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Discours de Dimitrov en conclusion aux débats après son rapport − 1935

Discours au VIIe congrès de l’Internationale communiste en conclusion aux débats après son rapport : « Pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme », 13 août 1935

Les débats circonstanciés qui se sont déroulés sur mon rapport, témoignent de l’immense intérêt du congrès pour les principaux problèmes et tâches tactiques de la lutte de la classe ouvrière contre l’offensive du Capital et le fascisme, contre la menace de guerre impérialiste.

Si nous dressons maintenant le bilan des huit jours de discussion, nous pouvons constater que toutes les thèses essentielles du rapport ont reçu l’approbation unanime du congrès. Personne parmi les orateurs n’a soulevé d’objection contre les thèses tactiques formulées par nous et contre la résolution proposée.

On peut affirmer hardiment qu’à aucun des congrès précédents de l’Internationale communiste, il ne s’était manifesté une cohésion idéologique et politique pareille à la cohésion actuelle. La complète unanimité du congrès est l’indice que, dans nos rangs, on a acquis la pleine conscience de la nécessité de reconstruire notre politique et notre tactique en conformité avec la situation modifiée et sur la base de l’expérience particulièrement riche et instructive des dernières années.

Cette unanimité, on peut incontestablement la considérer comme une des conditions les plus importantes pour résoudre la tâche centrale immédiate du mouvement international du prolétariat, à savoir l’établissement de l’unité d’action de tous les détachements de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme.

Pour résoudre cette tâche avec succès, il est nécessaire, premièrement, que les communistes sachent manier habilement l’arme de l’analyse marxiste-léniniste, en étudiant soigneusement, dans leur développement, la situation concrète et le rapport des forces de classe, et qu’ils dressent en conséquence leurs plans d’action et de lutte.

C’est de la façon la plus implacable que nous devons extirper cet attachement, trop fréquent parmi les communistes, aux schémas factices, aux formules sans vie, aux clichés tout faits.

Il faut en finir avec l’état de choses où des communistes, dépourvus des connaissances ou des aptitudes nécessaires pour faire une analyse marxiste-léniniste, remplacent cette analyse par des phrases générales et des mots d’ordre généraux, comme l’"issue révolutionnaire de la crise", sans faire aucune tentative sérieuse pour expliquer dans quelles conditions, sur la base de quel rapport des forces de classe, à quel degré de maturité révolutionnaire du prolétariat et des masses travailleuses, à quel niveau d’influence du Parti communiste, une telle issue révolutionnaire de la crise est possible. Or, à défaut d’une telle analyse, tous les mots d’ordre de ce genre ne sont qu’un hochet, une phrase vide de contenu, qui ne fait qu’obscurcir nos tâches du jour.

Sans une analyse marxiste-léniniste concrète, nous ne saurons jamais poser et résoudre judicieusement ni la question du fascisme, ni la question du front unique prolétarien et du Front populaire, ni celle de notre attitude à l’égard de la démocratie bourgeoise, ni celle du gouvernement de front unique, ni celle des processus qui se déroulent au sein de la classe ouvrière et, en particulier, parmi les ouvriers social-démocrates, ni la foule des autres problèmes nouveaux et compliqués que la vie elle-même et le développement de la lutte de classe posent et poseront devant nous.

Deuxièmement, nous avons besoin d’hommes vivants, d’hommes qui sortent de la masse ouvrière, de sa lutte quotidienne, d’hommes d’action de combat, dévoués sans réserve à la cause du prolétariat, d’hommes qui, de leur énergie et de leurs bras, travailleront à réaliser les décisions de notre congrès.

Sans cadres bolchéviks, léninistes-stalinistes, nous ne résoudrons pas les tâches énormes qui se dressent devant les travailleurs dans la lutte contre le fascisme.

Troisièmement, il nous faut des hommes armés de la boussole de la théorie marxiste-léniniste, car sans le maniement habile de cette boussole, les hommes tombent dans un étroit praticisme sans horizon, ne trouvent de solutions qu’au jour le jour, perdent de vue la vaste perspective de lutte qui montre aux masses où nous allons et pourquoi, et où nous menons les travailleurs.

Quatrièmement, il nous faut une organisation des masses pour faire passer nos décisions dans les actes. Notre influence idéologique et politique seule ne suffit pas.

Nous devons en finir avec l’orientation vers la spontanéité du mouvement qui est une de nos principales faiblesses. Nous devons nous souvenir que sans un travail d’organisation, obstiné, long, patient, qui semble parfois ingrat, les masses n’accosteront pas la rive communiste.

Pour savoir organiser les masses, il faut que nous apprenions l’art léniniste-staliniste de faire de nos décisions le bien non seulement des communistes, mais aussi des plus grandes masses de travailleurs. Il faut apprendre à parler aux masses, non pas la langue des formules livresques, mais la langue des champions de la cause des masses, dont chaque parole, chaque idée reflète les pensées et les sentiments des millions de travailleurs.

C’est sur ces questions que je voudrais d’abord insister dans mon discours de clôture.

Le congrès a accueilli les nouvelles thèses tactiques avec un grand enthousiasme et à l’unanimité. Certes, l’enthousiasme et l’unanimité sont en eux-mêmes d’excellentes choses, mais ce qui est mieux encore, c’est qu’ils s’accompagnent d’un examen profondément réfléchi et critique des tâches qui se présentent à nous, d’une assimilation complète des décisions prises et d’une compréhension réelle des moyens et des méthodes nécessaires pour appliquer ces décisions à la situation concrète de chaque pays. Car, auparavant aussi, nous adoptions unanimement des décisions qui n’étaient pas mauvaises. Mais le malheur était que, souvent, nous ne les adoptions que pour la forme et que, dans la meilleure des hypothèses, nous faisions de ces décisions le bien d’une avant-garde peu nombreuse de la classe ouvrière. Nos décisions ne devenaient pas la chair et le sang des grandes masses, elles ne devenaient pas un guide pour l’action de millions d’hommes.

Peut-on affirmer que nous nous sommes déjà débarrassés définitivement de cette manière formelle de traiter les résolutions adoptées ? Non. Il faut dire qu’à ce congrès aussi, dans les interventions de certains délégués, il se manifeste des vestiges de formalisme, qu’on y sent parfois la tendance à remplacer l’analyse concrète de la réalité et l’expérience vivante par un nouveau schéma quelconque, une nouvelle formule simplifiée, sans vie, la tendance à présenter comme une réalité, comme une chose existante, ce que nous désirons, mais qui n’existe pas encore en fait.

La lutte contre le fascisme doit être concrète

Il n’est point de caractéristique générale du fascisme, si juste qu’elle soit par elle-même, qui nous dispensera de la nécessité d’étudier concrètement et de prendre en considération les particularités du développement du fascisme et des formes diverses de la dictature fasciste dans les différents pays et aux différentes étapes. Dans chaque pays, il est nécessaire de scruter, d’étudier et de découvrir ce que le fascisme a de proprement national, de spécifiquement national, et d’établir, en conséquence, les méthodes et formes efficaces de lutte contre le fascisme.

Lénine nous mettait en garde avec insistance contre "la standardisation, l’ajustement mécanique, l’identification des règles tactiques, des règles de lutte". Cette indication est particulièrement vraie quand il s’agit de la lutte contre un ennemi qui exploite avec autant de raffinement, autant de jésuitisme les sentiments et les préjugés nationaux des masses ainsi que leurs inclinations anticapitalistes dans l’intérêt du grand Capital.

Un tel ennemi, il faut le connaître exactement et sous toutes ses faces. Nous devons, sans le moindre retard, réagir contre ses manoeuvres variées, déceler ses subterfuges, être prêts à riposter sur n’importe quel terrain et à n’importe quel moment. Il ne faut avoir aucun scrupule à apprendre même de l’ennemi, si cela nous aide à lui tordre le cou plus vite et plus sûrement.

Ce serait une erreur grossière que d’établir un schéma général du développement du fascisme applicable à tous les pays et à tous les peuples. Un tel schéma ne nous serait d’aucun secours, il nous empêcherait au contraire de mener la lutte véritable.

C’est ainsi qu’on en arrive au surplus, à rejeter sans distinction dans le camp du fascisme des couches de la population qui, à condition qu’on les aborde de façon judicieuse, peuvent être, à un certain stade de développement, engagées dans la lutte contre le fascisme, ou tout au moins neutralisées.

Prenons, par exemple, le développement du fascisme en France et en Allemagne. Certains communistes estiment qu’en France le fascisme ne peut en général se développer aussi facilement qu’en Allemagne. Qu’y a-t-il dans cette affirmation d’exact et qu’y a-t-il d’erroné ? Il est exact que les traditions démocratiques n’étaient pas, en Allemagne, aussi profondément enracinées qu’elles le sont en France, dans ce pays qui, aux XVIIIe et XIXe siècles, est passé par plusieurs révolutions.

Il est exact que la France est un pays qui a gagné la guerre et imposé le système de Versailles à d’autres pays ; qu’en France il n’existe pas dans les masses ce sentiment national blessé qui a joué un rôle si important en Allemagne. Il est exact que les masses fondamentales de la paysannerie en France sont animées d’un état d’esprit républicain, antifasciste, surtout dans le Midi, à la différence de l’Allemagne où, dès avant l’arrivée du fascisme au pouvoir, une partie considérable de la paysannerie se trouvait sous l’influence des partis réactionnaires.

Mais, en dépit des différences qui existent dans le développement du mouvement fasciste en France et en Allemagne, en dépit des facteurs qui mettent des entraves à l’offensive du fascisme en France, ce serait faire preuve de myopie que de ne pas voir la croissance ininterrompue, dans ce pays, du danger fasciste et de sous-estimer la possibilité d’un coup d’État fasciste.

Il existe en France de nombreux facteurs qui, d’autre part, favorisent le développement du fascisme. N’oubliez pas que la crise économique commencée en France plus tard que dans les autres pays capitalistes, continue à s’approfondir et à s’aggraver, et cela facilite singulièrement le déchaînement de la démagogie fasciste. Le fascisme français possède dans l’armée, parmi les officiers, de solides positions telles que les nationaux-socialistes n’en possédaient pas dans la Reichswehr avant leur arrivée au pouvoir.

En outre, il n’y a peut-être pas de pays où la corruption du régime parlementaire ait pris des proportions aussi monstrueuses, et où elle ait provoqué une indignation des masses aussi grande qu’en France. C’est là-dessus, comme on sait, que les fascistes français spéculent démagogiquement dans leur lutte contre la démocratie bourgeoise.

N’oubliez pas non plus que la crainte aiguë de la bourgeoisie française de perdre son hégémonie politique et militaire en Europe favorise également le développement du fascisme.

Il s’ensuit que les succès du mouvement antifasciste en France, dont Thorez et Cachin nous ont parlé ici et dont nous nous réjouissons de tout notre coeur, ne sauraient encore être envisagés, loin de là, comme une preuve que les masses travailleuses ont réussi à barrer définitivement la route au fascisme. Il faut, une fois de plus, souligner avec insistance toute l’importance des tâches de la classe ouvrière française dans la lutte contre le fascisme, tâches que j’ai déjà indiquées dans mon rapport.

Il est dangereux également de se faire des illusions sur la faiblesse du fascisme dans d’autres pays où il ne dispose pas d’une large base de masse. Nous en avons des exemples tels ceux de la Bulgarie, de la Yougoslavie, de la Finlande, où le fascisme, tout en manquant de base large, n’en est pas moins arrivé au pouvoir en s’appuyant sur les forces armées de l’État, et où il a cherché ensuite à élargir sa base en se servant de l’appareil d’État.

Dutt avait raison d’affirmer qu’il existait dans nos rangs une tendance à considérer le fascisme “en général”, sans tenir compte des particularités concrètes des mouvements fascistes dans les différents pays et en taxant à tort de fascisme toutes les mesures réactionnaires de la bourgeoisie, ou même en qualifiant tout le camp non communiste de camp fasciste. Loin de renforcer la lutte contre le fascisme, tout cela l’a, au contraire, affaiblie.

Or, il subsiste encore maintenant des vestiges de l’attitude schématique à l’égard du fascisme.

N’est-ce pas une manifestation de cette attitude schématique que l’affirmation de certains communistes assurant que l’“ère nouvelle” de Roosevelt représente une forme encore plus nette, plus aiguë de l’évolution de la bourgeoisie vers le fascisme que, par exemple, le “gouvernement national” d’Angleterre ?

Il faut être aveuglé par une dose considérable de schématisme pour ne pas voir que ce sont justement les cercles les plus réactionnaires du Capital financier américain en train d’attaquer Roosevelt, qui représentent, avant tout, la force qui stimule et organise le mouvement fasciste aux États-Unis. Ne pas voir le fascisme réel prendre naissance aux États-Unis sous les phrases hypocrites de ces cercles en faveur de la "défense des droits démocratiques des citoyens américains", c’est désorienter la classe ouvrière dans la lutte contre son pire ennemi.

Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux se développent également, comme on l’a signalé dans la discussion, certains groupes fascistes, mais, évidemment, il ne peut y être question du même genre de fascisme que nous connaissons en Allemagne, en Italie et dans les autres pays capitalistes. Là, il faut étudier et peser les conditions économiques, politiques et historiques tout à fait particulières, qui font et feront prendre au fascisme des formes spéciales.

Certains communistes qui ne savent pas envisager concrètement les phénomènes de la réalité vivante et qui souffrent de paresse d’esprit, remplacent l’étude minutieuse et approfondie de la situation concrète et du rapport des forces de classe par des formules générales qui ne disent rien.

Ils rappellent non point les tireurs d’élite qui frappent en plein but, mais ces “habiles” tireurs qui frappent systématiquement et infailliblement à côté du but et dont les coups portent tantôt plus haut, tantôt plus bas que le but, tantôt plus loin tantôt plus près de la cible. Eh bien ! nous, nous voulons, en tant que militants communistes du mouvement ouvrier, en tant qu’avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière, être de vrais tireurs d’élite qui sans manquer un seul coup frappent en plein but.

Front unique prolétarien, Front populaire antifasciste

Certains communistes se creusent vainement la tête pour savoir par quoi commencer : par le front unique du prolétariat ou par le front populaire antifasciste ?

Les uns disent : on ne pourra pas entreprendre l’établissement du Front populaire antifasciste avant d’avoir organisé un solide front unique du prolétariat.

Mais, raisonnent les autres, comme l’établissement du front unique prolétarien se heurte dans nombre de pays à la résistance de la partie réactionnaire de la social-démocratie, mieux vaut commencer du coup par le Front populaire et, sur cette base seulement, déployer ensuite le front unique de la classe ouvrière.

Les uns et les autres, évidemment, ne comprennent pas que le front unique du prolétariat et le Front populaire antifasciste sont liés l’un à l’autre par la dialectique vivante de la lutte, qu’ils s’interpénètrent, se transforment l’un en l’autre au cours de la lutte pratique contre le fascisme, au lieu d’être séparés l’un de l’autre par une muraille de Chine.

Car, on ne saurait croire sérieusement qu’on puisse vraiment réaliser le Front populaire antifasciste sans établir l’unité d’action de la classe ouvrière elle-même, qui est la force dirigeante de ce Front populaire. Et, d’autre part, le développement ultérieur du front unique prolétarien dépend dans une mesure notable de sa transformation en un Front populaire contre le fascisme.

Imaginez-vous l’amateur de schémas qui, placé devant notre résolution, construit son schéma avec le zèle d’un véritable exégète :

D’abord le front unique du prolétariat par en bas, à l’échelle locale ;

Puis le front unique par en bas, à l’échelle régionale ;

Ensuite le front unique par en haut, passant par les mêmes degrés ;

Après cela, l’unité du mouvement syndical ;

Ensuite, le ralliement des autres partis antifascistes ;

Puis le Front populaire déployé par en haut et par en bas ;

Après quoi, il conviendra d’élever le mouvement à un degré supérieur, de le politiser, de le révolutionnariser, etc., et ainsi de suite. Vous direz que c’est un pur non-sens. Je suis d’accord avec vous. Mais c’est précisément le malheur qu’un tel non-sens sectaire, sous une forme ou sous une autre, se rencontre encore, à notre vif regret, dans nos rangs.

Comment donc la question se pose-t-elle en réalité ? Évidemment, nous devons partout travailler à créer un vaste Front populaire général de lutte contre le fascisme. Mais, dans un grand nombre de pays, nous ne sortirons pas des conversations générales sur le Front populaire, si nous ne savons pas, par la mobilisation des masses ouvrières, briser la résistance de la partie réactionnaire de la social-démocratie au front unique de lutte du prolétariat. C’est ainsi que la question se pose avant tout en Angleterre, où la classe ouvrière forme la majorité de la population, où les trade-unions anglaises et le Parti travailliste ont derrière eux la masse essentielle de la classe ouvrière. C’est ainsi que la question se pose en Belgique, dans les pays Scandinaves, où, face à des Partis communistes numériquement faibles, se dressent de puissants syndicats de masse et des Partis social-démocrates numériquement forts.

Les communistes commettraient dans ces pays une faute politique très grave s’ils se dérobaient à la lutte pour l’établissement du Front unique prolétarien derrière des formules générales sur le Front populaire, lequel ne peut être établi sans la participation des organisations de masse de la classe ouvrière.

Pour réaliser dans ces pays un véritable Front populaire, les communistes doivent accomplir un immense travail politique et d’organisation dans les masses ouvrières. Ils doivent surmonter les préjugés de ces masses, qui considèrent leurs organisations réformistes de masse comme l’incarnation déjà réalisée de l’unité prolétarienne ; ils doivent convaincre ces masses que l’établissement du front unique avec les communistes signifie leur passage sur les positions de la lutte des classes, et que, seul, ce passage garantit le succès de la lutte contre l’offensive du Capital et le fascisme. Ce n’est pas en nous proposant dans ces pays des tâches plus vastes que nous surmonterons les difficultés que nous rencontrons.

C’est, au contraire, en luttant pour faire disparaître ces difficultés que nous préparerons non en paroles, mais en fait, la formation d’un véritable Front populaire de lutte contre le fascisme, contre l’offensive du Capital, contre la menace de guerre impérialiste.

La question se pose autrement dans des pays tels que la Pologne, où, à côté du mouvement ouvrier, se développe un puissant mouvement paysan, où les masses paysannes ont leurs propres organisations qui se radicalisent sous l’influence de la crise agraire, où l’oppression nationale suscite l’indignation parmi les minorités nationales.

Là, le développement du Front populaire de lutte se fera parallèlement au développement du front unique prolétarien et, parfois, dans ce type du pays, le mouvement du Front populaire peut même devancer le mouvement du front ouvrier.

Prenez un pays tel que l’Espagne, qui traverse un processus de révolution démocratique bourgeoise. Peut-on dire ici que la dispersion du prolétariat, au point de vue de l’organisation, exige l’établissement de la complète unité de lutte de la classe ouvrière avant la formation d’un front ouvrier et paysan contre Lerroux et Gil Robles ?

En posant ainsi la question, nous isolerions le prolétariat de la paysannerie, nous abandonnerions en fait le mot d’ordre de la révolution agraire, nous faciliterions aux ennemis du peuple la possibilité de diviser le prolétariat et la paysannerie et d’opposer la paysannerie à la classe ouvrière. Comme on le sait, ce fut là une des causes principales de la défaite de la classe ouvrière asturienne lors des batailles d’octobre 1934.

Toutefois, il y a un point à ne pas oublier : dans tous les pays où le prolétariat est relativement peu nombreux, où la paysannerie et les couches petites-bourgeoises de la ville prédominent, dans ces pays il importe encore plus de déployer tous les efforts pour établir un solide front unique de la classe ouvrière elle-même, afin que celle-ci puisse occuper sa place de facteur dirigeant par rapport à tous les travailleurs.

Ainsi, par rapport à la solution du problème du front prolétarien et du Front populaire, on ne peut fournir des recettes universelles pour tous les cas de la vie, pour tous les pays et pour tous les peuples. L’universalisme dans ces choses-là, l’application des seules et mêmes recettes à tous les pays, équivaudrait, permettez-moi de vous le dire, à l’ignorance. Or, l’ignorance, nous devons la frapper même et surtout lorsqu’elle se manifeste sous l’enveloppe de schémas universels.

Le rôle de la social-démocratie et son attitude à l’égard du Front unique du prolétariat

Du point de vue de nos tâches tactiques, il importe beaucoup de donner une réponse juste à la question de savoir s’il est vrai que, et où il est vrai que la social-démocratie reste dans le moment présent, le principal soutien de la bourgeoisie.

Certains délégués qui sont intervenus dans les débats (Florin, Dutt), ont effleuré cette question, mais, vu son importance, il est nécessaire d’y faire une réponse plus complète. C’est une question que posent et que ne peuvent manquer de poser les ouvriers de toutes tendances, et surtout les ouvriers social-démocrates.

Il faut tenir compte que, dans beaucoup de pays, la situation de la social-démocratie dans l’État bourgeois ainsi que l’attitude de la social-démocratie à l’égard de la bourgeoisie se sont modifiées ou se modifient.

Premièrement, la crise a ébranlé à fond même la situation des couches les plus assurées de la classe ouvrière, de ce qu’on appelle l’aristocratie ouvrière, sur qui, comme on le sait, la social-démocratie s’appuie principalement. Et ces couches se mettent de plus en plus à réviser leurs anciennes opinions sur l’utilité de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie.

Deuxièmement, dans un certain nombre de pays, comme je l’ai indiqué dans mon rapport, la bourgeoisie elle-même est contrainte de renoncer à la démocratie bourgeoise et de recourir à la forme terroriste de sa dictature, en privant la social-démocratie non seulement de son ancienne position dans le système étatique du Capital financier, mais même de son existence légale dans certaines conditions déterminées, en la soumettant aux persécutions, voire en l’écrasant complétement.

Troisièmement, sous l’influence, d’une part, des enseignements de la défaite des ouvriers d’Allemagne, d’Autriche et d’Espagne [1], défaite qui a été surtout le résultat de la politique social-démocrate de collaboration de classe avec la bourgeoisie et, d’autre part, sous l’influence de la victoire du socialisme dans l’Union soviétique, qui est due à la politique bolchévik et à l’application du marxisme révolutionnaire ‑ les ouvriers social-démocrates prennent un état d’esprit révolutionnaire, commencent à opérer un tournant vers la lutte de classe contre la bourgeoisie.

L’ensemble de ces causes rend plus difficile et, dans certains pays, tout à fait impossible pour la social-démocratie la continuation de son ancien rôle de soutien de la bourgeoisie. L’incompréhension de ce fait est particulièrement nuisible dans les pays où la dictature fasciste a ravi à la social-démocratie sa légalité. De ce point de vue, les délégués allemands qui, dans leurs discours, ont marqué la nécessité de cesser de se cramponner à la lettre de formules et de décisions surannées concernant la social-démocratie et de cesser de méconnaître les changements intervenus dans sa situation, avaient raison dans leur autocritique. Il est clair qu’une telle méconnaissance conduit à la déformation de notre ligne orientée vers l’établissement de l’unité de la classe ouvrière, et facilite aux éléments réactionnaires de la social-démocratie leur sabotage du front unique.

Mais le processus de poussée révolutionnaire au sein des Partis social-démocrates qui s’opère maintenant dans tous les pays, se développe d’une façon inégale.

On ne saurait se représenter les choses de telle sorte que les ouvriers social-démocrates en train d’acquérir un état d’esprit révolutionnaire, passeront d’un seul coup et en masse sur les positions de la lutte des classes conséquente et, sans aucune étape intermédiaire, s’uniront directement avec les communistes. Ce sera dans beaucoup de pays un processus plus ou moins difficile, plus ou moins compliqué et long, qui, en tout cas, dépendra essentiellement de la justesse de notre politique et de notre tactique. Nous devons compter même avec la possibilité que certains partis et certaines organisations social-démocrates, en passant des positions de collaboration de classe avec la bourgeoisie sur les positions de lutte de classe contre la bourgeoisie, continuent à subsister encore un certain temps comme organisations et partis indépendants.

En pareil cas, évidemment, il ne saurait être question de considérer de tels partis ou organisations social-démocrates comme un soutien de la bourgeoisie.

On ne saurait espérer que les ouvriers social-démocrates qui se trouvent sous l’influence de l’idéologie de collaboration de classe avec la bourgeoisie, idéologie qui leur est inculquée depuis des dizaines d’années, aillent renoncer d’eux-mêmes à cette idéologie sous l’action des seules causes objectives. Non. C’est à nous, communistes, de les aider à s’affranchir de la domination de l’idéologie réformiste.

L’explication des principes et du programme du communisme doit être poursuivie patiemment, en toute camaraderie, et en tenant compte du niveau de développement politique de chaque ouvrier social-démocrate. Nôtre critique du social-démocratisme doit devenir plus concrète et plus systématique.

Elle doit se baser sur l’expérience des masses social-démocrates elles-mêmes. Il ne faut pas perdre de vue que c’est avant tout sur la base de l’expérience de la lutte commune, menée coude à coude avec les communistes contre l’ennemi de classe, que l’on peut et que l’on doit faciliter et accélérer le développement révolutionnaire des ouvriers social-démocrates. Il n’est pas de moyen plus efficace de vaincre les hésitations et les doutes des ouvriers social-démocrates que la participation au front unique prolétarien.

Nous ferons tout ce qui dépend de nous pour faciliter le travail commun avec nous et la lutte commune contre l’ennemi de classe non seulement aux ouvriers social-démocrates, mais aussi à ceux des militants des partis et organisations social-démocrates qui désirent sincèrement passer sur la position de classe révolutionnaire.

Mais nous le déclarons en même temps : ceux des leaders socialistes, des simples militants et des ouvriers, qui continuent à soutenir le rôle scissionniste des chefs réactionnaires de la social-démocratie et à s’élever contre le front unique, aidant ainsi directement ou indirectement l’ennemi de classe, prennent par là-même devant la classe ouvrière une responsabilité non moindre que la responsabilité historique de ceux qui ont soutenu la politique social-démocrate de collaboration de classe, politique qui, dans une série de pays européens, a causé la perte de la révolution de 1918 et frayé la route au fascisme.

C’est la question de l’attitude à l’égard du front unique qui sert de ligne de démarcation entre la partie réactionnaire de la social-démocratie et ses couches en train de prendre un état d’esprit révolutionnaire. Notre aide en faveur de ces couches-là, sera d’autant plus efficace que notre lutte sera plus forte contre le camp réactionnaire de la social-démocratie, coalisé avec la bourgeoisie.

Et, à l’intérieur du camp de gauche de la social-démocratie, on verra ses différents éléments se définir eux-mêmes d’autant plus vite que les communistes lutteront plus résolument pour le front unique avec les partis social-démocrates.

La pratique de la lutte des classes et la participation des social-démocrates au mouvement de front unique feront voir qui, dans ce camp, se déclare “pour la gauche” en paroles, et qui est effectivement de la gauche.

À propos du gouvernement de Front unique

Ainsi, l’attitude de la social-démocratie à l’égard de la réalisation pratique du front unique du prolétariat est, en général, dans chaque pays, l’indice principal permettant de voir si l’ancien rôle du parti social-démocrate ou de certains de ses détachements dans l’État bourgeois s’est modifié et dans quelle mesure il s’est modifié ; mais on aura aussi un indice particulièrement clair dans l’attitude de la social-démocratie sur la question du gouvernement de front unique.

Dans la situation où la question de former un gouvernement de front unique figurera à l’ordre du jour comme tâche pratique immédiate, c’est cette question qui deviendra décisive, qui servira de pierre de touche pour la politique de la social-démocratie du pays donné : ou bien avec la bourgeoisie en voie de fascisation contre la classe ouvrière, ou bien avec le prolétariat révolutionnaire contre le fascisme et la réaction, non en paroles, mais en actes ; c’est ainsi que sera posée la question inéluctable au moment de la formation du gouvernement de front unique, comme aussi pendant le temps où le pouvoir sera exercé par ce gouvernement.

Quant au caractère et aux conditions de la formation d’un gouvernement de front unique ou de Front populaire antifasciste, il me semble que, dans mon rapport, j’ai déjà dit ce qui est nécessaire pour l’orientation tactique générale. Vouloir que nous fixions par surcroît tous les modes possibles et toutes les conditions de formation d’un tel gouvernement, c’est se livrer à des conjectures stériles.

Je voudrais vous mettre en garde contre toute simplification et tout schématisme dans cette question. La vie est plus compliquée que tous les schémas. Il est faux, par exemple, de présenter les choses comme si le gouvernement de front unique était une étape indispensable sur la voie de l’instauration de la dictature du prolétariat.

C’est aussi faux qu’il était faux autrefois de présenter les choses comme si dans les pays fascistes, il n’y avait aucune étape intermédiaire, la dictature fasciste étant obligatoirement et directement remplacée par la dictature du prolétariat.

Le fond de la question se réduit à savoir si le prolétariat lui-même se trouvera prêt, au moment décisif, à renverser immédiatement la bourgeoisie et à instaurer son pouvoir, avec la possibilité dans ce cas de s’assurer le soutien de ses alliés, ou bien si c’est le mouvement de front unique qui se trouvera simplement en mesure, à l’étape donnée, d’écraser ou de renverser le fascisme, sans passer immédiatement à la liquidation de la dictature de la bourgeoisie. Dans le dernier cas, renoncer à créer et à soutenir le gouvernement de front unique ou de Front populaire pour cette seule raison, serait un exemple inadmissible de myopie politique et non pas une politique révolutionnaire sérieuse.

Il n’est pas difficile non plus de comprendre que la formation d’un gouvernement de front unique dans les pays où le fascisme n’est pas encore au pouvoir, c’est autre chose que dans les pays à dictature fasciste. Dans ces pays-ci, la formation d’un tel gouvernement n’est possible qu’au cours du processus de renversement du pouvoir fasciste. Dans les pays où se développe la révolution démocratique bourgeoise, un gouvernement de Front populaire pourrait devenir le gouvernement de la dictature démocratique de la classe ouvrière et de la paysannerie.

Comme je l’ai déjà indiqué dans mon rapport, les communistes soutiendront, par tous les moyens, le gouvernement de front unique, dans la mesure où celui-ci combattra réellement les ennemis du peuple et laissera leur liberté d’action au Parti communiste et à la classe ouvrière. Quant au problème de la participation des communistes au gouvernement, il dépend exclusivement de la situation concrète. Les questions de ce genre seront résolues dans chaque cas particulier. Ici, on ne saurait donner d’avance aucune recette toute faite.

De l’attitude à l’égard de la démocratie bourgeoise

Il a été dit ici qu’au sein du Parti polonais qui mobilise les masses contre les attaques dont les droits des travailleurs sont l’objet de la part du fascisme, "il existait cependant la crainte de formuler positivement des revendications démocratiques, pour ne pas créer d’illusions démocratiques parmi les masses". Cette crainte de formuler positivement des revendications démocratiques n’existe pas seulement, sous une forme ou l’autre, dans le Parti polonais.

D’où vient cette crainte ? De la façon erronée, non dialectique, de poser la question de l’attitude à l’égard de la démocratie bourgeoise. Nous, communistes, nous sommes les partisans irréductibles de la démocratie soviétique dont la dictature prolétarienne a donné un grand exemple dans l’Union soviétique, jusqu’ici, ‑ au moment même où dans les pays capitalistes on liquide les derniers restes de démocratie bourgeoise, ‑ par décision du VIIe congrès des Soviets, on proclame l’introduction du scrutin égal, direct et secret.

Cette démocratie soviétique suppose la victoire de la révolution prolétarienne, la transformation de la propriété privée des moyens de production en propriété sociale, le passage de la majorité écrasante du peuple sur la voie du socialisme.

Cette démocratie ne constitue point une forme achevée ; elle se développe et continuera à se développer au fur et à mesure des succès ultérieurs de l’édification socialiste, de la création de la société sans classes et de la disparition des survivances du capitalisme dans l’économie et dans la conscience des hommes.

Mais, aujourd’hui, le problème pour les millions de travailleurs qui vivent dans les conditions du capitalisme, c’est de déterminer leur attitude à l’égard des formes que la domination de la bourgeoisie revêt dans les différents pays. Nous ne sommes pas des anarchistes, et nous ne sommes pas le moins du monde indifférents à la question de savoir quel régime politique existe dans tel pays donné : la dictature bourgeoise sous la forme de la démocratie bourgeoise, fût-ce avec les droits et les libertés démocratiques les plus réduits, ou bien la dictature bourgeoise sous sa forme fasciste déclarée. Partisans de la démocratie soviétique, nous défendrons chaque pouce des conquêtes démocratiques qui ont été arrachées par la classe ouvrière au cours de longues années de lutte opiniâtre, et nous lutterons résolument pour leur extension.

Que de sacrifices a dû consentir la classe ouvrière d’Angleterre avant de conquérir le droit de grève, l’existence légale de ses trade-unions, la liberté de réunion, la liberté de la presse, l’extension du droit de suffrage, etc. ! Combien de dizaines de milliers d’ouvriers ont donné leur vie dans les combats révolutionnaires livrés en France au XIXe siècle pour conquérir les droits élémentaires et les possibilités légales d’organiser leurs forces pour la lutte contre les exploiteurs ! Le prolétariat de tous les pays a versé beaucoup de sang pour conquérir les libertés démocratiques bourgeoises, et l’on conçoit qu’il veuille lutter de toutes ses forces pour les conserver.

Notre attitude envers la démocratie bourgeoise n’est pas la même dans toutes les conditions. Ainsi, pendant la Révolution d’Octobre, les bolchéviks russes menaient un combat à mort contre tous les partis politiques qui, sous le drapeau de la défense de la démocratie bourgeoise, se dressaient contre l’instauration de la dictature du prolétariat.

Les bolchéviks combattaient ces partis parce que le drapeau de la démocratie bourgeoise était devenu alors le drapeau sous lequel toutes les forces contre-révolutionnaires se mobilisaient pour la lutte contre la victoire du prolétariat.

La situation des pays capitalistes est aujourd’hui tout autre. Aujourd’hui c’est la contre-révolution fasciste qui attaque la démocratie bourgeoise, dans son effort pour soumettre les travailleurs au régime d’exploitation et d’écrasement le plus barbare.

Aujourd’hui, dans une série de pays capitalistes, les masses travailleuses ont à choisir concrètement, pour l’instant présent, non entre la dictature du prolétariat et la démocratie bourgeoise, mais entre la démocratie bourgeoise et le fascisme.

En outre, la situation actuelle diffère de celle qui existait, par exemple, à l’époque de la stabilisation du capitalisme. Il n’y avait pas alors de danger fasciste aussi accentué qu’au moment présent. Alors, les ouvriers révolutionnaires, dans une série de pays, avaient devant eux la dictature bourgeoise sous la forme de la démocratie bourgeoise, et c’était contre elle qu’ils concentraient principalement leur feu.

En Allemagne, ils combattaient la République de Weimar non en tant que République, mais parce que c’était une République bourgeoise qui avait réprimé le mouvement révolutionnaire du prolétariat, particulièrement dans les années 1918‑1920 et en 1923.

Mais les communistes pouvaient-ils demeurer sur cette position même au moment où le mouvement fasciste commençait à lever la tête, où, par exemple en Allemagne, en 1932, les fascistes organisaient et armaient leurs troupes d’assaut par centaines de milliers d’hommes contre la classe ouvrière ? Évidemment, non.

La faute des communistes dans une série de pays, et, notamment, en Allemagne, fut que, méconnaissant les changements survenus, ils continuaient à répéter les anciens mots d’ordre et à rester sur les positions tactiques qui avaient été justes plusieurs années plus tôt, surtout au moment où la lutte pour la dictature du prolétariat portait un caractère d’actualité et où, sous le drapeau de la République de Weimar, s’était groupée toute la contre-révolution allemande, comme ce fut le cas en 1918‑1920.

Et le fait que nous sommes obligés, aujourd’hui encore, de constater dans nos rangs la crainte de formuler des revendications démocratiques positives, prouve tout simplement combien les communistes sont encore loin de s’être assimilé la méthode marxiste-léniniste quand ils abordent des questions aussi importantes de notre tactique.

D’aucuns disent que la lutte pour les droits démocratiques peut détourner les ouvriers de la lutte pour la dictature du prolétariat. Il ne sera pas inutile de rappeler ce que Lénine disait à ce sujet :

Ce serait une erreur radicale de croire que la lutte pour la démocratie est susceptible de détourner le prolétariat de la révolution socialiste, ou de la masquer, de la voiler, etc. Au contraire, de même que le socialisme victorieux est impossible sans réaliser la démocratie complète, de même le prolétariat ne peut se préparer à vaincre la bourgeoisie sans mener une lutte détaillée, conséquente et révolutionnaire pour la démocratie.

Ces paroles, tous les communistes doivent se les graver fortement dans la mémoire, en tenant compte que c’est de petits mouvements pour la défense des droits élémentaires de la classe ouvrière que sont sorties, au cours de l’histoire, de grandes révolutions. Mais ce qu’il faut avant tout pour savoir rattacher la lutte en faveur des droits démocratiques à la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme, c’est renoncer à la manière schématique d’aborder la question de la défense de la démocratie bourgeoise.

Avoir une ligne juste n’est pas encore suffisant

L’élaboration d’une ligne juste est, cela va de soi, l’essentiel pour l’Internationale communiste et chacune de ses sections. Mais la ligne juste à elle seule ne suffit pas encore pour diriger concrètement la lutte de classe. Pour cela, il est nécessaire de remplir un certain nombre de conditions et, avant tout, les conditions suivantes :

La première condition, c’est d’assurer par les mesures d’organisation l’application des résolutions adoptées dans tout le travail pratique, et de surmonter résolument tous les obstacles dressés sur cette voie. Ce que Staline a dit au XVIIe congrès du PC de l’URSS sur les conditions requises pour appliquer la ligne du Parti, peut et doit se rapporter aussi, entièrement et sans réserve, aux décisions adoptées par notre congrès [J. Staline : "Deux Mondes", rapport au XVIIe congrès du Parti communiste (bolchévik) de l’URSS] :

D’aucuns pensent qu’il suffit d’élaborer une ligne juste du Parti, de la proclamer hautement, de l’exposer sous forme de thèses générales et de résolutions, et de l’adopter à l’unanimité pour que la victoire vienne d’elle-même, pour ainsi dire spontanément. C’est faux évidemment. C’est une grande erreur. Seuls des bureaucrates et des paperassiers incorrigibles peuvent penser ainsi (...)

De bonnes résolutions, des déclarations en faveur de la ligne générale du Parti, ce n’est qu’un début : elles ne signifient que le désir de vaincre et non la victoire elle-même. Après qu’une ligne juste, une juste solution du problème a été donnée, le succès dépend du travail d’organisation, de l’organisation de la lutte pour l’application pratique de la ligne du Parti, du choix judicieux des hommes, du contrôle de l’exécution des décisions adoptées par les organismes dirigeants. Sans cela, la ligne juste du Parti et les justes décisions risquent d’être sérieusement compromises.

Bien plus : la ligne politique juste une fois donnée, c’est le travail d’organisation qui décide de tout, y compris du sort de la ligne politique elle-même, de sa réalisation ou de son échec.

Il n’est guère nécessaire d’ajouter quoi que ce soit à ces remarquables paroles de Staline, qui doivent devenir le principe directeur dans tout le travail de nos Partis.

Une autre condition, c’est de savoir, faire des décisions de l’Internationale communiste et de ses sections les décisions des grandes masses elles-mêmes. Et c’est encore plus nécessaire maintenant que nous sommes devant la tâche de créer le front unique du prolétariat et d’entraîner les plus grandes masses populaires dans le Front populaire antifasciste. Là où le génie politique et tactique de Lénine et de Staline apparaît avec le plus d’évidence et d’éclat, c’est dans leur maîtrise à amener les masses, par leur propre expérience, à la compréhension de la ligne juste et des mots d’ordre du Parti.

Si l’on suit toute l’histoire du bolchévisme, ce trésor incomparable de la stratégie et de la tactique politiques du mouvement ouvrier révolutionnaire, on peut se convaincre que les bolchéviks n’ont jamais substitué aux méthodes de direction des masses les méthodes de direction du Parti.

Staline a indiqué comme une des particularités de la tactique des bolchéviks russes, dans la période de préparation d’Octobre, le fait qu’ils ont su déterminer de façon juste les voies et tournants qui amènent naturellement les masses aux mots d’ordre du Parti, jusqu’au "seuil de la révolution", en les aidant à saisir, à vérifier, à discerner par leur propre expérience la justesse de ces mots d’ordre ; qu’ils n’ont pas confondu la direction du Parti avec la direction des masses et voyaient nettement la différence entre la direction du premier genre et la direction du second genre ; et qu’ils ont élaboré ainsi la tactique non pas seulement comme la science de la direction du Parti, mais aussi comme celle de la direction des millions de travailleurs.

Ensuite, il faut tenir compte du fait que l’assimilation de nos décisions par les grandes masses est impossible si nous n’apprenons pas à parler une langue intelligible aux masses. Nous ne savons pas toujours, loin de là, parler simplement, concrètement, en nous servant des images familières et compréhensibles aux masses. Nous ne savons pas encore renoncer aux formules abstraites et apprises par coeur. Regardez de plus près nos tracts, nos journaux, nos résolutions et nos thèses et vous verrez qu’ils sont souvent rédigés en un langage tellement lourd que même nos militants ont de la peine à les comprendre et, à plus forte raison, les simples ouvriers.

Si l’on songe que les ouvriers qui diffusent et lisent ces tracts, surtout dans les pays fascistes, risquent leur vie, on se rend mieux compte encore de la nécessité d’écrire pour les masses en une langue qui leur soit compréhensible, pour qu’ainsi les sacrifices consentis ne le soient pas en pure perte. Cette remarque ne s’applique pas à un moindre degré à notre agitation et à notre propagande orales. À cet égard, il faut reconnaître en toute sincérité que les fascistes sont souvent plus habiles et plus souples que beaucoup de nos camarades.

Je me souviens, par exemple, d’une réunion de chômeurs tenue à Berlin avant l’arrivée de Hitler au pouvoir. C’était pendant le procès des fameux accapareurs et spéculateurs, les frères Sklarek, procès qui durait depuis plusieurs mois. L’orateur national-socialiste qui parla à cette réunion, utilisa ce procès pour ses buts démagogiques.

Il cita les spéculations, les affaires de corruption et les autres crimes commis par les frères Sklarek ; il souligna que le procès intenté contre eux traînait depuis des mois ; il calcula combien de centaines de milliers de marks ce procès avait déjà coûté au peuple allemand et, aux vifs applaudissements des assistants, il déclara qu’il fallait, sans tarder, fusiller des bandits comme les Sklarek et verser au profit des chômeurs l’argent dépensé pour le procès.

Un communiste se lève et demande la parole. Le président refuse d’abord ; mais, sous la pression des assistants qui voulaient entendre le communiste, celui-ci obtient enfin la parole. Lorsque le communiste monta à la tribune, tous les assistants dressèrent l’oreille dans l’attente de ce qu’il allait dire. Eh bien, que dit-il :

Camarades, déclare-t-il d’une voix ferme et puissante, l’assemblée plénière de l’Internationale communiste vient de terminer ses travaux. Elle a indiqué la voie du salut pour la classe ouvrière. La tâche essentielle qu’elle pose devant vous, c’est, camarades, la "conquête de la majorité de la classe ouvrière". L’assemblée plénière a indiqué qu’il est nécessaire de "politiser" le mouvement des chômeurs. L’assemblée plénière vous invite à élever ce mouvement à un degré supérieur.

Et l’orateur continua à parler dans le même sens, convaincu apparemment qu’il “expliquait” les décisions authentiques de l’assemblée plénière.

Un tel discours pouvait-il émouvoir les chômeurs ? Pouvaient-ils être satisfaits qu’on s’apprêtât d’abord à les politiser, puis à les révolutionnariser et ensuite à les mobiliser pour élever leur mouvement à un degré supérieur ?

Assis dans un coin, j’observais avec amertume comment les chômeurs présents, qui avaient tant voulu entendre le communiste pour apprendre de lui ce qu’il leur fallait faire concrètement, se mettaient à bâiller et à manifester une déception bien claire. Et je ne fus pas du tout étonné qu’à la fin, le président retirât brutalement la parole à notre orateur sans aucune protestation dans les rangs de l’assemblée... Malheureusement, le cas n’est pas isolé dans notre agitation. Des cas pareils, on en a vu ailleurs qu’en Allemagne. Faire une telle agitation, c’est faire de l’agitation contre soi-même. Il est temps d’en finir une fois pour toutes avec ces méthodes d’agitation enfantines, passez-moi le mot, pour ne pas employer d’expression plus forte.

Pendant mon rapport, le président de séance, Kuusinen, a reçu de la salle du congrès une lettre bien caractéristique qui m’était adressée. Je vais vous en donner lecture :

Dans votre intervention au congrès, je vous prie de toucher une question, à savoir : qu’à l’avenir toutes les résolutions et décisions de l’Internationale communiste soient écrites de telle sorte que non seulement les communistes instruits puissent s’y retrouver, mais que n’importe quel travailleur sans aucune préparation puisse, du premier coup, en lisant les documents de l’Internationale communiste, comprendre ce que veulent les communistes et de quelle utilité le communisme est pour l’humanité.

C’est ce qu’oublient certains dirigeants du Parti. Il faut le leur rappeler, et cela très fortement. De même que l’agitation en faveur du communisme soit faite en un langage compréhensible.

Qui est l’auteur de cette lettre, je ne le sais pas exactement. Mais je ne doute pas que ce communiste ait exprimé dans sa lettre l’opinion et le désir de millions d’ouvriers. Beaucoup de nos camarades pensent que plus ils emploient de mots ronflants, de formules et de thèses incompréhensibles aux masses, meilleures sont leur agitation et leur propagande, en oubliant que précisément les plus grands chefs et théoriciens de la classe ouvrière de notre époque, ‑ Lénine et Staline, ‑ ont toujours parlé et écrit dans une langue tout à fait compréhensible aux grandes masses.

Chacun de nous doit fermement s’assimiler comme une loi, comme une loi bolchévik, cette règle élémentaire :

Lorsque tu écris ou que tu parles, il faut toujours songer à l’ouvrier du rang qui doit te comprendre, ajouter foi à ton appel et être prêt à te suivre. Il faut songer à celui pour qui tu écris, à celui à qui tu parles.

Des cadres

Nos décisions les meilleures resteront lettre morte si l’on manque d’hommes qui sachent les mettre en oeuvre. Or, force m’est de constater malheureusement qu’une des questions essentielles, la question des cadres est passée dans notre congrès sans attirer presque aucune attention.

Le rapport sur l’activité du Comité exécutif de l’Internationale communiste a été discuté pendant sept jours ; quantité d’orateurs de différents pays ont pris la parole, et seuls quelques isolés ont touché, en passant, à cette question extrêmement importante pour nos Partis communistes et le mouvement ouvrier. Dans leur pratique, nos Partis n’ont pas encore pris conscience, loin de là, que ce sont les hommes, les cadres qui décident de tout. Ils ne savent pas, selon l’enseignement de Staline, élever les cadres "comme un jardinier soigne son arbre fruitier préféré", " apprécier les hommes, apprécier les cadres, apprécier chaque travailleur capable d’être utile à notre cause commune".

L’attitude de dédain pour le problème des cadres est d’autant plus inadmissible que, dans la lutte, nous perdons sans cesse une partie de nos cadres les plus précieux. Car nous ne sommes pas une société scientifique, mais un mouvement combatif qui se trouve constamment sous la ligne de feu.

Chez nous, ce sont les éléments les plus énergiques, les plus courageux et les plus conscients qui se trouvent aux premiers rangs. C’est précisément à ces éléments, à ces combattants avancés que l’ennemi fait la chasse, il les assassine, il les jette en prison, dans les camps de concentration ; il leur fait subir les pires supplices, surtout dans les pays fascistes. De là résulte la nécessité particulièrement aigüe de compléter, d’élever, d’éduquer de façon permanente de nouveaux cadres, comme de conserver soigneusement les cadres existants.

Le problème des cadres prend encore une acuité particulière parce que c’est sous notre influence que se déploie un vaste mouvement de front unique, qui forme des milliers et des milliers de nouveaux militants prolétariens. En outre, dans les rangs de nos Partis n’affluent pas seulement de jeunes éléments révolutionnaires et des ouvriers à l’esprit de plus en plus révolutionnaire, mais qui jusqu’ici n’ont jamais participé au mouvement politique : bien souvent, d’anciens adhérents et militants des partis social-démocrates viennent aussi nous rejoindre. Ces nouveaux cadres demandent une attention spéciale, surtout dans les Partis illégaux, d’autant plus que ces cadres, faiblement préparés au point de vue théorique, se trouvent déjà fréquemment placés dans leur travail pratique devant les problèmes politiques les plus sérieux, qu’ils ont à résoudre par eux-mêmes.

La question d’une juste politique des cadres est pour nos Partis, de même que pour les Jeunesses communistes et toutes les organisations de masse, pour l’ensemble du mouvement ouvrier révolutionnaire, le problème le plus actuel.

En quoi consiste une juste politique des cadres ?

Premièrement, il est nécessaire de connaître les hommes. En règle générale, on ne procède pas dans nos Partis à l’étude systématique des cadres. C’est depuis quelque temps seulement que les Partis communistes de France et de Pologne et, en Extrême-Orient, le Parti communiste de Chine ont obtenu certains succès dans ce sens.

En son temps, avant d’être dans l’illégalité, le Parti communiste allemand avait, lui aussi, abordé l’étude de ses cadres. Et l’expérience de ces Partis a montré que, dès qu’on a commencé à étudier les hommes, on s’est mis à découvrir des militants qu’on n’avait pas remarqués auparavant ; d’autre part, les Partis ont commencé à s’épurer des éléments qui leur étaient étrangers, nuisibles au point de vue idéologique et politique.

Il suffit de rappeler l’exemple de Celor et Barbé en France qui, quand on les eut examinés au microscope bolchévik, s’avérèrent des agents de l’ennemi de classe et furent chassés du Parti. En Pologne et en Hongrie, la vérification des cadres a facilité le repérage de nids de provocateurs, d’agents de l’ennemi soigneusement masqués.

Deuxièmement, il est nécessaire de procéder à l’avancement des cadres de façon judicieuse. Cet avancement ne doit pas être le fait du hasard, mais il faut en faire une des fonctions normales du Parti. Les choses vont mal si l’avancement se fait exclusivement pour des considérations strictement intérieures au Parti, sans se rendre compte si le communiste promu est lié aux masses.

On doit opérer l’avancement à la fois sur la base du recensement des militants avec leur aptitude à telle ou telle fonction dans le Parti, et sur la base de la popularité dont les cadres promus jouissent dans les masses. Nous avons dans nos Partis des exemples d’avancement qui ont donné d’excellents résultats. Au présidium de notre congrès, par exemple, figure une communiste espagnole, Dolorès. Il y a deux ans, elle travaillait encore à la base.

Dès les premiers conflits avec l’ennemi de classe, elle s’est révélée excellent agitateur et combattant. Élue par la suite à la direction du Parti, elle s’est montrée un des membres les plus dignes de ce choix.

Je pourrais citer un certain nombre de cas analogues dans d’autres pays également.

Cependant, dans la plupart des cas, la promotion se fait d’une façon inorganisée, accidentelle et, par conséquent, pas toujours heureuse. Il arrive qu’on confie des postes dirigeants à des raisonneurs, des phraseurs, des bavards qui nuisent directement à la cause.

Troisièmement, il est nécessaire d’utiliser judicieusement les cadres. Il faut savoir trouver et utiliser les qualités précieuses de chaque militant. Il n’est point d’hommes parfaits : il faut les prendre tels qu’ils sont, corriger leurs faiblesses et leurs défauts. Nous connaissons dans nos Partis des exemples criants d’utilisation erronée de bons, d’honnêtes communistes qui pourraient être d’une grande utilité, s’ils étaient chargés d’un travail qui leur convienne mieux.

Quatrièmement, il est nécessaire de répartir judicieusement les cadres. Il faut, avant tout, qu’aux échelons essentiels du mouvement soient placés des hommes fermes, liés aux masses, sortis de leur sein, pleins d’initiative et sûrs ; il faut que dans les plus grands centres il y ait un nombre suffisant de tels militants.

Dans les pays capitalistes, le déplacement des cadres d’un point à l’autre n’est pas chose facile. Cette tâche s’y heurte à toutes sortes d’obstacles et de difficultés, entre autres, aux questions d’ordre matériel, familial, etc., difficultés dont il faut tenir compte et venir à bout grâce à la solution appropriée, ce qui, chez nous, d’ordinaire, ne se fait pas du tout.

Cinquièmement, il est nécessaire d’accorder aux cadres une aide systématique. Cette aide doit consister dans des instructions scrupuleuses, dans un contrôle fraternel, dans la correction des imperfections et des fautes, dans une direction concrète des cadres jour par jour.

Sixièmement, il est nécessaire de veiller à la conservation des cadres. Il faut savoir, en temps opportun, ramener les cadres à l’arrière, les remplacer par de nouveaux si les circonstances l’exigent. Nous devons exiger, surtout dans les Partis illégaux, la plus grande responsabilité de la direction pour la conservation des cadres.

La juste conservation des cadres suppose aussi l’organisation la plus sérieuse du travail conspiratif dans le Parti. Dans certains de nos Partis, nombreux sont les communistes qui pensent que les Partis sont préparés à l’illégalité du seul fait qu’ils se sont réorganisés d’après un schéma purement formel. Nous avons dû payer cher le fait de n’avoir commencé la réorganisation effective qu’après le passage à l’illégalité, sous les coups pénibles assénés directement par l’ennemi. Rappelez-vous à quel prix nous est revenu le passage à l’illégalité du Parti communiste d’Allemagne ! Cet exemple doit être un sérieux avertissement pour ceux de nos Partis qui, aujourd’hui encore, sont légaux, mais qui demain peuvent perdre leur légalité.

Seule, une juste politique des cadres permettra à nos Partis de déployer et d’utiliser au maximum les forces des cadres existants et de puiser les éléments actifs les meilleurs dans l’immense réservoir du mouvement de masse, où ils se renouvellent constamment.

Quel critère essentiel doit nous inspirer dans le choix des cadres ?

Premièrement : le dévouement le plus profond à la cause de la classe ouvrière, la fidélité au Parti vérifiée dans les batailles, dans les prisons, devant les tribunaux, face à face avec l’ennemi de classe.

Deuxièmement : la liaison la plus étroite avec les masses, vivre dans l’intérêt des masses, sentir le pouls des masses, leur état d’esprit et leurs aspirations. L’autorité des dirigeants de nos organisations du Parti doit être avant tout fondée sur le fait que la masse voit en eux ses chefs, qu’elle se convainc par sa propre expérience de leurs aptitudes de chef, de leur résolution et de leur esprit d’abnégation dans la lutte.

Troisièmement : la capacité de s’orienter par soi-même dans toutes les situations et de ne pas craindre de prendre la responsabilité de ses décisions. Qui craint de prendre des responsabilités, n’est pas un chef. Qui ne sait pas faire preuve d’initiative, qui sait seulement raisonner ainsi : "Je ne ferai que ce qu’on me dira", n’est pas un bolchévik.

Celui-là seul est un véritable chef bolchévik, qui ne perd pas la tête dans le moment de la défaite, qui ne devient pas présomptueux au moment du succès, qui fait preuve d’une fermeté inébranlable dans l’application des décisions. C’est quand ils sont placés devant la nécessité de résoudre par eux-mêmes les tâches concrètes de la lutte et qu’ils en sentent peser sur eux toute la responsabilité que les cadres se développent et grandissent le mieux.

Quatrièmement : l’esprit de discipline et la trempe bolchévik aussi bien dans la lutte contre l’ennemi de classe que dans l’intransigeance à l’égard de toutes les déviations de la ligne du bolchévisme.

Nous devons souligner la nécessité de ces conditions d’un choix judicieux des cadres avec d’autant plus de force que, dans la pratique, on accorde très souvent la préférence à un communiste qui, par exemple, sait écrire de façon littéraire, parle bien, mais n’est pas un homme d’action et ne convient pas pour la lutte, sur un autre camarade qui, peut-être, ne sait pas aussi bien écrire et parler, mais est un camarade ferme, ayant de l’initiative, lié aux masses, capables de marcher au combat et de conduire les autres à la lutte.

Sont-ils rares, les cas où un sectaire, un doctrinaire, un raisonneur évince un dirigeant de masse dévoué, un vrai chef ouvrier ?

Nos cadres dirigeants doivent allier la connaissance de ce qu’ils ont à faire à la fermeté bolchévik, au caractère révolutionnaire ainsi qu’à la volonté nécessaire pour convertir tout cela en actes.

À propos du problème des cadres, permettez-moi de m’arrêter aussi sur le rôle immense qu’est appelé à jouer le Secours rouge international à l’égard des cadres du mouvement ouvrier. L’aide matérielle et morale que les organisations du SRI, accordent aux détenus et à leurs familles, aux émigrés politiques et aux révolutionnaires et antifascistes persécutés, a sauvé la vie, conservé les forces et la combativité, de milliers et de milliers de lutteurs précieux de la classe ouvrière dans les différents pays. Ceux d’entre nous qui ont été en prison, ont éprouvé directement par eux-mêmes la grande importance de l’activité du SRI

Par son activité, le Secours rouge international s’est acquis l’affection, l’attachement et la profonde gratitude de centaines de milliers de prolétaires et d’éléments révolutionnaires paysans et intellectuels. Dans les conditions présentes, en présence de la réaction bourgeoise grandissante, du fascisme déchaîné et de l’aggravation de la lutte de classe, le rôle du Secours rouge international grandit considérablement.

Au Secours rouge international se pose maintenant la tâche de se transformer en une véritable organisation de masse des travailleurs dans tous les pays capitalistes (en particulier dans les pays fascistes, en s’adaptant aux conditions spéciales de ces pays). Il doit devenir, pour ainsi dire, une sorte de “Croix-Rouge” du front unique du prolétariat et du Front populaire antifasciste, englobant des millions de travailleurs ‑ une “Croix-Rouge” de l’armée des classes laborieuses, en lutte contre le fascisme, pour la paix et le socialisme.

Pour que le Secours rouge international puisse remplir avec succès ce rôle qui lui incombe, il lui faut créer son propre corps de militants fort de milliers d’hommes, ses propres cadres nombreux, les cadres du Secours rouge international répondant par leur caractère et leurs aptitudes à la mission spéciale de cette organisation entre toutes importante. Ici encore, il faut le dire de façon la plus tranchée et la plus catégorique : si le bureaucratisme, l’attitude sans coeur à l’égard des hommes sont répugnants dans le mouvement ouvrier en général, dans le domaine de l’activité du Secours rouge international c’est un mal qui touche au crime. Les combattants de la classe ouvrière, les victimes de la réaction et du fascisme languissant dans les cachots et les camps de concentration, les émigrés politiques et leurs familles doivent faire l’objet de l’attention la plus délicate et de la plus grande sollicitude de la part des organisations et des militants du Secours rouge international.

Le Secours rouge international doit encore mieux comprendre et mieux accomplir son devoir dans l’organisation de l’aide aux combattants du mouvement prolétarien et antifasciste, et notamment, en ce qui touche la conservation physique et morale des cadres du mouvement ouvrier. Les communistes et les ouvriers révolutionnaires participant à l’organisation du Secours rouge international doivent sentir à chaque pas la responsabilité énorme qui leur incombe devant la classe ouvrière et devant l’Internationale communiste, pour la bonne exécution du rôle et des tâches du SRI.

Comme on le sait, l’éducation des cadres la meilleure, s’acquiert dans le cours de la lutte, dans les efforts faits pour surmonter les difficultés et les épreuves, de même que dans les exemples positifs et négatifs. Nous avons des centaines de cas de conduite exemplaire pendant les grèves et les manifestations, dans les prisons, au cours des procès.

Nous avons des milliers de héros, mais, malheureusement, nous enregistrons aussi pas mal d’exemples de pusillanimité, de manque de fermeté et même de désertion. Or, on oublie souvent les exemples de l’un et de l’autre genre, on ne les fait pas servir à des fins éducatives, on ne montre pas ce qu’il faut imiter, ce qu’il faut rejeter. Il faut étudier la conduite des communistes et des militants ouvriers pendant les conflits de classe, lors des interrogatoires de police, dans les prisons et les camps de concentration, devant les tribunaux, etc. De tout cela, il faut tirer ce qu’il, y a de positif ; il faut montrer les exemples à imiter et rejeter ce qu’il y a de pourri, de non bolchévik, ce qu’il y a de petit-bourgeois.

Depuis le procès de Leipzig, nous avons un nombre considérable de déclarations de communistes devant les tribunaux bourgeois et fascistes qui montrent comment des cadres nombreux grandissent chez nous avec une magnifique compréhension de ce que signifie l’attitude bolchévik devant le tribunal.

Mais sont-ils nombreux, même parmi vous, délégués du congrès, ceux qui connaissent en détail le procès des cheminots de Roumanie, le procès de Fiete Schultz décapité par les fascistes en Allemagne, le procès de notre courageux camarade japonais Itakava, le procès des soldats révolutionnaires bulgares, et nombre d’autres procès où se sont manifestés les plus dignes exemples d’héroïsme prolétarien ? Ces dignes exemples d’héroïsme prolétarien, il faut les populariser et les opposer à la pusillanimité, à l’esprit petit-bourgeois, à la pourriture et à la faiblesse de tout genre qui se manifestent dans nos rangs et dans ceux de la classe ouvrière. Il est nécessaire d’utiliser ces exemples de la façon la plus complète pour éduquer les cadres du mouvement ouvrier.

Chez nous, les dirigeants de Partis se plaignent souvent qu’ils manquent d’hommes, ils n’en ont guère pour l’agitation propagande, guère pour le journal, guère pour les syndicats, guère pour le travail à mener parmi les jeunes, parmi les femmes. Il en manque partout et toujours, il n’y a point d’hommes. À cela, nous pourrions répondre par ces paroles de Lénine, vieilles et éternellement nouvelles [Lénine : Que faire ?] :

Point d’hommes, et des hommes en quantité. Des hommes en quantité parce que la classe ouvrière et des couches de plus en plus variées de la société fournissent chaque année un nombre toujours plus grand de mécontents, prêts à protester...

Et, en même temps, il n’y a point d’hommes parce qu’il n’y a pas de... talents capables d’organiser un travail à la fois vaste et condensé, harmonieux, permettant d’utiliser toutes les forces, même les plus insignifiantes.

Ces paroles de Lénine, nos Partis doivent s’en imprégner profondément et les appliquer comme une directive quotidienne. Il y a beaucoup d’hommes, il s’agit seulement de les découvrir dans nos propres organisations, pendant les grèves et les manifestations, dans les diverses organisations ouvrières de masse, dans les organismes du front unique, il faut les aider à grandir dans le déroulement du travail et de la lutte ; il faut les placer dans une situation telle qu’ils puissent réellement se rendre utiles à la cause ouvrière.

Nous autres, communistes, sommes des hommes d’action.

Nous sommes placés devant la tâche de lutter pratiquement contre l’offensive du Capital, contre le fascisme et la menace de guerre impérialiste, de lutter pour le renversement du capitalisme. C’est précisément cette tâche pratique qui impose aux cadres communistes la nécessité de s’armer de la théorie révolutionnaire. Car, ainsi que Staline nous l’enseigne, ‑ ce maître suprême de l’oeuvre révolutionnaire, ‑ la théorie donne aux praticiens la force d’orientation, la clarté de perspective, l’assurance dans le travail, la foi dans la victoire de notre cause.

Mais la théorie vraiment révolutionnaire est l’ennemi intransigeant de toute vaine manie de théoriser, de tout jeu stérile avec les définitions abstraites. "Notre théorie n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action", a dit maintes fois Lénine. C’est cette théorie-là qui est nécessaire à nos cadres, nécessaire comme le pain quotidien, comme l’air, comme l’eau.

Qui veut réellement chasser de notre travail le schématisme mortel, la scolastique pernicieuse, celui-là doit les détruire au fer rouge, ‑ tant par une lutte pratique efficace, menée en commun avec les masses et à la tête des masses, que par un travail inlassable en vue de s’assimiler la vigoureuse, la féconde, la toute-puissante doctrine de Marx-Engels-Lénine-Staline.

À ce propos, je tiens à attirer particulièrement votre attention sur le travail de nos écoles du Parti. Ce ne sont pas des exégètes, des raisonneurs et des maîtres de la citation que nos écoles doivent former. Non ! Ce sont des combattants pratiques d’avant-garde de la cause de la classe ouvrière qui doivent sortir de leurs murs.

Des combattants d’avant-garde non seulement par leur courage, leur empressement à se sacrifier, mais aussi parce qu’ils voient plus loin et connaissent mieux que les ouvriers du rang, le chemin de l’affranchissement des travailleurs. Toutes les sections de l’Internationale communiste doivent, sans traîner les choses en longueur, s’occuper sérieusement de l’organisation des écoles du Parti, pour en faire autant de forges de ces cadres de combattants.

Il me semble que la tâche essentielle de nos écoles du Parti consiste à enseigner aux membres du Parti et aux jeunes communistes qui en suivent les cours, comment appliquer la méthode marxiste-léniniste à la situation concrète du pays donné, aux conditions données, à la lutte non contre l’ennemi “en général”, mais contre l’ennemi concret. Pour cela, il est nécessaire d’étudier non pas la lettre du léninisme, mais son esprit vivant, révolutionnaire.

Il y a deux façons de préparer les cadres dans nos écoles du Parti.

La première : on prépare les gens d’une façon théorique abstraite. On s’efforce de leur donner la plus grande somme possible de connaissances arides ; on les entraîne à écrire de façon littéraire thèses et résolutions, et l’on ne touche qu’en passant aux problèmes du pays donné, de son mouvement ouvrier, de son histoire, de ses traditions et de l’expérience du Parti communiste de leur pays. On ne fait cela qu’en passant.

La seconde : un cours théorique où l’assimilation des principes essentiels du marxisme-léninisme est basée sur l’étude pratique, par l’élève, des questions fondamentales de la lutte du prolétariat dans son propre pays, de telle sorte que, revenu au travail pratique, il puisse s’orienter tout seul, devenir un organisateur pratique indépendant, un dirigeant capable de mener les masses à la bataille contre l’ennemi de classe.

Ceux qui sont sortis de nos écoles du Parti n’ont pas tous fait preuve de capacité. Beaucoup de phrases, d’abstractions, de connaissances livresques, de science apparente. Or, nous avons besoin de vrais organisateurs et de vrais dirigeants des masses, vraiment bolchéviks. Voilà ce qu’il nous faut aujourd’hui à tout prix.

Peu importe que tel étudiant ne soit peut-être pas en mesure de rédiger de bonnes thèses, bien que cela aussi nous soit très nécessaire, mais il faut qu’il sache organiser et diriger sans reculer devant les difficultés, il faut qu’il sache surmonter ces difficultés.

La théorie révolutionnaire donne l’expérience totalisée, généralisée du mouvement révolutionnaire ; les communistes doivent soigneusement utiliser dans leur pays respectif non seulement l’expérience du passé, mais aussi celle de la lutte présente des autres détachements du mouvement ouvrier international.

Toutefois, l’utilisation rationnelle de l’expérience ne signifie nullement la transposition automatique, et telle quelle des formes et méthodes de lutte, de telles conditions dans telles autres, d’un pays dans l’autre, comme cela arrive souvent dans nos Partis.

La pure imitation, la simple copie des méthodes et des formes de travail, même de celles du Parti communiste de l’URSS, dans les pays où domine encore le capitalisme, peut, en dépit de toutes les bonnes intentions, être non pas utile, mais nuisible, comme cela s’est vu assez fréquemment dans la réalité. C’est précisément par l’exemple des bolchéviks russes que nous devons apprendre à appliquer de façon vivante et concrète, aux particularités de chaque pays la ligne internationale unique dans la lutte contre le Capital, que nous devons apprendre à chasser sans pitié, à stigmatiser, à ridiculiser devant les masses populaires les phrases, les clichés, le pédantisme et le doctrinarisme.

Il faut apprendre, apprendre, constamment, à chaque pas, dans le déroulement de la lutte, en liberté et en prison. Apprendre et lutter, lutter et apprendre. Il faut savoir allier la grande doctrine de Marx- Engels-Lénine-Staline à la fermeté staliniste dans le travail et la lutte, à l’intransigeance de principe staliniste à l’égard de l’ennemi de classe et de ceux qui renient la ligne du bolchévisme, à l’intrépidité staliniste en face des difficultés, un réalisme révolutionnaire staliniste.

Jamais, pour aucun congrès international de communistes, l’opinion publique mondiale n’a manifesté un intérêt aussi vif que celui que nous voyons se manifester aujourd’hui à l’égard de notre congrès. On peut dire sans exagération qu’il n’est pas un seul journal important, pas un seul parti politique, pas un seul homme politique et public de quelque importance qui ne suive avec une attention soutenue la marche du congrès.

Les regards de millions d’hommes, ouvriers, paysans, petites gens des villes, employés et intellectuels, peuples coloniaux et nationalités opprimées, sont tournés vers Moscou, vers la grande capitale du premier, mais non du dernier État du prolétariat international. Dans ce fait, nous voyons la confirmation de l’importance et de l’actualité énormes des questions étudiées par le congrès et de ses décisions.

Les hurlements rageurs des fascistes de tous les pays, en particulier du fascisme allemand en démence, ne font que confirmer le fait que, par nos décisions, nous avons réellement frappé en plein but. Dans la nuit noire de la réaction bourgeoise et du fascisme où l’ennemi de classe s’efforce de maintenir les masses travailleuses des pays capitalistes, l’Internationale communiste, Parti mondial des bolchéviks, se dresse comme un phare qui montre à l’humanité tout entière la seule voie sûre pour s’affranchir du joug du Capital, de la barbarie fasciste et des horreurs de la guerre impérialiste.

L’établissement de l’unité d’action de la classe ouvrière est une étape décisive dans cette voie. Oui, unité d’action des organisations de la classe ouvrière de toutes tendances, rassemblement des forces de la classe ouvrière dans tous les domaines de son activité et dans tous les secteurs de la lutte de classe !

La classe ouvrière doit parvenir à l’unité de ses syndicats. C’est en vain que certains dirigeants syndicaux réformistes cherchent à effrayer les ouvriers en agitant le spectre de la destruction de la démocratie syndicale par suite de l’immixtion du Parti communiste dans les affaires des syndicats unifiés, par suite de l’existence de fractions communistes à l’intérieur des syndicats. Nous représenter, nous communistes, comme adversaires de la démocratie syndicale, c’est une pure sottise. Nous défendons et revendiquons de façon conséquente le droit pour les syndicats de régler leurs affaires eux-mêmes.

Nous sommes prêts même à renoncer à la création de fractions communistes dans les syndicats, si cela est nécessaire dans l’intérêt de l’unité syndicale. Nous sommes prêts à nous entendre sur l’indépendance des syndicats unifiés à l’égard de tous les partis politiques. Mais nous sommes résolument contre toute dépendance des syndicats à l’égard de la bourgeoisie, et nous ne renonçons pas à notre point de vue de principe sur le caractère inadmissible qui s’attache pour les syndicats à la neutralité en face de la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie.

La classe ouvrière doit travailler à réaliser l’union de toutes les forces de la jeunesse ouvrière et de toutes les organisations de la jeunesse antifasciste, et conquérir la partie de la jeunesse travailleuse tombée sous l’influence néfaste du fascisme et des autres ennemis du peuple.

La classe ouvrière doit imposer et elle imposera l’unité d’action dans tous les domaines du mouvement ouvrier. Et cela se fera d’autant plus vite que nous, communistes, et les ouvriers révolutionnaires de tous les pays capitalistes, nous appliquerons en fait, de la façon la plus résolue et la plus ferme, la nouvelle orientation tactique adoptée par le congrès pour les principaux problèmes d’actualité du mouvement ouvrier international.

Nous savons que bien des difficultés se dressent sur notre chemin. Notre chemin n’est pas une route asphaltée, notre chemin n’est pas semé de rosés. Non, la classe ouvrière aura à surmonter bien des obstacles, des obstacles même dans son propre milieu : elle aura avant tfout à rendre absolument inoffensives les menées scissionnistes des éléments réactionnaires de la social-démocratie.

Dans ses rangs, de nombreuses victimes sont appelées à tomber sous les coups de la réaction bourgeoise et du fascisme. Son navire révolutionnaire devra se diriger parmi de nombreux écueils, avant d’atteindre la rive du salut.

Mais la classe ouvrière des pays capitalistes n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était en 1914, au début de la guerre impérialiste, et elle n’est plus ce qu’elle était en 1918, à la fin de la guerre. La classe ouvrière a derrière elle la riche expérience de vingt années de lutte et d’épreuves révolutionnaires, les leçons amères de défaites nombreuses, en particulier en Allemagne, en Autriche et en Espagne. La classe ouvrière a devant elle l’exemple exaltant de l’Union soviétique, pays du socialisme victorieux, exemple de la façon dont on peut vaincre l’ennemi de classe, instaurer son propre pouvoir et édifier la société socialiste.

La bourgeoisie ne domine déjà plus sans partage dans le monde entier.

Un sixième du globe est gouverné par la classe ouvrière victorieuse. Les Soviets règnent sur une énorme partie du territoire du grand pays de Chine.

La classe ouvrière a une avant-garde révolutionnaire forte, compacte, l’Internationale communiste. Elle a un chef éprouvé et reconnu, grand et sage, Staline.

Tout le cours du développement historique travaille en faveur de la classe ouvrière. C’est en vain que les réactionnaires, les fascistes de tout poil, la bourgeoisie mondiale tout entière s’efforcent de faire revenir en arrière la roue de l’histoire. Non, cette roue tourne et tournera jusqu’à l’avènement de l’Union mondiale des Républiques socialistes soviétiques, jusqu’à la victoire définitive du socialisme dans le monde entier.

Une seule chose manque encore à la classe ouvrière des pays capitalistes : c’est l’unité de ses propres rangs.

Puisse donc de cette tribune retentir avec d’autant plus de force dans le monde entier l’appel de combat de l’Internationale communiste, l’appel de Marx et d’Engels, de Lénine et de Staline :

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !


[1Allusion aux batailles des Asturies en 1934, ndlr

mardi 13 août 1935


L’Internationale Communiste : le septième congrès − 1935