confucéenne.

Exerçant une répression impitoyable sur les représentants politiques de la classe des propriétaires fonciers, il entreprit de remettre en selle les forces restauratrices.

Cet épisode montre qu’après la prise du pouvoir par la classe des propriétaires fonciers, les forces restauratrices de l’esclavagisme luttèrent de façon ouverte ou cachée dans l’ultime but d’en finir avec la ligne légaliste du pouvoir central. Une fois ce but atteint, le champ libre était donné à la restauration.

C’est pourquoi la classe révolutionnaire nu pouvoir doit placer la question de la ligne au-dessus de tout, et ne jamais relâcher sa vigilance sur les machinations ourdies par les classes réactionnaires dans le but de saboter l’application de la ligne révolutionnaire.

Il nous est utile de rappeler cette leçon de l’histoire afin de comprendre et d’appliquer fermement ces deux enseignements du président Mao : « La justesse de la ligne idéologique et politique est déterminante en tout », « pratiquer le marxisme et non le révisionnisme ; travailler à l’unité et non à la scission ; faire preuve de franchise et de droiture, et ne pas tramer complots et intrigues. »

 S’appuyer sur les masses populaires

L’usurpation du pouvoir par Tchao Kao laissa les hommes politiques de la classe des propriétaires fonciers désemparés, jusqu’à ce qu’un soulèvement paysan s’étant déclenché, la situation prît immédiatement une nouvelle tournure. En donnant l’assaut à la domination de la classe des propriétaires fonciers, l’armée paysanne insurrectionnelle dirigée par Tchen Cheng et Wou Kouang mit fin. En moins de trois ans au pouvoir restaurateur de Tchao Kao.

Cet épisode indique explicitement que la classe montante des propriétaires fonciers ne pouvait, en ne comptant que sur ses propres forces, mener jusqu’au bout la lutte contre la restauration et que dans ce combat, les larges masses populaires constituaient la force principale.

Cette classe montante fut, à terme, une classe exploiteuse dont les membres ne constituaient qu’une minorité dans l’ensemble de la société.

S’opposant aux larges masses paysannes, elle ne pouvait s’appuyer réellement sur les masses populaires pour combattre la restauration.

Telle était la faiblesse inéluctable de la classe montante des propriétaires fonciers.

En établissant le bilan de l’expérience historique de la révolution bourgeoise, F. Engels a souligné que même les plus brillantes réalisations de la bourgeoisie en Angleterre au XVIIe siècle et en France au XVIIIème siècle n’ont pas été accomplies par elle-même, mais par let gens du commun, c’est-­à-­dire les ouvriers et les paysans.

Il en est de même pour les grandes transformations sociales marquant le passage de l’esclavagisme à la féodalité. Dans le combat contre la restauration de l’esclavagisme, la force principale était la paysannerie et les esclaves qui n’avaient pas encore accédé à la condition de paysans.

Leur attitude était déterminée par leur position de classe, car une telle restauration signifiait, pour les larges masses paysannes, le retour à la misérable condition d’esclaves. Dans l’histoire, aucune révolution, aucune lutte contre la restauration, ne sauraient être développées et menées à terme sans bénéficier de la force des larges masses populaires. La dictature du prolétariat est une dictature exercée par une écrasante majorité sur une minorité d’exploiteurs.

Le prolétariat peut et doit s’unir avec l’ensemble des masses laborieuses et s’appuyer sur elles, en s’alliant avec toutes les forces susceptibles d’être unies, afin d’écraser les complots de restauration dei ennemis de classe.

Le président Mao a dit : « Un principe fondamental du Parti communiste, c’est de s’appuyer directement sur let larges masses populaires révolutionnaires » et « ligne et point de vue doivent être expliqué » constamment et de façon répétée. Si on en parle à une minorité seulement, cela n’ira pas ; il faut les faire connaître aux larges masses révolutionnaires. » Ces thèses montrent toute l’importance qu’il y à prendre appui sur les masses populaires et à consolider constamment la dictature du prolétariat

 La lutte est prolongée et complexe

Vers la fin de la dynastie des Ts’in, un soulèvement paysan balaya les forces restauratrices des propriétaires d’esclaves. Sur cette base, la classe montante des propriétaires fonciers fonda la dynastie des Han.

Mais dans certains domaines, la classe esclavagiste l’emportait encore sur cette classe montante, et ses membres possédaient une expérience de lutte plus riche que celle des hommes politiques de la classe féodale, ce qui rendait inévitables des épreuves de force répétées entre les deux classes en présence. Au début de la dynastie des Han, mettant à profit des difficultés économiques, de gros propriétaires d’esclaves qui opéraient dans les secteurs de l’artisanat et du commerce firent monter les prix par la spéculation et arrachèrent terres et main-d’œuvre à la classe des propriétaires fonciers, dans le but de saper la base économique de la féodalité.

En accord avec la fraction conservatrice de la classe féodale (les forces locales disposant de forces armées qui préconisaient la division du pays), ils établirent des fiefs indépendants. Ils rassemblèrent un grand nombre de confucéens dans le but de préparer une opinion favorable à la restauration et, comptant sur leurs forces armées, fomentèrent des révoltes.

Afin de renverser la dynastie des Han, pouvoir centralisé de la classe des propriétaires fonciers, en l’attaquant sur deux fronts, ils collaborèrent souvent avec l’aristocratie esclavagiste des Hsiongnou, une nationalité du Nord de la Chine.

Tout cela décida que pendant cette période, la lutte contre la restauration fût âpre, complexe et prolongée.

Au début et au milieu de cette dynastie, la lutte se déroula avec acharnement sur plusieurs fronts.

La dictature de la classe des propriétaires fonciers, qui centralisait le pouvoir, ne devint stable qu’après que la rébellion des sept principautés eût été réprimée, sous le règne de l’empereur King des Han (alias Lieou Ki qui était au pouvoir de 156 à 141 av. J.­C.), et que l’empereur Wou des Han (alias Lieou Tcheh qui régnait de 140 à 87 av. J.­C.) eût lancé une contre-attaque généralisée contre les commerçants propriétaires d’esclaves et remporté la victoire dans la guerre de résistance aux Hsiongnou.

Ce qui précède montre qu’au cours des transformations sociales qui accompagnaient le passade d’un système d’exploitation à un autre, la lutte entre la restauration et la contre-­restauration était également complexe, prolongée et présente dans tous les domaines.

Pour peu qu’elle possède encore un tant soit peu de force, la classe renversée tente toujours de revenir au pouvoir. Cette loi de la lutte de classes est immuable.

En 1955, le président Mao a dit : « Si, à ce jour, on trouve encore des députés royalistes dans cette institution bourgeoise qu’est l’Assemblée nationale française, alors il est fort probable que longtemps après la disparition définitive de toutes les classes exploiteuses de la surface du globe il y aura encore des représentants de la dynastie de Tchiang Kaï-chek qui s’agiteront ça et là.

Les plus récalcitrants d’entre eux n’admettront jamais leur défaite. » (Note à « La troisième série de documents à propos du groupe contre-révolutionnaire de Hou Feng »)

Aujourd’hui l’étude de la lutte entre confucéens et légalistes nous permet de comprendre d’autant mieux ce bilan scientifique de l’expérience historique.

En aucune circonstance, aucune classe et aucun militant révolutionnaires ne doivent jamais oublier l’existence d’ennemis dans le monde.

 Il faut avoir un groupe dirigeant qui applique sans hésitation une ligne juste

Au début et ou milieu de la dynastie des Han de l’Ouest, la Ligne légaliste appliquée à l’époque avait assuré la victoire de la lutte contre la restauration.

Cette ligne prit immédiatement fin avec la disparition de Ts’in Che Houang.

Mais après la mort de l’empereur Kao Tsou des Han (alias Lieou Pang qui fut au pouvoir de 206 à 195 av. J.­C.), elle fut pour l’essentiel maintenue, et poursuivie sous le règne de six empereur » (140 ans).

Pourquoi une telle différence alors que dans un cas­ comme dans l’autre, la classe montante des propriétaires fonciers est au pouvoir ?

De toute évidence, cette situation était liée tant à la destruction des forces résiduelles de l’aristocratie esclavagiste par le soulèvement paysan déclenché à la fin de la dynastie des Ts’in, qu’au rapport de forces existant entre les classes au début de la dynastie des Han.

De plus, on ne saurait nier qu’elle était aussi, dans une large mesure, la conséquence du fait qu’un groupe dirigeant légaliste ait longtemps occupé le pouvoir central.

La ruine de la dynastie des Ts’in permit à Lieou Pang de comprendre l’extrême importance d’un noyau dirigeant au niveau central.

Suivant une ligne légaliste dans la nomination de fonctionnaires, c’est dans la lutte qu’il sut distinguer les hommes de talent et leur confier des responsabilités. Après sa disparition, l’impératrice Liu, l’empereur Wen et leurs successeurs vont, pendant plusieurs générations, poursuivre la ligne légaliste appliquée par Lieou Pang et nommer des légalistes tels Tcbao Tsouo (200­-154 av. J.­C.), Tchang Tang (? - 115 av. J.­C.) et Sang Hong­yang (152-­80 av. J.­C.) à des postes importants de l’appareil d’Etat central.

L’existence au pouvoir central d’un tel groupe dirigeant pendant une longue période fut la garantie de la poursuite de la ligne légaliste.

Même si des révoltes armées éclataient, ce noyau dirigeant était en état de les réprimer.

C’est pourquoi les forces restauratrices des propriétaires d’esclaves le considéraient comme le plus grand obstacle à leurs ambitions.

Le prince de Wou nommé Licou Pi (215­-154 av. J.­C., neveu de Lieou Pang et prince au début de la dynastie dos Han) avança la tactique contre-révolutionnaire qui consistait à « épurer l’entourage de l’empereur. »

Affichant un soutien inconditionnel au pouvoir central, il visait à en éliminer les légalistes, à détruire le groupe dirigeant et à mettre ainsi fin à la ligne légaliste appliqué par les milieux dominants de la dynastie des Han de l’Ouest.

Tirant un bilan de l’importante expérience que constitue la lutte passée entre confucéens et légalistes. Le président Mao a fait remarquer : « Depuis que le prince de Wou, nommé Lieou Pi, de la dynastie des Han, a invente la fameuse tactique consistant à épurer l’entourage de l’empereur, en exigeant la mort de Tchao Tsouo (principal conseiller de l’empereur King des Han), nombre d’arrivistes en ont fait leur arme préférée et le groupe contre-révolutionnaire de Hou Feng a aussi repris cet héritage. »

Sous la dictature du prolétariat, les représentants de la bourgeoisie. Infiltrés au sein du Parti, recourent très souvent à une telle tactique contre-­révolutionnaire avec le projet de liquider la ligne fondamentale du Parti.

L’arriviste et le comploteur contre-­révolutionnaires Lin Piao n’a-­t-­il pas révélé, dans le « projet des Travaux 571 » son intention de brandir le drapeau « révolutionnaire » afin de mieux combattre les forces révolutionnaires fidèles à la ligne juste, celle du président Mao ?

« Nous, membres d’un parti révolutionnaire, nous devons connaître leurs ruses et étudier leur tactique, afin de les vaincre. » (Note à « La troisième série de documents à propos du groupe contre-­révolutionnaire de Hou Feng »)

Il faut savoir démasquer les arrivistes, les comploteurs et les individus à double face de sorte que le pouvoir du Parti et de l’Etat demeure toujours aux mains des révolutionnaires fidèles au marxisme.

 Poursuivre fermement la révolution

Avant le milieu de la dynastie des Han de l’Ouest, les dominateurs féodaux avaient suivi la ligne légaliste. Mais, dans sa lutte contre la restauration de l’esclavagisme, la classe des propriétaires fonciers se fixa comme but unique de sauvegarder sa propre domination ; elle ne pouvait donc plus s’assigner de nouvelle tâche révolutionnaire.

Au début de la dynastie des Han, ayant succédé à Siao Ho (?­ - 193 av. J.­C.) au poste de premier ministre, Tsao Tsen déclara à l’empereur Houei des Han : « L’empereur Kao Tsou [Lieou Pang] et Siao Ho ont fait régner l’ordre dans tout le pays, et les lois et décrets ont été déjà connus de tous. Aujourd’hui que Votre Majesté a pris les rênes du pouvoir, ne suffit-­il pas que moi, Tsen, et d’autres remplissions consciencieusement nos fonctions pour que tout ce qui a été établi soit observé sans défaillance ? »

Ces propos montrent avec clarté que bien que la classe des propriétaires fonciers ait encore poursuivi à l’époque la ligne légaliste, elle avait perdu le dynamisme révolutionnaire qu’avaient manifesté les légalistes à la période tempétueuse de la lutte de classes.

La nature révolutionnaire de cette classe se dissipait progressivement.

Après la dynastie des Han de l’Ouest, au fur et à mesure que s’éloignait graduellement le danger de restauration esclavagiste, les contradictions s’aiguisaient de plus en plus entre la classe des propriétaires fonciers et la paysannerie, ce qui fit que d’un « vrai tigre », cette classe exploiteuse devint peu à peu un « tigre en papier. »

La pensée légaliste commença de répugner à cette classe tandis que la doctrine confucéenne, remodelée à son goût, répondait à ses besoins. Un tel changement est le sort historique que subit irréversiblement uns classe exploiteuse.

Il en va tout autrement du prolétariat.

Cette classe, dont l’esprit révolutionnaire est le plus conséquent, poursuit inébranlablement la révolution même sous sa dictature, car elle s’est fixé le but suprême d’abolir toutes les classes et de réaliser la communisme.

Comme l’a indiqué V. I. Lénine, « notre meilleure garantie contre une restauration, c’est de mener la révolution jusqu’au bout. » (« Rapport sur le congrès d’unification du P.O.S.D.R. »)

De son côté, le président Mao a souligné : Le nouveau régime social « ne peut être consolidé que progressivement » dans le cours de la révolution socialiste.

« Pour qu’il le soit de façon définitive, il faut réaliser l’industrialisation socialiste du pays, poursuivre avec persévérance la révolution socialiste sur le front économique et, de plus, déployer sur les fronts politique et idéologique de durs et constants efforts en vue de la révolution et de l’éducation socialistes. » (Intervention à la conférence nationale du Parti communiste chinois sur le travail de propagande)

Ces enseignements nous apprennent qu’après sa prise du pouvoir, le prolétariat ne peut prévenir la restauration du capitalisme et accomplir la mission historique de sa dictature qu’en menant une révolution et une éducation socialistes fermes et prolongées dans les domaines politique, idéologique et économique.

Au milieu et à la fin de la société féodale, la lutte entre confucéens et légalistes reposait sur une base de classe différente.

La doctrine confucéenne devint l’idéologie dominante de la classe des propriétaires fonciers tandis que l’école légaliste perdit sa qualité de porte-parole de la classe montante des propriétaires fonciers pour ne former qu’une fraction réformatrice de cette classe.

Les propositions de réforme que les légalistes avancèrent pour résoudre les graves crises sociales et nationales apparues à différentes périodes, telles que leur proposition d’empêcher la division du pays pour défendre son unité, ou celle de préconiser la résistance et s’opposer à la capitulation devant l’ennemi, ainsi que la critique et la dénonciation qu’ils entreprirent de la doctrine de Confucius et de Mencius, étaient aussi bien favorables au développement des forces productives sociales, de la culture et de la science, qu’à la sauvegarde de l’unité et de l’indépendance du pays.

C’est pourquoi leurs propositions étaient progressistes. Mais les légalistes ne pouvaient pas résoudre la contradiction fondamentale qui, chaque jour plus grave, interdisait à la société féodale de trouver une issue à son système. Bien qu’ils eurent entrepris la critique du confucianisme À différents degrés, ils ne voulurent ou n’osèrent pas consommer leur rupture avec cette doctrine et n’eurent même pas l’audace de brandir l’étendard de l’école légaliste.

Dans l’avenir des luttes qu’ils eurent à livrer, ils ne montrèrent point une confiance aussi ferme que les légalistes vivant antérieurement à la dynastie des Han de l’Ouest.

La position dominante du confucianisme se confirmant dans la société féodale chinoise, l’école légaliste allait être de plus en plus étouffée, attaquée et persécutée par les confucéens. Cette situation devint encore plus manifeste après la dynastie des Song.

Toute réforme, si petite fût-elle, était considérée comme fléau et provoquait la panique des dominateurs féodaux, qui la jugulaient sans tarder.

A leurs yeux, toute idée nouvelle constituait une hérésie qu’il fallait étouffer sans attendre.

La lutte entre confucéens et légalistes, poursuivie tout au long de la société féodale, montre que le courant de pensée qui consistait à vouer un culte au confucianisme et à dénigrer la pensée légaliste, servait les intérêts des forces les plus réactionnaires et les plus obscurantistes en Chine, et qu’il entravait toujours la réforme sociale et les progrès de la société. Sans une critique aussi radicale que possible de ce courant idéologique réactionnaire, la révolution comme la société ne sauraient faire de progrès.

 Quel est le but de l’étude de la lutte entre confucéens et légalistes ?

A diverses périodes et dans des circonstances différentes, les légalistes du passé ont joué un rôle plus ou moins progressiste, parce qu’ils ont suivi le sens du développement historique. Cependant, ils n’étalent en mesure ni d’assimiler consciemment la loi objective régissant l’évolution de l’histoire, ni de reconnaître le rôle éminent joué par le peuple en tant que créateur de l’histoire.

Mais le prolétariat, guidé par la conception marxiste du monde, peut connaître et assimiler consciemment la loi objective du développement historique, et il est donc capable de mener une révolution conséquente.

La ligne fondamentale de notre parti, définie par le président Mao, pour toute la période historique du socialisme, est le reflet scientifique de la loi objective qui régit la lutte de classes de la société socialiste.

Bien que les taches de combat soient après et que la voie dans la lutte soit sinueuse, l’avenir est brillant.

La dictature du prolétariat se substituera a la dictature de la bourgeoisie et le socialisme remplacera le capitalisme : c’est la loi irréversible du développement de l’histoire.

Nous devons employer le marxisme pour étudier l’expérience historique de la lutte entre confucéens et légalistes et faire la synthèse des lois générales touchant la lutte de classes et la lutte entre les deux lignes dans l’histoire.

Cela doit nous permettre d’approfondir notre compréhension des lois de la lutte de classes présente, de renforcer notre conscience de l’existence de la lutte de classes et d’appliquer plus consciemment la ligne fondamentale du Parti, afin de consolider la dictature du prolétariat, d’empêcher la restauration du capitalisme et d’accomplir la grande mission historique du prolétariat.

Voilà le but essentiel de notre étude de l’expérience historique de la lutte entre confucéens et légalistes, et de la lutte de classes dans son ensemble.

mercredi 12 juillet 2017


Les documents de 1974