Centre MLM de belgique

Engels soumet à la critique l’apriorisme de Dühring − 1972

Notes d’étude d’Anti-Dühring par Wang Tcheh - Publié dans Pékin-Information le 13 mars 1972

Dühring, « génie » ou escroc ?

Anti-­Dühring, cette grande œuvre de F. Engels, vit le jour à la suite d’une lutte acharnée au sein du Parti.

Dans les années 70 du XIXe siècle, E. Dühring, privat-docent de l’Université de Berlin, en faisant paraître une série d’œuvres, déclencha, dans les domaines de la philosophie, de l’économie politique et de la théorie du socialisme, une attaque générale contre le marxisme, attaque qui porta sérieusement atteinte à l’unification et à l’unité du Parti.

En effet, les deux fractions (Eisenâch et Lassalle) de l’organisation ouvrière allemande venaient de fusionner en 1875 pour former le Parti socialiste ouvrier de l’Allemagne.

Bien que cette fusion laissât fort à désirer, elle permit de mettre fin dans une certaine mesure à la division et à la confusion au sein de la classe ouvrière allemande, et de renforcer d’autant le Parti. Mais, nombreux étaient les membres du Parti, qui n’avaient pas bien étudié les questions théoriques fondamentales, et qui avaient une fort mauvaise compréhension de la conception marxiste du monde.

Profitant de cette faiblesse, Dühring se vanta tant et plus, cherchant à tromper l’opinion publique et à se faire un nom. Se donnant des airs de grande sommité théorique du Parti, il colporta sa camelote pseudo-­socialiste et s’efforça de provoquer une scission au sein du Parti.

Tout comme Engels l’indiqua, Dühring et sa petite clique « mettaient en œuvre tous les artifices de la réclame et de l’intrigue. »

Dühring, qui était de toute évidence un charlatan, traitait les autres de charlatans. Lui qui plagiait autrui et proférait des propos absurdes, invectivait les autres à tout bout de champ, en les taxant d’« idiots », de « fous » et de « minauderies ».

Il semblait que lui seul fût le plus grand génie de tous les temps. Il se vanta au point de s’attribuer des mérites mirobolants, tels qu’« un mode de penser nouveau », « des résultats et des vues foncièrement originaux », « des idées génératrices de système », « un travail de pensée qui pénètre les choses de tous les côtés »,« un grand style »... Bref, selon lui, les autres ne valaient rien, leurs théories étaient des absurdités, tandis que sa camelote était une « vérité définitive en dernière analyse ».

Engels ironisa à son sujet en disant : s’il en est vraiment ainsi, « alors nous sommes en présence du plus grand génie de tous les temps, le premier surhomme, parce que le premier être humain infaillible », et nous, les communs des mortels, « nous nous confondons dans la plus profonde vénération pour le plus puissant génie de tous les temps ».

Ces paroles d’Engels le touchèrent au point sensible. Car Dühring cherchait précisément à établir son autorité par cette propagande tenant de la réclame, s’employait à faire croire que lui, ce grand « génie » et « surhomme », était infaillible, et qu’il suffisait de le suivre aveuglément.

Marx et Engels avaient le plus profond mépris et le plus grand dégoût pour ces procédés de Dühring. Engels ne qualifia-­t-­il pas celui-ci de « nain présomptueux », et ses théories, d’« un des types les plus représentatifs de cette pseudo-science tapageuse » et de « camelote extra ».

Malheureusement, tout cela était fort en vogue en Allemagne à l’époque. Non seulement Bernstein devint un partisan zélé de Dühring, même Bebel, ce bon camarade se laissa tromper par ce dernier.

Loin de s’adonner à des « études purement académiques », Dühring suivait une ligne politique et organisationnelle bien définie. En attaquant le marxisme sur le plan théorique, il préparait le terrain pour son pseudo-­socialisme et travaillait à une scission au sein du Parti sur le plan organisationnel.

Plein d’ambition, il créa un groupuscule sectaire avec l’intention de fonder un autre parti ayant celui-ci comme noyau.

En un mot, ses activités étaient devenues menaçantes pour le Parti. Dans ces circonstances, il fallait élever le niveau théorique du Parti, sauvegarder son unité et permettre au Parti, qui venait d’être unifié, d’avancer suivant une ligne correcte.

Aussi Engels, avec le soutien et la participation de Marx, prit-­il la plume pour repousser les attaques frénétiques de Dühring. La méthode aprioriste est une méthode idéaliste.

Dühring en avait à revendre. Engels en fit le décompte en ces termes : Ce n’était rien moins qu’un Système philosophique complet de l’esprit, de la morale, de la nature et de l’histoire, un Système d’économie politique et de socialisme complet et enfin une Critique historique de l’économie politique — trois gros volumes in­-octavo. Il y a en effet de quoi impressionner, mais une question se pose : D’où viennent ces œuvres brillantes et ces articles prolixes ? Telle une araignée tissant sa toile, Dühring avait bâti ces systèmes grâce à son cerveau « génial ».

Il s’imaginait pouvoir déduire, sans tenir compte de l’expérience, tout un système philosophique à partir de prétendus « formes » ou « éléments » fondamentaux » les plus simples des choses et phénomènes, en recourant au raisonnement logique fondé sur quelques axiomes admis de la philosophie ; puis, il dédaignait, par un décret souverain, les octroyer à la nature et à l’histoire humaine. Engels fit remarquer :

« Ce n’est là qu’un autre aspect de la vieille et chère méthode idéologique qu’on appelle ailleurs méthode a priori et qui consiste non pas à connaître les propriétés d’un objet en les tirant de l’objet lui-même, mais à les déduire démonstrativement du concept de l’objet. [...] Ce n’est pas le concept qui doit se régler sur l’objet, mais l’objet sur le concept. [...] La philosophie du réel se présente donc ici encore comme idéologie pure, déduction de la réalité non à partir d’elle-même, mais à partir de la représentation. » L’apriorisme est la théorie idéaliste de la connaissance. Selon la théorie matérialiste de la réflexion, la pensée est le reflet de la réalité objective.

Toute connaissance réelle découle de l’expérience. Il n’y a donc pas de connaissance qui précède l’expérience. L’apriorisme, quant à lui, estime que la raison humaine comporte certaines « conceptions innées », un « raisonnement qui se comprend en soi-même », des « principes innés » ou des catégories logiques, qui ne découlent pas de l’expérience, mais sont inhérents au cerveau de l’homme ; on peut parvenir à la connaissance réelle, en partant de ces principes ou de ces catégories et en employant la méthode du raisonnement logique.

Ne reconnaissant pas que la connaissance rationnelle dépend de la connaissance sensible, les partisans de l’apriorisme soutiennent que celle-là est indépendante. S’opposant à ce qu’on parte de la pratique et de l’expérience, ils prétendent qu’on commence par la raison. Ils ne vont pas de la réalité au concept, mais du concept au fait. Le représentant le plus célèbre de l’apriorisme est le philosophe allemand du XVIIIe siècle, Kant.

Selon lui, les données sensorielles ne constituent pas une connaissance, parce qu’elles sont désordonnées et n’ont aucune signification en elles-­mêmes.

Elles se transformeront en connaissance lorsque la raison de l’homme, utilisant les catégories logiques innées, classe ces données ; au cours de ce processus elles se voient dotées d’une loi par la raison. En conséquence, la loi n’existe pas objectivement mais est créée par l’homme.

Hegel était également un partisan de l’apriorisme. Ses vues en sont cependant un peu différentes. Il maintient que la raison ou les catégories logiques existent bien avant l’histoire mondiale.

Le développement des catégories logiques a créé la nature et l’histoire humaine. Ces dernières sont réglées par les lois logiques ou la raison divine universelle.

Mettant à nu la doctrine de Dühring, Engels indiqua que celui-ci avait copié les authentiques « chimères délirantes » de l’apriorisme de Hegel tout en critiquant globalement sa philosophie, la taxant de « chimères délirantes ».

Tout en critiquant l’apriorisme, Engels exposa de façon approfondie les principes de la théorie matérialiste de la réflexion. Il dit : « Les principes ne sont pas le point de départ de l’étude mais son résultat final. Ce n’est pas le monde objectif qui doit s’adapter aux principes ; les principes sont corrects dans la mesure où ils se conforment au monde objectif. » Quant à Dühring, il intervertissait complètement les choses. Engels expliqua avec des arguments convaincants que toutes les connaissances, y compris les mathématiques apparemment très abstraites, procédaient de l’expérience pratique.

Le « socialisme » de Dühring est un produit de la méthode aprioriste. Selon lui, le socialisme n’est en aucun cas le reflet de la loi objective du développement de la société et la manifestation des intérêts de classe du prolétariat, mais est dérivé des prétendus « principes de l’équité universelle ».

Pour dénoncer à fond les erreurs de Dühring en les faisant ressortir sur un vaste arrière-­plan historique, Engels évoqua en détail la naissance et le développement de l’idéologie socialiste. Il esquissa les vues des socialistes utopiques : Saint­-Simon, Fourier et Robert Owen. Leur pensée philosophique venait des matérialistes français du XVIIIe siècle.

Néanmoins,le matérialisme existant avant Marx n’était pas conséquent et versait dans l’idéalisme, lorsqu’il touchait en particulier le domaine de la vie sociale ; ces socialistes utopiques ne firent pas exception.

Ils partaient des prétendus principes de la raison et non des conditions de la vie matérielle pour observe l’histoire sociale et recouraient à la raison pour tout juger. Ils plaçaient le socialisme sur la base des principes de cette « raison » et de cette « justice ».

Ils considéraient les principes abstraits de ces dernières comme choses premières et voulaient que la vie sociale fût adaptée à ces principes. Ils versèrent ainsi dans l’apriorisme.

Cependant, la doctrine des socialistes utopiques joua un rôle positif dans les conditions historiques de l’époque, tandis que Dühring joua un rôle tout à fait rétrograde et réactionnaire en avançant son système après l’apparition du marxisme. En fait, il n’avait aucunement l’intention de pratiquer le socialisme. Lorsqu’il le dénonça, Engels dit : « Dühring ne critique pour ainsi dire pas le mode de production capitaliste. Il le considère comme très bon et souhaite seulement voir le capitalisme supprimer ses maux.

De toute évidence, il ne s’agit là ni de socialisme scientifique ni de socialisme utopique mais de capitalisme utopique ! » De mime que Dühring, Wang Ming, Liou Chao­-chi et d’autres escrocs semblables en Chine niaient la pratique, la nécessité des enquêtes et recherches.

Ils voulaient qu’on se perfectionnât entre quatre murs. Considérant la vérité générale comme une formule purement abstraite tirée du néant, ils prêchèrent que la théorie était le produit d’un cerveau de génie.

Déjà dans les années 30, ils présentèrent la « raison » comme le slogan central de la « philosophie de défense nationale ». Ils déclarèrent que la « raison » était la « base universelle et légitime de la vérité » et affirmèrent même que si l’on développait cette « raison » abstraite, on parviendrait nécessairement au socialisme.

Plus tard, ils répandirent la « philosophie de l’intérêt public » placée au-dessus des classes et déformèrent le communisme en disant qu’il était la réalisation des principes abstraits de l’« intérêt public » ; ce faisant ils tentaient de camoufler leur nature consistant à s’opposer à la dictature du prolétariat et à persister dans la voie capitaliste.

Niant que le cerveau de l’homme ne faisait que refléter la loi objective, ils prétendirent que celle-ci dépendait de l’homme pour son développement.

Étant donné que l’homme était capable de développer la loi objective, certes, il était aussi capable de la créer.

Tout cela n’est-il pas la version de l’apriorisme que le marxisme a réfuté il y a bien longtemps déjà dans le domaine idéologique ? Nous pouvons ainsi clairement discerner la théorie idéaliste, réactionnaire de ces escrocs au cours de l’étude d’Anti­-Dühring, le développement de l’Histoire ne dépend pas des génies. Les socialistes utopiques avaient la conviction qu’on pouvait transformer la société en s’appuyant seulement sur la force de la raison et considéraient la raison comme aprioriste, éternelle et immuable.

Ils niaient que la connaissance dépend de la pratique sociale et que la vérité constitue un processus de développement. Il en est résulté immanquablement la conception idéaliste de l’histoire selon laquelle le génie crée l’Histoire. Engels dit : Pour tous ces socialistes, « le socialisme est l’expression de la vérité, de la raison et de la justice absolues et il suffit qu’on le découvre pour qu’il conquière le monde par la vertu de sa propre force ; comme la vérité absolue est indépendante du temps, de l’espace et du développement de l’histoire humaine, la date et le lieu de sa découverte sont un pur hasard ».

« Si, jusqu’ici, la raison et la justice effectives n’ont pas régné dans le monde, c’est qu’on ne les avait pas encore exactement reconnues. Il manquait précisément l’individu génial qui est venu maintenant et qui a reconnu la vérité ; qu’il soit venu maintenant, que la Vérité soit reconnue juste maintenant, ce fait ne résulte pas avec nécessité de l’enchaînement du développement historique comme un événement inéluctable, c’est une simple chance. L’individu de génie aurait tout aussi bien pu naître cinq cents ans plus tôt, et il aurait épargné à l’humanité cinq cents ans d’erreur, de luttes et de souffrances. »

Dans la Chine antique, il y avait une légende selon laquelle « un dirigeant clairvoyant fera son apparition tous les cinq cents ans ». Dans son histoire, la nation juive avait de son côté la prédiction des prophètes sur le Messie.

Tout cela traduisait l’espoir d’avoir après un temps donné un sage ou un sauveur qui délivre le peuple de ses souffrances. Malheureusement, l’apparition d’un sage, d’un sauveur n’est pas chose facile ; puisqu’il n’y en avait qu’un ou deux tous les cinq cents ou mille ans, les esclaves n’avaient d’autre moyen que de les attendre avec patience.

Les socialistes utopiques se considéraient consciemment ou non comme des sauveurs. A leurs yeux, ce ne sont pas les esclaves mais les héros, les génies et les grands hommes qui sont les créateurs de l’Histoire. L’histoire d’antan était ténébreuse et pleine d’ignorance et d’absurdité.

Ce n’est qu’après l’apparition d’un ou de deux hommes de génie que le monde pourrait être éclairé par la lumière de la raison et que la création d’une société authentiquement rationnelle serait possible.

Ils ramenaient la question du régime social à une question de connaissance et celle-ci à une question de génie.

De la sorte, ils niaient tout naturellement la lutte des masses et la lutte des classes. Bien qu’il vouât aux gémonies les socialistes utopiques, Dühring continua et développa complètement cette erreur commise par eux.

Engels utilisa la conception matérialiste de l’histoire pour réfuter à fond cette conception idéaliste de l’histoire.

Il indiqua : Ce n’est pas dans la tête des hommes, dans la connaissance de la « vérité éternelle » ou de la « justice universelle », mais dans la base économique et la lutte des classes de la société qu’il faut chercher les causes dernières de toutes les modifications sociales et de tous les bouleversements politiques. La naissance du capitalisme n’est pas due à une erreur de la connaissance de l’homme ; elle est due à une nécessité de l’Histoire, parce que dans les conditions historiques dé l’époque, le régime capitaliste correspondait au développement des forces productives sociales.

De même, s’il est immanquablement remplacé par le régime socialiste, ce n’est pas parce que l’homme se rend compte que le régime capitaliste est en contradiction avec les principes de la justice et de l’égalité ou espère seulement abolir les classes, mais parce que les rapports de production capitalistes sont une entrave au développement des forces productives et que seuls les rapports de production socialistes peuvent libérer les forces productives.

On peut voir ici qu’il n’est pas question d’imaginer a priori un régime social parfait et de l’imposer à la société mais d’observer et de connaître objectivement la loi du développement de la société et de s’appuyer sur la lutte des masses pour transformer la théorie en forces matérielles capables de métamorphoser la société. Le marxisme a toujours reconnu l’action en retour du spirituel et le rôle que jouent les héros, les chefs et les hommes de génie dans l’Histoire.

Mais si capables soient-­ils, les génies ne peuvent modifier la loi de l’Histoire ni décider du cours de celle-ci. L’Histoire n’est pas l’œuvre de quelques hommes de génie mais des masses populaires.

La pensée des héros, des chefs et des hommes de génie se convertit en une grande force matérielle capable de transformer le monde, lorsqu’elle représente les intérêts de la classe avant-garde, se conforme aux besoins de la réalité objective et est assimilée par les masses.

Un génie n’est autre qu’un homme un peu plus intelligent et un peu plus capable que les autres. Mais d’où viennent l’intelligence et la capacité ? Liou Chao­-chi considérait l’intelligence comme une « qualité naturelle », innée et indépendante de la pratique sociale, et la qualifia de don purement biologique. Ce n’est autre qu’une version de plus de l’apriorisme.

La capacité appartient à la catégorie de la connaissance et n’est pas quelque chose d’inné.

L’intelligence et la capacité de l’humanité sont certes liées au degré de perfection du cerveau de l’homme dont l’évolution est le résultat du long labeur et du développement du langage de l’humanité. Puisque le cerveau est en lui-même le produit du labeur, l’intelligence et la capacité peuvent-elles être dissociées de la pratique sociale ?

De plus, la différence du don biologique entre les hommes ne montre en aucun cas que la capacité est innée, parce que le don biologique n’est que la base matérielle naturelle du développement de la capacité et la possibilité de son développement, et que la capacité ne devient effective qu’après une pratique et une étude subséquentes.

Les hommes soi-disant nés « capables » et avec « tous les talents », ou dirigeants, appartiennent purement et simplement au domaine des propos absurdes ! L’intelligence et la capacité ne peuvent que venir de la pratique sociale et des masses.

Le président Mao a considérablement développé cette thèse. Il a indiqué : Le cerveau de tout héros ne peut jouer que le rôle d’une usine de transformation dont les matières premières et les produits semi-­finis viennent des masses populaires. Les humbles qui participent eux-mêmes à la pratique sont les plus intelligents et la vérité est entre les mains des masses. Les dirigeants doivent être les élèves des masses avant d’être leurs maîtres. Selon ce point de vue, le génie, loin d’être un homme isolé, est le représentant d’une ­classe ; il est né parmi les masses et excelle à concentrer leur sagesse.

Sans elles, il n’y aurait pas de génie.

Les masses sont les véritables héros et le génie des héros et des chefs est la manifestation concentrée de la sagesse des masses, d’une classe et du Parti.

C’est pourquoi le génie dont parle le marxisme est foncièrement différent de celui dont parlent les idéalistes.

Liou Chao-­chi et d’autres escrocs de même acabit croient pouvoir utiliser la théorie idéaliste de l’apriorisme sous l’enseigne du marxisme pour tromper les gens. Mais plus nous étudions assidûment les œuvres de Marx et de Lénine et celles du président Mao, plus nous serons capables de percer à jour leurs mensonges et leurs sophismes.

C’est dans la pratique révolutionnaire que le socialisme scientifique est né et se développe.

Pourquoi des hommes tels que Saint-Simon n’ont-­ils pu créer le socialisme scientifique ? Est-­ce parce qu’ils manquaient de génie ? Non.

Engels considérait que Saint-­Simon avait du génie. Mais tous les génies ne sauraient outrepasser les limites de l’époque où ils vivent.

C’est en raison des conditions historiques que des hommes tels que Saint-Simon ont versé dans le socialisme utopique. Le capitalisme était alors à sa période ascendante, la lutte que le prolétariat menait contre la bourgeoisie ne connaissait pas encore le développement, n’était donc impossible de prévoir la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat.

Alors pourquoi Marx et Engels ont-­ils été en mesure de créer le socialisme scientifique ? Était-ce seulement ou principalement en raison de leur génie ? Non.

Engels ne mentionna qu’en de rares occasions le génie de Marx, et jamais il n’y insista outre mesure.

En revanche, il fit surtout remarquer et de façon répétée, dans Anti-Dühring et ses autres ouvrages, les conditions historiques et pratiques qui avaient présidé à la naissance du marxisme. A l’époque de Marx et d’Engels, les sciences naturelles avaient connu de grands développements.

Les trois grandes découvertes, à savoir : la cellule, la transformation de l’énergie et l’évolution des êtres vivants, apportèrent une vigoureuse preuve scientifique à là dialectique. D’autre part, apparurent des événements qualifiés par Engels de « faits historiques [...] qui amenèrent un tournant décisif dans la conception de l’histoire. », c’est-­à-­dire la première insurrection ouvrière à Lyon, en France, en 1831 ; le mouvement des chartistes, premier mouvement ouvrier anglais à l’échelle nationale, qui atteignit entre 1838 et 1842 son point culminant.

Ces faits montrent qu’avec le développement de la grande industrie et de la domination politique nouvellement conquise par la bourgeoisie, la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie était devenue la contradiction principale dans les pays les plus avancés de l’Europe.

Marx et Engels purent élaborer leur théorie, parce qu’ils s’engagèrent personnellement dans la pratique révolutionnaire de l’époque, lurent un grand nombre de livres, étudièrent de grandes quantités de documents sur les sciences naturelles et l’histoire sociale, analysèrent la structure économique et les contradictions internes du capitalisme, et firent le bilan de l’expérience historique du mouvement ouvrier international.

Tout comme le dit Engels, « le socialisme n’apparaissait plus maintenant comme une découverte fortuite de tel ou tel esprit de génie, mais comme le produit nécessaire de la lutte de deux classes produites par l’histoire, le prolétariat et la bourgeoisie ». Liou Chao­-chi et les autres escrocs ont entouré le génie d’une auréole de mystères, prêchant la « connaissance préalable » propre aux personnalités de génie ; il est donc facile de voir que tout cela est de la pacotille aprioriste qui va totalement à rencontre du marxisme.

Le président Mao a dit :

« On ne pouvait connaître d’avance, alors que la société était encore féodale, les lois de la société capitaliste, puisque le capitalisme n’était pas encore apparu et que la pratique correspondante faisait défaut.

Le marxisme ne pouvait être que le produit de la société capitaliste. A l’époque du capitalisme libéral, Marx ne pouvait connaître d’avance, concrètement, certaines lois propres à l’époque de l’impérialisme, puisque l’impérialisme, stade suprême du capitalisme, n’était pas encore apparu et que la pratique correspondante faisait défaut ; seuls Lénine et Staline purent assumer cette tâche.

Si Marx, Engels, Lénine et Staline ont pu élaborer leurs théories, ce fut surtout, abstraction faite de leur génie, parce qu’ils se sont engagés personnellement dans la pratique de la lutte de classe et de l’expérience scientifique de leur temps, sans cette condition, aucun génie n’aurait pu y réussir. »

Le président Mao indique ici d’une façon explicite que la condition de génie n’est ni unique ni principale, que la principale, c’est celle de la pratique.

Il n’existe pas de « connaissance préalable » qui puisse aller au­ delà des conditions de l’histoire et de la pratique.

De même, la pensée-­maotsétoung ne peut être que le produit de l’époque où l’impérialisme marche vers son effondrement total tandis que le socialisme va vers son triomphe dans le monde entier.

La raison principale pour laquelle le président Mao a pu développer le marxisme-léninisme en le portant à une étape supérieure, c’est que la Chine de l’époque contemporaine a été le foyer des différentes contradictions de l’Orient, et qu’il a lié la vérité universelle du marxisme-léninisme à la pratique concrète de la révolution de l’époque, tout en faisant le bilan des nouvelles expériences, incomparablement riches, acquises par le prolétariat et les masses révolutionnaires, au cours du demi-siècle où il a dirigé la Chine dans la révolution de démocratie nouvelle, dans la grande lutte de la révolution et de l’édification socialistes, et dans la grande lutte contre l’impérialisme, le révisionnisme moderne et les réactionnaires de tous les pays.

La pratique de l’humanité est un processus ininterrompu. Elle ne connaît jamais de fin. Il en est de même pour la connaissance de l’humanité. A chaque étape du développement, la vérité que l’on connaît est relative, qui comprend des facteurs de vérité absolue. Mais ce n’est pas la vérité absolue.

Qu’est-ce que la vérité absolue ?

Le président Mao en a donné une définition précise : « De la somme d’innombrables vérités relatives se constitue la vérité absolue. » Étant « innombrables », elles sont impossibles à dénombrer, et on ne finira jamais de les connaître. C’est pourquoi, aucun individu n’est à même d’épuiser la vérité absolue, ni de jouir d’une autorité absolue dans le domaine scientifique.

Dühring se fit passer pour une sommité absolue qui « connaît tout », vanta que sa théorie était une « vérité définitive en dernière analyse », et que sa pensée échappait à « toute velléité d’une représentation du monde subjectivement limité ».

Engels stigmatisa cette absurdité, indiquant que la connaissance de tout être humain est limitée par des conditions subjectives et objectives, et ne peut avoir de signification inconditionnelle et suprême.

Et il n’existe pas au monde d’ « homme de génie infaillible », de surhomme qui possède la vérité absolue. Mais grâce aux efforts des générations, l’humanité n’a cessé d’approcher de la vérité absolue.

A cet égard, seul le processus même de la connaissance humaine qui se développe sans cesse jouit d’une autorité inconditionnelle et suprême.

Liou Chao­-chi et les autres escrocs ne cessent de changer de tactiques pour s’opposer au marxisme, au léninisme, à la pensée­-maotsétoung.

Au début, ils ont fait du marxisme-léninisme quelque chose d’absolu pour pouvoir nier que la pensée­-maotsétoung était un développement du marxisme-léninisme. Ce stratagème ayant échoué, ils ont fait de la pensée-­maotsétoung quelque chose d’absolu, afin de nier que son développement était continu.

La grandeur du président Mao réside dans le fait qu’il se tient sur le front de l’Histoire, faisant progresser d’un même pas sa pensée avec la pratique.

En faisant de la pensée-­maotsétoung quelque chose d’absolu, en la sclérosant, c’est s’opposer à la pensée-­maotsétoung. Le marxisme, le léninisme, la pensée­maotsétoung, loin d’épuiser la vérité, « sans cesse, dans la pratique, [...] ouvre la voie à la connaissance de la vérité ».

En apparence, Liou Chao­-chi et les autres escrocs exaltent la pensée-­maotsétoung, en réalité ils la rabaissent et la calomnient ; en apparence, ils établissent l’autorité absolue du président Mao, en réalité ils établissent la leur.

Nous devons dénoncer résolument leur tentative perfide. Anti-­Dühring a été écrit par Engels il y a environ un siècle. La réputation de Dühring fut pendant un temps brillante. Avec la sortie de Anti­-Dühring, les ouvrages de Dühring tombèrent dans l’oubli en quelques années.

Et Anti­-Dühring d’Engels est devenu un des ouvrages marxistes les plus propagés, qui brille de tout son éclat jusqu’à ce jour. Maintenant, en tant que professeur par l’exemple négatif, Dühring n’a pas été complètement oublié.

C’est en lisant Anti­-Dühring que l’on sait qu’il a existé un certain Dühring. Le jugement de l’Histoire est impitoyable ! Cependant, les escrocs tels que Liou Chao­-chi, ne sont pas capables de tirer les leçons historiques de ce fait.

Ils opposent aujourd’hui encore l’apriorisme à la théorie de la réflexion, se faisant passer pour des génies qui créent l’histoire, des messies naturels, des surhommes infaillibles, afin de réaliser leur complot criminel d’usurper le pouvoir du Parti et de l’État, et de restaurer le capitalisme.

Mais ils se démènent en vain. Loin de pouvoir faire tourner à l’envers la roue de l’Histoire, ils ne peuvent qu’être réduits en miettes par elle.