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Démocraties populaires - 5e partie : socialisation et répression du titisme

La démocratie populaire est un régime allant au socialisme, par étapes. Dans ce cadre, le rythme était différent selon les situations, mais il y avait deux objectifs : briser les grands propriétaires terriens et distribuer les terres, pour amener à collectiviser les terres ensuite ; s’assurer du monopole des grandes industries.

Cela allait de pair avec le renforcement de l’idéologie socialiste : c’était une bataille au sein de la démocratie populaire afin que le camp du socialisme gagne sur la réaction.

En Hongrie est ainsi procédé en décembre 1947 à la nationalisation des grandes banques, puis en février 1948 de la production de charbon, des centrales électriques, des mines de bauxite et de la production d’aluminium. Le 28 avril 1948, ce sont toutes les entreprises de plus de 100 personnes qui sont nationalisées, ainsi que toutes les entreprises complémentaires au secteur étatisé ; sur 1,2 million de membres, 180 000 sont purgés en 1948.

En Bulgarie, la nationalisation concerne en décembre 1947 toutes les entreprises non artisanales. La direction est maintenue : après la mort de Georgi Dimitrov c’est Vassil Kolarov qui prend le relais, puis à sa mort Valko Tchervenkov. Entre 1950 et 1953, la partie collectivisée des terres passe de 12 % à 61 % ; sur les 460.000 membres, 100.000 sont purgés en 1953.

En Pologne, en juin 1946, sont nationalisées les grandes industries et les entreprises de plus de cinquante salariés sont nationalisées, avec une réforme agraire distribuant pratiquement six millions d’hectares de terres aux paysans. En Roumanie, la grande majorité du secteur industriel est étatisé en juin 1948. En République Démocratique Allemande, les grands propriétaires sont expropriés en Prusse et 3 millions d’hectares sont distribués aux petits paysans ; 1949 35 % de l’industrie est nationalisée.

Toutefois, le principe même de pousser aux coopératives après avoir brisé la féodalité des grands propriétaires terriens a été parfois remis en question, car il y avait des partisans du titisme dans les démocraties populaires, ou plus exactement, il y avait ds gens défendant les mêmes conceptions. En Pologne, il y avait ainsi Władysław Gomułka, qui fut mis à l’écart en 1948-1949.

En Roumanie, il y avait Lucretiu Patrascanu, qui fut exécuté en 1948, avant la répression du groupe déviationniste de droite Pauker – Luca – Georgescu en 1952 ; en Hongrie, ce fut László Rajk, exécuté la même année. En Albanie, il y avait Kotchi Dzoze (Koçi Xoxe en albanais), qui entendait même rattacher le pays à la Yougoslavie ; il fut exécuté en 1949, tout comme Traycho Kostov en Bulgarie.

Il s’agit là d’importants dirigeants, voire du principal dirigeant ; tous ont en commun de combiner le nationalisme bourgeois – parfois ouvertement expansionniste comme en Bulgarie, en Roumanie, etc. – avec la remise en cause de la primauté du Parti Communiste et la proposition de l’alliance avec toute la paysannerie.

La presse des pays capitalistes a largement médiatisé ces procès, définis comme des simulacres. En réalité, deux phénomènes s’entrecroisent qui ont malheureusement nui à la compréhension de leur juste ligne.

Déjà, comme lors des procès de Moscou des années 1930, les activistes jugés ont parfois reconnus leur faute et fait leur auto-critique, ce qui est un phénomène incompréhensible pour la bourgeoisie.

Ensuite, ces éléments renégats se fondaient sur une mentalité, une ligne, pas sur une conception politique ouvertement affirmée : leur caractère réactionnaire n’était pas nécessairement frappant et les commentateurs bourgeois s’empressèrent de reprendre l’antienne « la révolution mange ses enfants ».

Enfin, et c’est un point important, en raison d’un manque de compréhension correcte de la dialectique et donc de la transformation, les communistes des pays de l’Est européen, comme en URSS lors des années 1930, ont considéré que si les titistes avaient trahi, alors ils avaient toujours été des traîtres.

Ils ont ainsi cherché à comprendre sur la durée un complot qui, de fait, relevait en réalité de l’après-guerre. Un autre point fut le sionisme, qui se développait comme idéologie suite à la fondation de l’État israélien et de son intégration dans l’orbite de l’impérialisme américain.

Cela a également nui à une juste analyse du phénomène titiste. C’est dans ce cadre que se situe le procès en Tchécoslovaquie du groupe autour de Rudolf Slánský. Haut dirigeant du Parti Communiste, et responsable de la sécurité, il fut démis de ses fonctions en 1951 et accusé de complot. Avec 11 autres personnes, il fut exécuté en 1952, comme membre d’un bloc titiste et sioniste (en Tchécoslovaquie un premier complot fut jugé, avec le groupe autour de Milada Horáková et Záviš Kalandra, tous deux exécutés en 1950).

La presse des pays capitalistes a largement diffusé la thèse selon laquelle le procès de Rudolf Slánský aurait un arrière-plan antisémite ; en réalité, c’est le sionisme qui était visé. Il faut également voir que les masses juives ont largement participé à la fondation des nouveaux régimes et que l’on trouve ainsi des figures communistes juives à de très hauts postes. Si Rudolf Slánský était juif, c’est également le cas du dirigeant du Parti hongrois Mátyás Rákosi.

En URSS même eut lieu le « complot des blouses blanches », organisé par des médecins sionistes, mais en même temps le responsable communiste juif Lev Mekhlis a droit en 1953 à des funérailles nationales, un écrivain largement mis en avant est Ilya Ehrenbourg qui est juif, tout comme l’un des plus proches collaborateurs de Staline, Lazare Kaganovitch.

Comme le dirigeant communiste tchécoslovaque Klement Gottwald l’expliqua à la conférence nationale du Parti Communiste de Tchécoslovaquie :

« Est-ce à dire qu’une personne d’origine juive et un sioniste, ce serait la même chose ? Non ! Ce qui décide, c’est l’origine de classe de l’individu, c’est son attitude à l’égard de la terre natale c’est son dévouement, son activité en faveur de la cause du socialisme. De même, la lutte contre le sionisme n’a rien de commun avec l’antisémitisme.

L’antisémitisme est une des variétés du racisme barbare, de ce même racisme cultivé, par exemple, actuellement par les « supermen » américains à l’égard des noirs et des peuples coloniaux et pas seulement coloniaux. L’antisionisme est une défense contre l’officine américaine d’espionnage, de travail de diversion et de sape. Ce sont ainsi deux choses différentes qui se distinguent comme le ciel se distingue de la terre. »

mercredi 12 mars 2014


Démocraties populaires