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Dmitri Manouïlski : Friedrich Engels dans le lutte pour le marxisme révolutionnaire – 1935

Discours prononcé au VIIe Congrès mondial de l’Internationale communiste, le 5 août 1935, à l’occasion du 40e anniversaire de la mort de F. Engels

 I. − Engels et son rôle dans la création du socialisme scientifique

Quarante ans se sont écoulés depuis la mort de Friedrich Engels, le plus proche compagnon de lutte de Karl Marx, l’éminent penseur révolutionnaire de l’humanité, l’organisateur et le chef de la révolution prolétarienne. Les noms de Marx et d’Engels resteront pour toujours dans la mémoire des peuples comme les noms de deux grands génies créateurs du socialisme scientifique et fondateurs du mouvement communiste international.

L’activité révolutionnaire d’Engels est inséparablement liée à la vie et à l’activité de Marx.

II y a quarante ans, Lénine écrivait :

« Les légendes antiques rapportent divers exemples touchants d’amitié. Le prolétariat européen peut dire que sa science a été créée par deux savants et combattants dont les relations dépassent toutes les légendes les plus émouvantes des anciens sur l’amitié des hommes [1]. »

Le quarantième anniversaire de la mort d’Engels, que nous célébrons aujourd’hui, coïncide avec un revirement survenu dans le mouvement ouvrier mondial, avec le tournant opéré, sous l’influence de la victoire du socialisme en U.R.S.S. et de la plus profonde crise du capitalisme, par les plus grandes masses d’ouvriers social-démocrates et sans-parti vers le communisme, avec la désagrégation toujours plus rapide de la IIe Internationale.

La victoire du prolétariat en U.R.S.S., les progrès du mouvement communiste dans le monde entier, sont le résultat direct du fait que le Parti bolchévik, le parti international de Lénine et de Staline, est resté jusqu’au bout fidèle à la doctrine de Marx et d’Engels.

La désagrégation de la IIe Internationale, la défaite et la faillite de ses partis sont la conséquence historique inévitable du fait d’avoir renié Marx et Engels, banalisé et défiguré le marxisme. Des millions de travailleurs doivent payer aujourd’hui le prix de ce reniement, dans l’étau de la crise, sur les gibets et au bagne fascistes, dans les tranchées de nouvelles guerres impérialistes qui se déchaînent.

Les opportunistes de toutes nuances de la IIe Internationale : Bernstein, Cunow, Kautsky, Vandervelde et leurs semblables, ont accusé Engels de tous les péchés mortels, en opposant l’un à l’autre Marx et Engels, cherchant à « réfuter », et l’un et l’autre, pour, en somme, vider le marxisme de son âme révolutionnaire.

Et ce n’est pas par hasard − c’est une chose tout à fait logique et inévitable − que les révisionnistes au sein de la IIe Internationale qui, au début, étaient partis en guerre précisément contre Engels dans toutes les questions fondamentales de théorie et de pratique, sont passés à la position de collaboration avec la bourgeoisie et ont glissé peu à peu dans le marais de la réaction.

Dès le début de son activité révolutionnaire, Engels mène la lutte aux côtés de Marx pour fonder et développer le socialisme scientifique dans le domaine de l’économie et des sciences sociales, de la philosophie et des sciences naturelles, lutte pour faire pénétrer toujours plus profondément le marxisme révolutionnaire dans la conscience des masses prolétariennes.

Dans la lutte contre les « vrais » socialistes allemands, ces magnanimes « pontifes de la justice humaine et du droit », ces prophètes pompeux de la paix des classes et de la « paix entre les peuples » au sein de la société capitaliste, ces faux pacifistes et ces humanistes invertébrés, Engels enseigne aux masses prolétariennes la haine impitoyable contre l’ennemi de classe, les invite à rompre définitivement avec ce dernier et ses laquais idéologiques − prêtres, avocats, parlementaires.

Engels livre un combat à outrance aux lassalliens, ces « socialistes du roi de Prusse », qui léchaient les bottes de Bismarck, avec leur « superstition de l’Etat », avec leurs préjugés idéalistes et leurs élucubrations sur le « droit humain en général », avec leur « loi d’airain des salaires », qui nie la lutte économique indépendante et l’organisation syndicale indépendante de la classe ouvrière ; c’est en défendant et popularisant l’économie politique de Marx, en soulignant le lien indissoluble qui existe entre la lutte économique et la lutte politique du prolétariat qu’Engels met à nu l’essence réformiste du lassallisme, son adaptation à l’Etat des hobereaux et des bourgeois, sa trahison de la révolution prolétarienne.

C’est contre le proudhonisme et le bakounisme, ces courants anarchistes petits-bourgeois, utopiques, réactionnaires dans le mouvement ouvrier, qui substituaient à la lutte révolutionnaire de masse des phrases sur l’« entr’aide par la coopération pacifique », sur l’ « égalité des classes », sur la « destruction de tous les Etats quels qu’ils soient », qu’Engels défend la nécessité d’un parti politique du prolétariat, de la lutte politique pour la dictature de la classe ouvrière.

Dans la lutte contre toutes les théories pseudo-socialistes et pseudo-révolutionnaires, Engels, partant de l’analyse faite par Marx des rapports économiques de la société bourgeoise, démontrait l’effondrement inéluctable de la bourgeoisie par la violence et le rôle du prolétariat dans l’histoire mondiale, en tant que fossoyeur du capitalisme et créateur d’un nouvel ordre, de l’ordre socialiste.

Avec Marx, Engels a prouvé que la lutte de classe mène à la dictature du prolétariat comme Etat de la période de transition entre le capitalisme et le communisme ; que sans la direction de son propre parti politique indépendant, le prolétariat ne vaincra pas dans cette lutte.

L’analyse véritablement scientifique, pénétrant au cœur même des phénomènes historiques, des processus économiques et politiques, s’allie chez Engels à la passion enflammée du chef et du maître du prolétariat, qui appelle les masses ouvrières à la lutte révolutionnaire.

Le socialisme scientifique éclaire tout le passé, le présent et l’avenir de la société humaine ; il montre au prolétariat ce qu’étaient avant lui les classes exploitées et asservies, ce qu’il est lui-même et qu’il doit devenir. Et c’est pourquoi, − enseignait Engels aux ouvriers, − agissez selon cette théorie révolutionnaire, luttez pour la dictature du prolétariat, et votre libération sera celle de l’humanité entière, la fin de toute exploitation, de toute oppression et de toute violence !

Cette idée sur l’unité de la théorie révolutionnaire et de l’action révolutionnaire traverse comme un fil rouge tous les ouvrages scientifiques d’Engels, tous ses articles polémiques et toutes ses directives au Parti.

Dans le domaine de l’économie politique, Engels formule cette loi immuable pour toutes les sociétés exploiteuses.

« Chaque progrès de la production est en même temps une régression dans la situation de la classe opprimée, c’est-à-dire de la grande majorité. Chaque bienfait pour les uns est nécessairement un mal pour les autres. Chaque nouvelle libération d’une classe - une nouvelle oppression pour une autre classe [2]. »

C’est dans le capitalisme que cette contradiction interne de la société d’exploiteurs trouve son expression la plus éclatante. Le porteur vivant de cette contradiction, c’est le prolétariat, la classe privée de tous les moyens de production et, pour cette raison, aussi la classe la plus révolutionnaire parmi toutes les classes exploitées que l’histoire ait jamais connues. Engels dit :

« En transformant de plus en plus la grande majorité de la population en prolétaires, le mode de production capitaliste crée la puissance qui est forcée d’accomplir cette subversion sous peine de périr [3]. »

Dans un de ses tout premiers ouvrages, Engels donne une caractéristique saisissante, par sa véracité cruelle, de la situation de la classe ouvrière sous le capitalisme. Plus de quatre-vingt-dix ans ont passé depuis. Qu’on lise maintenant cette caractéristique à n’importe quel ouvrier d’un pays capitaliste, et il reconnaîtra en elle, comme dans un miroir, lui-même et le sort que lui fait le capitalisme :

« Si un individu cause à un autre un dommage corporel, et notamment un dommage entraînant la mort pour celui qui en est l’objet, nous appelons cela homicide ; si son auteur savait à l’avance que le dommage serait mortel, nous appelons son acte un crime.

Mais si la société met des centaines de prolétaires dans une situation telle qu’ils sont voués nécessairement à une mort prématurée, non naturelle, à une mort qui est aussi violente que la mort par l’épée ou la balle ; si elle prive des milliers des conditions de vie nécessaires, les place dans une situation où ils ne peuvent vivre ; si elle les contraint par le bras puissant de la loi à rester dans ces conditions jusqu’à ce que mort s’ensuive, mort qui ne peut manquer d’être la conséquence de ces conditions ; si elle sait, ne sait que trop bien, que ces milliers seront les victimes de ces conditions et qu’elle laisse cependant subsister ces conditions, autant dire que c’est un assassinat tout comme l’acte de l’individu, mais un assassinat dissimulé, par guet-apens, un assassinat contre lequel personne ne peut se défendre, qui ne semble pas être un assassinat, parce qu’on ne voit pas l’assassin, parce que tout le monde, mais à son tour personne, n’est cet assassin, parce que la mort de la victime de la bataille apparaît comme une mort naturelle [4]. »

En régime capitaliste, les outils, les machines, la terre se dressent en face de l’ouvrier comme une force qui lui est étrangère et hostile. La manifestation suprême de cet antagonisme, ce sont les crises périodiques qui ébranlent le régime exploiteur jusque dans ses fondements, et qui montrent aux classes dirigeantes toute leur incapacité à gouverner par les forces qu’eux-mêmes ont appelées à la vie, forces déchaînées comme un élément aveugle sur toute l’humanité, qui dévastent des pays, des villes et des· villages florissants et condamnent des millions d’hommes à la disparition et à la dégénérescence.

Engels a montré comment le développement du prolétariat que ses conditions de vie poussent à la révolution sociale, et le développement des forces productrices ayant dépassé le cadre de la société capitaliste, doivent inévitablement briser ce cadre et conduire à la révolution sociale.

Cela étant, Marx et Engels formulent le « but final prochain » − le renversement du pouvoir de la bourgeoisie et l’instauration de la dictature du prolétariat. C’est là l’essentiel du marxisme.

Dans la lutte pour le marxisme révolutionnaire, Engels élabore avec une extrême clarté la question des rapports réciproques entre l’économie et la politique dans toute l’histoire du développement social et, sur cette base, la question relative à l’essence de l’Etat des classes exploiteuses. Dans une esquisse générale, il trace aussi les contours généraux de la construction du socialisme.

L’analyse très profonde d’Engels, qui embrasse tout ce qu’on appelle la « civilisation », c’est-à-dire l’histoire des classes d’exploiteurs et de leurs Etats, aboutit à la conclusion que la disparition des classes et des Etats est historiquement tout aussi nécessaire que leur apparition et leur développement l’ont été jusqu’à présent.

Engels écrivait :

« Nous approchons maintenant à pas rapides d’un stade de développement de la production où l’existence de ces classes non seulement a cessé d’être une nécessité, mais devient un obstacle positif à la production [5]. »

On sait quels hurlements de fureur, quelle rage et quelle indignation a provoqués et provoque encore cette thèse du marxisme sur la disparition inéluctable des classes et des Etats chez tous les avocats à gages de l’« ordre bourgeois et de la propriété privée » ; quelle incompréhension stupide elle rencontrait et rencontra encore aujourd’hui chez tous les Bernstein et Kautsky, pour qui l’Etat bourgeois, légèrement maquillé et réformé, est le couronnement suprême du progrès humain.

Engels, dans sa lutte aussi bien contre les opportunistes sociaux-démocrates que contre les anarchistes, mettait au premier plan la question de la dictature du prolétariat et, en particulier, la question de la différence radicale qui existe entre l’Etat des exploiteurs et l’Etat prolétarien. La doctrine du marxisme révolutionnaire sur l’Etat et la révolution, et notamment les remarquables esquisses d’Engels sur la question de la démocratie prolétarienne, à l’opposé de la démocratie bourgeoise, ont reçu un développement génial dans les travaux de Lénine et de Staline.

Quelle irréfutable confirmation trouve aujourd’hui, précisément, dans les conditions de l’offensive de la réaction et du fascisme dans les pays capitalistes, la doctrine marxiste-léniniste de l’Etat, en tant qu’organisme de la classe exploiteuse chargé de maintenir dans la soumission la classe exploitée !

Comme elles sont honteusement dispersées aux quatre vents, les subtilités mensongères des philistins social-démocrates concernant l’Etat, « interprète des intérêts généraux du peuple », conciliant prétendument les intérêts des classes antagonistes et se plaçant au-dessus d’elles.

Et comme se vérifient aujourd’hui, dans les pays fascistes surtout, les paroles d’Engels disant que l’Etat, ce sont les formations militaires, la police, l’armée, les prisons et les tribunaux. Les valets fascistes du capital financier, la Gestapo, les sections de protection de Hitler et de Gœring, les geôles fascistes, les camps de concentration et les échafauds, voilà qui met à nu l’essence même de l’Etat exploiteur qui rejette les oripeaux de la démocratie bourgeoise, foule aux pieds les derniers restes des libertés et droits démocratiques conquis par les travailleurs pendant de longues années d’une lutte sanglante.

Et que diront aujourd’hui, en présence de ces faits inexorables, ceux qui, banalisant et défigurant le marxisme, ont nié la voie de la révolution prolétarienne et défendu, avec Noske et Severing, l’Etat bourgeois contre l’assaut des masses révolutionnaires ?

En opposant à la dictature de la bourgeoisie la dictature du prolétariat, Marx et Engels ont lutté toute leur vie pour la création d’un parti capable de conduire les masses à la prise du pouvoir et à l’instauration de la dictature du prolétariat. Après la Commune de Paris, toutes les indications d’Engels sur les tâches premières du prolétariat dans la révolution socialiste, convergent vers un seul point : mettre à profit l’expérience de la Commune de Paris, expérience qui doit servir de base au programme des nouveaux partis de masse du prolétariat.

« Le philistin social-démocrate est ces derniers temps pris à nouveau d’une crainte salutaire en entendant le mot : dictature du prolétariat. Eh bien, Messieurs, voulez-vous savoir à quoi ressemble cette dictature ? Regardez un peu la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat [6]. »

Ainsi parle Engels peu avant sa mort, au XXe anniversaire de la Commune de Paris. Seuls les bolchéviks ont inclus dans leur programme, dès 1903, ont pris comme directive la revendication de la dictature du prolétariat. En 1917, citant les paroles d’Engels et de Marx sur l’expérience de la Commune, Lénine écrivait :

« En révisant le programme de notre Parti, il faut absolument tenir compte du conseil d’Engels et de Marx, pour être plus près de la vérité, pour rétablir le marxisme, en l’épurant des déformations, afin de diriger plus sûrement la lutte de la classe ouvrière pour sa libération [7]. »

Seuls les bolchéviks, sons la direction de Lénine et de Staline, ont assigné comme but immédiat à la révolution prolétarienne, la création d’un Etat « du type de la Commune », en complétant l’expérience de cette dernière par l’expérience de deux révolutions russes ; ils ont su conduire les millions de prolétaires et de paysans pauvres à la démolition de l’Etat bourgeois et à l’instauration de la dictature du prolétariat sous la forme des Soviets.

Engels a dit que la lutte de classe du prolétariat ne prendrait sa plus grande envergure que lorsque le prolétariat se serait emparé du pouvoir et, à l’aide de sa dictature, aborderait la transformation radicale de tous les rapports de production. Aujourd’hui, sur un sixième du globe, au cours d’une lutte révolutionnaire intransigeante, le marxisme créateur a pris et prend chaque jour davantage, dans le grand laboratoire du travail et de la pensée socialiste, sous la direction de Lénine et de Staline, une envergure d’une portée historique mondiale. Le prolétariat vainqueur fait ce dont a parlé Engels :

« Le prolétariat se saisit du pouvoir public et transforme, en vertu de ce pouvoir, les moyens sociaux de production glissant des mains de la bourgeoisie en propriété publique. Par cet acte, il libère les moyens de production de la qualité du capital qu’ils avaient jusqu’ici et donne à leur caractère social pleine liberté de s’imposer. Désormais, une production sociale selon un plan déterminé à l’avance devient possible [8]. »

C’est ce que les bolchéviks ont fait. Ils ont exproprié les capitalistes et les propriétaires fonciers ; ils ont libéré des chaines du Capital les forces productives, matérielles, ainsi que la plus grande force créatrice de l’Histoire, le prolétariat ; ils ont substitué à l’anarchie capitaliste le plan socialiste.

Engels a dit :

« L’appropriation collective des moyens de production ne supprime pas seulement les obstacles artificiels actuels à la production, mais aussi le gaspillage et la dévastation réels de forces productives et de produits qui, actuellement, accompagnent inévitablement la production et atteignent leur apogée dans les crises. Elle libère en outre une masse de moyens de production et de produits, pour la collectivité, en supprimant la prodigalité insensée du luxe des classes aujourd’hui au pouvoir et de leurs représentants politiques [9]. »

C’est ce que les bolchéviks ont fait. Dans le pays du prolétariat vainqueur, les crises et le chômage ont été supprimés à jamais ; les classes d’exploiteurs et de parasites, liquidées. Il n’y a point de place pour le gaspillage insensé des produits du travail du fait de la reconstruction socialiste de l’économie nationale, le régime, socialiste domine sans partage dans le pays.

Engels a parlé d’une

« organisation de la production telle que, d’une part, aucun individu ne puisse rejeter sur d’autres sa part de travail productif et où, d’autre part, le travail productif, de moyen d’asservissement, devient moyen de libération des hommes [10]. »

C’est ce que les bolchéviks ont fait. De malédiction qu’il était sous le capitalisme, le travail est devenu, dans le pays socialiste, une affaire d’honneur de vaillance et d’héroïsme. C’est à la grande école de l’émulation socialiste et du travail de choc que naissent de nouvelles formes de travail collectif.

Les bolchéviks réalisent les ébauches géniales de Marx et d’Engels sur la nécessité de vaincre les antagonismes entre la ville et la campagne, sur la répartition rationnelle des forces productives, sur la création des prémices pour un vaste développement intellectuel et physique des hommes. Mais ces extraordinaires ébauches prophétiques, les bolchéviks du Parti et sans parti, les incarnent concrètement dans la vie, en les enrichissant de la pensée créatrice des esprits les plus géniaux de l’époque contemporaine, Lénine et Staline, en leur infusant l’expérience vivante de la lutte révolutionnaire des masses.

Engels a dit que les hommes à qui il incombera d’anéantir à fond les bases de Ia société d’exploiteurs et de bâtir la société socialiste sans classes, seront doués d’une force extraordinaire de prévision théorique et d’une volonté irréductible.

C’est notre parti, le Parti bolchévik, avec à sa tête Lénine et Staline, que voyait le regard génial d’Engels, qui perçait le voile des décades à venir ! (Vifs applaudissements.)

C’est de ces millions d’hommes, qui ont édifié le socialisme dans le pays de la dictature du prolétariat, que parlait Engels.

C’est l’entrée dans l’arène historique des hommes qui réaliseront sur tout le globe le grand but tracé par Marx et Engels.

 II. – Chef du prolétariat et maître de la tactique prolétarienne

Engels ne fut pas seulement un très grand théoricien du prolétariat. Comme Marx, il était avant tout un révolutionnaire. Son véritable élément, comme celui de Marx, c’était avant tout la lutte obstinée, conséquente, passionnée pour le communisme.

1840-1845. Le jeune Engels déploie ses ailes. Il rompt avec le milieu philistin chrétien de Prusse, il se fraye un chemin vers le socialisme prolétarien. Rencontre avec Marx. L’alliance de lutte, la grande camaraderie des deux génies du communisme prolétarien, est conclue. Ensemble, ils organisent et dirigent la Ligue des communistes ; ensemble, ils élaborent le célèbre Manifeste du Parti communiste, premier document-programme du communisme international.

Révolution de 1848. Engels est dans les rangs de la rédaction de la Nouvelle Gazette rhénane, où, avec Marx, il soutient l’aile extrême-gauche de la démocratie, démasquant sans pitié ses hésitations, défendant les intérêts particuliers du prolétariat dans la révolution bourgeoise.

1860-1870. Le premier parti prolétarien international, la Première Internationale, au travail de laquelle Engels prend avec Marx la part la plus active, se forme. Au sein de la Première Internationale, la doctrine de Marx et d’Engels remporte une victoire décisive sur tous ses adversaires.

La Commune ouvre une nouvelle époque dans l’histoire de l’humanité. Des tâches nouvelles se posent : le passage à la création, dans différents Etats, de partis prolétariens de masse, sur le développement desquels Engels exerce une influence décisive.

Dès 1846, Engels âgé de vingt-six ans, a formulé avec une précision surprenante les tâches des communistes :

1. Faire triompher les intérêts du prolétariat en opposition à ceux de la bourgeoisie ; 2. Faire ceci en abolissant la propriété privée et en lui substituant la communauté des biens ; 3. Ne pas reconnaître d’autres moyens pour réaliser ces desseins que la révolution démocratique violente [11].

De nombreuses années plus tard, Engels déclarait :

« Nous voulons l’abolition des classes. Quel est le moyen d’atteindre ce but ? La domination politique du prolétariat... Mais l’acte suprême de la politique est la révolution ; celui qui reconnaît cela, doit aspirer à des moyens, à des actes politiques tels qu’ils préparent la révolution, qu’ils éduquent les ouvriers en vue de la révolution et sans lesquels les ouvriers seront constamment bernés au lendemain de la bataille par les Favre et Pyat... Il faut que le parti se forme non comme l’appendice d’un parti bourgeois quelconque, mais en tant que parti indépendant ayant son propre but, sa propre politique [12]. »

Et c’est à la réalisation de ces tâches qu’est consacrée toute la lutte d’Engels au cours d’un demi-siècle.

Ce qui distingue Engels, en tant qu’homme politique de la classe ouvrière, a été nettement formulé par Lénine. C’est....

« La compréhension la plus profonde des fins prolétariennes de transformation radicale et la détermination extraordinairement souple des tâches tactiques données au point de vue de ces fins révolutionnaires, et sans la moindre concession à l’opportunisme et à la phrase révolutionnaire. »

Je tiens encore à m’arrêter de façon plus détaillée sur Engels, en tant que maître de la tactique prolétarienne. Nos Partis, la direction de nos sections ont de quoi apprendre par les brillants exemples d’art tactique du grand capitaine prolétarien.

Du riche trésor de principes tactiques élaborés et appliqués par Engels au cours de son activité pratique, je ne toucherai que quelques questions qui se trouvent en relation directe avec la tâche centrale du VIIe congrès, la préparation et l’organisation de la classe ouvrière et de tous les travailleurs pour les combats décisifs.

Il y avait bien des gens à l’époque d’Engels, et il y en a passablement aussi aujourd’hui, se représentant la révolution prolétarienne, non pas d’une façon dialectique, mais d’une façon mécanique : dans un camp, les révolutionnaires conscients, conséquents, « purs » ; dans l’autre, une seule masse réactionnaire ; point de modifications dans le rapport des forces de classe, car toutes les classes occupent une fois pour toutes les positions qui leur sont réservées dans le schéma révolutionnaire ; point de couches intermédiaires, hésitantes, car toutes elles sont d’avance marquées au catalogue de la réaction ; point d’avant-garde ni de réserves, car tous les représentent une seule masse révolutionnaire ; point de masses qui ne font qu’approcher de la révolution, car elles sont d’avance comprises dans le camp de l’avant-garde révolutionnaire ; point d’étapes dans le développement de la lutte révolutionnaire, puisque par un passage vertigineux, les masses sont promues dans la classe supérieure de la « dernière lutte », de la lutte décisive ; point de travail quotidien du parti révolutionnaire en vue d’instruire et de préparer les masses à la lutte, puisque les masses n’attendent qu’une occasion pour se jeter dans le combat sous la direction de meneurs archi-révolutionnaires ; point de préparatifs d’organisation accélérant la crue du mouvement, car la force des éléments de ce mouvement travaille pour nous.

C’est ce type de gens qu’Engels avait en vue, lorsqu’il se moquait du schéma suivant de développement de la révolution :

« Tous les partis officiels réunis en un tas ici, de même que les socialistes en colonnes là-bas ; grande bataille décisive, victoire sur toute la ligne d’un seul coup. Les choses ne se passent pas si simplement dans la réalité. Dans la réalité, cela commence de façon inverse... la révolution débute ainsi : la grande majorité du peuple et des partis officiels aussi se groupent et se précipitent contre le gouvernement ainsi isolé, et c’est seulement une fois que ceux des partis officiels qui sont encore restés possibles, se sont usés les uns par les autres, les uns contre les autres et les uns après les autres, c’est seulement alors que la grande décision... se produit et partant la chance de notre domination. Si nous voulions... faire débuter la révolution immédiatement par son dernier acte, ce serait lamentable pour nous [13]. »

C’est cette thèse brillante d’Engels sur la voie et le développement de la révolution que Lénine a développée d’une façon encore plus éclatante et plus complète, plus de trente ans après :

« Croire que l’on puisse concevoir la révolution sociale sans le soulèvement des petites nations dans les colonies et en Europe, sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans le mouvement des masses inconscientes de prolétaires et semi-prolétaires contre le joug du propriétaire foncier, de l’Eglise, de la monarchie ; le joug national, etc., croire cela signifie renoncer à la révolution sociale. On pourrait croire qu’une armée se placera à un endroit et dira : "Nous sommes pour le socialisme", et une autre armée à un autre endroit dira : "Nous sommes pour l’impérialisme", et ce sera la révolution sociale !... Celui qui attend la révolution sociale "pure" ne la verra jamais. Celui-là est un révolutionnaire en paroles, qui ne comprend pas ce qu’est la véritable révolution. »

Et plus loin :

« La révolution socialiste en Europe ne peut être autre chose qu’une explosion de la lutte de masse de tous les opprimés et mécontents de toute sorte. Des parties de la petite bourgeoisie et des ouvriers arriérés y participeront nécessairement − sans cette participation, la lutte de masse n’est pas possible, aucune révolution n’est possible − et tout aussi nécessairement elles vont apporter dans le mouvement leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs.

Mais, objectivement, elles vont attaquer le Capital, et l’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, exprimant cette vérité objective de la lutte de masse variée et discordante, bigarrée et extérieurement morcelée, pourra l’unifier et la diriger, conquérir le pouvoir, se saisir des banques, exproprier les trusts haïs de tous (quoique pour des raisons différentes) et réaliser d’autres mesures dictatoriales qui, dans leur ensemble, aboutissent au renversement de la bourgeoisie et à la victoire du socialisme, victoire qui ne se "débarrassera" pas d’un seul coup, loin de là, des "scories petites-bourgeoises" [14]. »

Ces paroles d’Engels et de Lénine, remarquables par leur profondeur, renferment les éléments essentiels de la réponse à la question de savoir comment lutter aujourd’hui avec succès contre l’offensive du Capital, le fascisme et la menace de guerre. Elles renferment, déjà, et la nécessité d’une politique juste du Parti prolétarien à l’égard des masses de sa propre classe et à l’égard des alliés, et la tâche de créer un vaste front populaire de lutte, et l’utilisation judicieuse des contradictions internationales dans l’intérêt du renforcement des positions du prolétariat.

Toute notre expérience a confirmé plus d’une fois que le Parti, en partant de conceptions simplistes et naïves de la révolution, est incapable d’intervenir comme son organisateur et son guide. Il n’y a rien de plus dangereux pour un parti vivant et combattant, qu’une formule sans vie, préparée d’avance et obtenue par la voie spéculative ; elle voile tout ce qu’il y a de vie et de couleur dans les conditions et les formes variées de la lutte.

Il est faux de penser que la révolution se développera suivant une ligne droite comme la flèche lancée par l’arc ; que dans le processus révolutionnaire mûrissant il n’y a pas de temps d’arrêt, d’interruptions, de reculs pour sauter avec d’autant plus de force en avant.

Il est faux de penser que la tactique du Parti révolutionnaire doit être bâtie non pas sur le rapport des forces de classe existant, mais sur celui que nous aurions voulu avoir. Il est faux de penser qu’il est suffisant pour le Parti prolétarien, aussi bien dans le processus de la préparation de la révolution que dans son développement même, de s’appuyer uniquement sur les forces de l’avant-garde, et non sur la majorité de la classe ouvrière.

Il est faux de penser qu’en dédaignant les autres forces de classe, en ne cherchant pas à entraîner, ne serait-ce que provisoirement, du côté de la révolution, les classes hésitantes, le Parti prolétarien crée par là même une situation claire « classe contre classe ». Il est faux de penser qu’on peut préparer la révolution et la réaliser sans utiliser les contradictions du camp de l’adversaire, sans compromis temporaires, partiels, avec d’autres classes et groupes en voie de révolutionnarisation, et avec leurs organisations politiques.

En 1889, dans une lettre adressée au socialiste danois Trier, Engels recommande d’utiliser dans l’Intérêt de la classe ouvrière d’autres Partis :

« ...Soutenir momentanément d’autres partis dans des mesures, soit directement avantageuses pour le prolétariat, soit constituant un progrès dans la direction du développement économique ou de la liberté politique ... Mais, ajoute Engels, je n’en suis partisan que si l’avantage est directement indiscutable pour nous ou pour le développement historique du pays dans la direction de la révolution économique et politique et si cela en vaut la peine [15]. Et à supposer que le caractère de classe prolétarien du Parti ne soit pas mis en question. C’est pour moi la limite absolue [16]. »

Le renforcement du caractère de classe du Parti, l’élévation de la conscience du prolétariat, de sa capacité de combat, le renforcement de ses positions, l’affaiblissement des positions de l’ennemi de classe, tel est le critère qu’Engels considère comme obligatoire pour résoudre la question de l’admissibilité de tel ou tel compromis.

Mais cette tactique est profondément hostile à l’idée de collaboration de classe du prolétariat avec la bourgeoisie, appliquée par la social-démocratie internationale, car la politique social-démocrate a privé le Parti de son caractère de classe, renforcé la position de la bourgeoisie, affaibli et démoralisé Je prolétariat. Cette tactique· révolutionnaire n’a rien de commun avec la politique du « moindre mal », avec le vote pour Hindenbourg, la formation d’un bloc avec Brüning, car par sa politique du « moindre mal » la social-démocratie livrait à la bourgeoisie les positions du prolétariat, les unes après les autres, frayait la voie au fascisme et préparait la défaite du prolétariat.

Une trentaine d’années plus tard, Lénine développe plus avant ces pensées d’Engels sur la base de l’expérience des trois révolutions russes, enseignant aux jeunes partis communistes une tactique souple et manœuvrière, capable de les aider à vaincre la maladie infantile du gauchisme et d’organiser la lutte pour le renversement de la bourgeoisie d’une façon réellement bolchévik.

« Mener la guerre, disait Lénine, pour le renversement de la bourgeoisie internationale, guerre cent fois plus difficile, plus longue, plus complexe que la plus opiniâtre des guerres habituelles entre les Etats, et, de plus, refuser d’avance de louvoyer, d’utiliser les contradictions d’intérêts (ne serait-ce que temporairement) entre les ennemis, de s’entendre et de Ia ire des compromis avec des alliés possibles (fussent-ils momentanés, précaires, vacillants, conditionnés), n’est-ce pas une chose infiniment ridicule ? ... On ne peut vaincre un adversaire plus puissant que par la plus grande tension des forces et par l’utilisation obligatoire, la plus minutieuse, la plus soignée, la plus attentive, la plus habile de toute « fissure », si petite soit-elle, entre les ennemis, de toute opposition d’intérêts entre la bourgeoisie des différents pays, entre les différents groupes ou espèces de la bourgeoisie à l’intérieur des divers pays, aussi bien que par l’utilisation de toute possibilité, si petite soit-elle, de se procurer un allié de masse, fût-il provisoire, vacillant, précaire, peu sûr, conditionné. Celui qui n’a pas compris cela n’a pas compris une ligne ni au marxisme, ni au socialisme « civilisé » scientifique, contemporain, en général [17]. »

Si vous réfléchissez bien, camarades, à ces paroles d’Engels et de Lénine, en les appliquant à notre époque, à la politique que notre congrès trace en ce moment pour la période la plus proche, vous comprendrez que cette tactique, éprouvée par l’expérience de tout le mouvement ouvrier mondial au cours de plusieurs dizaines d’années, ouvre actuellement devant l’Internationale communiste, devant toutes ses sections, les possibilités les plus grandes de sortir de la période d’agitation et de propagande de notre développement et de devenir le facteur le plus puissant de toute la vie politique contemporaine dans les différents pays comme dans le monde entier. (Applaudissements.)

Mais précisément parce que nous entrons aujourd’hui dans la large voie d’une grande politique de masse, que nous nous préparons à compter non pas par centaines de mille, mais par millions, que nous commençons à attirer sous notre influencé les couches qui, hier, étaient encore dans les rangs de la social-démocratie ou bien en dehors de toute politique, il faut que les sections de l’Internationale communiste fassent preuve d’une vigilance particulière à l’égard des déformations possibles opportunistes et de droite de notre politique de masse, déformations qui entraveront le progrès de notre influence dans les masses et la croissance de la capacité de combat du prolétariat et freineront, par là même, la maturation des conditions de la révolution prolétarienne. Ici, nous devons, une fois de plus, faire appel à notre maître Engels et nous souvenir de sa lutte contre l’opportunisme, lutte impitoyable, irréductible, qui a rempli cinquante années de sa vie de combattant politique.

Engels perçait à jour le petit bourgeois qui, sous des dizaines d’aspects différents, a cherché à s’implanter dans le mouvement ouvrier, en l’affaiblissant et le désorganisant. Avec une précision inexorable et un sarcasme inimitable, Marx et Engels arrachent le masque de ce petit bourgeois, qui cache, sous sa bonhomie désinvolte, toutes les mesquines grimaces et façons du philistin. Ce petit bourgeois est en droit de se permettre toute vilenie, car il se considère comme vil « par honnêteté ».

La bêtise même devient une vertu, car elle est une preuve frappante de la solidité des sentiments. Derrière chaque arrière-pensée, il montre la conviction de sa loyauté intérieure, et plus il médite une fourberie quelconque, une malpropreté mesquine et plus il peut avoir une attitude franche et familière... Ce philistin est un ruisseau où se mêlent de la façon la plus étrange toutes les contradictions de la philosophie, de la démocratie et du tintamarre de la phraséologie [18]. »

Défendant le marxisme révolutionnaire, Engels fulmine contre les réformistes allemands, les possibilistes français, les fabiens anglais ; il fulmine contre les ultra-gauches et, en même temps, avec une fermeté et une-patience extraordinaires, Engels critique et corrige les fautes opportunistes des chefs des partis prolétariens, des hommes du genre de Wilhelm Liebknecht et de Bebel, de Lafargue et de Guesde.
Cette lutte inlassable contra l’opportunisme et, surtout, contre les tendances de conciliation à son égard, lui valut d’être qualifié par certains chefs qu’il avait attaqués de « personnage le plus grossier de l’Europe ». Et cette passion, cette capacité d’être « grossier » pour servir la cause du Parti, la cause de la révolution, nous devons tous l’apprendre chez Engels.

Personne ne voulait autant qu’Engels l’union de l’avant-garde de la classe ouvrière dans les rangs du Parti ouvrier. Il la voulait autant que nous la voulons aujourd’hui. Mais il savait et voyait qu’une union ne reposant pas sur le terrain des principes affaiblirait la classe ouvrière. A quoi bon pour le prolétariat être dans les rangs d’un parti de masse, si celui-ci l’entraîne au lasso vers la collaboration avec la bourgeoisie. En 1882, en France, Engels salue la scission, qui s’était produite dans le parti ouvrier, avec Malon et Brousse, lesquels avaient renoncé à la lutte de classe, sacrifié le caractère prolétarien de classe du mouvement et rendu la rupture inévitable :

« C’est bon..., dit-il, l’union c’est très bien tant qu’elle est possible, mais il y a des choses qui sont plus importantes que l’union [19]. »

Nous estimons nécessaire de rappeler ces paroles d’Engels aujourd’hui précisément que, à ce congrès, nous levons haut la bannière de l’unité politique de la classe ouvrière internationale.

Par le rapport du camarade Dimitrov, le congrès a souligné d’une façon particulièrement lumineuse, sa volonté de lutte pour un parti ouvrier unique dans chaque pays, pour un parti ouvrier unique dans le monde entier. Mais ce parti n’est possible que sur la base de l’unité de principe et non sur celle d’un bloc pourri des éléments petits-bourgeois et prolétariens, à l’image et à l’instar de la IIe Internationale.

Nous rappelons aux milliers, aux dizaines et centaines de milliers d’ouvriers social-démocrates qui se considèrent comme les adeptes et les disciples de Marx et d’Engels, que nous commettrions avec eux un crime contre notre classe si nous rétablissions la prétendue « unité » qui a conduit à la catastrophe du 4 août, au bloc d’une partie de la classe ouvrière avec la bourgeoisie, et a facilité en fin de compte la victoire du fascisme.

Cette unité-là, la classe ouvrière n’en a pas besoin ! Nous voulons l’unité pour laquelle notre maître Friedrich Engels lutta toute sa vie. Nous emploierons toutes nos forces pour obtenir cette unité et nous l’obtiendrons. (Applaudissements.)

Mais seul pourra l’obtenir un parti qui conquiert par son activité croissante la confiance des masses, un parti surmontant le schématisme et le simplisme dans la façon de traiter les mouvements de masse.

C’est pour un tel parti que lutta Engels. Il flagellait impitoyablement la passivité et l’inaction comme une des formes les plus nuisibles de l’opportunisme.

Dans sa correspondance avec les chefs ouvriers, il ne se lassait pas de répéter : le Parti doit agir en toute circonstance. Participer à toute la vie politique du pays ; faire de chaque fait de la politique intérieure et extérieure l’occasion d’actions vigoureuses ; être avec les masses toujours et partout, à chaque moment ; formuler à temps le vrai mot d’ordre de lutte, émanant des masses elles-mêmes, le remplacer par un mot d’ordre nouveau au fur et à mesure de l’accroissement du mouvement, − voilà pour le parti prolétarien, la règle tactique fondamentale sur laquelle Engels Insiste.

Un parti qui s’enferme dans le cercle étroit de ceux qui partagent ses idées, qui se tient en dehors de ce qui fait la vie du peuple, qui ne sait pas s’attacher à ce qui agite les masses à chaque moment donné, qui ne sait pas généraliser dans des mots d’ordre précis et accessibles les griefs et les espoirs du peuple, un tel parti ne saura pas se mettre à la tête des mouvements de masse.

Engels se dresse avec une virulence particulière contre ceux qui font défaut au moment décisif de la lutte des masses. A ce propos, Engels dit explicitement qu’un parti qui perd de vue un moment aussi décisif, sans y intervenir, sera enterré pour un certain temps.

La passivité et l’inaction, sous le masque d’une phraséologie de « gauche », se dissimulent souvent dans la pratique, derrière le jeu a la conspiration, au repliement de l’organisation illégale sur elle-même, dégénérant en un carbonarisme étranger à l’esprit d’un parti ouvrier. D’autre part, le crétinisme parlementaire, l’adaptation, à tout prix, à la légalité bourgeoise, la négation du rôle des formes illégales d’organisation, la peur de la violence, paralysent à leur tour la combativité de la classe ouvrière.

Engels lutte contre la manifestation de ces deux formes de passivité. Il enseigne aux partis prolétariens à utiliser de toutes les façons la légalité ’bourgeoise dans l’intérêt du rassemblement des forces de la classe ouvrière en vue de les préparer à la lutte pour la dictature du prolétariat, transformant ainsi la légalité bourgeoise en une arme de lutte contre la bourgeoisie.

Il démasque l’esprit de conjuration bakouniste-blanquiste, exploité par la police internationale contre les organisations ouvrières. Il recommande à ces dernières de se montrer particulièrement vigilantes à l’égard des espions et provocateurs qui pénètrent dans leurs rangs. En même temps, il ne ménage pas ses coups contre ceux des social-démocrates qui, pour obtenir les bonnes grâces du gouvernement, proclament que le parti ouvrier n’est pas un parti de violence révolutionnaire.

« Insulter la violence, comme quelque chose de réprouvable en soi, alors que nous savons pourtant tous qu’en définitive rien ne peut être obtenu sans violence [20]. »

Engels insiste pour que les révolutionnaires prolétariens sachent se servir de toutes les formes de lutte contre l’ennemi de classe. Et ces indications d’Engels, le Parti bolchévik, sous la direction de Lénine et de Staline, les fait passer dans la pratique de vingt-cinq années d’une immense expérience, celle de l’union des formes légales et illégales du travail, expérience qui, comme on le sait, a servi de base aux décisions du congrès de l’Internationale communiste, sur les questions d’organisation.

Nos sections ont-elles profité jusqu’au bout de ces indications et de cette expérience ? Non, elles n’en ont pas profité.

Beaucoup de camarades sont convaincus que dans les conditions de la terreur fasciste, on ne saurait trouver un point de repère légal pour le travail, pour la manifestation, ouvertement affirmée, du mouvement ouvrier pour le développement d’une vaste lutte de masse.

Mais le fascisme est bien obligé de créer une base de masse, de construire ses organisations de masse, de recourir à la démagogie sociale. Il en résulte pour les communistes la tâche de pénétrer dans les organisations fascistes de masse, de retourner la démagogie social-fasciste contre la dictature fasciste et de saper ainsi la base de masse du fascisme.

On ne peut se frayer un passage vers les masses sans un effort quotidien et systématique dans les organisations fascistes de masse, sans combiner les méthodes de travail légales et illégales.

En même temps, il est faux de croire que dans les pays où le mouvement ouvrier est légal, nous n’avons que faire des organisations illégales. Dans tous les pays, la terreur patronale nous oblige à construire illégalement les cellules dans les entreprises.

L’accentuation de la menace fasciste oblige les Partis communistes « légaux » à prendre toutes les mesures pour le cas où ils passeraient à l’illégalité, afin de ne pas répéter les fautes des Partis communistes italien et allemand. Il ne faut pas oublier que le mouvement du front unique « légalise », d’autorité, les Partis communistes les plus persécutés et les plus poursuivis, que la lutte de masse portera à la surface les organisations les plus profondément enfoncées dans l’illégalité.

Une des variétés de ce schématisme et de ce simplisme qu’Engels a combattu est l’utilisation mécanique des positions tactiques fondamentales, sans tenir compte des conditions particulières dans chaque pays.

Nous sommes le parti mondial du prolétariat, un parti basé sur une véritable unité politique et d’organisation, un parti qui résume et généralise toute l’expérience du mouvement ouvrier mondial, un parti qui possède une tactique vraiment internationale reposant sur l’unité d’intérêts de prolétariat international. Mais cette tactique internationale ne méconnaît nullement les différences conditionnées par les particularités du développement des divers pays.

L’internationalisation de l’expérience du mouvement ouvrier mondial ne signifie pas l’élaboration d’un cliché, également applicable au mouvement ouvrier de tous les pays. Celui qui pense qu’il suffit d’avoir en poche quelques formules toutes faites pour ramener tout le mouvement ouvrier mondial à la même mesure, celui-là n’internationalise pas le mouvement ouvrier, mais le fige et entrave son développement.

Engels fut la figure classique du véritable chef international, possédant à la perfection le secret de coordonner d’une façon juste le caractère international de notre mouvement communiste et la prise en considération de ses particularités nationales. Il était étroitement lié au mouvement ouvrier allemand ; il connaissait, aussi parfaitement et dans tous ses détails, le mouvement ouvrier français ; il a pris la part la plus active depuis 1844 au mouvement ouvrier anglais ; il a étudié à fond le mouvement ouvrier américain (d’ailleurs, il a lui-même visité les pays d’outre-mer) ; il était un connaisseur exceptionnel des conditions et de la marche de la lutte prolétarienne en Italie et dans les pays pyrénéens ; il s’intéressait vivement au mouvement révolutionnaire de Russie, ainsi que des pays slaves occidentaux et méridionaux.

C’est précisément cette connaissance profonde de la situation dans les divers pays qui a permis à Engels de diriger d’une façon juste les partis ouvriers de ces pays, d’être un véritable chef et organisateur de l’Internationale prolétarienne.

« La libération du paysan italien, écrivait Engels à Bovio − ne se produira pas sous la même forme que celle de l’ouvrier de fabrique anglais ; mais plus l’un aussi bien que l’autre useront des formes particulières à leurs conditions, et plus cela sera conforme à la nature de la chose [21]. »

Telles sont les indications tactiques extrêmement importantes d’Engels à la lumière de notre grande époque, à la lumière des tâches qui se posent devant notre congrès.
Engels nous enseignait à aborder, pour fixer notre lactique, les processus révolutionnaires vivants dans la vie des peuples, non pas avec des schémas inventés de toutes pièces, avec des échelles fixées à l’avance, mais en se basant sur une étude profonde dans chaque pays différent, à chaque moment du rapport donné des forces de classe, en tenant compte de la situation de chaque classe, de chacun de ses groupes, en étudiant l’ensemble de toutes les contradictions de classe et des moyens pour le prolétariat de les utiliser, en tenant obligatoirement compte de la situation internationale tout entière.

Engels nous a enseigné à être un parti de combat, d’action, à savoir trouver au moment de la vague montante du mouvement et au moment de sa chute momentanée, ce qu’il y a de particulier, ce qui saisit au vif les masses, ce qui permet au Parti d’élargir et de renforcer sa liaison avec la classe ouvrière et les travailleurs, non seulement de se joindre au mouvement une fois que celui-ci a commencé, mais de le préparer, de l’organiser et, par la conquête de la confiance des masses, de se mettre à sa tête, de savoir répondre à chaque événement qui émeut les masses, de savoir élargir les plus grands mouvements jusqu’à des luttes décisives et, par là même, de faire du Parti une force qui impose à tous les travailleurs et qui accroisse leur confiance dans leurs propres forces.

Engels nous a enseigné à ne pas nous laisser griser au moment de la victoire, à ne pas baisser la tête au moment des défaites passagères. En cas de défaite, ne pas craindre de recommencer par le commencement, mais recommencer avec la ferme conviction qu’il nous faut, une seconde fois, remporter la victoire.

Engels nous a enseigné à pratiquer une politique de masse qui réponde aux intérêts vitaux des plus grandes masses de travailleurs, qui favorise le rassemblement des masses paysannes et des travailleurs de la ville autour du prolétariat. Dans la situation actuelle, cela veut dire, avant tout, établir le front populaire contre le fascisme dans les pays capitalistes et le front des peuples contre la guerre sur l’arène internationale. (Applaudissements.)

Engels nous a enseigné à apprécier sainement la situation, à ne pas courir trop en avant, tant que les grandes masses ne sont pas entraînées dans le mouvement, mais à ne pas être non plus à la remorque de ces masses, à ne pas mettre notre tactique au niveau des couches les plus arriérées, à savoir, par notre résolution et par notre action rapide, entraîner ces masses en avant, consolider chaque succès du mouvement, en en faisant le point de départ de nouveaux succès.

Engels nous a enseigné à lutter pour chaque pouce des conquêtes de la classe ouvrière, à profiter de chaque contradiction dans le camp des ennemis, sans jamais sacrifier le caractère de classe du Parti et les intérêts du renforcement du prolétariat, à être partout dans les organisations où se trouve la masse ouvrière, à employer les formes légales et illégales de lutte, ce qui, dans les conditions actuelles, signifie affermir l’organisation illégale en élargissant son influence légale dans les masses et étendre cette influence par la consolidation de l’organisation illégale.

Nous vivons et nous luttons dans une ambiance incomparablement plus compliquée que celle qui existait du temps d’Engels. Mais l’héritage tactique si riche d’Engels conserve pour nous sa valeur dans cette nouvelle ambiance également. Les communistes puiseront longtemps encore à cet héritage et transformeront en actes, d’une façon bolchévik, les indications d’Engels.

Est-ce à dire que ces indications suffisent pour déterminer notre tactique ? Non, évidemment. De même que Marx, Engels n’a pas été en état, en vertu des conditions historiques, de créer une science achevée de la stratégie et de la tactique du prolétariat révolutionnaire, et il ne l’a pas créée. Mais à la base de cette science créée par le génie de Lénine et de Staline se trouvent les pensées remarquables sur la stratégie et la tactique que les grands fondateurs du communisme ont développées et réalisées dans la mesure de leurs forces. (Applaudissements.)

 III. – Nous continuons l’œuvre d’Engels

Nous, communistes, sommes les continuateurs de l’œuvre d’Engels.

La grande, l’invincible force de la doctrine révolutionnaire créée par Engels et par Marx, c’est qu’elle vit et se développe en même temps que le prolétariat en lutte, s’enrichit par sa nouvelle expérience, s’aiguise dans la lutte contre ses ennemis.

Les chefs de la IIe Internationale se sont avérés incapables de développer le marxisme. Ils ont accepté la doctrine de Marx et d’Engels, non pas comme un guide pour l’action révolutionnaire du prolétariat, non pas comme une doctrine sur la nécessité de préparer les masses au renversement violent de la domination de la bourgeoisie, à la suppression des classes en général.

Certains des chefs de la IIe Internationale révisèrent le marxisme, le « complétèrent » par l’affirmation que le développement du capitalisme s’accompagne non pas d’une accentuation des antagonismes de classe, mais, au contraire, de leur atténuation.

D’autres, parmi eux, reconnaissant en paroles la justesse des principes fondamentaux du marxisme, les transformèrent en dogmes justifiant l’accommodement avec la réalité capitaliste, le soutien de la pratique réformiste.

Ces gens se nommaient marxistes, mais ils ont défiguré le marxisme, ils l’ont banalisé, vidé de son essence révolutionnaire. Ainsi, dans la théorie et dans la pratique, la IIe Internationale reproduisait à un degré de plus en plus élevé toute la vulgaire sagesse petite-bourgeoise, contre laquelle Engels lutta toute sa vie. Les chefs et les idéologues de la IIe Internationale sont les continuateurs, non pas de l’œuvre d’Engels, mais de celle de ses ennemis.

Engels nous a quittés en 1895, Mais c’est précisément vers cette époque que Lénine a commencé son travail révolutionnaire, Lénine dont le nom est devenu l’étoile directrice de tout le prolétariat mondial.

Marx et Engels ont vécu, travaillé et lutté à l’époque du capitalisme prémonopoliste, où le développement de la société bourgeoise suivait, dans son ensemble, une ligne ascendante ; à l’époque des guerres nationales et de l’achèvement des révolutions bourgeoises dans l’Europe occidentale ; à l’époque où l’Angleterre détenait encore la suprématie commerciale et industrielle dans le monde, et où l’avant-garde du prolétariat mondial était encore le prolétariat allemand ; à l’époque où le mouvement ouvrier se formait comme un mouvement politique indépendant, où les partis prolétariens ne faisaient que se constituer.

Cette époque a fourni à Marx et à Engels tous les éléments nécessaires pour mettre dans les mains du prolétariat l’arme puissante de la théorie révolutionnaire.

Mais Marx et Engels n’ont jamais prétendu anticiper l’itinéraire exact de la révolution prolétarienne, lui prescrire des règlements tactiques précis, donner des réponses à des questions qui, dans les conditions de leur époque, étaient insolubles.

Engels, qui a consacré des pages étincelantes à la transformation du socialisme utopique en socialisme scientifique, a plus d’une fois déversé une grêle de railleries sur ceux qui, abandonnant le terrain de la science, raffinaient sur « l’architectonique de la société future ». Il a écrit plus d’une fois qu’il était tranquille au sujet des « hommes de la société future − qui, en tout cas, ne seront pas plus bêtes que nous ».
Au sujet de la critique marxiste du capitalisme, Engels écrivait :

« Les résultats de sa critique contiennent partout également les germes de ce qu’on appelle les solutions, dans la mesure où celles-ci sont, en somme, possibles aujourd’hui [22]. »

Naturellement, cela est entièrement applicable aux œuvres d’Engels lui-même. Et ces idées géniales, ces ébauches, ces germes à côté desquels, dans leur aveuglement, passèrent sans les voir, les pédants et les philistins de la IIe Internationale, les grands bolchéviks Lénine et Staline, les ont développés plus avant et transformés en une doctrine coordonnée.

Pour Lénine, le marxisme n’était pas un dogme, mais un guide pour l’action révolutionnaire. Dès la fin du siècle passé, à propos des luttes qui se déroulaient autour du programme du Parti, Lénine écrivait :

« Nous ne considérons nullement la théorie de Marx comme quelque chose d’achevé et d’intangible ; nous sommes convaincus, au contraire, qu’elle a seulement posé les pierres angulaires de la science que les socialistes doivent pousser en avant dans toutes les directions, s’ils ne veulent pas rester en retard sur la vie [23]. »

Déjà dans le Capital, l’essor gigantesque des monopoles capitalistes est prédit. Dans les derniers travaux d’Engels par exemple, dans son esquisse sur la Bourse), il y a déjà une tentative de caractériser une série de nouveaux phénomènes dans l’économie capitaliste. Mais Engels est mort sans avoir eu le temps de découvrir les traits particuliers du stade impérialiste, commencé dès 1890-1900.

Le capitalisme monopoliste, pourrissant ; l’accentuation inouïe de toutes les contradictions capitalistes ; la crise générale du capitalisme dont le point de départ a été la guerre mondiale de 1914-1918 et la victoire de la Révolution d’octobre ouvrant une époque nouvelle dans l’histoire de l’humanité ; l’édification socialiste et la victoire du socialisme en U.R.S.S., voilà les faits nouveaux, qu’Engels ne connaissait pas et ne pouvait pas connaître, et que les marxistes devaient généraliser dans la théorie, et armer par là même le prolétariat révolutionnaire pour sa lutte ultérieure.

Dans un entretien avec une délégation d’ouvriers américains, Staline a donné, en quelques pages, une caractéristique concise de la contribution que Lénine a apportée an trésor du marxisme.

Ces quelques maigres pages, il faut les lire et relire. Elles valent de nombreux tomes. Staline y résume le contenu de l’étape léniniste dans le développement du marxisme ; l’analyse de l’impérialisme en tant que phase dernière du capitalisme, l’élaboration développée de ce qu’il y a d’essentiel dans le marxisme − la doctrine de la dictature du prolétariat ; l’élaboration de la question des formes et moyens de l’édification socialiste dans la période de la dictature prolétarienne ; la création d’un système coordonné de l’hégémonie du prolétariat ; l’élaboration de la question nationale-coloniale, en tant que question relative aux réserves de la révolution prolétarienne ; la création de la doctrine du Parti.

A Lénine appartient le mérite d’avoir déterminé la position des communistes dans les guerres impérialistes, position qu’il a formulée dans le mot d’ordre de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

Cela, il faut d’autant plus le souligner, qu’on a tenté de faire remonter à Engels l’origine de ce mot d’ordre. C’est faux, camarades. Engels a trop de mérites devant la classe ouvrière internationale pour que nous lui attribuions ce qu’il n’a pas dit. Engels n’a pas vécu à l’époque de l’impérialisme ; il a eu à fixer les positions du socialisme international, principalement en ce qui concerne les guerres nationales.

Si les bolchéviks s’étaient comportés d’une façon dogmatique envers les travaux d’Engels des années 1890-1895, ils n’auraient pu développer, comme l’a fait Lénine, la position marxiste dans la question des guerres impérialistes. Lénine, et Lénine seul, a fixé une position nouvelle au point de vue principe et seule juste, aussi bien dans la question du caractère de la guerre impérialiste, que dans celle concernant l’attitude du parti prolétarien envers la guerre.

Et c’est précisément parce que nous vénérons la mémoire de notre grand maître Engels, que nous ne voulons pas qu’on en fasse une icône, que l’on taise ou que l’on embellisse la vérité historique.

L’œuvre de Lénine, qui a élevé le marxisme à un stade nouveau, a été continuée dans toutes les directions par Staline. Dans les travaux, dans les discours, dans toute l’activité de Staline et du Parti international bolchévik qu’il dirige, vit, croît et s’enrichit la théorie marxiste-léniniste, dont Engels a été l’un des fondateurs. (Applaudissements.)

Staline a développé le marxisme dans une des questions fondamentales de notre époque, à savoir la question de l’édification du socialisme dans un seul pays. Les bolchéviks ne se sont pas cramponnés aux vieilles formules d’Engels, qui étaient valables pour un autre stade, depuis longtemps dépassé. Sous la direction de Staline, ils ont battu à plate couture les trotskistes et les zinoviévistes, qui ont tenté d’utiliser ces formules contre la révolution prolétarienne. Lénine a démontré que dans le développement capitaliste, inégal et qui se poursuit par bonds, dans les conditions de l’impérialisme, la victoire du socialisme dans un seul pays est possible. Staline a développé, défendu et réalisé dans la vie cette théorie. (Applaudissements.)

« Ce qu’Engels considérait dans les années 1840-1850, dans les conditions du capitalisme prémonopoliste comme irréalisable et impossible dans un seul pays, est devenu réalisable et possible dans notre pays, dans les conditions de l’impérialisme.
Il est certain que si Engels était vivant, a dit Staline à la XVe conférence du P.C. de l’U.R.S.S., il ne se cramponnerait pas à une vieille formule, mais, au contraire, il saluerait de toutes ses forces notre révolution, en disant : « Au diable toutes les vieilles formules, vive la révolution victorieuse en U.R.S.S. ! [24] »

Ni dans la Critique du programme de Gotha, ni dans les travaux d’Engels, ni dans l’Etat et la Révolution de Lénine, ne furent posées les questions concrètes de la première phase du communisme, que Staline a posées et qu’il a résolues avec la hardiesse et la profondeur les plus grandes.

Nous avons commencé à construire le socialisme dans un pays pauvre et ruiné, dans un pays qui avait hérité de la bourgeoisie un bas niveau économique et technique, dans un pays entouré par les Etats capitalistes. Au surplus, nous avons commencé à construire le socialisme pour la première fois dans l’histoire de l’humanité.

Et Staline, développant la doctrine de Marx-Engels-Lénine, la traduisant avec une énergie féconde dans la réalité vivante, a, le premier, élaboré concrètement le plan unique et profondément médité de l’édification socialiste dans notre pays ; il a élaboré la question de l’industrialisation socialiste, comme condition de la victoire du socialisme en U.R.S.S. ; celle du régime des kolkhoz, comme voie conduisant à la transformation socialiste de la paysannerie sous la direction du prolétariat ; la question des étapes et des moyens de destruction des éléments capitalistes (de la politique de restriction de ces éléments à la politique de liquidation des koulaks en tant que classe) ; celle relative à l’organisation du travail dans les conditions de l’édification socialiste et à la lutte contre l’égalitarisme petit-bourgeois ; le problème des conditions et des voies de destruction des survivances capitalistes dans la conscience des hommes ; le problème de l’édification d’une nouvelle culture, de la culture socialiste.

Staline a montré que construire le socialisme c’est, avant tout, consolider la dictature du prolétariat. Or, la consolidation de la dictature du prolétariat et les succès de l’édification socialiste apportent l’épanouissement de la démocratie prolétarienne. Toutes ces thèses théoriques de Staline, les bolchéviks, sous sa direction, en ont fait une réalité tangible.

Les travaux et discours de Staline, tels que ses comptes rendus aux congrès du Parti, son discours à la conférence des marxistes spécialistes des questions agraires, ses fameuses six conditions, les statuts stalinistes des kolkhoz, les modifications qu’il a formulées à la Constitution soviétique, son discours sur les hommes nouveaux maîtres de la technique, bref, chaque intervention de Staline est non seulement un jalon sur la route de l’édification socialiste en U.R.S.S., mais c’est aussi un jalon sur la voie de l’enrichissement et de l’approfondissement de la théorie marxiste-léniniste. Dans ses travaux, les ouvriers avancés de tous les pays s’instruisent et continueront de s’instruire.

Staline donne un modèle de politique de l’Etat prolétarien construisant la société socialiste sans classes dans les conditions de l’encerclement capitaliste.

Staline élabore les principes de la politique du parti prolétarien mondial − l’Internationale communiste − dans les conditions de la crise générale du capitalisme et de la lutte de deux systèmes ; le capitalisme et le socialisme.

Par l’expérience de la révolution chinoise, Staline a élaboré la question des voies concrètes de la transformation des mouvements révolutionnaires nationaux en révolution soviétique.

Staline a élevé à un nouveau degré la doctrine de Marx-Engels-Lénine sur la période de transition du capitalisme au socialisme. (Applaudissements.)

Lénine et Staline ne se sont pas contentés des diverses esquisses de Marx et d’Engels sur les questions de la stratégie et la tactique. Dans son livre les Principes du léninisme, livre de chevet des révolutionnaires prolétariens du monde entier, Staline dit que :

« Seulement dans la période des actions ouvertes du prolétariat, dans la période de la révolution prolétarienne, lorsque la question du renversement de la bourgeoisie est devenue une question de pratique directe, lorsque la question des réserves du prolétariat (la stratégie) est devenue une des questions les plus palpitantes, lorsque toutes les formes de lutte et d’organisation : parlementaires ou extra-parlementaires (tactique) sont mises en relief de la façon la plus précise, c’est clans cette période seulement que pouvait être élaborée une stratégie complète, une tactique de la lutte du prolétariat [25]. »

C’est à Lénine et à Staline qu’appartient le mérite de ne pas d’être contentés de reprendre certaines thèses tactiques de Marx et d’Engels, de les avoir développées plus avant et créé la stratégie et la théorie du léninisme, théorie complète sur la direction de la lutte révolutionnaire du prolétariat.

Quarante années se sont écoulées depuis la mort de Friedrich Engels. Quel chemin énorme a été parcouru par le mouvement ouvrier mondial, par l’humanité tout entière au cours de ces années. A la place de l’ancien Etat despotique des tsars, le grand pays du socialisme en construction.

La muraille de Chine séculaire s’écroule : les 400 millions d’hommes du peuple chinois sont mis en mouvement ; l’étendard de la révolution soviétique flotte au-dessus de six provinces de la Chine, habitées par près de 100 millions d’hommes.

Dans tout le monde capitaliste, sous l’influence des succès du socialisme en U.R.S.S., la poussée puissante vers le socialisme croît et s’étend parmi les travailleurs. La bourgeoisie des pays capitalistes dévaste les pays et les villes, ressuscite les cachots moyenâgeux pour les peuples asservis, élevant une tempête de haine et de révolte parmi tous les opprimés.

La Première Internationale de Marx et d’Engels n’est plus. La IIe Internationale se désagrège comme un tissu en putréfaction ; mais les travailleurs se groupent en rangs serrés autour de la IIIe Internationale, l’Internationale communiste, l’Internationale de Marx et Engels, de Lénine et Staline, l’Internationale du socialisme victorieux en U.R.S.S., l’Internationale de la révolution prolétarienne dans le monde entier. (Applaudissements.)

« Je crois, écrivait Engels en 1874, que la prochaine Internationale, une fois que les œuvres de Marx auront exercé leur influence pendant quelques années, sera directement communiste et arborera carrément nos principes. »

Cette Internationale communiste est représentée ici, dans cette salle. Elle embrasse plus de soixante pays ; elle compte des millions de partisans, qui se trouvent sous l’influence des Partis communistes, parmi toutes les nations et les races, dans toutes les parties du globe.

La doctrine de Marx et d’Engels règne sans partage sur un sixième de la terre ; elle a derrière elle un Etat puissant, une économie socialiste dont les richesses se comptent par milliards, un pays avec une population de 170 millions d’habitants. Cette doctrine rompt dans tous les pays les chaînes des esclaves pour s’emparer du monde entier.

Armés de cette doctrine, les communistes, malgré la terreur, les supplices et les persécutions, organisent, cimentent, dressent à la lutte et conduisent à la victoire les prolétaires, les travailleurs, les esclaves coloniaux ; l’Internationale communiste est devenue l’étoile directrice et l’ancre de salut qui sauve l’humanité de la misère, du fascisme et des guerres.

Vive l’Internationale communiste (vifs applaudissements), le grand et invincible parti de Marx et d’Engels, de Lénine et de Staline !

(Les applaudissements, qui tournent à l’ovation, durent plusieurs minutes. Tous se lèvent dans la salle. Des exclamations partent des rangs de toutes les délégations. On chante l’Internationale et la Carmagnole.)


[1V. I. LÉNINE : Friedrich Engels, p. 12. Bureau d’éditions, Paris 1935

[2F. ENGELS : l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, P. 234-235. Costes, Paris, 1931.

[3F. ENGELS : l’Anti-Dühring, t. III, p. 46. Costes, Paris, 1933.

[4F. ENGELS : la Situation des classes laborieuses en Angleterre, p. 161-162. Costes, Paris, 1933.

[5F. ENGELS : l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, P. 229.

[6KARL MARX : La Guerre civile en France, p. 34. Bureau d’éditions, Paris, 1933.

[7V. I. LÉNINE : l’Etat et la Révolution, p. 75-76, Bureau d’éditions. Paris, 1933.

[8F. ENGELS : Socialisme utopique et socialisme scientifique, p. 56. Bureau d’éditions, Paris, 1933.

[9F. ENGELS : Anti-Dühring, t. III, p. 50.

[10Idem, p. 69.

[11K. MARX et F. ENGELS : Correspondance, t. I, p. 69-70. Costes, Paris, 1931.

[12Extrait du discours de la conférence de Londres de la Ire Internationale. (Inédit en français.)

[13K. MARX-F. ENGELS : Lettres choisies. Lettre d’Engels à Bebel du 28 octobre 1882. (Edition allemande.)

[14V. I. LÉNINE : Œuvres complètes, t. XIX. « Le bilan de la discussion sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. » (Edit. russe.)

[15Souligné par nous., ndlr

[16Extrait de la lettre d’ENGELS à Herson Trier du 18 décembre 1889. Cahier du bolchévisme du 15 janvier 1933, p. 105.

[17V. I. LÉNINE : Œuvres complètes, t. XVII. (Edit. russe.)

[18Archives de l’Institut Marx-Engels. « Tableaux de l’émigration allemande à Londres, 1852. » (Edition allemande.)

[19K. MARX-F. ENGELS : Lettres à A. Bebel, W. Liebknecht, etc. (Souligné par nous, ndlr.) (Edition allemande.)

[20Archives de l’Institut Marx-Engels, t. 1. Lettre adressée par ENGELS à Blous le 21 février 1874. (Edition allemande.)

[21Lettre adressée par ENGELS à Gennaro Bovio, le 16 avril 1872. (Edition allemande.)

[22F. ENGELS : Contribution à la question du logement, Berlin, 1932, p. 111. (Edit. all.)

[23V. I. LENINE : Œuvres complètes, « Notre programme », t. II, p. 492. (Edit. russe.)

[24J. STALINE : A propos de la déviation social-démocrate dans notre Parti. « De l’opposition. » (Edit. russe, 1928.)

[25J. STALINE : le Léninisme théorique et pratique, p. 57. Bureau d’éditions, 1933.

lundi 5 août 1935


L’Internationale Communiste : le septième congrès − 1935