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Dolores Ibarruri : Message d’adieu aux volontaires des Brigades Internationales − 1938

15 Novembre 1938

Il est très difficile de prononcer des mots d’adieu adressés aux héros des Brigades Internationales, par ce qu’ils sont et par ce qu’ils représentent.

Un sentiment d’angoisse, d’infinie douleur vous monte à la gorge vous la serrant comme des tenailles...

Angoisse pour ceux qui s’en vont, soldats de l’idéal le plus élevé de la Rédemption humaine, déracinés de leur patrie, poursuivis par la tyrannie de tous les peuples...

Douleur pour ceux qui restent ici pour toujours, se confondant avec notre terre et vivant dans le plus profond de notre cœur, auréolés par le sentiment de notre gratitude éternelle.

De tous les peuples et de toutes les races, vous êtes venus à nous comme des frères, comme des fils de l’Espagne immortelle, et dans les jours les plus durs de notre guerre, quand la capitale de notre République Espagnole se trouvait menacée, c’est vous, braves camarades des Brigades Internationales qui avez contribué à la sauver avec votre enthousiasme combatif et votre héroïsme et esprit de sacrifice.

Et JARAMA, et GUADALAJARA, et BRUNETE, et BELCHITE, et LEVANTE, et l’EBRO, chantent avec des strophes immortelles le courage, l’abnégation, la bravoure, la discipline des hommes des Brigades Internationales.

Pour la première fois dans l’histoire des luttes des peuples un spectacle a été donné, étonnant par sa grandeur, de la formation des Brigades Internationales, pour aider à sauver la liberté et l’indépendance d’un pays menacé.

Notre Espagne.

Communistes, socialistes, anarchistes, républicains, hommes de couleur différente, d’idéologie différente, de religions opposées, mais aimant tous profondément la liberté et la justice, sont venus nous offrir leur aide, inconditionnellement.

Ils nous offraient tout, leur jeunesse ou leur maturité ; leur science ou leur expérience ; leur sang et leur vie ; leurs espoirs et leurs souhaits.

Et ils ne nous demandaient rien. C’est-à-dire, oui : ils voulaient une place dans la lutte, ils rêvaient d’avoir l’honneur de mourir pour nous.

Drapeaux espagnols !

Saluez tous ces héros, inclinez vous devant tous ces martyrs.

MÈRES ! ÉPOUSES !

Quand les années passeront et les blessures de la guerre commenceront à cicatriser ; quand le souvenir des jours douloureux et sanglants s’estompera en un présent de liberté, de paix et de bien-être ; quand les rancœurs s’atténueront et l’orgueil de la patrie libre soit unanimement ressenti par tous les espagnols, parlez à vos enfants, parlez-leur de ces hommes des Brigades Internationales.

Racontez-leur comment, traversant mers et montagnes, franchissant des frontières hérissées de bayonettes, épiés par des chiens enragés, avides de déchirer leurs chairs de leurs crocs, sont arrivés dans notre patrie comme des croisés de la liberté, pour combattre et mourir pour la liberté et l’indépendance d’Espagne, menacée par le fascisme allemand et italien.

Ils ont tout abandonné : tendresse, patrie, foyer, fortune, mère, épouse, frères, enfants et vinrent à nous pour nous dire : nous sommes là ! Votre cause, la cause de l’Espagne est notre même cause, c’est la cause commune à toute l’humanité avancée et progressive

Aujourd’hui beaucoup s’en vont, des milliers restent ayant pour linceul la terre d’Espagne, le souvenir saturé de la plus profonde émotion de tous les Espagnols.

Camarades des Brigades Internationales !

Des raisons politiques, des raisons d’Etat, la santé de cette même cause pour laquelle vous avez offert votre propre sang avec une générosité sans limites, vous font repartir dans votre patrie pour les uns, vers une émigration forcée pour d’autres.

C’est fiers que vous pouvez partir.

Vous êtes l’Histoire, la légende, vous êtes l’exemple héroïque de la solidarité et de l’universalité de la démocratie, face à l’esprit mesquin et attaché à ses privilèges de ceux qui interprètent les principes démocratiques en regardant leurs coffres-forts ou leurs actions en bourse, qu’ils veulent conserver à l’écart du risque.

NOUS NE VOUS OUBLIERONS PAS ; ET QUAND L’OLIVIER DE LA PAIX FLEURIRA, ENTRELACÉ AVEC LES LAURIERS DE LA VICTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ESPAGNOLE ! REVENEZ !

Revenez vers nous, vous y trouverez une patrie pour ceux qui n’ont pas de patrie, des amis pour ceux qui vivent privés d’amitié, et tous, tous, l’affection et la reconnaissance de tout le peuple espagnol, qui aujourd’hui et demain criera avec enthousiasme :

Vivent les héros des Brigades Internationales !!!!

samedi 17 septembre 2016


La guerre d’Espagne